DE LA DISTRIBUTION DU TERRAIN
Il est nécessaire de proportionner les carrés et les allées à l’étendue du terrain. Pour le distribuer d’une manière utile et agréable, il faut prendre d’abord trois allées, qui régneront dans toute la longueur du jardin. Celle du milieu sera visà-vis de l’entrée, et sera plus grande que les autres, pour la bonne grâce; et les deux autres régneront tout le long des murs, à un mètre 25 centimètres de distance au moins. On fera ensuite une allée ou deux de traverse, qui couperont la longueur du jardin, outre celles qu’on laissera aux deux bouts, à quelque distance des murailles, pour que le terrain du jardin soit isolé, et qu’on puisse se promener et travailler partout. Quant à l’allée de largeur, par laquelle on descend de la maison dans le jardin, elle doit être la plus grande, la plus propre et la plus riante de toutes, parce que c’est celle qui se présente d'abord, et dans laquelle on s’arrête pour considérer le jardin. Au surplus, on proportionnera le nombre et la largeur des allées, tant de longueur que de traverse, sur 1 étendue du terrain, en sorte qu'elles le partagent en carrés égaux.
Chaque cane seia bordé de plates-bandes qui accompagneiont les allées, et auiont 1 métré 25 à \ mètre 75 centimètres de largeur, suivant les proportions du jardin
On plante des arbres fruitiers en espalier le long des murs; on les met en buisson, en quenouille, ou en contreespalier dans le milieu des plates-bandes du dedans du jardin, afin que chaque côté de l’arbre soit également labouré. Toutes les plates-bandes, tant des espaliers que celles qui entourent les carrés, doivent être d’égale largeur, et n’être élevées que de 7 à 8 centimètres, pour ne pas faire paraître les allées trop enfoncées.
On ne doit jamais battre les plates-bandes sur le bord, cela les rend trop élevées du milieu. On borde chaque côté des plates-bandes, et le terrain des espaliers, de menues plantes, qu’on appelle plantes de bordure; en sorte qu’on se promène toujours dans les allées entre deux rangs d’arbres et deux lignes de bordures.
On placera le bassin directement dans le milieu du jardin, si on y en fait un, ce qui sera beau et très-commode, ne fut-ce que pour fournir les eaux si nécessaires aux arrosements.
Les carrés du potager seront continuellement garnis de légumes qui se succéderont les uns les autres, en sorte qu’ aussitôt que ceux d’une saison seront passés, on préparera la terre pour en recevoir d’autres. On divisera chaque carré en différentes planches d’égale largeur, pour cultiver plus aisément. Les planches seront dressées avec symétrie, et on les partagera par des sentiers qui auront de 30 à 35 centimètres de large.
Le partage des carrés fait, s’il reste quelque terrain, comme encoignure, langue de terre, ou autre, on pourra y faire des couches dérobées, pour y planter quelques légumes, ou en faire des cabinets, des loges à outils de jardinage, ou enfin des places à fumier, ce qui doit être le pis-aller ; car il n’y a pas de si mauvaise exposition qui ne soit bonne à quelque chose, et le grand art du jardinage consiste à n’avoir jamais de terrain inutile.
En regard de la maison, on place ce qui flatte le plus la vue et l’odorat, tel que fleurs, arbrisseaux et parterres; mais, comme ce sont ordinairement des lieux ouverts «à tout le monde, il est bon de n’y rien mettre dont la perte puisse
contrarier. Ainsi, quand on a plusieurs jardins, ou de grands terrains à sa disposition, on met le fruitier et le potager à pécart, hors de la portée des promeneurs. Mais, lorsqu’on n’a qu’un jardin d’étendue médiocre, on doit songer à l'utile, et employer son terrain en plantes de service, plutôt qu’en parterre et en fleurs. 11 faut pourtant toujours observer de disposer en face de la maison ce qui plaît le plus des différentes parties du fruitier et du potager. Il est bien de mettre en vue de beaux espaliers, de beaux buissons de fruits, dans les grands jardins, et des éventails ou des palmettes dans les petits.
Tour qu’il paraisse de l’économie et du goût dans la disposition d’un jardin, voici les règles données par les amateurs: si le jardin est petit, c’est-à-dire d’environ 12 mètres de large et d’une longueur proportionnée, on n’y fait qu'une allée de 2 mètres vis-à-vis de l’entrée, et, au plus, une ou deux autres petites allées aux deux extrémités, et des sentiers de 50 centimètres de large le long des espaliers.
Si le jardin est de médiocre étendue, c’est-à-dire de 20 à 25 mètres de large, on y fait l’allée d’entrée d’une largeur de 5 mètres, et les autres de 2 mètres. 11 restera au milieu un carré de 12 à 15 mètres de large, qu’on coupera en deux portions égales, ou par une allée de traverse, large comme celle des espaliers, si tout le carré a au moins 50 à 50 mètres de longueur, ou par un sentier d’un mètre, si ce carré n’a que 20 à 25 mètres de long. On en emploiera la première portion en herbages, et la seconde en arbres fruitiers, disposés en quinconce ou autrement, au milieu desquels on pourra mettre des fraisiers et de petits légumes, pendant les cinq ou six premières années que les arbres grandiront.
Si la surface a de 50 à 100 mètres de large, sur 50 mètres, et jusqu’à 100 mètres de long., ce qui fait un beau jardin, on y tera tout autour des allées de 5 mètres; on donnera un mètre de plus à l'allée du milieu, qui coupe tout le terrain en deux, et 2 mètres de plus à celle d’entrée, qui est parallèle au corps de logis. Des allées de traverse, larges comme celle des espaliers, formeront de beaux carrés : on appelle ainsi ceux qui ont 25 mètres de long sur 15 à 20 mè-
1res de large, encore mieux ceux qui sont à peu près carrés.
Si le jardin a cinq ou six arpents, il faut y faire vingt ou vingt-quatre carrés, donner 8 mètres de largeur à l’allée principale, qui est celle du milieu, et 4 à celle de la circonférence ou du pourtour du jardin, ainsi qu’à celles qui le coupent.
Lorsqu’une muraille courbe gêne, on doit faire néanmoins l’allée à angles droits et carrés, qu’on garnira toujours à droite et à gauche de jolies bordures. Les endroits qui auront plus de largeur qu’il ne faudrait, pour la disposition ordinaire, seront employés en fraisiers et autres plantes incapables de gêner les espaliers.
Quand le jardin est trop long pour sa largeur, après qu’on l’aura partagé en un assez grand nombre de carrés égaux, par des allées de traverse, on masquera cette longueur par une muraille ou par un treillage, ce qui multipliera les espaliers, ou par quelque palissade de vignes ou d’arbres fruitiers, ou encore par des bosquets.