DE L’AGE ADULTE
Pour la femme, l’àge adulte est l’époque du mariage, Alors, la jeune fille a quitté le giron de sa mère; elle est devenue mère à son tour. Une ère nouvelle s’ouvre pour elle, et la jeune femme connaît désormais assez la vie pour renseigner à ceux qui lui devront ou lui doivent déjà l’existence.
La femme jouit, dans l'âge adulte, de tout ce que la Providence lui a départi de facultés. Si le mariage l’a rendue mère, sa qualité la plus brillante, l’amour maternel, jette chez elle le plus x i f éclat. Ce mobile a une si grande puissance sui scs actions, qu il les transforme en quelque sorte. Sous l’influence de l’amour maternel, on a vu le vice se
régénérer dans la vertu. Ce qu’a de grand et de respectable cette passion, plaide en faveur du mariage. La femme n’est femme, dans l’acception morale de ce mot, que lorsqu'elle est mère; c’est alors qu’il lui est permis de faire briller aux yeux de la famille le trésor d’affections et de sentiment qui est dans son cœur. Sous le point de vue hygiénique, le mariage est encore à considérer. Sans lui, la femme conserve plus difficilement un équilibre convenable dans l’état de sa santé. Pourtant le mariage en lui-mème, et surtout les fatigues de la maternité, sont une source de maladies.
Voyez les femmes qui ont quelques années de mariage ; certainement il en est chez qui la beauté n’est pas détruite; mais quelle quantité nombreuse, surtout dans les grandes villes, ont le teint altéré, le corps amaigri, la poitrine flétrie, les digestions difficiles, la marche pénible, et peut-être le germe de ces maladies de l'utérus, si multipliées depuis qu'on a su les reconnaître, et qu’il est si rare de pouvoir guérir. Avec des soins bien entendus, cette déchéance physique peut s’arrêter dans sa marche et même ne pas s’établir, surtout si le tempérament est dans de bonnes conditions. Ces soins consistent dans l’exécution de règles de conduite, dont nous allons faire connaître, en quelques mots, les plus importantes et les plus efficaces.
La vie trop renfermée altère la santé; il faut l’exercice à l’air libre pour soutenir et développer les forces. Les veilles éteignent la fraîcheur; la vie mondaine rend les rides précoces. La modération, sous ce rapport, est une loi qu’il convient de suivre avec fidélité. Le travail des femmes doit être autant un travail mécanique qu’un travail d’esprit : le meilleur pour elles, sous le point de vue moral et physique, es 1 celui qui les fait les institutrices de leurs enfants. La broderie et tous les travaux manuels qui permettent la conversation et les excursions les plus capricieuses de la pensée, ne doivent occuper qu’à de rares moments : ce doit être la récréation d'un travail plus sérieux et plus profitable. Des femmes, surtout celles qui ne voient pas le monde, se négligent après leur mariage; c’est une grande faute. Des indurations
des seins, des maladies de l’utérus, des accidents du côté du bas-ventre sont souvent la suite d’un oubli de soi un peu trop exagéré. Nous insistons sur ces conseils, car ce n’est qu’en les pratiquant qu’on peut supporter et traverser sans danger les graves inconvénients de l’âge critique.
La femme qui vit jusqu’à la vieillesse en gardant le célibat, contracte peu à peu une maladie qui a beaucoup d’analogie avec le caractère hypocondriaque. Sous l’influence de cette mélancolie, l'irritabilité nerveuse se développe, les digestions s’altèrent, le corps maigrit, le visage se fane, et quelquefois des maladies plus ou moins graves se prononcent. Pour éviter l’invasion de la mélancolie et de ses tristes conséquences, il faut que la femme qui doit se résigner à vivre isolée se crée un intérêt assez puissant pour qu’il occupe exclusivement son intelligence; il faut surtout que cet intérêt soit entièrement en dehors des idées qui pourraient réveiller en elle des préoccupations d’une certaine nature. Ainsi, on a remarqué que les femmes qui gèrent un commerce supportent sans encombre pour leur santé l’isolement du célibat.
