DE L'HOMME
L’homme a une double mission à remplir : il est obligé, par son intelligence, de pourvoir aux besoins de la communauté dont il est le chef; il faut que, par sa force physique, il soit le protecteur de la faiblesse. Donc, il est nécessaire qu'il développe, par l’éducation et par l’exercice, les forces de son corps et les facultés de son esprit .
L’homme qui 11e serait que robuste et fort pourvoirait aux besoins grossiers de sa famille, il pourrait la défendre au besoin; mais il manquerait des qualités qui ressortent du développement de l’intelligence. Il vivrait au jour le jour, il ne serait pas prévoyant, il n’y aurait pas de progrès dans son bien-être ni dans celui de sa famille; enfin il resterait en quelque sorte immobile dans son activité.
L’homme qui ne serait qu’intelligent ne résisterait bientôt plus a la fatigue de son esprit. Dépourvu de force physique, il s’userait bien vite par les excès du travail. Faible, il ne saurait se protéger lui-même ni protéger les siens; ce serait presque un enfant, tant son impressionnabilité serait grande, tant son irritabilité serait vive, que toute sa famille devrait entourer de sollicitude et de soins.
Que d’hommes de cabinet, usés par le travail intellectuel, présentent cette profonde détérioration de forces, en regard, en quelque sorte, de la brillante virilité de l’esprit! Sans doute, ceux-là vivent d’une manière qui est bien préférable a l’existence sans nom de celui qui jouit de toute, l’ampleur de ses forces physiques; mais ces deux extrêmes s’excluent l’un l'autre, et il faut que l’homme puisse suffire à toutes les exigences de sa nature et de sou sexe; il faut enfin qu’il soit apte à remplir le but pour lequel il a été créé.
Nous avons déjà dit comment il fallait développer les fa-
cultes, dans quelle mesure l'homme devait permettre à ses affections de prendre de l’empire sur lui, enfin combien les passions étaient à craindre et combien il était nécessaire de savoir et de pouvoir les maîtriser. Néanmoins, nous avons encore d’autres réflexions à faire sur ce sujet.
Les facultés formant par leur développement ce que l’on appelle l’activité intellectuelle, l’esprit, il faut les exercer de telle manière qu’elles ne se nuisent pas lés unes les autres. Bien qu’il y ait une certaine indépendance entre elles, elles se distinguent aussi par une assez grande solidarité. Pour qu’un homme ait un grand mérite dans un ordre spécial de connaissances, il ne peut être isolé dans la circonscription étroite du cercle de sa spécialité. Pour savoir bien ce qu’il sait, il faut qu’il sache autre chose; enfin, qu’à coté d’une faculté très— développée, il y en ait d’autres qui soient très-développées aussi. Un a dit souvent qu’un homme qui ne savait que son métier n’était qu’un ignorant. C’est une des vérités les plus v raies parmi les vérités connues ; elle veut dire que, pour bien savoir, il faut beaucoup savoir. Que l’éducation, que l’instruction soient donc dirigées vers un but un peu large, vers un résultat d’ensemble. Agir autrement, ce serait faire tout aussi mal que si on exerçait exclusivement la force musculaire d’un bras, en laissant s’énerver et maigrir les muscles des autres membres.
Les affections doivent être recherchées , cultivées par l’homme. C’est dans sa famille, au sein de laquelle il va se reposer de ses travaux, qu’il trouve les affections les plus douces. Au sein de l’amitié, il en trouve d’autres qui lui tiennent lieu , quand il est sans famille ou loin d’elle, de celles qu’il regrette ou qu’il n’a pas; mais il ne doit s’y livrer qu’avec modération. Les hommes qui laissent trop parjer la voix du cœur perdent de cette sagesse de raison, de cette force de caractère qui est nécessaire, le plus souvent, pour dominer les événements heureux ou tristes de la vie.
Les affections sont entraînantes quand elles ont acquis une certaine puissance^ ét elles font souvent dévier* de la ligne qu’on doit suivre, ou pour dominer ses instincts, ou pour remplir son devoir. Ce qu’on aime d’ailleurs à voir dans
l'homme, c'est cette force morale, ce sang-froid qui devient, pour les natures faibles, non-seulement un exemple à suivre, mais encore un soutien dans la douleur, une espérance dans l’adversité. Tel doit se montrer l’homme, pour remplir sa mission dans les circonstances où le place son sexe.
