DE L’EXPOSITION
Un des points auxquels il faut avoir le plus égard, en fait de jardinage, c’est aux expositions. On les règle suivant les climats et la nature du sol. Dans un pays chaud, on doit chercher l’aspect du nord, pour modérer la violence de la chaleur; au contraire, dans un pays froid, il faut choisir l’aspect du midi, et se mettre à couvert du nord. Mais, en quelque lieu que l’on soit placé, on a toujours besoin d’un soleil favorable, parce que c’est l’âme de la végétation.
La meilleure exposition, pour un jardin, est le sud-est; le nord est la moins favorable, et le sud est préférable à l’ouest. A quelque exposition qu’on se trouve, il est bon que le terrain soit un peu incliné, surtout s’il est composé de terre forte.
Depuis la mi-août jusqu’à la mi-octobre, les vents chauds désolent l’exposition du midi ; la perte en est grande pour les fruits, surtout dans les arbres de tige. Vers le printemps, l’exposition du levant est sujette à des vents de nord-est; ce sont des vents de bise, fort secs et très-froids, qui brouissent les feuilles et les jets nouveaux, et font souvent tomber beaucoup de fruits, tant à pépins qu’à noyau. L’exposition du
couchant craint les vents de galerne, très-pernicieux, au printemps, pour les arbres en Heurs, et les vents d’automne, qui détruisent beaucoup de fruits. Enfin, les vents du nord désolent tellement les endroits qui y sont exposés, qu’on ne doit guère en attendre de bons fruits, surtout parmi les espèces d’hiver.
En quelque situation que soit un jardin, on a toujours lieu de craindre toutes les disgrâces de ces vents, comme on doit espérer de jouir des faveurs de chaque exposition, chacune ayant nécessairement tous les aspects du soleil; mais il n’est pas moins vrai qu’il y a des expositions qui sont plus ou moins favorisées, par rapport à l’assiette de tout le jardin, ou à chacun de scs côtés. Or, il est toujours plus avantageux que le jardin soit exposé au levant et au midi qu’en toute autre direction, ces deux premières étant absolument préférables à celles du couchant et du nord, et principalement dans le climat central de la France, où l’on a besoin de chaleur poulies fruits délicats et pour ceux d’hiver.
En cas de choix dans l’exposition, il faut se déterminer d’après la qualité de la terre : si elle est légère, on doit préférer l’exposition du levant comme la plus favorable ; si c’est une terre forte, et par conséquent froide, l’exposition du midi lui convient mieux.
En effet, la terre légère étant plus facile à être animée et échauffée, on n’a pas besoin d’une exposition hâtive; elle lui est plutôt nuisible, surtout si le climat est chaud ; car elle est sujette à brûler tellement les plantes, en été, que les potagers y deviennent presque impossibles; elle y engendre un nombre infini de pucerons qui percent les feuilles, ouïes font recroqueviller ; elle empêche que les fruits n’acquièrent leur grosseur naturelle, et souvent même elle les fait tomber avant leur maturité. Il faut donc laisser l’exposition du midi pour une terre froide et humide, et chercher plutôt celle du levant pour les fonds arides et sablonneux : les rosées de la nuit et les premiers rayons du soleil sont pour ces derniers des influences si efficaces, que le bon goût, la grosseur et la maturité des fruits s’y rencontrent toujours. Les arbres et les légumes s'y conservent parfaitement, d’autant que tout
y est à couvert des vents de galerne, ordinairement suivis de gelées blanches, qui endommagent presque tout ce qui s’y trouve exposé.
Ces avantages font quelquefois que l’on se contente aisément de l’aspect du levant, même dans les terres fortes. Cependant, cette exposition a aussi des inconvénients, dont le principal est d’être privée du bénéfice des pluies, du moins pour les arbres en espaliers, de manière qu’ils y souffrent une extrême sécheresse, si l’on n’y remédie. Les espaliers font mieux leur devoir au midi, parce qu’ils profitent des avantages de la pluie et que leurs fruits sont à couvert des vents; mais si l’on était dans un pays chaud, il faudrait se garder d’y mettre aucun fruit à pépin ni à noyau; ils sont trop délicats pour être exposés à une chaleur si forte, on les y verrait griller et gercer. Cette exposition n’est bonne, en de pareils lieux, que pour les orangers, citronniers, grenadiers, figuiers, muscats et autres fruits semblables. Les autres plantes, dans le climat du midi, seront plus avantageusement placées au levant, au couchant, et même au nord, qui est préférable aux deux autres, si la chaleur est trop grande.
L’exposition du nord a aussi son utilité dans les climats plus tempérés et plus froids. Quoiqu’elle y soit la moindre de toutes, et qu’elle ne doive jamais être l’aspect principal d’un jardin, outre qu’elle est suffisamment bonne pour tous les fruits d’été et pour quelques-uns de ceux d'automne, elle est très-propre aux herbages et aux légumes durant les grandes chaleurs.