‹ Traité complet de l'horticulture pour les grands et les petits jardins, précédé de la botanique simplifiéeChapitre 235 sur 425 · DE L’ENFANCE · texte numérisé non relu

DE L’ENFANCE

Il est (1 une bonne hygiène que l’enfant soit allaité par la mère. G est elle qui peut seule lui donner ce premier lait, le colostrum , dont les qualités, moins nutritives que celles du lait ordinaire, sont parfaitement appropriées aux organes digestifs de l’enfant. Cette proportion continue, qui existe entre l’augmentation de la densité du lait de la mère et des foi ces du nourrisson, ne peut jamais se trouver, dans un rapport aussi harmonieux, chez une nourrice mercenaire.

L entant ne doit pas être nourri par une mère lymphatique, ou dont la santé soit détériorée par le germe d’une maladie quelconque. Les meilleures nourrices sont celles qui ont un tempérament bilioso-sanguin ou nervoso-sanguin, cl dont 1 existence n’a jamais été traversée par des maladies d’une nature héréditaire.

I endant le cours de 1 allaitement, il faut que la mère ou que la nourrice évitent toute émotion violente, tout accès de colere; il faut aussi que le mamelon soit conservé dans un bon état de propreté. Faute de prendre ces précautions morales et physiques, on pourrait transmettre aux enfants des maladies de la bouche, ou, ce qui est plus grave, leur donner des convulsions.

Une époque funeste pour les enfants, c’est celle de la dentition. On calcule qu’il en meurt près d’un sixième, à la suite des accidents qui en résultent. Des mouvements de sang vers la tète, des convulsions, voilà les symptômes qui se manifestent et qui souvent sont si difficiles à calmer. La muqueuse de la bouche est toujours plus ou moins enflammée Par *c travui* (^e I'1 dentition; en l’humectant avec de l’eau de pavot ou de laitue, coupée avec le lait, on calme ces douleurs, et on domine l’état inflammatoire. Pour remédier aux accidents nerveux, on peut donner des bains d’eau de laitue

et de pavot, et des lavements, avec la même décoction. On

quant une à deux sangsues derrière chaque oreille.

Quand, après une année, on sèvre l’enfant (on ne doit jamais le faire avant cette époque), on ne doit arriver à la nourriture solide que par degrés insensibles. Si on donne, sans prendre ces précautions, une alimentation trop substantielle, la digestion ne se fait pas, le ventre se ballonne, le dévoiement s’établit, des sueurs épuisent les forces, les os s’altèrent en perdant de leur dureté; et alors le rachitisme, et toutes les difformités qui en sont la suite, viennent témoigner contre les erreurs de régime. On connaît la cause, il est facile de l’éviter. Mais comment empêcher ces erreurs de régime, quand on livre le soin de son enfant à une nourrice étrangère, et qu’il est élevé loin de sa famille?

Après une année, l’enfant commence à s’initier plus directement à la vie; sa mémoire se développe, ses organes le servent, scs sens se sont habitués aux impressions qu’ils doivent recevoir. Alors il regarde avec intelligence, reconnaît et nomme ceux qu’il aime, balbutie des mots qui, dans sa bouche, forment bientôt des phrases, il essaie de marcher, et il marche bientôt sans peur et sans tomber. On doit surveiller tous ces mouvements, toute cette activité qui se développe presque au pas de course. Il faut faire exercer les organes , enseigner à bien parler le langage , surveiller la marche, apprendre à pratiquer la propreté, enfin jeter les premiers éléments d’une éducation qui commence. Sous le point de vue des soins matériels, il faut tenir l’enfant dans un lieu sain, largement éclairé par la lumière, le coucher sur des matelas de balle d’avoine et des coussins peu moelleux, peu couvrir sa tète, et aérer souvent la pièce qui lui est consacrée.

Jusqu’à cette époque, les enfants des deux sexes sont confondus; on dirait même, à les voir, qu’aucun caractère distinctif ne les sépare. Mais, bientôt, les deux sexes prennent chacun la physionomie qui lui est propre. Alors il faut redoubler de surveillance, il faut s’occuper, avec autant d’intelligence que de zèle, de l’éducation qui convient, suivant la

mission que chacun d’eux doit avoir à remplir dans le monde.

On laissera mener au jeune garçon cette vie de mouvement, d’activité, de bruit, qui développe les forces et trempe d’énergie les organes. On enseignera, à la jeune tille, cette existence calme, posée, qui est dans sa nature, et qui deviendra plus tard une de ses qualités. 11 est d’autant plus nécessaire d’agir ainsi, que c’est le moyen d’établir une séparation prudente, entre les enfants d’un sexe et ceux d’un autre. 11 ne laut pas oublier que c’est à cette époque de la vie que la surveillance réclame le plus de soins. C’est le moment diflicile de l’existence. Des habitudes funestes, des penchants \icieux peuvent s’établir, et il faut sa\oir les reconnaître en même temps que les corriger. La môme surveillance doit exister touchant les relations des enfants avec les domestiques. Ils sont exposés à entendre, dans cette société, des mots grossiers, des phrases obscènes, et à y prendre plus souvent qu’on ne pense des leçons qui ont généralement de tristes résultats, sous le rapport de l’éducation comme sous celui de la conduite.

Si malheureusement on s’aperçoit que l’enfant a échappé à l'œil maternel, que, malgré la vigilance constante dont il a été l’objet, il a contracté de vicieuses habitudes, il faut les détruire, coûte que coûte, par les peines physiques, les corrections morales, par les soins les plus éclairés, enfin, en désespoir de cause, se confier à un médecin qui, par ses connaissances et son caractère, peut agir, sur l’intelligence de celui qu’il faut corriger, avec plus d’énergie et surtout avec efficacité. Voici, d’ailleurs, a quels signes on reconnaîtra que ces funestes habitudes ont échappé trop longtemps à la clairvoyance maternelle, et ont déjà porté le ravage dans l’économie.

L'enfant sera silencieux, fuira la société de ses parents, aura l'intelligence lourde, la mémoire difficile, la physionomie sans mouvement. Une fièvre quotidienne se développera, les pommettes sailliront et une coloration rouge s’y fixera le soir; la respiration deviendra difficile; le matin, une toux sèche, et par quintes, se fera entendre; enfin la phthisie se développera avec tousses caractères. Il faut des années pour

que ces diverses périodes se succèdent. L’œuvre de destruction commence dès l’enfance et finit de seize à vingt-cinq ans. Ainsi donc dès le commencement, quand se marquent les premiers symptômes, on pourra arrêter le mal si on sait s’y prendre avec prudence, clairvoyance et fermeté.

L’éducation, l’instruction, doivent être extrêmement surveillées, à cette époque où rien ne se perd, ni les enseignements du bien, ni les leçons du mal. Les spectacles, les lectures, les amusements, les rapports du monde doivent être choisis avec intelligence, pour qu’ils ne produisent pas de funestes résultats.

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