S’il se laisse entraîner aux émotions, s'il s'amollit dans une existence toute de sentiment, il ne sera propre ni a la de famille, ni à ses obligations \is-a-vis du monde et vis-àvis de la société; il ne saura pas faire de sacrilices. Devant un malheur, lui, le plus fort, succombera aussi vite que le plus faible. Appelé à se montrer, à payer de sa personne, l'émotion du danger, la crainte du mal, lui leront commettie un acte de lâcheté. Ce sont les hommes énervés par des habitudes sédentaires et par la molle influence de la vie de famille, ce sont ceux qui ont été ce qu’on appelle des enlanfs gâtés, qu’on pourrait ranger dans cette catégorie. Tout dépend donc du premier pas dans la vie; le caractère se lait, le" dispositions se développent, l'homme enfin se compose suivant les principes qu'on aura suivis dans la première éducation. Si la direction est vicieuse, le physique s’en ressent.
Les enfants faibles, sensibles, lymphatiques, à estomac délicat, sont en effet ceux qu'on adore dès leur naissance, et qu'on gâte en raison du culte dont ils sont l’objet. On le" couvre de vêtements accablants pour peu que la température change; on les inonde de tisanes pour peu qu'ils laissent poindre une légère incommodité ; on les gorge de sucre ries, on leur fait manger tout ce qui peut se trouver, non pas de plus sain, mais de plus délicat; c’est à la suite de ce régime si déraisonnable que le tempérament prend un caractère morbide, et que l’enfant devient chétif et maladif. Alors les soins redoublent, le petit malade devient le point de mire de tous les soins, de toutes les préoccupations de la famille; ces soins trop affectueux, pour ne pas être aveugles, développent de plus en plus le vice d'un tempérament qu'il faudrait plutôt réprimer; et l’enfant, vivant et grandissant au milieu dhs mêmes prévenances, des mêmes sympathies qui l'ont accueilli dès le berceau , contracte une sensibilité \ive? une grande facilité d'émotions, au lieu d’acquérir la
foire morale et l’énergie physique qui auraient résulté d’une éducation autrement comprise et autrement commencée.
L’homme, pour se mettre à l’abri des fautes et des crimes, ne doit pas se livrer à l’entraînement des passions. Les passions sont aveugles, nous l’avons déjà dit; c’est un ressort qui se détend en nous, et nous pousse sans que la réflexion ait le temps et la force de nous arrêter. Lue éducation d’enfant gâté conduit aux passions. Quand on permet tout à un enfant, il finit par tout se permettre; et plus tard, s’il rencontre, dans la famille ou dans le monde, des obstacles inattendus qui s’opposent à la satisfaction de ses goûts, de ses instincts ou de ses vices, il se raidit, il s irrite, il se livre à des accès de colère, et peut, pour un motif de minime importance, de\enir un grand criminel.
Il y a des passions qui s’établissent par I habitude, si 1 éducation est mal faite, ou si la raison n’a pas une force suffisante pour lutter contre leur entraînement. Ces habitudes commencent par des goûts, se développent en de>enant des besoins, et finissent par s’établir assez solidement poui dominer même la volonté de celui qui voudrait s en cou igei .
Tel est le joueur : il joue d’abord pour passer le temps; il éprouve des émotions dans cet amusement, et il le recherche pour y retrouver cette excitation particulière qu il donne. Bientôt cet intérêt devient plus vif, parce que, pour augmenter ses émotions, le joueur augmente de plus en plus ses enjeux. Ce n’était d’abord qu’un amusement sans importance , cela devient un intérêt qui absorbe tous les autres ; il ne s’agit plus de jouer pour se procurer un plaisir, une satisfaction, pour remplacer, par une occupation agréable, l’ennui qui s’empare souvent de soi dans le monde; il faut jouer pour rattraper ce qu’on a perdu, il faut jouer pour gagner. Si les bons principes ne sont. pas oubliés, ils peuvent ramener le joueur à la modération, à un changement de conduite; mais, dans le cas contraire, la passion marche d’un pas de plus en plus pressé. Le jeu est l’unique pensée de celui qui voulait passer les jours et les nuits à s’y livrer avec ardeur. Tout sentiment , tout devoir disparaît devant ce besoin , et de là à l’abandon de la famille, à l’oubli de tous les devoirs,
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et aux actions les plus \ iles el même les plus criminelles, on le sait , il n’y a qu’un pas.
Certains tempéraments prédisposent aux passions : le tempérament nerveux, à cause de sa vive sensibilité, prédispose aux passions qui viennent des affections; ce sont ceux-là chez qui l’envie et la haine, la jalousie et la vengeance sont poussées à l’extrême. Calmer l’irritabilité nerveuse par un régime doux, éviter les émotions vives que recherchent de préférence les personnes impressionnables, c’est diminuer la puissance des causes qui peuvent amener à leur suite les grandes passions.
