DE LA NATURE DU TERRAIN. DE LA PENTE
Pour que le fond d’un jardin soit bon, voici les conditions dans lesquelles il doit se trouver.
Le terrain aura un mètre de profondeur de bonne terre; s'il y en a moins, les arbres, à six ans, ne feront plus que languir, et même les légumes à longue racine, comme artichauts, betteraves, salsifis et carottes, n’y réussiront pas. Soixante-quinze centimètres suffisent pour les choux, salades et autres verdures. Pour savoir s’il y a partout assez de bonne terre, il faut sonder le terrain en différents endroits, et même y faire quelques tranchées. La terre devra être meuble, c’està-dire facile à labourer et sans pierres.
On doit préférer à toute autre la terre noirâtre, sablonneuse et grasse; surtout qu’elle ne soit ni trop humide ni trop sèche. Celle qui est trop humide est froide, trop forte, pesante et peu propre à la végétation ; celle qui est trop sèche ou trop légère est sans humeur, et demande trop d’arrosements. Les toi res tiop fortes, qui approchent de la glaise, sont impénétrables aux eaux, pourrissantes, froides et tar-
dives, à cause de l’humidité qu’elles conservent; en temps de hâle et de sécheresse, elles se fendent, ne sont point traitables, et tout y meurt. Les terres meubles, douces, qui onl le grain menu et sans pierres, sont excellentes pour le jardinage, de même que les terres fortes et franches, qui sont rougeâtres, qui se manient, se labourent aisément, et qui ne sont ni froides ni chaudes. Les terres blanches sont presque toujour mauvaises ; les argileuses ne valent rien.
Si le terrain n’a pas naturellement une pente douce, on doit lui en ménager une, qui soit imperceptible et perpétuelle, dans toutes les allées qui régnent le long du levant et du midi ; cela procure deux bons effets : 1° on empêche que l’eau des pluies ne se répande dans le jardin ; 2° on la conduit jusqu’aux pieds des arbres, qui ont toujours besoin d’humidité dans ces expositions.
La pente est presque insensible, quand elle ne dépasse pas deux centimètres par mètre de longueur. Une pente commence à être rude, quand elle est de trois centimètres par mètre. Si elle les dépasse, il faut la corriger, soit en baissant le terrain le plus élevé, soit en élevant, par des terres d’apport ou des fumiers, celui qui est trop bas, soit enfin (ce qui est le dernier parti et le plus coûteux) en partageant cette grande pente en différentes portions, pour en former des terrasses particulières, les unes sur les autres, plus ou moins larges, suivant la disposition du terrain. Ce seront autant de jardins séparés; et, pour qu’ils ne s’éboulent point, on les soutiendra, ou par de petits murs, qui seront garnis d’espaliers, qui renverront la chaleur et formeront une belle vue, ou par de petits talus, bien battus et bien trépignes, où l’on placera quelques degrés, ou du gazon en glacis, bien plaqué, pour qu’ils soient plus solides.
Toutes ces terrasses sont d’un bel aspect, et très-bonnes pour les herbages et les légumes; mais on doit avoir la précaution d’en bien trépigner et battre les talus dans le fond, et que la partie haute de chaque talus soit un peu plus élevée que l’allée de la terrasse supérieure, afin que l’égout de celle-ci y fasse moins de tort. Tous les hivers, on y fera les réparations nécessaires, en y rapportant quelques terres,
qu’on trépignera et battra de nouveau. L exposition de ces talus est souvent fort avantageuse ; quelquefois même on en fait exprès pour les raisins et autres fruits dont on veut hâter la maturité.
On doit encore faire, d’espace en espace, dans les allées des terrains qui vont en pente, de petits arrêts, avec des ais qui n’excèdent la superficie des allées que de quelques centimètres, ou simplement de petites rigoles qui détournent les eaux des pluies dans les carrés voisins, et même, si cela ne suffit pas, on ménage au bas du jardin une sortie pour la décharge des eaux, ou bien on y fait une pierrée, dans laquelle elles se perdent en terre. Si l’on avait besoin de conserver les eaux pour les arrosements, on ferait, pour les recevoir, un réservoir en terre glaise.