DES LABOURS
Les labours des jardins se font ordinairement à la bêche, à la boue et à la fourche; il faut les réitérer souvent.
Ce n’est qu’à force de remuer la terre et de remettre celle de dessous à la place de celle de dessus, qu’on la rend meuble et légère, et capable d’absorber l’humidité de la rosée et de la pluie, et de recevoir la chaleur du soleil ; c’est aussi le labour fréquent qui, en même temps qu’il détruit les mauvaises herbes, rend la terre facile à pénétrer aux racines des plantes. Enfin, c’est par le labour que l’on donne de la fertilité aux terres qui en ont peu, et qu’on la conserve dans celles qui en ont suffisamment.
Le premier labour, qui est le défrichement du jardin, doit se faire par un temps sec, pour les terres humides ou fortes, et par un temps humide, pour les terres légères, sèches, sablonneuses ou pierreuses. Ces dernières se contentent de labours de profondeur médiocre ; les autres ont besoin d’être remuées à fond et labourées à vive jauge. Le tout se règle donc sur les différents tempéraments des terres.
Après ce labour général, il est nécessaire de laisser reposer la terre pendant quelque temps, afin qu’elle puisse se lier, et qu’abonnie par les rayons du soleil et les influences de l’air, elle devienne plus capable de recevoir toutes sortes de plantes et de semences. Cela sera observé particulièrement pour le potager, si l’on en a fait le défrichement en septembre ou octobre ; car alors la terre aura eu tout l’hiver pour se préparer, et la gelée l’aura rendue très-meuble et très-bonne. Si, au moment de mettre le terrain en culture, le fumier qu’on avait répandu sur la surface, six semaines ou deux mois auparavant, n’était pas bien consommé, fl faudrait, dans le second labour, qui aura 55 centim. de profondeur, le faire descendre à moitié de la jauge avec la bêche.
En principe général, on préparera toujours la terre par un premier labour, dans la saison qui précédera celle où l’on voudra planter ou semer. Ainsi, pour les plantes et semences du printemps, il est nécessaire que la terre soit fumée et labourée en hiver ; et, pour semer et replanter en été, on doit avoir labouré et fumé dès le commencement du printemps.
Le temps que l’on doit choisir pour labourer se règle sur la qualité des terres, comme pour la première façon qu’on leur donne ; c’est-à-dire, que les terres chaudes et sèches doivent, en été, être labourées ou un peu avant la pluie, ou pendant la pluie, ou incontinent après, et surtout s’il y a apparence qu’il en doive encore tomber. On ne saurait les labourer ni trop souvent ni trop avant, quand il pleut; et, par une raison opposée, il ne faut guère les labourer pendant la grande chaleur, à moins qu’on ne les arrose aussitôt. Les terres fortes, froides et humides, ne doivent, au contraire, être labourées que dans les grandes chaleurs et jamais en temps de pluie. Le seul remède, pour les terres qui se gercent, est de les labourer très-fréquemment et très-profondément. On doit encore observer de ne pas labourer les terres trop froides et trop fortes avant l’hiver; car, étant ainsi ouvertes et donnant trop d’entrée aux pluies et aux frimas, on les rendrait encore plus humides, plus gâcheuses et plus froides. On ne peut ordinairement labourer ces terres qu’en avril, ou quelquefois en mars, si le temps est favorable.
Pour la culture des plantes et herbes potagères, il est nécessaire de tenir toujours la terre meuble, soit à force de labourer à la bêche, comme pour les artichauts, les cardons et autres, soit à force de biner et de serfouir aux endroits où la proximité des plantes ne permet d’employer que la binette ou la serfouette, par exemple dans les fraisiers, les laitues, les chicorées, les pois, les fèves, le céleri, etc.
Biner ou serfouir, en fait de jardinage, c’est faire avec la binette ou la serfouette un léger labour, pour ameublir la terre, qui paraît battue ou sèche, autour des plantes auxquelles on veut procurer de l’humidité et de la nourriture sans en blesser le pied. Au lieu de binette, pour labourer, l’été, toutes les plantes potagères dont on craint de couper ou d’éventer les racines, meme les choux, les artichauts et les arbres, on se sert de crochets à deux dents de 50 centim. de long; rien ne remue mieux la terre que ces crochets. Il ne faut labourer à la bêche que lorsqu’on veut planter ou semer.
Quand on laboure des planches entières, ou même des carrés, pour y semer ou replanter, on doit disposer le labour de manière qu’il puisse fournir le mieux possible aux besoins des plantes qu’on y destine; car, comme il y en a qui veulent plus d’humidité que d’autres, par exemple les artichauts, les salades, l’oseille, les plantes à grosses racines, il faut faire en sorte que celles-ci retiennent complètement les eaux de la pluie; et quant à celles qui se contentent de moins, comme les asperges, il est inutile de se fatiguera faire des labours tout exprès pour leur procurer de la fraîcheur.
Dans l’intervalle des labours, on doit avoir soin de ratisser, ou d’arracher les mauvaises herbes qui croissent particulièrement l’été et l’automne, et qui se multiplient à l’infini si on les laisse grainer; cette opération empêche aussi qu’elles ne consomment la nourriture des bonnes plantes. On détruit ainsi les mauvaises herbes quand les labours sont récents; mais s’ils sont vieux faits, il faut labourer de nouveau ; et, par ce’ moyen, les mauvaises herbes, mises au fond de la terre, s’y pourriront et y serviront d’un nouvel engrais. Il est essentiel d’en excepter le chiendent et le liseron, qu’il faut
toujours extirper et déraciner avec le plus grand soin, car
autrement ils se reproduiraient.
La nécessité des labours fréquents ne permet pas de semer ou de planter ni beaucoup d’herbes potagères, ni beaucoup de fraisiers, près du pied des espaliers et des autres arbres à fruit : on n’y met que des plantes qui subsistent fort peu (b1 temps, par exemple des salades à repiquer, et il est encore plus à propos de n’y rien mettre, si l’on veut que les arbres s’en portent mieux. On excepte, à l’égard des espaliers, les plantes qui aiment le voisinage des murs, et qui ont nécessairement besoin de cet abri pour être printanières. On en
excepte aussi les plantes des bordures, qui doivent toujours accompagner les allées et garnir le bord des plates-bandes; mais le reste du terrain de ces plates-bandes restera libre, autant que possible.