‹ Traité complet de l'horticulture pour les grands et les petits jardins, précédé de la botanique simplifiéeChapitre 222 sur 425 · DE L’AUTOMNE · texte numérisé non relu

DE L’AUTOMNE

L’automne est, pour ainsi dire, la préface de l’hiver; c’est son avant-coureur. Pendant le cours de cette saison, la chaleur tombe, le ciel se couvre, la longueur des jours diminue, les végétaux se fanent et les feuilles des arbres, que les ardeurs de l’été avaient respectées, tombent et jonchent le sol ; les fruits même dont on ne tire aucun parti, se détachent et pourrissent; ils produisent avec les autres débris de végétaux un détritus que détrempent les eaux de pluie, et qui forme, avec la terre humide, la boue des champs et des chemins. Ce tableau est triste, à la vue de celui qui se souvient des belles campagnes du printemps, et qui vient de jouir des admirables nuits de l’été. Aussi les sentiments expansifs disparaissent, et l’enjouement, la gaieté sont remplacés par la mélancolie.

L’automne a une grande analogie avec le printemps, non pas sans doute sous le rapport poétique, mais sous celui de ses influences. Ainsi, en automne comme au printemps, l’atmosphère est froide et humide; pendant l'une et l’autre de ces deux saisons, il règne des alternatives continuelles entre la direction des vents, les degrés opposés de la tem-

pérature et les qualités diverses de 1 air. Il y a inccititude, il y a lutte en automne comme au printemps. Ils participent tous les deux de la nature chaude et froide, de l’hiver et de l’été, sans pouvoir prendre un caractère stable, dans la ligne

intermédiaire.

Aussi les maladies qui sévissent pendant le cours de ces deux saisons ont entre elles beaucoup d’analogie, L’état bilieux, c’est-à-dire l’influence ou le rôle morbide du foie, est plus prononcé pourtant en automne qu’au printemps. Dans cette dernière saison, l’inflammation domine, comme un souvenir de l’hiver, tandis que dans l’autre c’est l’abondance de la bile, comme une conséquence de l’été. C’est l’époque à laquelle les corps dévorés par des affections chroniques voient s’échapper leur dernière espérance et s’éteindre la dernière heure de leur vie. Les phthisiques craignent la chute des feuilles. On conçoit que l’incertitude, la mobilité de la saison donne lieu, au commencement surtout, à la production des maladies nerveuses, qui, du reste, ont beaucoup d’analogie, sauf les complications, avec les affections de même nature de la saison du printemps.

L’automne est surtout dangereux pour les fièvres de mauvais caractère. On n’ignore pas que cette saison est celle qui est la plus favorable au développement des fièvres intermittentes. Celles qui ont des symptômes violents, dont les accès sont dangereux, et auxquelles on a donné le nom caractéristique de pernicieuses, tant elles ont d’énergie et peuvent devenir promptement mortelles, si la médecine ne prend pas ses précautions, ces fièvres, disons-nous, se montrent principalement en automne. Les fièvres typhoïdes, les maladies de caractère miasmatique, autres que celles dont nous parlions tout à l’heure, sont aussi très-communes. Elles commencent en été, mais elles continuent et elles se dévelopent dans la saison qui sert d’intermédiaire entre l’été et l’hiver.

Nous l’avons déjà dit, en automne, la campagne se dépouille, la terre se couvre des débris de la végétation, un mouvement de décomposition se produit bientôt sur les masses de substance végétale qui s’amoncellent dans les chemins. Les pluies et les chaleurs, quelquefois très-vives de l’au-

toniue, achèvent de contribuer à cette décomposition, qui se lait sur une vaste échelle et finit par saturer l’air de ses émanations miasmatiques. C’est tout ce qu’il faut, c'est plus qu il ne laut pour développer les affections typhoïdes et celles qui ont avec elles, sous le rapport de la cause, une analogie plus ou moins grande.

Comme le moral prend les teintes mélancoliques de la campagne, qu il s'allaisse en quelque sorte devant cette mort de la nature dont il voit tomber et se flétrir toute la beauté,

1 influence miasmatique est plus puissante. L’économie n’a pas, pour la repousser, cette puissance dont elle est douée au printemps. Elle ne jouit plus en effet de ce surcroît de vie, de cette surabondance d’activité (pii annonce la résurrection de la nature et ouvre une sphère plus large aux sensations et aux idées. Il est nécessaire par conséquent de prendre des précautions contre ces influences réunies. Les travaux de l’espiit sont un exercice excellent en automne; ils donnent une direction nouvelle à la pensée, ils soutiennent l'énergie générale en chassant cette espèce d’ennui mélancolique qui tient à la lois des regrets de la belle saison et de la crainte des rigueurs de 1 hiver. L’est à cette époque que les toniques peuvent produire de très-bons effets; iis soutiennent l’état d’expansion auquel la saison chaude a pour ainsi dire habitué i économie ; ils excitent légèrement la fibre nerveuse, tout en exerçant une influence salutaire sur les digestions.

L est surtout en automne qu’il faut craindre la campagne, et qu'il convient de ne pas s’exposer à l’air insalubre du soir. Ouand on parcourt les champs, il faut marcher, s’agiter. Si on s’arrête, et, qu'invité qu repos et au sommeil par la molle chaleur de la journée on se jette sur les herbes flétries ou sur les feuilles détachées des arbres, on tarde rarement à porter la peine d’une telle imprudence. On ne doit pas craindre de se couvrir de bonne heure des vêtements chauds de l’hiver. J. inconstance de la saison d'automne est traîtresse, et les maladies, qui sévissent de préférence à cette époque, ont des dangers contre lesquels il faut tout faire, afin de les éviter.