Le tempérament sanguin est enclin aux violences, à la colère. Les hommes chez qui le sang monte rapidement à la tète, ont des moments pendant lesquels ils ne savent rien respecter; alors ils peuvent tout faire craindre. Le régime frugal, les bains répétés produisent un amendement notable dans cette terrible disposition. Ce n’est pas assez pour la faire disparaître (il n’y a que le sentiment du devoir et l’inlluence de la raison qui puissent amener ce résultat), mais cela es! suffisant pour l’affaiblir.
Le tempérament bilieux a des passions renfermées, profondes, durables; il ne fait pas souvent l’homme criminel, mais il peut faire l’homme méchant. C’est chez les individus de ce tempérament qu’on rencontre les lèvres minces et pincées qui caractérisent la jalousie, l’cn\ie, la haine, et signalent celui qui les porte à la méfiance et à l’antipathie. Il est difficile d’agir sur une telle organisation, quand elle est bien établie; mais souvent les passions qui naissent de la mélancolie, si commune dans la constitution biliaire, se modifient quand ou porte une action sur le tube intestinal. Souvent un purgatif, donné à propos, a rendu gais et bienveillants des malheureux qui sont moroses et haineux ,. moins par un défaut de couir que par un sentiment exagéré de leurs souffrances.
Il est nécessaire que toutes les fonctions du corps se fassent bien pour que l’homme développe et conserve son énergie, enfin pour que sa santé ne s’altère pas sous l’influence des moindres circonstances. Les fonctions sont le résultat de 1 activité des organes, et il faut que les organes soient sains
pour que leur activité puisse être maintenue dans ses conditions normales. Ce mouvement fonctionnel des organes diminue ou s’exagère, s’égare ou s’interrompt; et ce sont ces divers états qui préparent ou produisent les maladies. Poui éviter les résultats toujours fâcheux et souvent funestes qui en sont la suite, il faut veiller à la conservation de la plénitude des fonctions des organes. C’est le précepte principal de l’hygiène; c’est là, le secret de la santé.
Pc cerveau est l’organe lç plus important de l’economie. Pour conserver l’intégrité de ses fonctions, il ne faut pas lelaisser dans l’inertie. L’exercice lui est nécessaire, il lonctionne sans cela avec difficulté et avec lenteur. Les excitants ne lui sont pas bons, excepté quand il est devenu paresseux par inaction. Les stimulants, comme le café, par exemple, lui redonnent alors l’énergie nécessaire pour rendre le travail facile, de difficile qu’il était ; le thé produit à peu près les mêmes effets.
La tête doit être libre, peu échauffée, surtout chez les personnes qui travaillent beaucoup d’esprit. Lien ne congestionne le cerveau comme ce genre de travail, et c’est augmenter cette cause, déjà si active, d'une autre qui ne l’est pas moins, en gardant la tête trop couverte le jour, dans le cabinet, et la nuit pendant le sommeil.
Lorsqu’on ressent dans la région du front une douleur pesante, qui semble comprimer le fond des yeux et nuire au libre exercice de la vue, c’est un avertissement de la fatigue du cerveau. Il faut alors interrompre son travail, aller se promener au grand air, et même manger un peu ; car rien ne déplace l’excitation cérébrale comme l’exercice de l’estomac. C’est pour cette raison, que la pensée n’est jamais plus libre que lorsqu’on a l’estomac vide, et qu’elle n’est jamais plus embarrassée que lorsque l’estomac est plein. 11 ne faut jamais travailler d’esprit quand on digère. De ces deux choses, il y en a nécessairement une qui se fait toujours mal.
Les poumons et les organes vocaux doivent être exercés avec modération, pour conserver à leurs fonctions toute leur intégrité. 11 faut prendre soin des qualités de l’air qu’on respire, et ne s’exposer qu’avec précaution à l’influence des
changements atmosphériques. Il Tant, aux poitrines altérées par un commencement de maladie, un air chaud et humide; aux poitrines saines, mais délicates, un air vif, mais peu froid. Les bonnes constitutions peuvent s’accommoder de l’air de tous les lieux et de tous les climats, en ne commettant pas d’imprudences. Les boissons doivent être attiédies, pour les personnes dont les poumons sont malades; elles ne peuvent être prises froides, par les poitrines délicates, que s’il n’existe ni chaleur ni transpiration. La flanelle est une excellente cuirasse contre les dangers dont l’atmosphère entoure les poumons.
L'estomac et les intestins se fatiguent par une alimentation trop abondante ou par une nourriture de mauvaise qualité. Il faut que les aliments soient bons et substantiels; maison doit se garder d’en charger l’estomac outre mesure. Rien ne suspend l’exercice des facultés comme la nécessité d’une longue et laborieuse digestion. On travaille d’autant moins d'esprit , et même de corps, qu'on mange davantage. Aussi, les hommes de cabinet mangent peu, pour pouvoir travailler beaucoup. Ce sont les exigences de la vie active de l’époque, qui ont fait diminuer le nombre des repas, et qui ont placé le plus substantiel au moment de la journée où cesse toute occupation. C’est une excellente pratique d’hygiène, à laquelle on ne savait pas se soumettre avant nous. Il est à désirer que cette habitude ne se borne pas aux grandes \ illes : les provinces devraient l’adopter.
