DE LA FORMATION D’UN HERBIER
Ce n’est qu’à l’aide des herbiers que l’on peut réunir sous sa main une grande collection de végétaux de tous les pays et de tous les climats. La possession d’un herbier permet d’étudier les organes de la fructification dans toutes leurs parties, d’en observer le nombre et la position, et d’acquérir sur les plantes des connaissances exactes. On en excepte toutefois les végétaux trop petits pour être soumis à la dessiccation sans en éprouver une altération trop profonde.
On trouve un autre avantage dans la connaissance des plantes sèches, c’est de prévenir, dans le traitement des maladies, ces trop fréquents et trop funestes effets de l’ignorance ou de la mauvaise foi des herboristes, qui souvent ne se font pas scrupule de vendre une plante pour une autre. L’inspection d’un herbier est donc essentielle, après les herborisations en plein champ, pour se familiariser avec les plantes, et apprendre à les reconnaître dans tous les états possibles.
Celui qui veut former un herbier doit choisir, pour cueillir les plantes, un temps sec, et le moment du jour où le soleil a absorbé l’humidité de la nuit. On a soin d’en élaguer toutes les parties détériorées et celles qui causeraient de la confusion. On peut, pour plus de précaution, les enfermer dans une boîte en fer-blanc, comme quelques personnes ont l'habitude le faire; mais, à défaut de boîte, il suffit de les mettre avec quelque soin dans sa poche, en évitant, autant que possible, de les froisser ou de les rompre. 11 est vrai qu’au retour on les en retirera fanées; mais un peu d’eau les fera bientôt revenir. Quand elles ont repris dans l’eau leur fraî-
cheur et leur consistance premières, on les essuie bien proprement avec un linge, puis on les étend et on les arrange avec goût entre les feuillets d’un vieux livre, ou tout simplement dans une feuille de papier gris. Une fois disposées ainsi, il ne reste plus qu’à les mettre en presse. Voici quelques-uns des procédés employés à cet effet.
Les uns préfèrent, à toute autre pression,' celle du corps humain, qu’ils jugent propre à faire évaporer plus promptement l’humidité; suivant d’autres, il vaut mieux les mettre en presse entre deux planches très minces, puis, alternativement, les exposer dans cet état au soleil et à l’air; d’autres enfin, pour atteindre plus promptement le but, se servent d’un 1er chaud, qu'ils passent sur le papier où sont arrangées les plantes, puis, ausssitût après, les exposent à l’air. Mais ce n’est guère que pour les plantes grasses que ce dernier moyen peut être employé.
Quelle que soit, du reste, la manière adoptée, il ne faut pas oublier de changer les plantes de place, de deux jours 1 un, tous les jours, et même deux fois par jour, suivant que le besoin le réclame, jusqu’à ce que le papier, absorbant leurs évaporations, il ne reste plus trace d’humidité dans les plantes. Pour arriver à les dessécher plus vite, on a soin d’en écraser les tiges ; et, lorsqu’elles sont trop épaisses, on coupe longitudinalement, et l’on détache avec précaution une partie de la cote et des boutons, de maniéré a n en pas déparer le coup d œil. On obtient encore une dessiccation très-prompte, en exposant les plantes a la chaleur d’un four. Quant aux plantes étrangères, qui nous arrivent sèches et en bottes, on les met dans l’eau pendant quelques heures pour les amollir; on les
ressuie proprement et on les met en presse.
Après s’être assuré que les plantes sont parfaitement desséchées, on les met dans du papier blanc, non collé, ou dans du beau papier gris. Si l'on veut les y coller, il faut se servir de la gomme aiabique, ou de la colle de poisson que l’on fait dissoudie dans 1 espiit-de-vin, et qu’on mêle de poudre de coloquinte, pour écarter les mites et autres insectes. On peut encore lescoudre, ou les fixerau papier avec desépingles. Enfin, il en est qui les laissent libres entre les feuillets du papier.
La duree d’un herbier est de cinquante ans, lorsque les plantes ont été bien préparées, et qu’elles sont ainsi conservées dans un lieu sec et à l’ombre.
Quant à 1 ordre à établir dans la disposition des plantes, il convient de suivre l’un des systèmes de classification les plus généralement adoptés par les botanistes, par exemple, celui de Linné ou celui de Jussieu.
I n inconvénient des herbiers, c’est d’altérer la couleur des fleurs, au point qu’elles en deviennent méconnaissables. Voici ce qui a été imaginé pour y remédier : on prend un papier fin, on le peint avec des couleurs à la gomme, qui reproduisent le ton de la nature, un peu moins vif seulement. Pour décolorer les pétales des fleurs, on les jette dans de l’espritde-vin, et on les en retirera l’état de membrane transparente et blanchâtre ; on les sèche de son mieux entre deux linges fins, et, après avoir enduit le papier peint d’un vernis gras, propre à faciliter l’adhérence, on les applique dessus avec précaution ; après quoi on étend sur la fleur un papier blanc que l’on presse jusqu’à ce que les pétales soient exactement calqués sur le papier coloré. Cette opération fonce légèrement la couleur. La fleur laissée en presse l’espace de quelques instants, on découpe tout autour le papier sur lequel elle est empreinte, et l’on applique ensuite ce papier, à l’aide d’une dissolution de gomme arabique, à la place exacte où la fleur devait figurer.
Les fleurs dont les couleurs ne changent pas dans la dessiccation doivent, pour être appliquées sur l’herbier, être collées séparément sur un papier que l’on découpe ensuite. Cette opération a pour avantage de leur donner beaucoup plus de relief.
Pour garantir un herbier des dangereuses atteintes des insectes, on trempe, dans une forte dissolution d’alun, de couperose, ou simplement d’écorce de chêne, le papier destiné à recevoir les plantes, et on attend, pour s’en servir, qu’il soit parfaitement sec.
Nous avons indiqué, en traitant des plantes médicinales, les moyens de préparer et de conserver les plantes destinées à l’usage de la médecine,