DE LA SITUATION DES CABINETS DE TRAVAIL ET DES ATELIERS
Les cabinets de travail où les hommes de bureau, les gens de lettres, les savants se livrent à leurs occupations ou à leurs études, devront être placés à un étage supérieur. Il» exigeront en outre une lumière suffisante sans être vive, des planchers élevés, un parquet au lieu d’un plancher de carreaux, le moins d’encombrement possible dans l’emménagement du mobilier, pour éviter l’accumulation de la • poussière et la difficulté de la chasser dehors par la ventilation ou les soins ordinaires de propreté. Les croisées devront être ouvertes le matin, et on aura le soin de les clore le soir. Il ne faut pas travailler à l’air libre, surtout la nuit, à cause de la fraîcheur humide de l’atmosphère. Si la chaleur était trop forte, comme cela arrive durant certaines nuits d’été, on prendrait la précaution de tirer les rideaux au-devant des croisées ouvertes, ce qui donnerait les avantages de la fraîcheur sans les inconvénients de l'humidité.
Les ateliers privés de la lijjre circulation de l’air, où la lumière est rare, où l’humidité existe, sont nécessairement très-malsains. Leur influence sur la santé des ouvriers est d’autant plus puissante, que ceux-ci, par la nature de leur profession , développent peu leur force musculaire. Dans cette dernière condition, ils deviennent quelquefois, dans un temps assez court, pâles, blafards, bouffis; ils contractent enfin les caractères principaux du tempérament lymphatique. Plus tard, les scrofules se développent, et les maladies qui en sont la suite ne manquent pas de se déclarer.
Les chefs d’atelier doivent remédier à ces inconvénients, en faisant disparaître les causes d’insalubrité j on y parvient en élevant le sol des ateliers humides et en le couvrant de planches. Pour y faire circuler l’air, on doit établir des cou-
rants, ouvrir des portes ou établir des volants à courant d'air dans les carreaux des croisées. Si la lumière n’entre pas assez abondamment, il est certainement très-facile de multiplier les ouvertures par lesquelles le jour peut pénétrer.
D’autre part, les ouvriers eux-mèmes doivent, par des soins d’hygiène bien entendus, conserver et même rétablir les forces que tend à affaiblir le séjour prolongé de l’atelier. Ces soins consistent à consacrer une partie du salaire à une alimentation aussi bonne que possible, à se donner du mouvement en plein air, à s’exercer aux manœuvres de. lorce, et à 11e travailler jamais, sans être bien couvert, dans l'air malsain où on est obligé de gagner son existence journalière.
Il y a des professions qui exigent, en quelque sorte, des ateliers malsains , comme celles de tisserand , de tanneur, de mineur. Le premier travaille dans des caves, le second a besoin aussi de l’influence de l’humidité, le troisième est obligé d’arracher le minerai du filon dans les entrailles de la terre et a la lumière de la lampe. Une fois qu’on est engagé dans une profession de cette nature, il faut en subir les conséquences, surtout lorsque, comme l’ouvrier, on n’est le maître ni de choisir ni de changer. Mais il est nécessaire de mettre le plus de soins possible à neutraliser les effets qui résultent de semblables professions.
Quelques précautions 11e suffiraient pas : dans la profession de mineur, surtout, il faut suivre avec persévérance un régime fortifiant, employer les rares moments de chômage à aller jouir de la lumière et respirer le grand air; il faut se livrer tous les jours a des exercices gymnastiques qui activent la circulation et préviennent cette dégénérescence lymphatique si commune dans les lieux privés del’influeiîce hygiénique des rayons du soleil. Des négligences, qui paraissent de prime abord sans importance, peuvent produire de grands maux : il 110 faut donc pas en commettre. C’est la continuation, sans interruption aucune, des soins que nous recommandons, qui devient un préservatif réel contre les altérations de la santé, et prolonge par conséquent la durée de la vie.
Les chefs d’atelier, les maîtres, les propriétaires d’usines ou de mines, devraient non-seulement faire connaître les préceptes hygiéniques les meilleurs pour l’entretien de la santé de leurs ouvriers, mais encore obliger ceux-ci à les mettre en pratique, en leur donnant la liberté et les moyens de le faire. Ce ne serait pas seulement un acte d'humanité, ce serait encore un calcul d’intérêt : un ouvrier dispos et bien portant produit plus et mieux, et dans un temps plus court, qu’un autre dont la santé est altérée et chez qui se prépare sourdement une maladie.