Les repas substantiels sont nécessaires à qui dépense beaucoup d’énergie physique. Les hommes qui sont employés aux travaux pénibles de la campagne et des manufactures s’épuisent rapidement, par des transpirations répétées, et par une fatigue sans repos suffisant ; ceux-là ne sauraient réparer et soutenir leurs forces qu’à la condition de multiplier leurs repas. Par une raison contraire, ceux qui vivent d'une vie oisive, et qui exercent peu leur esprit, doivent être sobres dans le choix comme dans la quantité de leurs aliments. S’ils ne suivent pas ce précepte, le travail qui s’opère en eux se fait au profit de la digestion; l’estomac devient le principal organe, c’est en quelque sorte le pivot de l’existence. Il est rare que
los individus de cette catégorie, qui vivent presque exclusivement par l’estomac, ne meurent pas des suites de leur succulent régime : ou une grosse indigestion les emporte, ou c’est une foudroyante apoplexie.
L’exercice régulier du foie est lié, pour ainsi dire, au degré d’activité de l’estomac. Une étroite sympathie les fait dépendre l’un de l'autre. Ainsi dirons-nous des intestins qui ne sont, comme on le sait, que le prolongement de l’estomac lui-même. Cependant les intestins reagissent sur l’estomac, comme cet organe réagit lui-même sur le reste du canal digestif. Des purgatifs doux, des bains, des lavements adoucissants sont une excellente pratique pour neutraliser les conditions mauvaises qui pourraient se développer dans le bas-ventre, et caractériser, têt ou tard, de graves maladies. Un purgatif, administré à propos, peut éviter une fièvre typhoïde.
L’excrétion des matières fécales doit être provoquée, si elle ne s’opère pas naturellement une fois au moins par vingtquatre heures. Les constipations opiniAtres déterminent des affections mélancoliques et des maux de tête chroniques ; elles Peuvent produire des congestions cérébrales, et causer, par conséquent, de graves accidents. L’excrétion urinaire mérite aussi qu’ori s’en occupe. S’opposer, par une contraction volontaire, à la satisfaction de ce besoin, c’est se préparer des spasmes de l’organe qui sont souvent fort difficiles à modérer. Ce que nous disons pour les excrétions de cette nature, s’applique à toutes les autres, comme le mucus nasal, le cérumen des oreilles, le fluide de la transpiration, etc.; il faut donc entretenir le libre exercice de ces excrétions, sous peinp d’incommodités fâcheuses et de maladies.
Le corps est relié, pour ainsi dire, par deux systèmes d’organes qui répandent en lui, l’un, la vigueur physique, et l’autre, la sensibilité. Le premier c’est le système circulatoire, le sang; le second c’est le système nerveux.
C’est à l’alimentation à fournir les éléments du sang; c’est à la respiration A le rendre vital, à le constituer propre à la vie. Les émotions vives troublent le système circulatoire: en modifiant les mouvements du cœur, elles altèrent le mouvement nain tel de la circulation. Les passions produisent ce
résultat avec plus d’intensité encore. Quand la passion a jeté son leu et que l’émotion s'est calmée, le système circulatoire reprend ses conditions ordinaires; mais si l’organisme est troublé, de temps en temps, par des révolutions de cette nature, les modifications passagères produisent des changements matériels, et il se forme dans le cœur des alterations, comme des anévrismes, des ossifications, qui finissent par jeter un tel trouble dans la marche du sang, que la moindre émotion devient une douleur allreuse, et que la vie ne tarde pas à s’éteindre. Beaucoup deviennent asthmatiques par l’existence d’une altération dans le cœur.
Ce qui développe l ’irritabilité du système nerveux, c est l’insuffisance d'énergie, c'est l’inégale distribution des forces. Ces névroses, qui fixent une douleur sur toute une partie du corps, ou dans une place circonscrite, tiennent le plus souvent à cette cause. L’exercice bien entendu, et quelquefois la gymnastique, produisent d’excellents résultats.
