‹ Traité complet de l'horticulture pour les grands et les petits jardins, précédé de la botanique simplifiéeChapitre 219 sur 425 · DES CLIMATS FROIDS · texte numérisé non relu

DES CLIMATS FROIDS

Les climats froids dans lesquels la température n’est pas rigoureuse à l’extrême, comme dans les contrées les plus septentrionales du globe, sont compris dans notre hémisphère entre le 55e et le G()e ou 65e degré de latitude. Dans ces régions, uneiroidure modérée fortifie tous les organes. La circulation est rapide; les périodes diverses de la vie ne sont pas raccourcies par l’activité propre aux pays chauds.

Les septentrionaux ont une jeunesse longue, un tempérament sanguin très-prononcé, et par conséquent une tendance considérable aux maladies inflammatoires. L’air du climat, que ne dilate pas une trop grande quantité de calorique, et qui présente sous le même volume une plus grande masse d’oxygène que dans les climats chauds, imprime une grande activité à tout le système respiratoire. Cela explique le tempérament sanguin ainsi que la force physique et la \igueur musculaire, qui sont 1 apanage des peuples septentrionaux.

Le peu de chaleur du climat, la prépondérance des muscles* du tissu cellulaire et des humeurs du corps, prive le système nerveux d’une grande partie de son activité ; les fonctions qui se font le mieux sont celles de la respiration et de la digestion. Les septentrionaux consomment beaucoup d’air et beaucoup de nourriture animale.

Cette infériorité de l’activité nerveuse éteint, pour ainsi dire, la sensibilité ; aussi les hommes du nord ne craignent pas, car ils ne sentent pas ; cette négation de la sensibilité explique chez eux leur indifférence pour la douleur et leur courage devant la mort. Le tact qui implique une manieic de sentir délicate et prompte n’existe, pour ainsi dire pas; les sens même sont émoussés; *1 oreille n est sensible qu a un langage bruyant, rude, grossier, guttural.

Les exercices de l'esprit doivent être interdits à des hommes ù qui les influences du climat émoussent l’intelligence; aussi , ils se livrent avec plaisir aux exercices fatigants du corps, et à ces travaux matériels qui exigent une grande dépense de force. Cette dépense du jour leur donne un profond sommeil pendant la nuit ; les septentrionaux dorment

longtemps et bien.

Comme c’est l’activité nerveuse qui use le corps, il est naturel que les peuples dont nous parlons aient la vie longue, que la vieillesse la plus reculée n’y soit pas une exception , mais, au contraire, un exemple qui rentre, pour ainsi dire, dans la loi commune. Contrairement aux habitants des pays chauds, leur jeunesse est tardive; mais la vieillesse l’est aussi, et s’ils ne jouissent pas de la précocité des plaisirs de la vie, ils sont assurés que celle-ci ne leur échappera pas au bout d’une courte période d’années.

Puisque la sensibilité joue un rôle si subalterne dans les natures des climats froids, on comprend que l’amour des plaisirs érotiques ne s’y distingue pas par son ardeur; loin de donner à ce genre de satisfaction sensuelle une certaine valeur, on ne s’v livre que rarement. Ce n’est ni la sensation particulière qu’il produit, ni une habitude contractée, qui invite les septentrionaux à remplir cet acte physiologique; c’est le plus souvent moins un besoin qu’un devoir.

Les habitants des climats tempérés qui seraient obligés de vivre dans un climat froid, devraient introduire une réforme dans leurs habitudes pour éviter les inconvénients plus ou moins graves qui résulteraient pour leur santé de ce changement d’influences. Une \ie animale plus abondante, plus substantielle, l'habitude des liqueurs spiritueuses, mettront l'habitant des zones tempérées dans une bonne condition de résistance à l’action du froid. La nourriture augmentera la force musculaire; les liqueurs spiritueuses entretiendront la chaleur vitale. L’égale distribution de la chaleur vitale doit être mise au rang des conditions les plus essentielles à la santé de l’étranger.

Pour que les organes ne contractent aucune affection inflammatoire, il faut que la peau puisse remplir sa fonction;

il est absolument nécessaire de conserver aux pores la liberté de leur rôle physiologique ; eh bien, ce ne sont pas seulement des vêtements doublés de fourrures, des 11anelles sur la peau, et toutes les précautions de cette nature , qui entretiendront sans interruption la fonction de la surface cutanée, ce sera surtout l’action qui agira du centre à la circonférence, cette expansion qui résultera de la tonicité et de l’excitation produites par l’usage d’un vin généreux et des boissons alcoolisées.

DES CLIMATS TEMl'ÉKÉS.

Les climats tempérés étant un moyen terme, une transition entre les climats froids et les climats chauds, leurs habitants participent à la fois de la nature méridionale et de la nature septentrionale, sans tomber ni dans l’une ni dans l’autre de ces deux exagérations; ils éprouvent donc des influences mitoyennes , ou plutôt ils jouissent des avantages des climats extrêmes sans souffrir des inconvénients.

En effet, leur complexion est bien mieux équilibrée que celles dont nous venons de présenter le tableau; ils n’ont pas la puissance musculaire du septentrional et la mobilité pour ainsi dire convulsive du méridional; ils participent neanmoins de l’énergie du premier et de l’activité nerveuse du second; ils ne mangent pas avec cette voracité particulière qui est un des caractères distinctifs de l'habitant du Nord, et ils ont la force digestive moins énervée que celle de l’habitant du midi; leur corps n'a pas la complexion humorale de l’un et la sécheresse de l'autre; les parties charnues ne se font pas remarquer par cette épaisseur herculéenne qui est, il est vrai, un symbole de force, mais qui décèle aussi l'inertie des fonctions intellectuelles; elles sont loin, toutefois, d’être sans résistance comme celles des habitants des contrées méridionales. La respiration tient un moyen terme entre l'exagération et l’impuissance; car l’air n’a ni la dilatation qui résulte d’une chaleur trop forte, ni la densité qui est la conséquence de l’action du froid. La transpiration varie suivant les accidents multipliés de la température; mais elle

n’est jamais poussée assez loin pour faire breche aux forces, et faire contracter à l’organisme la faiblesse et la susceptibilité des natures méridionales.

