SUIVANT LA NATURE DES PLANTES ET CELLE DU SOL
Pour donner ici une introduction méthodique à la culture du potager, et fixer les principes qui doivent ouvrir la carrière du jardinage, nous commencerons par faire connaître le naturel des différentes plantes, et nous les partagerons en plusieurs classes, afin de réunir, dans chacune de ces classes, toutes les plantes qui doivent être cultivées de la même manière; puis nous traiterons des terrains et des expositions qui conviennent le mieux à chaque espèce de plante; et enfin de la culture spéciale de chaque plante en particulier.
1. Plantes qui restent dans la place où ou les sème. On ne transplante pas les carottes, panais, navets, radis, raves, betteraves, chervis, scorsonères et salsifis, le persil, le cerfeuil, la corne-de-cerf, le cresson alénois, la pimprenelle, la poirée h couper, le pourpier, la patience, les épinards, la chicorée sauvage, les laitues h couper, les mâches et les raiponces, les pois, les fèves, l’ail, l’oignon rouge et les échalotes.
2. Plantes qu'il faut transplanter. Les cardes poirées, le céleri, les chicorées blanches et les laitues, tant à lier qu’à pommer, à moins qu'elles n’aient été semées bien clair ou éclaircies; les melons, les concombres, les citrouilles, les potirons.
o. Plantes que l'on transplante si Von veut. 11 est indifférent de laisser en place ou de transplanter le basilic, l’anis, la bourrache, la buglose, le fenouil, la ciboule, la sarriette, le
thym, le cerfeuil musqué, les câpres capucines, les cardons, l’oseille, l’oignon blanc et les asperges.
4. Plantes dont on coupe une partie des feuilles et des racines en les transplantant. Les artichauts, la poirée, le céleri, les poireaux.
5. Plantes dont on ne fait que rafraîchir les racines sans toucher aux feuilles. Les chicorées, les laitues, l’oseille, les câpres-capucines, la sarriette, la bonne-dame, la bourrache, la buglose, l’estragon, la passe-pierre, le basilic, la marjolaine, les violettes, l’alléluia, les choux, les melons, les concombres, les potirons, le pourpier, les radis et raves pour graines, et les fraisiers.
6. Plantes qui se multiplient de graine. Absinthe, ache, anis, asperges, basilic, betteraves, bourrache, buglose, câpres-capucines, cardes-poirées, cardons d’Espagne, carottes, céleri, cerfeuil, chervis, chicorée blanche, chicorée sauvage, choux, ciboules, concombres, corne-de-cerf, cresson alénois, épinards, fenouil, fèves, laitues, lavande, laurier aromatique, lentilles, marjolaine, mâches, melons, navets, oignons, oseille, panais, passe-pierre, persil commun, persil de Macédoine, pimprenelle, poireaux, poirée, pois, potirons, pourpier, raves, raiponces, rhubarbe, rocamboles, romarin, roquette, scorsonères, salsifis, sarriette, thym, tripe-madame, etc. Il y a pourtant plusieurs de ces plantes qui se multiplient aussi par marcottes, par rejetons et par boutures.
7. Plantes qui se multiplient autrement que par laqraine. Il y a certaines plantes qu’on ne sème pas, parce que cette voie serait trop longue, et qu’il est plus prompt et plus facile de les multiplier par rejetons, traînasses ou stolons, caïeux, boutures et marcottes : telles sont l’absinthe, l’ail, l’alléluia, les artichauts, le baume, les cives d’Angleterre, l’estragon, les fraisiers, les framboisiers, la lavande, le laurier, la marjolaine, la mélisse, l’oseille, la sauge, le thym, la tripe-madame, les violettes, etc.
L’ail se multiplie par les caïeux ou gousses qui se forment en terre, au pied du plant.
L’alléluia, par des traînasses ou rejetons qui sortent du pied, comme aux fraisiers et violettes. . ,
Les artichauts se multiplient par leurs œilletons, rarement de graines.
Le baume et l’estragon, de traînasses et de boutures.
Les cives d’Angleterre, de petits rejetons qu’on trouve autour de leurs touffes, et qu’on replante.
Les fraisiers, par des traînasses ou stolons qui sont des espèces de filets rampants sur terre, qui prennent aisément racine à l’endroit des nœuds qu’on y voit.