C’est en veillant à l’accomplissement de toutes les fonctions et à la conservation de l’équilibre de toutes les forces, qu’on parv ient à éloigner les maladies et a prolonger 1 existence. L’hygiène privée et publique ont fait assez de progrès depuis un siècle pour que les probabilités de la vie humaine aient augmenté de six à huit ans. Ainsi, la moyenne de la vie humaine est maintenant de trente-quatre a trente-cinq ans. C’est la part à laquelle chacun a droit sans empiéter sur celle des autres; c’est enfin la limite du temps a laquelle aboutirait la vie de tout le monde, si la masse des années était également répartie sur chacun. Mais le terme de la vie individuelle peut se reculer jusqu’à quatre-vingts ans et au delà. Cet Age se retrouve souvent dans la campagne et rarement dans les villes; et, puisque c’est à cette limite qu aboutit l'exception, on peut la considérer comme la limite extrême de la v ie chez l'homme.
DK K A FKMMK.
La femme n’a pas besoin que ses facultés soient développées comme celles de l'homme; elle vit moins que lui par
l’esprit . Ce n’est pas qu’elle ne puisse montrer line supériorité réelle dans les arts comme dans les sciences; mais, môme à des conditions égales, cette supériorité ne serait jamais qu’une exception. La forme, les conditions physiques de la femme, prouvent qu’elle a une mission à remplir bien différente de celle qui est l’attribut de l’homme. A eux deux, ils remplissent le but de la vie humaine. A chacun d’eux les conditions de son existence, et les exigences de son devoir.
La femme a la tête petite relativement au corps. La substance cérébrale n’a pas la fermeté qu’a le même organe chez l’homme. 11 y a, chez elle, une certaine mobilité dans les occupations de la vie, dans les applications de l’esprit, qui prouve combien peu elle serait apte à poursuivre laborieusement un but, ou à méditer longuement sur une pensée. C’est un argument en faveur de la modération de l’exercice de ses facultés. Il ne faut pas les laisser dormir et s’énerver dans une torpeur paralytique; mais il ne faut pas travailler d’une manière trop spéciale à leur développement.
Les facultés artistiques semblent être dans la nature de la femme, qui possède, comme on le sait, le sentiment delà poésie, le tact et l’enthousiasme. Mais la sensibilité des femmes est si vive, en général, qu’elles ne savent pas se garder des excès qui résultent d’un goût très-prononcé ou d’une passion plus ou moins violente. 11 faut donc modérer cette impulsion.
Les triomphes des salons exaltent tellement les femmes virtuoses, qu’elles oublient souvent les devoirs de la maternité et les obligations de la vie intime, pour aller s’y faire applaudir.
Le goût littéraire, chez les femmes, est devenu dans ces derniers temps une manie, une passion. On sait que celles qui s’y livrent se sont jetées, pour le plus grand nombre, dans les licences d’une indépendance sans frein.
Les sentiments sont, en quelque sorte, les vraies et les hautes facultés de la femme. C’est par affection que la femme se dévoue, qu’elle sait consoler, qu’elle sait secourir, qu’elle se sacrifie pour ses enfants, qu’elle s’attache profondément à son époux. Les affections doivent donc être plus développées chez elles que chez l’homme. On le sait, il n’est pas permis à
celui-ci de sacrifier aux intérêts des siens d’autres intérêts qui sont presque aussi sacrés. S'il est père, s’il est epoux, il i‘st aussi citoyen ; enfin il est membre plus actif que la femme de cette grande famille humaine à laquelle il doit porter son continrent de dévouement et de fraternité.
Mais la femme est faite pour la vie du toif conjugal , pour la rendre douce et heureuse, et pour attacher a son somenir de pieuses et de durables émotions. Cependant, il ne faut pas faire du développement de ces sentiments b* but exclusif do l’éducation; la femme est déjà si préparée aux affections, par sa manière d’être et par le but spécial qu elle a a remplir, qu’il faut se garder de les développer outre mesure. C’est par l’éducation morale et par la bonne direction de l’esprit, c’est-à-dire en lui enseignant à la fois les bons principes et la raison, qu’on arrêtera ce que ses affections pourraient avoir d’aveugle el d’exagéré.
Rien ne fait oublier les bons principes de l’éducation comme les mauvais exemples du monde. Aussi, il faudra éloigner les jeunes filles et les jeunes femmes de celles dont la conduite est blâmable. L’éducation morale ne peut pousser de profondes racines qu'à la condition de mettre I application ou la preuve en regard de la théorie.
Les plaisirs, les veilles, les bals, la culture exageiee des beaux-arts, les lectures d'œuvres littéraires qui font parler et agir les sentiments les plus faux et les passions les plus exaltées, développent une vive irritabilité nerveuse, une mobilité particulière des idées, une grande instabilité dans les opinions et dans les principes. C’est sous cette influence que la raison s’en va, et que la démoralisation s acbe\e.