Chez l’homme, l’àge adulte est celui où il jouit de la plénitude de ses facultés; il recueille alors les fruits de son éducation et de son instruction premières. Son tempérament esl dessiné, et, suivant la tendance do sa constitution, la nature de ses habitudes et le genre de sa profession, il est apte à contracter des maladies dont la famille est malheureusement trop nombreuse. Cependant, comme l'âge adulte est encore l’âge de l’énergie, et môme de l’énergie dans toute son ampleur, les maladies prennent encore le caractère inflammatoire. Le régime doit donc être sage et modéré; et si on se permet quelques excès, il faut au moins qu’ils soient rares.
Pendant l’âge adulte, l’homme emploie toutes ses facultés et toutes ses forces au service de ses intérêts d’amour-propre, de gloire, ou de fortune. Mais, quelque puissantes que soient les passions qui l’entraînent, il ne doit pas oublier que le corps s’use et que la vieillesse se rapproche, sous les préoccupations exclusives, ou le travail incessant auxquels il se livre tout entier. 11 faut savoir en prendre et en laisser, comme le dit si raisonnablement un vieil adage vulgaire. C'est même le
moyen de multiplier les forces; rien ne les retrempe comme la variété des occupations et la pratique hygiénique d’uu repos sagement distribué.
Lorsque l’Age adulte s’avance vers ses extrêmes limites, il se produit une révolution dans les habitudes. Les plaisirs de la jeunesse ne sont plus de saison. Bercé par les douces habitudes du mariage, on cherche à se créer des satisfactions qui remplacent celles qui ont perdu la fraîcheur de leur attrait. Alors commence le culte de l’estomac; on recherche les réunions gastronomiques, et on vit en délicat gourmet et en heureux gourmand. Mais à côté des jouissances de l’organe du goût, il y a les désenchantements des organes gas triques. Ceux-ci se fatiguent, s’énervent, ou s’excitent et s’enflamment; et, de là, les indigestions, les inflammations, ou de l’estomac, ou des intestins, les maladies du système urinaire, les hémorroïdes, les congestions cérébrales, etc. Souvent, de telles habitudes préparent la péripétie mortelle qui atteint tant d’hommes après l’àge de soixante ans.
lUv LÀ VIEILLESSE.
Les cheveux sont rares et blancs, les dents manquent aux gencives, les yeux sont enfoncés dans des orbites saillantes, la peau est ridée, les joues sont flasques, les genoux tremblants et la main mal assurée; la vieillesse est venue! Lorsqu’on atteint cet Age, on ne vit plus que de souvenirs. Cependant on fient encore à l’existence : plus on se sent près de la quitter, plus on s’attache à elle de toutes les forces de la volonté.
Celui qui sera parvenu à la vieillesse, qu’il appartienne à l'un ou à l’autre sexe, suivra donc les préceptes que nous allons tracer pour lui. Il devra veiller sur ses poumons, car ils se prennent, à son âge, avec une extrême facilité. Un air sec et pur, et renouvelé fréquemment, est celui qui lui convient le mieux. Il évitera les transitions brusques de la température; elles pourraient devenir mortelles pour lui. Ses vêtements seront donc bien conditionnés ; il faut qu’ils entretiennent, à la surface du corps, une chaleur constante. 11 serait imprudent qu’il se découvrît pendant la saison chaude;
s’il peut les supporter, il doit conserver ses vêtements de drap de la froide saison. La suppression de la transpiration produirait des suites très-dangereuses ; car de là à des accidents qui pourraient amener une violente maladie, et puis mort, il n’y a, pour ainsi dire, qu’un pas ; on doit donc avoir soin d’entretenir la transpiration. Des frictions avec des brosses fines, imbibées d'une liqueur spiritueuse, seront une excellente habitude qui préviendra beaucoup de dangers. L’usage des bains doit être absolument proscrit; car on n’a pas besoin d’être affaibli, lorsqu’on a déjà trop de l’énervation produite par l’âge.
Les liqueurs légèrement alcooliques et les vins généreux, l’alimentation substantielle, mais prise en quantité modérée, l’exercice, sagement coordonné avec des occupations peu fatigantes , sont des règles de conduite qui doivent prolonger même la plus fragile existence, si on les met en pratique.