Les framboisiers blancs et rouges, par des rejetons d'un an, qu’on replante au printemps.
Les groseilliers rouges ou blancs, à peu près de meme, par des rejetons qui viennent du pied, et par des boutures qu’on transplante au printemps.
L’hysope, par des rejetons.
La lavande, de graines et de vieux pieds replantés.
Le laurier aromatique, de graines et par marcottes.
La mélisse, de traînasses et de boutures.
L’oseille ronde, par rejetons ou vieux pieds qu’on éclate.
La rue, uniquement par boutures et par marcottes, quoiqu’elle fasse de la graine.
La rocambole, par gousses et graines.
Le romarin, de branches un peu enracinées et de graines.
La sauge, par des rejetons un peu enracinés.
Le thym, par rejetons enracinés, plus vite que par graines.
La tripe-madame, par rejetons ou par graines.
Les violettes doubles ou simples, plutôt de rejetons que de graines.
8. Plantes vivaces. On appelle ainsi les plantes qui subsistent pendant plusieurs années.
Les unes ne produisent qu’une fois l'an, ce sont les artichauts, les asperges, les fraisiers; mais aussi ces plantes se conservent fort longtemps.
Les autres produisent plusieurs fois de suite dans la même année; ce sont, l’oseille, la patience, l’alléluia, le fenouil; toutes les bordures, la pimprenelle, la chicorée sauvage, le baume, l’estragon, la passe-pierre.
11. Plantes annuelles. Ce sont les plantes qui périssent dans l’année, après avoir donné leurs productions : telles
sont les laitues de toutes espèces, la chicorée ordinaire, les pois, les fèves, les lentilles, les cardons, les melons, les concombres, les potirons, la bonne-dame, etc.
10. Piaules bisannuelles. On donne ce nom aux plantes dont les racines ne périssent que la seconde année, telles que les oignons, les carottes, les betteraves.
11. Plantes qui aiment les terres fortes. Les artichauts, les choux-fleurs, les cardes- poirées, les oignons, les cardons, le céleri, les betteraves et toutes les autres racines.
12. Plantes qui se plaisent en terres légères. Toutes les menues plantes, meme les pois et les fèves.
13. Plantes qui exigent beaucoup cV arrosements . Les laitues et les choux de toutes sortes, les chicorées, le pourpier des deux espèces, les raves et radis, les artichauts, les cardons, les melons, les concombres, les oignons blancs du mois de mai, les épinards en été, le céleri, le basilic, etc. C’est pourquoi il faut mettre ces plantes à portée de l’eau, pour faciliter les arrosements.
14. Plantes qui demandent peu d’arrosements. Les racines, les asperges, les plantes fortes ou bulbeuses, les bordures, les légumineuses ou légumes, les épinards d’automne, l’oseille, la patience, le persil, la bourrache, la buglose, etc.
. Nous devons maintenant assigner à ces différentes plantes 'es terres et les expositions qui leur conviennent le mieux ; car on n’a pas des fonds inépuisables et féconds partout : on est bien plus souvent réduit à se servir d’un terroir défectueux par sa sécheresse ou par son humidité. Cette dernière disposition du sol est même plus difficile à combattre que la sécheresse, car l’humidité est toujours accompagnée d’un froid radical, qui retarde les productions et pourrit les plantes. Ou \ient bien plus aisément à bout des terres sèches, par les
amendements et les arrosements : on a même la satisfaction d’y voir des productions plus hâtives et de meilleur goût.
tton fonds. Si l’on est assez heureux pour avoir de ces fonds riches, qu’on appelle communément sables noirs, dans lesquels il se trouve un juste tempérament du sec et de l'humide ; s’il est avec cela en bonne disposition, comme il a
un principe inépuisable de fécondité, beaucoup de facilité pour les labours et pour être pénétré par les eaux pluviales, on peut y semer et planter indifféremment , partout, quel que sorte de légumes et de plantes que ce puisse être, avec assurance qu’ils y réussiront.
Cependant, les expositions du levant et du midi y sont toujours plus propres que celles du couchant et du nord à donner de bonnes productions, et surtout des productions hâtives : on y met particulièrement les melons, les fraisiers, les pois hâtifs, les muscats, etc.