Il faut se garder de développer l’orgueil des jeunes filles, de leur faire croire que leur heaute, leur espi it ou leurs grâces les placent au-dessus de leurs compagnes. Avec la louange qui compare, on produit la jalousie; avec la jalousie, b» besoin d’ètre flattée; et de la flatterie a la séduction il n y a qu’un pas. L’éducation de la coquetterie produit les mêmes résultats. Les habitudes de luxe qu’on fait contracter dès l’enfance, sans prévoyance et sans mesure, conduisent à des besoins, à des nécessités, pour la satisfaction desquels il y a
des femmes qui foui de grands sacri lices. Le luxe et ses jouissances peuvent devenir, alors, une passion tellement puissante, qu'elle impose silence à la voix de tout autre sentiment.
Pour que les femmes ne contractent pas cette mobilité, qui devient une condition de maladie, il faut qu’elles exercent leurs forces, eu ne s’adonnant pas à une vie trop inerte, en variant leurs occupations domestiques, en se livrant à l’exercice, à la gymnastique, dans le premier âge; en allant se promener au grand air, en ne s’entourant pas de ces précautions exagérées qui ne font qu’augmenter l’impressionnabilité nerveuse, et produire les tempéraments frêles et délicats. 11 est d’une hygiène bien entendue qu’elles ne prolongent pas leurs veilles. Il y a sans doute des exigences de société auxquelles il faut obéir; mais faire du jour la nuit, au milieu d’un air échauffé par les bougies et vicié par les émanations des personnes qui encombrent les salons, c'est vouloir épuiser ses forces et se préparer à contracter, progressivement, celte constitution de convalescent qui tient un milieu entre la santé et la maladie. Nous dirons la même chose pour les spectacles et pour toutes les réunions de même nature.
Les affections nerveuses de la tête et les maladies de poitrine ont souvent pour cause des habitudes qui ne seraient (pie d’agréables amusements si on s’y livrait avec modération. Les poumons sont une des parties délicates de la femme. Cet organe est exposé davantage aux influences morbides quand la femme a été mère et que sa poitrine s’est fatiguée par l’exercice trop actif des glandes mammaires. L’estomac et les organes digestifs sont peu énergiques; il ne faut pas cependant les traiter avec trop de soin, ce serait les énerver.
Une nourriture tonique conv ient généralement à la femme. Llle doit s'interdire les excitants de toute nature, car ils pourraient avoir chez elle de graves résultats : il est bien compris qu’il y a des circonstances qui peuvent faire et font exception à cette règle.
La peau est très-perméable, très-délicate; il faut se garder de trop développer Ja sensibilité dont elle est le siège, par l'u
sage exagéré des bains et de la plupart des cosmétiques. Il est seulement bon de conserver à ses fonctions la plénitude de leur exercice.
La femme a deux époques de la vie qui exigent les soins les mieux entendus : l'un, c’est l’établissement de la menstruation; l’autre, c’est l’âge critique. La menstruation s’établit avec d’autant plus de facilité que le corps est plus sain. Quand il y a un état de souffrance, de maladie, il est rare qu’elle se montre de bonne heure; ce retard complique d’ailleurs la situation, et ne fait que donner plus de gravité aux symptômes. Les jeunes fdles d’une sensibilité vive, d’une intelligence avancée, ont ordinairement une menstruation précoce. Ce développement des organes sexuels a lieu sous l’inlluence de l’activité de l’csprit. Dans le cas contraire, quand la menstruation s’établit sans l’excitation préliminaire de la pensée, elle éclaire la raison, elle explique à la jeune fille ses nouveaux besoins, enfin elle avertit la vierge de la transition qui vient de se faire entre ses premières années et son adolescence, il y a donc «à cette époque un double mouvement : l’un se passe dans le cerveau, et il faut y veiller par l’éducation ; l’autre dans les organes sexuels. Pour que la révolution qui se passe dans ceux-ci se fasse avec le moins d’ébranlement possible, il est nécessaire d’éloigner toute congestion vers la tète, et de fixer le sang vers les parties où il est naturellement sollicité. Les bains de pieds seront donc trèsutiles; les calmants, les adoucissants, le repos, les soins, la privation de toute émotion violente, de toute influence fâcheuse produiront les meilleurs effets. Il faut, dans ce caslà, entretenir le calme du corps et de l’âme.
Les mêmes préceptes devront être suiv is, mais moins exactement, car l’habitude aura facilité l’écoulement de la menstruation, à toutes les époques mensuelles qui sont pour les femmes, hors les époques de grossesse, une période régulière d’indisposition, sinon de maladie.