On sait que le tempérament des régions chaudes est le bilieux, que celui des régions froides est le sanguin; eh bien, le tempérament des habitants des régions tempérées est tempéré comme la région elle-même; il participe des natures bilieuse et sanguine, sans appartenir exclusivement à 1 une ou à l’autre. La taille est moyenne, si on la compare aux tailles gigantesques des habitants du Nord; mais elle est pourtant moins petite que grande; elle a de plus, dans les formes, une sagesse et une régularité qui ont fait prendre sur elle le type absolu de la beauté physique.

Parla raison que le tempérament est mixte dans les régions tempérées, que l’activité nerveuse ne tombe pas dans Fixe s que nous connaissons, et que la puissance musculaire est développée dans une juste mesure, il y a, dans les habitants de cette meilleure partie du globe, une heureuse alliance des avantages du corps et des facultés de l’esprit. Ainsi, la sensibilité n’exclura pas le courage; au contraire, elle en doublera l’action, surtout quand le courage a moins besoin de sagesse que de se montrer brillant et de payer d’audace. La culture des travaux sérieux n’exclura pas non plus le succès dans les travaux d’art et d'imagination; l’enthousiasme et la raison pourront s’allier ensemble; le premier fournira sa poésie au second, et l'im réglera les écarts et les inégalités de l’autre; il existera un juste équilibre entre l’indolence oisive et contemplative du méridional et la violence brutale du septentrional. Chez l’habitant des régions tempérées, l’indolence sera du repos, et la violence du courage; la délicatesse, enfin, remplacera les sentiments lâches des natures dépourvues d’énergie des climats chauffés par le soleil, et la rude férocité des natures endurcies par le froid glacial des régions polaires.

Tous ces heureux dons produisent des fruits dans l’organisation des états et dans les rapports des familles. Comme politique, la population veut un gouvernement qui ne soit ni le despotisme cruel du midi, ni la turbulente indépendance

du Nord; elle n’aime qu’une organisation politique qui donne un essor suffisant à l’exercice de la pensée, et accorde à chacun la facilité de satisfaire ses besoins et de contenter ses goûts. Les rapports sociaux, à cause du tact et de la délicatesse des races mixtes, y sont d’une extrême facilité; les relations s’établissent et se répandent vite, et il 11e faut pas souvent un temps bien long pour qu’une simple connaissance devienne un ami. Les sexes y ont une liberté qui ne se retrouve nulle part; et la femme a dans la famille cette action libre et respectée qui lui donne la faculté précieuse de développer, pour le bonheur de son entourage, ce qui lui a été départi de qualités du cœur et de grâces de l’esprit.

De toutes les contrées, il n’y a que la zone tempérée qui soit propre à maintenir un certain équilibre entre les conditions de la santé; néanmoins, les maladies y sont très-communes; elles le sont d’autant plus que, bien que le climat dont nous parlons s’appelle climat tempéré, il a souvent les rigueurs des régions hyperboréennes, et les grandes chaleurs des régions caniculaires. Les transpirations quelquefois brusques, qui en résultent, doivent déterminer de violentes maladies, et ces maladies participent , suivant les circonstances, de celles qui forment la famille pathologique des climats chauds, ou celle des climats froids. Ainsi, les affections inflammatoires n’excluent pas les affections nerveuses : les unes et les autres régnent tour à tour, et quelquefois simultanément; il n’est pas rare, il est même commun de voir le caractère de l’une de ces maladies se joindre, se mélanger, se combiner avec le caractère de l’autre.

Les climats mixtes donnent une exubérance de vie, en cela qu'ils la donnent tout entière. On n’y vit pas, il est vrai, ou par la force musculaire, ou par la sensibilité nerveuse, mais on jouit de la plénitude, dans une juste mesure, de ces deux fonctions de l’organisme : on pense par l’intelligence, et 011 agit par le Corps. 11 y a une double influence : ce n’est pas seulement la lame qui use le fourreau, c’est aussi le fourreau qui use la lame. La vie est, par conséquent, courte dans les climats tempérés; cependant, avec une hygiène bien réglée, avec une sagesse bien entendue dans la dépense des

forces, les années passent et la vie se prolonge jusqu a ce que la vieillesse vienne en arrêter régulièrement le cours, Cette hygiène et cette sagesse consistent à savoir varier l’exercice des deux sortes de forces que la nature a départies aux habitants des climats tempérés.

Ainsi, il ne faut ni s’absorber dans le développement et l'exercice des forces matérielles, ni exciter trop longuement les facultés actives de l’esprit. En développant la force musculaire d’une manière trop considérable, on rend de plus en plus difficile le travail intellectuel ; en se livrant avec une passion sans frein au charme si entraînant de celui-ci, l’esprit se fatigue, le corps s’affaiblit, l’irritabilité nerveuse se produit, de douloureuses maladies se déclarent, et la vie peut devenir un fardeau lourd à porter. II fuit donc se reposer, par l’exercice salutaire du corps, des fatigues incessantes de l’esprit; c'est le moyen de retremper une force par une autre ; c’est le moyen, en employant cette sage intermittence, de se retrouver longtemps jeune, en présence des nécessités de la vie.

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