DU TEMPÉRAMENT LYMPHATIQUE
Ce tempérament se développe sous l'influence d’une alimentation peu substantielle ou végétale, de l’humidité, de la saleté, de la privation de l’air pur et des rayons solaires.
Les soins exagérés qu’on donne aux enfants des grandes maisons produisent aussi un résultat semblable. L’estomac se détériore par les aliments délicats et sucrés dont on le charge ; les digestions deviennent laborieuses, difficiles. Les précautions qu’on s’empresse de prendre exaspèrent souvent le mal : alors la bouffissure succède à la pâleur, et on reconnaît trop tard, à ce caractère, qu’on n développé le tempérament lymphatique.
Voici du reste à quels signes on le reconnaît : l’embonpoint est prononcé, la peau est blanche et délicate, la physionomie fixe, et, pour ainsi dire, muette, la voix frêle et douce, la chevelure abondante et blonde. La force est en rapport avec le caractère, chez les lymphatiques; elle est sur la même ligne que l’énergie morale : la volonté cède toujours, et les muscles sont sans résistance. Cette faiblesse de la volonté les conduit à ne rien oser. Ainsi, ils n’affrontent ni grands périls, ni grandes entreprises. Loin de s’exposer à la fatigue intellectuelle ou à la fatigue du corps, pour atteindre un but quelconque, ils préfèrent se reposer dans une oisiveté douce, et laisser aux autres les laborieuses épreuves par lesquelles on arrive à la fortune et à la renommée.
Ce tempérament n’exclut pas cependant l’impressionnabiüte nerveuse; mais elle est loin d’y présenter les mêmes caractères que dans le tempérament nerveux proprement dit.
La sensibilité, loin d’y être vive, paraît obtuse; la mémoire est difficile, l’intelligence lente, les mouvements rares. 11 y a des enfants lymphatiques qui ne pleurent pas, qui ne se plaignent pas, et qui n’ont ni le courage ni le goût de participer aux amusements des enfants de leur âge.
Lorsque le tempérament se prononce davantage, le scrofule commence à se développer. Ainsi, par les froids humides, les glandes qui sont placées sous les mâchoires s’engorgent, durcissent, s’enflamment et s’ulcèrent. Les cicatrices se forment sans doute, mais elles laissent une difformité dont la cause est assez connue pour qu’on devine un scrofuleux à cette marque indélébile.
Les maladies scrofuleuses, ou autres, qui s’établissent, affectent une marche d’une extrême lenteur. Le tempérament lymphatique est le tempérament qui favorise le plus la formation des squirrhes, des cancers, le développement de la phthisie pulmonaire ; enfin, c’est la constitution par excellence des altérations profondes des tissus et des maladies chroniques.
A cause de cette extrême lenteur avec laquelle procèdent ces maladies, on ne s’aperçoit souvent de leur existence que lorsqu’elles ont déjà jeté de profondes racines. 11 faut donc être attentif aux moindres inégalités de la santé, de peur que ces caprices passagers ne soient les signes d’un mal réel, qui se cache et se développe sourdement.
Pour corriger le tempérament lymphatique, il faut l’air pur et sec, le soleil, l’exercice, l’alimentation substantielle, le vin généreux, la gymnastique, l’activité de l’intelligence, les bains de mer et de rivière. Quand les glandes se développent, il faut se garder de chercher à les dissoudre par des cataplasmes. Un abcès se forme, et la matière ne disparaît qu’en faisant une ouverture à la tumeur : cette nécessité amène une cicatrice. 11 faut donc, dans ces circonstances, appeler un médecin. Des soins bien entendus peuvent seuls éviter la suppuration et les inconvénients qui en résultent.
DK S IDIOSYNCRASIES.
On appelle idiosyncrasie le tempérament particulier auquel est soumis chaque personne. Qu’on prenne chaque personne à part, certainement aucune ne se ressemblera complètement par les traits du visage. II y aura des similitudes, des rapprochements; il n’y aura pas d’identité. Il en est de même pour les tempéraments.
Tout en appartenant ou au tempérament sanguin ou au tempérament nerveux, il y a une différence dans la manière de sentir, de voir, de respirer, de digérer. Ainsi, pour ne parler que de l’état du bas-ventre, telle personne ne se porte bien que lorsqu’elle est plus ou moins constipée; alors son esprit est libre et sa digestion active. Une autre, au contraire, même avec un tempérament semblable, ne se trouve en bonne disposition que lorsqu’elle jouit d’un peu de relâchement. Ces diverses manières d’être constituent les idiosyncrasies. D’autre part, les organes digestifs peuvent a\oir des répugnances et des sympathies qui ne s’expliquent ni par l’éducation ni par l’organisation. Ainsi, on cite l’exemple d’une femme qui éprouvait une attaque de nerfs des plus violentes quand elle mangeait une fraise; on avait beau la lui donner sans qu’elle s’en doutât, en la mélangeant à un aliment d’une autre nature, les mêmes spasmes se produisaient aussitôt que la fraise était parvenue dans l’estomac.
Ces dispositions particulières, qui sont permanentes et font partie du tempérament, ne doivent pas être considérées comme des bizarreries sans importance, dont on n’a pas besoin de s’occuper. Il faut s’en rendre un compte exact, car il est de la plus grande utilité que le médecin connaisse l'idiosyncrasie de son malade, lorsqu’il est appelé à lui donner des soins pour une cause quelconque. C’est d’une nécessité aussi grande que de connaître les conditions de son tempérament. Ceci explique pourquoi les médecins qui méritent le plus la confiance des malades, sont ceux qui ont des rapports anciens avec leurs clients, car ils ont été à même d étudier tout
ce qu’offre de caractéristique le tempérament particul ici de chacun.
11 y a des idiosyncrasies héréditaires. Quand elles sont marquées de manière «à sortir de la ligne des conditions ordinaires de la santé, elles forment ces maladies qui se transmettent dans les familles, et qu’il est difficile ou même impossible de guérir. Ces maladies sont dans le sang, dit-on, et on dit vrai. La cause qui les produit a pénétré en quelque sorte tous les tissus, de telle manière que le fils doit être frappé des altérations physiques de sou père.
Les maladies héréditaires sont nombreuses : ce sont ia goutte, le cancer, l’épilepsie, les scrofules, etc. ; les idiosyncrasies héréditaires sont plus multipliées encore. Pour empêcher que les secondes ne deviennent des maladies graves, il faut se faire diriger par un médecin; quant aux premières, le médecin est, h plus forte raison, indispensable.