L’âge critique est le moment où la femme perd les conditions organiques qui la rendent apte à être mère. L’écoulement menstruel n a plus lieu, et il se passe dans le corps une foule de phénomènes morbides qui indiquent une sorte
de turgescence sanguine qu’on 11e peut dissiper, le plus souvent, que par la saignée. Cette époque terrible est bien nomnée. C’est réellement le temps critique pour la femme; il y en a beaucoup d’entre elles qui ne peuvent y résister. Afin d’éviter autant que possible les inconvénients qui sont la suite de ce changement dans l’état physiologique de la femme, il faut prendre des purgatifs légers, pour laisser libres la tête et les poumons; il faut que la nourriture soit peu substantielle, rendre la digestion plus facile eu prenant de légers repas, provoquer les sueurs, pour dissiper ou modérer, par ces transpirations, le spasme et la fièvre qui s’établissent; enfin, il est nécessaire d’occuper l’esprit et de faire agir le corps. Avec ces moyens réunis, qui pourront être organisés convenablement et complétés par les conseils d’un médecin, il sera permis d’espérer qu’on passera sans danger cette période terrible de l’ège, qui s’appelle, avec tant de raison, le temps critique.
HYGIÈNE DES TEMPERAMENTS.
La prédominance d'un organe, ou d'un système d’organes, sur les autres, constitue un tempérament. C’est cette prédominance qui caractérise d'avance, en quelque sorte, la nature des maladies auxquelles on sera le plus sujet. Plus un tempérament est marqué, plus la prédisposition morbide se développe, plus la santé se rapproche, en quelque sorte, de la maladie. Ainsi, les avantages des tempéraments deviennent des défauts, des vices, quand le système d'organes qui prédomine prend une inlluence considérable. Un exemple le fera mieux sentir. Le tempérament sanguin est le symbole
de la force, de la gaîté, dans une certaine limite; trop développé, il conduit à l’impuissance d’action, à l'embarras du cerveau, enfin à l’apoplexie.
Le beau idéal serait la fusion de tous les tempéraments entre eux, de telle manière que tous les appareils eussent une influence identique. Ce serait arriver au lemperamen lam lemperalum, au tempérament tempéré des anciens; mais cela est impossible. Tout ce qu'il est permis d'atteindre, c'est d’abaisser, d’affaiblir l’énergie que tel système d'organes, que tel appareil prend sur tel autre, d’établir, le plus possible, une sorte d’équilibre qui permette la santé.
La science admet quatre tempéraments, qui se combinent entre eux de manière à former des tempéraments intermédiaires. Ces quatre tempéraments principaux sont le tempérament samjuin , le bilieux , le nerveux ci le lymphatique. 11 y a de plus les idiosyncrasies, qui sont ce qu'on pourrait appeler les tempéraments personnels.
IH I KMI'ÉKAMEM’ SAMil l.\.
On reconnaîtra le tempérament sanguin aux caractères suivants : un teint frais et animé, une physionomie mobile,
un regard hardi, un embonpoint modéré, une cai nation belle, une chevelure abondante, un pouls plein, large et foit, une respiration facile et une aptitude très-grande aux excicices pour lesquels l'agilité du corps et l’energie des muscles sont nécessaires. Les personnes de ce tempérament se font remarquer par une grande vivacité d imagination, une faconde inépuisable, une mémoire lacile, une humeur toujours gaie; et c’est chez elles que la guerre, la galanterie et la
table comptent le plus de héros.
Tout ce qui excite le mouvement de la circulation augmente l’énergie et les dangers du tempérament sanguin : tels sont les travaux pénibles, les émotions vives, les passions violentes, les variations brusques de 1 atmospheie, 1 usaoe des boissons alcoolisées, etc. Lire nounituie trop substantielle et des habitudes sédentaires développent aussi les
conditions de ce tempérament.
Les personnes chez qui le sang prédominé sont tics— disposées au développement des maladies aiguës et inflammatoires*, elles sont fort sujettes aux hemori agios, toute excitation produit sur elles des effets considérables; aussi les excès leur sont interdits. Pour peu qu elles obéissent a dis goûts de ce genre, ou à des habitudes contractées, elles éprouvent un malaise général, des pesanteurs de tete, des vertiges, un besoin pressant de sommeil. Si l'indisposition se change en maladie, une grande chaleur se développé; le besoin de boire en abondance des boissons froides et acides se fait bientôt sentir; la peau devient sèche et le pouls rapide et dur Ces symptômes s’aggravent ou s affaiblissent suivant les circonstances. Une hémorragie plus ou moins considérable ou une sueur abondante peuvent les faire disparaître; si ni l’une ni l’autre n’ont lieu, il n’y a d’autre remède que la diète et
la saignée.
Le cœur, à cause de l’abondance et de la force d’impulsion du sang, peut contracter des anévrismes, sous l’influence d’une émotion vive, d’une colère, d’un mouvement de joie, d'un sentiment de terreur.
