‹ Traité complet de l'horticulture pour les grands et les petits jardins, précédé de la botanique simplifiéeChapitre 230 sur 425 · DES PASSIONS · texte numérisé non relu

DES PASSIONS

Les passions sont les goûts , les sentimens , les instincts poussés à l’extrême. 11 y en a de deux ordres. Il y a les passions élevées , celles qui tiennent à l’esprit: la passion de l’étude, la passion de l’art, la passion du talent; c’est en quelque sorte l’enthousiasme soufflant son feu sur l’une des facultés humaines. Il y a les passions qui tiennent aux instints : dans ce cas l'esprit se tait; c'est le corps, c’est l’animal qui parle. La jalousie, la colère, l’avarice, l’ambition, viennent toutes de l’amour exclusif dont on caresse un besoin animal. On devient jaloux, parce qu’on craint de se voir enlever un objet à la possession duquel on attache exclusivement toute idée de satisfaction. On devient avare par amour de ce qui fait le bonheur sensuel, c’est-à-dire de l’or. L’avare est heureux, en contemplant les trésors qu’il amasse, de pouvoir se dire qu’avec cet or il achèterait châteaux, plaisirs,

amis", enfin tout ce qui donne des jouissances. L’idée qu’il ne tient qu’à lui d’avoir ce dont il se prive avec tant de courage, est pour lui un bonheur plus grand que celui de la possession. L’homme qui se met en colère, s'\ livre pour un intérêt d'une nature inférieure ; les criminels qui tuent, dans un de ces moments où un ressort intérieur se détend et leur communique une impulsion pour ainsi dire irrésistible, se laissent rarement emporter par cette passion pour un motif honorable. .11 y a toujours, au fond de ces révoltes de homme contre l’homme, un orgueil b!o‘ <é, un calcul trompé,

un intérêt lésé, une illusion détruite, ou d'autres causes de la même catégorie. L'ambitieux désire l’élévation, pour salisfaire ou son amour des richesses, ou son orgueil de position. Il y a peu d’ambitieux qui désirent monter haut pour avoir la facilité de faire le bien.

Les effets des passions de l’esprit ne sont pas certainement aussi mauvais, pour la santé, que ceux qui viennent d’une autre source. Mais le travail exagéré, l’amour d'un art poussé jusqu’à la passion, peuvent, en même temps, faire produire de grandes choses et amener de fâcheux résultats. L'innervation se fatigue , et la faculté elle-même peut s’user. 11 y a des martyrs de la science et de l'art, des hommes dont la santé s’est altérée sous l’activité toujours incessante de l'esprit, des hommes chez qui la lame a constamment usé le fourreau. Cependant il ne faut pas croire que les esprits passionnés trouvent toujours la douleur et la mort avant le temps. L’habitude donne une sorte de tempérament aux facultés; et il arrive que, plus on les développe, plus elles supportent avec énergie l’exercice fatigant et continu qu’on leur impose. 11 y a plus d’un exemple d’artistes et de savants qui s’oubliaient, les uns devant une œuvre, les autres devant le travail de la pensée, qui, tout entiers à leur création, laissaient passer les heures, les nuits, sans songer à manger et à prendre du repos. Quand Michel-Ange lit le merveilleux plafond de la chapelle Sixtine, il voulut être seul pour faire ce grand ouvrage. Nuit et jour sur son échafaud, la tête en l'air, il oubliait les journées, il oubliait le temps, et il ne finit cet immense ouvrage que pour en recommencer un autre ; tant chez lui l'excès du travail ne faisait que ranimer les forces et l’ardeur de la jeunesse.

Ces passions, du reste, n'ont pas la violence des autres; elles se mêlent de plus à une certaine jouissance, et leurs effets physiologiques doivent en être puissamment modifiés. Mais les passions moins élevées produisent des effets bien différents. La colère qui est spontanée donne lieu à un état de perturbation organique extraordinaire. Elle fait monter le sang à la tè‘e, et produit presque les symptômes de l'apoplexie; elle donne lieu à des convulsions, à du délire; elle

peut déterminer même la folie. Il y a des colères qui tuent: c'est une apoplexie réelle qui foudroie, ou un anévrisme qui se rompt. La jalousie marche en quelque sorte d'une manière chronique. C’est un mal caché, qui dévore mystérieusement. Le jaloux éprouve en lui un sentiment de souffrance indicible. Le cœur est comme comprimé, la respiration est suspendue, une contraction d’une nature particulière altère le caractère de la physionomie. Ce qui augmente surtout les souffrances du jaloux, ce sont ces alternatives d’espérance et de déception, de joie et de douleur auxquelles il est tour à tour en proie. Les fonctions n’y résistent bientôt plus, et le corps se prépare lentement à se laisser envahir par la maladie. L’ambitieux présente des symptômes à peu près semblables. Tant qu’il espère, une certaine force le soutient. Il va vers un but éloigné encore, mais dont il se rapproche chaque jour. Malheureusement, le moment de la désillusion arrive, pour le plus grand nombre des ambitieux : alors la passion atteint son paroxysme ; elle trouve sa fin dans le désespoir.

L’éducation a des moyens d’action contre ces passions terribles. On rendra un enfant moins colère, par la résistance, et surtout en lui faisant comprendre, quand le moment sera venu, que les complaisances doivent être la récompense de la bonne conduite, et que l’obéissance est nécessaire pour mériter la protection. On combattra l’avarice, en n’exagérant pas aux yeux des enfants le sentiment de la propriété; on combattra l’ambition, en ne développant pas l’orgueil ; enlin, on arrêtera la jalousie, en ne provoquant pas l’envie. Ce sont des règles qu'il faut suivre, lorsqu’il s’agit d’inculquer les premiers principes et de les mener à bien. À mesure du progrès de la vie, les difficultés deviennent plus grandes, et elles finissent par être insurmontables, il y a des règles d’hygiène à prescrire contre ces affections vicieuses. Il 11e lautpas nourrir trop substantiellement les personnes colères; le sang devient trop riche, distribue trop d’énergie dans les organes, et ce surcroît de force donne à la colère une violence telle qu’elle peut atteindre les plus graves excès. L'avarice est le \ice des vieillards, et il est difficile de lui opposer une force morale ou un régime physique. La jalousie et

l'ambition ont leur correctif dans 1rs passions expansives, tri 1rs que la religion, l’amour paternel ou filial, une amitié vive, etc.

Ce qu'il y a à faire de plus contre les passions, c’est la diversion. l)cs voyages dans les pays lointains, des sensations nouvelles, la vue du monde, qui donne à chaque instant une leçon, et qui froisse toujours celui dont le moral est transporté d’une passion plus ou moins puissante; tout cela impressionne, occupe, fait réfléchir et souvent peut corriger.

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