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Dlî L’HIVER

L’hiver arrive avec tout le cortège de ses frimas ; les champs sont entièrement dépouillés ; les herbes et les feuilles, flétries et détachées par l’automne, sont dispersées en atomes dans la poussière ; il n’y a plus de vie nulle part. On ne voit plus dans les campagnes, où les arbres s’arrondissaient en niasses vertes et fleuries, que les squelettes dressés des branches. Leurs lignes noires se découpent à l'horizon d’un ciel nébuleux : c’est le seul reste des beautés de la saison chaude. Plus tard, quand l’hiver aura disparu, que le printemps donnera scs premières et timides pulsations, tous ces squelettes inertes se ranimeront; mais pour le moment, et pendant trois mois, la campagne est morte.

Rarement le ciel est bleu pendant cette saison de deuil ; il est ordinairement couvert d’une brume assez épaisse pour voiler l’éclat de la lumière. Cependant, il y a de beaux jours en hiver, des jours qui ne sont obscurcis par aucun nuage; mais le bleu du ciel est pèle; il n’a pas cette couleur vive d’azur qui est le caractère des ciels des régions méridionales et de ceux des jours chauds de nos régions tempérées. C’est pendant ces belles journées d’hiver que le froid est sec et vif; c’est alors, et surtout pendant la nuit, qu’il gèle. Quand le ciel est couvert, ce sont les pluies glaciales qui tombent fines et pénétrantes, ou c’est la neige qui couvre le sol d’une couche épaisse de plusieurs pouces. Il y a donc, pendant l’hi ver,, deux constitutions atmosphériques : celle du froid humide et celle du froid sec. Nous savons ce qu’elles produisent l’une et l’autre; nous en avons parlé précédemment; néanmoins, voici les maladies qui sont généralement déterminées par l’influence de l’hiver.

Cette saison amène la plupart des maladies que nous avons déjà énumérées en parlant des autres saisons de l’année , excepté cependant les maladies nerveuses et celles qui ont pour cause probable une infection de nature miasmatique. Les plus communes, celles qui appartiennent directement aux influences dominantes de l’hiver, sont les

affections de la poitrine, de la tète et des muscles; ainsi, pendant les froids de la saison rigoureuse, les rhumatismes sont nombreux et \io!cuts; les maladies de la tète, comme l’apoplexie et l'inflammation des membranes qui enveloppent et protègent le cerveau, et l’inflammation du cerveau luimème, se montrent en quantité considérable. Les maladies de poitrine, la phthisie surtout, exercent de grands ravages; on sait avec quelle puissance celle-ci sévit dans les grands centres de population.

L’hiver a son mauvais coté ; les maladies y sont nombreuses, elles sont énergiques ; mais il a aussi son bon côté :

l’air est sec ou humide, et ses diverses qualit s se compliquent toujours d'un froid plus ou moins considérable. L'humidité froide est défavorable à la conservation de la santé;

mais le froid sec ranime les forces, donne de la tonicité, du

nerf aux tissus; enfin, il fait contracter une grande puissance d’action aux fonctions digestives. On dirait que le corps prend des précautions pour lutter contre les influences énervantes des saisons intermédiaires, et surtout de la saison

d’été.

L’hiver étant principalement l’époque la plus favorable au développement des affections inflammatoires des principaux organes, il faut se mettre à l’abii di s imprudences qui pourraient disposer le corps à contracter ci s maladies. Il y a des personnes dont les tempéraments doivent se bien trouver de la saison d'hiver : ce sont les tempéraments lymphatiques, brsque le froid n'est pas en mémo temps humide, et que le corps u’est pas assez faible pour ne pas pouvoir en supporter l’impression; mais il y a les corps délicats, les tempéraments sanguins, qui sont le plus disposés au développement de l’inflammation, et qui doivent avoir le plus grand soin de ne pas commettre d’imprudences. Celle qui est la plus ordinaire, c'est de passer subitement d'un endroit bien chauffé, bien calfeutré, où l’hiver ne peut être soupçonné, en quelque sorte, dans lin lieu où toutes les rigueurs du froid se font sentir avec la plus grande intensité. On ne réfléchit pas certainement en agissant ainsi; pour peu qu'on le fît, on aurait sans doute le soin de se conduire d’une autre manière.

Il y a encore une imprudence d’un autre genre, et qui, malheureusement, est aussi commune que celle dont nous venons de parler; c’est celle qui consiste à se soucier peu de l’humidité des pieds, et à garder, quand on est rentré chez soi, et qu’on ne se donne plus de mouvement, une chaussure souillée et mouillée par la boue. A Paris, où les préceptes d’hygiène sont suivis le plus souvent moins pour les nécessités de santé que pour les exigences de la coquetterie, on a, dans une certaine compagnie, le soin de s’écarter fidèlement de celte vicieuse habitude, et même de diminuer l'inconvénient de l'humidité des pieds, en adoptant des chaussures imperméables; mais, en général, on met une grande négligence à remplir ces conditions hygiéniques ; on oublie ce qu’il faut pour ne pas être malade; on ne se promet de prendre des précautions que lorsqu’il n’est plus temps.

Les soins d’hygiène à prendre en hiver consistent, à peu près, à se garantir des transitions brusques, à éviter la suppression des transpirations, à entretenir l’activité de la peau, à se réchauffer, moins en se chauffant chez soi que par un exercice modéré ; enfin, à ne pas trop se fier à ce surcroît de forces qu’on éprouve pendant cette saison.

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