Des habitudes trop nourrissantes, qui concentrent les forces au lieu de les dissiper, donnent lieu à ces inflamma-
lions violentes contre lesquelles il est si souvent très-difficile de lutter. Le froid intense favorise le développement des maladies propres au tempérament sanguin; il en est de môme des grandes chaleurs. Les températures modérées et les climats tempérés lui sont bons.
Le régime à suivre, pour éviter les inconvénients fâcheux qui peuvent résulter de ce tempérament, consiste dans la diète des émotions, dans la sagesse delà conduite, dans un exercice modéré, l’usage des bains et des boissons rafraîchissantes, lu privation absolue des boissons alcooliques, du café, du thé; enfin dans une alimentation peu substantielle, et composée surtout de viandes blanches, de légumes et de fruits.
nu TEMPÉRAMENT BILIEUX.
Le tempérament bilieux est celui des habitants des climats
chauds. Ses caractères principaux consistent dans la coloration jaune de la peau, un corps grêle, une stature moyenne, une chevelure noire, un regard perçant, une figure osseuse et une physionomie qui indique le travail de la pensée. Il n’y a pas, chez les personnes bilieuses, cet entrain, cette disposition à parler beaucoup, qui se fait remarquer chez celles d’un tempérament sanguin; elles sont, au contraire, portées à la méditation et au silence. Chez les bilieux, les passions prennent un cachet de profondeur et de durée qui les rend capables des plus grandes vertus, comme des erreurs les plus ciiminclles. Enfin, c’est parmi eux que se trouvent les hom-
mes les plus féconds en conceptions hardies, et qui savent le mieux les réaliser. Il est rare que le tempérament bilieux ne se combine pas avec le nerveux : dans cette hypothèse, la sensibilité s'y manifeste presqu’à l’état d’exaltation sous 1 empire de certaines influences.
Comme le loie, qui est l’organe prédominant de ce tempéïament, est excité par l’exercice des fonctions gastriques il faut porter son attention de ce côté. Ainsi on n’excitera pas 1 estomac par des aliments succulents ou par des boissons alcooliques, pour ne pas communiquer au foie cette même excitation qui s’y fixerait bientôt, par sympathie de fonctions et de voisinage.
On choisira donc ses aliments parmi les substances végétales mucilagineuses et acidulés; les substances animales, comme le lait, les viandes blanches, etc., sont parfaitement indiquées. L’usage exagéré des fruits peut produire des dérangements intestinaux; il faut donc en user avec sagesse. Comme boissons, les vins chargés d’alcool doivent, pour la plupart, être exclus du régime alimentaire; ce sont des excitants qu’il faut proscrire. On se bornera aux vins froids, au cidre, à la petite bière, et généralement aux boissons qui auront une petite pointe d’acidité. Les eaux carboniques, comme les eaux de Scltz et de Spa, pourront être ajoutées aux boissons dont on fera usage pendant le repas, pour rendre les digestions moins pénibles, pour aider, pour favoriser le travail des organes digestifs.
Il est utile d’éviter la chaleur, pour diminuer ou modérer l’action de la constitution bilieuse. Les bains sont un excellent remède contre la chaleur. Le froid modéré et l’humidité de l’air sont plutôt favorables que nuisibles, pourvu toutefois qu’on ne s’y expose pas sans prendre quelques précautions. Rien ne développe la tristesse et l’hypocondrie comme l’absence d’exercice, comme l’habitude de la vie sédentaire. On sait d’ailleurs que l'hypocondrie est l’exagération morbide du tempérament dont nous nous occupons.
Les fatigues corporelles, et plus ou moins violentes, sont loin d’être favorables aux personnes bilieuses. On dirait qu’elles sont organisées plutôt pour le travail de cabinet que pour les professions qui exigent seulement l’adresse et la force. Il est rare que les personnes d’une intelligence élevée n’aient pas quelque chose du tempérament bilieux. L’influence de l’imagination est cà redouter; il est rare qu’elle ne conduise pas à l’exagération des douleurs, des ennuis, des chagrins. Ce qui ne serait qu’un événement secondaire pour d’autres est un malheur irréparable pour les bilieux. Cette tournure d’esprit peut devenir une cause de grave maladie nerveuse, et peut produire, dans certaines circonstances, les diverses sortes d’aliénations. Il faut donc que les distractions, le séjour ou les promenades à la campagne, la vie de famille, les voyages, viennent au secours de cette disposition malheu-
reuse, qui se remarque d’autant plus qu’elle se joint à l’irrégularité des évacuations alvines, ou à l’opiniâtreté des constipations. Pour éviter autant les effets moraux que les congestions sanguines, il faut entretenir le ventre dans sa liberté.