‹ Traité complet de l'horticulture pour les grands et les petits jardins, précédé de la botanique simplifiéeChapitre 221 sur 425 · E L’ETE · texte numérisé non relu

E L’ETE

L’été est sans doute une belle saison dans les climats tempérés, mais la température acquiert alors une élévation trop considérable. 11 y a des journées brûlantes, comme celles des contrées les plus méridionales. La campagne est très-belle au commencement de l’été, elle présente comme un souvenir du printemps, parce que le soleil n'a pas encore desséché la terre et amoindri la masse des eaux; mais, lorsque la saison avance, la végétation s’arrête, les fruits mûrissent, les feuilles commencent à se faner, à se courber sur les branches des arbres, et bientôt la sécheresse les fait tomber et commence ce dépouillement que l’automne continue et

qu’achèvent les premières rigueurs rie l’hiver. La chaleur est d’abord sèche et soutenue pendant l’été, et elle s’entrecoupe de ces violents orages, accompagnés de terribles décharges de fluide électrique, et qui inondent le sol de pluies chaudes et abondantes.

Pendant que sévit l’ardeur caniculaire, on s'abreuve de boissons aqueuses rafraîchissantes. On a besoin de se désaltérer à la suite de ces transpirations violentes, qui semblent abandonner à l’atmosphère tous les fluides du corps. 11 y a dégoût général, par insuffisance d’énergie des organes gastriques, de tout aliment substantiel; aussi on ne se charge pas l’estomac,* on use avec préférence de viandes blanches et d’herbages, parce que ces aliments légers se digèrent sans aucun effort, sans le moindre inconvénient.

L’été crée, en quelque sorte, le tempérament des habitants des zones chaudes chez ceux des zones tempérées. 11 donne une prédominance au système biliaire, il affaiblit les fonctions gastriques, il énerve l’organe respiratoire, il diminue, il annihile souvent l’énergie des forces musculaires, il développe une mobilité considérable de l’innervation, il ranime les passions amoureuses, enfin il s’oppose à cet exercice soutenu de l’intelligence, qui est souvent si facile en automne, au commencement de l'hiver et vers la fin du printemps. L’été est peut-être la saison qui favorise le plus l’activité de l’imagination, les enfantements artistiques; mais il s’oppose au travail long, pénible et régulier de l’instrument intellectuel.

Cette description rapide des effets physiologiques île l’été donne la clef de ses influences morbides. Il crée les embarras gastriques, les indigestions, les vomissements spasmodiques, les affections de l’organe biliaire, les affections intestinales, les affections nerveuses, et il donne lieu souvent à la production de ces violents mouvements de sang vers la tète, qui emportent un homme avant même qu'il ait le sentiment de son état. Il y a encore une autre sorte d’affections qui est dans le caractère de celles qui sont produites par l’influence de la saison chaude. Ce sont ces maladies qui proviennent d’une altération ou d’une décomposi-

tion des humeurs, de ces maladiesque caractérisent des symptômes extrêmement graves, et qui, dans les grands centres de population, sévissent avec la plus terrible rigueur. On a peut-être deviné déjà ces lièvres typhoïdes, qui font annuellement tant de victimes à Paris, malgré les efforts de la science et malgré les excellents moyens de traitement qu’elle a trouvés depuis quelques années.

Le tableau que nous venons de tracer dit implicitement les précautions qu’il faut prendre pour se mettre à l'abri, le plus possible, de ces désordres. Il faut insister sur les boissons aqueuses, mais ne pas négliger pourtant les toniques : ces dernières sont , utiles pour relever de temps en temps l’énergie digestive des organes du bas-ventre. Pour éviter la transpiration trop considérable, il ne faut pas s’exposer sans nécessité à l’ardent rayonnement du soleil. Il suffit quelquefois d’une promenade ou d’une course au soleil de midi, pour provoquer, chez les personnes prédisposées, des mouvements de sang sur la tète qui peuvent immédiatement causer la mort. L’ombre est fraîche dans les climats tempérés, de telle sorte qu’il y a une différence trèsgrande entre la température solaire et celle des lieux abrités. Il faut donc éviter de s’exposer sans précaution à ces transitions brusques; elles pourraient donner lieu à de graves accidents.

Une alimentation malsaine fait toujours plus de mal en été (ju’en hiver. En hiver, l’énergie corporelle est considérable; en été, elle est à son minimum de puissance. Il y a donc moins de force de réaction dans la saison chaude que dans les autres. Quant aux miasmes, aux émanations putrides qui sont en dissolution dans l’air, ils sont absorbés plus facilement en été qu’en hiver. La peau est plus vivante pendant les chaleurs; ses pores sont ouverts et peuvenl transmettre, dans les tissus de l’organisme, ce qu’ils n'auraient pu absorber sous l’influence de la contraction produite par le froid. La condition principale de l'alimentation saine, c’est de ne rechercher que des aliments simples, pour s'assurer plus facilement qu’ils ne sont pas altérés. Rien

ne sert à cacher la détérioration d’une substance alimentaire

comme les épices, et les sauces fortes qui en déguisent le goût. Nous parlons pour les personnes qui sont obligées de livrer journellement leur estomac au hasard des restaurants ; celles qui ont leur cuisine peuvent facilement ne pas se laisser tromper.

Pour éviter l’absorption des miasmes, il faut fuir les lieux malsains, les lieux humides, les eaux stagnantes, surtout le soir, ce moment de la condensation des brouillards, que la chaleur puissante du jour avait dissipés dans les hauteurs de l’atmosphère. Il faut ensuite avoir soin de 1 enveloppe cutanée, et ne pas la livrer seulement au bain pour ainsi dire continu delà transpiration : les lotions d’eau froide le matin, les bains de rivière, lui donnent une certaine tonicité, une énergie factice qui diminue les sueurs, et s’oppose à la facile absorption des miasmes et des produits putrides.

Page 1