LES SAISONS
Les saisons peuvent s’appeler les climats de l’année : elles sont formées par les rapports de position du soleil avec la terre. Pendant six mois, cet astre est dans l’hémisphère nord ; pendant les six autres mois, il est dans l’hémisphère sud. Entre les limites de ces deux positions extrêmes, il prend des positions moyennes; ce qui fait que la lumière et le calorique sont dispensés à la terre avec plus ou moins de force, suivant que l’astre qui les produit en est plus ou moins rapproché. Ce sont les changements qui se font, dans chaque période de douze mois, d’une manière régulière, qui constituent les saisons. Les saisons, comme l’on sait, sont au nombre de quatre : le printemps , Y été, l 'automne et Y hiver. L’été et l'hiver sont les saisons qui correspondent aux deux extrêmes de la température; le printemps et l’automne sont des saisons hybrides, c’est-à-dire des transitions, des moyens termes entre l’hiver et l’été.
nr puintemps.
Le printemps produit l’augmentation brusque de la chaleur; il fait éclore, avec la pureté d’un ciel qu’obscurcissaient les brouillards de l’hiver, le spectacle toujours si beau de la renaissance de la nature. Les squelettes dépouillés des arbres se chargent de feuilles, les plantes font épanouir leurs brillantes fleurs. Ainsi, pendant que le changement de température et des qualités générales de l’atmosphère agit sur le physique, il y a une action morale vive et énergique qui se produit. Cotte double influence excite le système nerveux, anime la circulation; la peau, paralysée par le froid hibernal, devient le siège d’une vitalité plus considérable; enfin le sentiment de la vie, la puissance de la force, semblent circu ler dans les vaisseaux, et donner à l’existence une sphère plus
large que celle qu’elle remplissait aux jours glacés et tristes de l’hiver.
Un tel état dispose la santé aux affections aiguës, aux maladies inflammatoires. C’est l’époque où le médecin prépare ses lancettes et ordonne les sangsues. Anciennement, on paraissait compter tellement sur le développement d’une maladie inflammatoire pendant la saison printannière, qu’on se faisait faire, aux premières feuilles, une saignée de précaution. Il y a des pays où cet usage n’est pas encore tombé en désuétude. Comme les impressions du printemps sont agréables, quoique vives, il en résulte que les maladies n’y ont pas une grande malignité : il est rare qu’elles ne soient pas courtes, et il est assez commun qu’elles guérissent.
Comme l'influence de la température n’est pas la seule qui se produit pendant cette saison , il y a des causes qui ont aussi leur mode d'action, qui agissent avec plus ou moins de puissance sur l'économie; parmi ces causes, nous mettons en première ligne l’humidité. On sait que le commencement du printemps est signalé par des pluies, dans nos climats tempérés. L’humidité qui en résulte donne lieu aux affections connues sous le nom de catarrhales, affections qui se compliquent d’un «état humoral, d’un relâchement, d’une impuissance d’action de la fibre, et qui réclament impérieusement l’intervention des purgatifs et des émétiques. L’influence produite également sur le système nerveux par la venue du printemps, qui se marque, surtout dans les premières semaines, par une bizarrerie dans la température, qui va quelquefois jusqu’à donner les chaleurs de l’été le lendemain des froids rigoureux de l'hiver, cette influence donne lieu aux affections spasmodiques, aux névralgies, aux maladies intermittentes; mais ces maladies sont bénignes de leur nature, on doit les faire soigner dès leur apparition, sans cependant s’en alarmer.
Nous ne recommanderons pas les saignées du bon vieux temps contre cette ébullition sanguine qui se manifeste aux premières chaleurs; c’est d’ailleurs une question de tempérament. 11 y a des personnes d’un tempérament si riche de sang, qu'un changement brusque de la température peut dé-
terminer chez elles des congestions aussi vives que rapides; celles-ci doivent se tenir sur leurs gardes, et ne pas s’endormir dans une fausse sécurité. Ce qu’il faut faire au printemps, les préceptes qu’il faut suivre, c’est de ne pas se dégager trop tôt de cette enveloppe chaude de l’hiver, qui nous a défendus contre les rigueurs de la saison. C’est, en exposant sans protection suffisante, la susceptibilité plus vive de la surface cutanée aux influences de l’atmosphère, que se manifestent quelquefois de graves maladies. Donc, quel que soit le tempérament, il faut agir avec sagesse ; ce conseil est adressé suitout aux femmes et à toutes les personnes qui ont, comme elles, une sensibilité vive et une certaine impuissance de réaction.
Sous le rapport de l’alimentation , il est nécessaire de ne pas quitter la nourriture tonique et fortifiante de l’hiver au moins dans les premiers temps; mais il faut s’abstenir de spiritueux, de café, à moins que l’habitude n’ait fait disparaître les inconvénients d’un tel régime. C’est toujours une grande imprudence, de s’exposer trop longtemps, le soir d’une belle journée de printemps, aux influences de l'air. La douceur prétendue de l’atmosphère est trompeuse ; il y a en général beaucoup d’humidité dans 1 air, et les clairs de lune du commencement de la saison des fleurs sont loin de mériter la confiance de ceux qui brillent après les chaudes journées de l’été.