‹ Traité complet de l'horticulture pour les grands et les petits jardins, précédé de la botanique simplifiéeChapitre 229 sur 425 · UES AFFECTIONS · texte numérisé non relu

UES AFFECTIONS

Nous avons deux existences : l’homme est en quelque sorte double : seulement cette dualité est indivisible. Le mot individu a été créé pour représenter cette vérité. Notre dualité se compose d’une partie humaine et d’une partie animale : l'esprit et la matière parlent en nous. Ainsi, nous avons de commun, avec les animaux, les affections, les passions.

L’animaL éprouve de l’attachement pour sa femelle, pour ses petits; le chien pleure son maître qui meurt, il a de la reconnaissance pour celui qui le caresse. Nous n’en finirions pas si nous v oulions faire un rapprochement entre les affections de l'animal et celles que l’homme éprouve. 11 y a cependant une

grande différence entre la manière de sentir de l’un et celle de l’autre. L’animal a une sphère rétrécie : chez lui, c’est l'instinct qui parle, il n’a pas et ne peut avoir l’intelligence qui distingue si essentiellement notre nature. Cela est si vrai, que ses affections se bornent à obéir à l’impulsion d’une puissance qui le pousse vers un objet.

Chez l’homme, c’est tout autre chose : il y a d’abord im pulsion, attraction, mais l’esprit rend cette attraction intelligente; il l’élève au-dessus de son humble niveau; il l’a-

grandit de ses souvenirs, de son instruction, enfin, de toutes les idées qui peuvent en embellir la poésie et en augmenter la force.

Les affections ont leurs contraires. Si le corps doit rechercher le bien-être et la satisfaction, il doit fuir ce qui pourrait le contrarier; ou, en d’autres termes, s’il a ses sympathies, il doit avoir ses répugnances. Il y a, par exemple, des personnes vers lesquelles on se sent attiré; il y en a d'autres pour lesquelles on a une antipathie que rien ne peut vaincre ; souvent même on ne s’explique pas un sentiment qui parle eu nous, de sa voix la plus haute. Lajoie, qui résulte d’une satisfaction promise ou obtenue, d’une jouissance qu’on éprouve ou d’un plaisir qu’on attend, la joie a la peine pour antagoniste; celle-ci provient de causes entièrement opposées à celles qui provoquent le sentiment contraire. Dans les affections de l’homme, l’intelligence joue le plus grand rôle, elle fait disparaître, par son intervention, ce qu’a de brutal, de matériel la cause première des affections; et cette in-i fluence si constante, si active, ne fait qu’augmenter le plaisir que nous éprouvons à les satisfaire. Les sentiments contraires aux sentiments affectifs nous font éprouver de terribles douleurs; car ce n'est pas seulement le corps qui souffre, c’est encore l’âme. Mais telle est et telle doit être notre organisation : le mal fait rechercher le bien, et la peine fait savourer h' plaisir.

Sous le point de vue hygiénique , rien ne rend la circulation libre, le corps léger, la santé bonne, comme les affections expansives; rien ne refoule le sang au cœur, n’agite les nerfs, ne produit les insomnies, n'affaiblit le corps comme les af-

fections contraires. Les unes sont une condition de santé, les autres une condition presque sure de maladie. Il y a des pei nés, des sentiments dépressifs qu'on ne peut éviter; niais on affaiblit leur influence par cette force de résistance qu’on puise dans les bons principes et la saine raison.

Il est à remarquer que ce sont les natures faibles et ineon» plètes qui ressentent le plus les douleurs. Voyez les eufanK voyez les femmes, voyez les hommes énervés ou par les excè* de travail, ou par les habitudes vicieuses. Souvent une peine légère produit sur eux une action extrêmement puissante: elle les accable, les absorbe dans une seule pensée, et leur ligure porte* la trace profonde du sentiment pénible qu'il-* éprouvent. La peur, qui est aussi une affection dépressive, et qui est une des conséquences de ce tempérament énervé et impressionnable dont nous venons de parler, produit des effets de même nature. La peur pâlit, refoule le sang vers le cœur ou vers la tête, donne la sensation de la syncope, produit des tremblements nerveux, des sueurs glaciales, et va même, dans certaines circonstances, jusqu’à donner lieu à des maladies extrêmement graves.

Maintenant, si nous rapprochons de ce tableau les effets physiologiques des affections expansives, nous verrons tout l’opposé. Sous l’influence d'une bonne nouvelle, d'un bonheur désiré, d’une satisfaction obtenue, la circulation de vient libre, facile, vive. La température pourrait être au dessous de zéro, que la force d'expansion qu'on éprouva répand en soi une tiède chaleur. Le teint se colore, l'éner gie augmente, les yeux brillent, et on se sent capable des actions les plus belles et du dévoùment le plus pur. Rien ne rend indulgent, bon, prêt à tous les sacrifices, comme le bonheur vivement senti, et surtout le bonheur inattendu. Il n'y a que ceux qui ont l’habitude monotone du bonheur, qui ne peuvent sentir les prodigieux effets de ces jouissances. Toutefois, il y a une limite au delà de laquelle ces affections expansives produisent la douleur et la maladie. D’heureuses nouvelles ont tué les personnes qui le^ recevaient. Il y a des âmes qui peuvent moins supporter le plaisir que la peine. Elles savent résister à celle-ci , elles sont

désarmées contre celui-là. La conséquence de ce que nous venons de dire, c'est qu’il faut se raidir contre les affections dépressives , se livrer à l’expansion heureuse des affections contraires; mais il est nécessaire, il est bon de ne pas plus se livrer aux secondes que de s’abandonner aux premières. D’ailleurs , le seul moyen de ne pas altérer les fonctions nerveuses, de ne pas les rendre difficiles ou imparfaites, en leur taisant contracter une impressionabilité presque morbide , c’est de ne pas les pousser à l'extrême , soit dans les sensations expansives du plaisir, soit dans les effets dépressifs de la douleur.

Page 1