Réciproquement, le couchant et le nord ont cet avantage, que les plantes s’y conservent plus longtemps en bon état, et sont exemptes des fortes impressions, qui, dans les chaleurs
de l’été, grillent tout, et font monter trop tôt les plantes en
graine.
Ces bons fonds ont l’incommodité qu’il y faut sarcler beaucoup, parce que la terre y est si féconde qu’elle produit une très-grande quantité de mauvaises herbes parmi les bonnes.
Fonds inégal cl mêlé. Si le fonds n’est pas egalement bon partout, soit de sa nature, soit à cause de la situation ou d’une pente trop rapide, c’est alors que l’industrie du jardinier doit se montrer, pour placer chaque plante dans l’endroit où elle peut le mieux réussir. Par exemple, une partie du terrain sera propre aux plantes hâtives et aux primeurs, et l’autre pour ce qui a besoin d'être plus tardif.
Les terres sèches , légères et sablonneuses sont bonnes pour ces premières productions; on peut même en espérer dans celles qui, quoique un peu fortes, ont quelque pente vers le midi ou vers le levant, et sont adossées à un coteau ou à de grandes murailles qui les garantissent des vents froids.
Les terres grasses , fortes et humides , ont au contraire moins de disposition pour les primeurs ; mais aussi elles donnent des légumes plus gros et mieux nourris, et n’exigent que des arrosements plus médiocres et moins fréquents. Ainsi, chaque nature de sol peut avoir son avantage.
Terrain sec . Si l’on se trouve dans un fonds aride, ou dans une colline, le parti qu’il v aura à prendre, pour avoir
de tout dans son potager (supposé qu’on ait la commodité de l’eau et du fumier pour amender)', ce sera de suivre les indications que nous allons donner.
On choisira les endroits les moins secs pour y mettre les plantes qui veulent un peu d’humidité; savoir : artichauts, betteraves, scorsonères, salsitis, carottes, panais, ehervis, carde-poirée, choux-fleurs et choux pommés, épinards, pois ordinaires, fèves, groseilles, framboises, oignons, ciboules, poireaux, persil, oseille, patience, raves, bourrache, buglose, herbes fines, etc.
A l’égard des endroits plus arides, on y mettra les chicorées, les laitues de toutes les saisons, le cerfeuil, l’estragon, le basilic, la pimprenelle, le baume, l’ail, les échalotes, les choux d’hiver, les couches de toutes sortes de plantes, et de petites salades.
On plantera les treilles dans ces mêmes endroits.
On espacera les légumes d’une distance médiocre, parce qu’ils n’y deviendront pas si gros que dans les terres plus grasses , et on prendra soin, comme nous l’avons déjà dit ailleurs, de tenir les allées et les sentiers plus hauts que les labours, tant pour attirer dans les carrés les eaux des pluies qui se répandraient inutilement dans les allées, que pour profiter davantage des arrosements.
Après cela, s’il peut se trouver quelque endroit tempéré, participant un peu du sec et de l’humide, on le choisira pour y élever les asperges, le céleri, les cardons, les fraisiers, etc., parce que ces sortes de plantes languissent de sécheresse dans les lieux trop arides, et pourrissent dans ceux qui sont trop humides.
Au pied des murs situés au nord , on placera l’alléluia , les fraises tardives, les framboisiers. Dans la plate-bande de cette exposition , on fera des pépinières de fraisiers, on y sèmera des mâches, des raiponces, et du cerfeuil tout l’été.
Si l’on tient aux primeurs, le pied des murs du midi et du levant y seront très-favorables ; on y aura, par exemple, des laitues pommées au commencement d’avril, des fraises et des pois hâtifs au commencement de mai , etc. On mettra
au pied de ces mêmes murs la passe-pierre , qu’on ne peut guère avoir autrement en toute sorte de potagers.
Les labours voisins seront pour y repiquer le plant des choux pommés en pépinière, et pour y semer des laitues d’hiver, c’est-à-dire des laitues à coquille, qui y resteront pendant l’automne et l’hiver, pour les repiquer en place au printemps.
Pendant l’hiver, on n’oubliera pas de jeter sur ces labours, surtout du côté du levant, le plus de neige que l’on pourra, pour y faire comme une réserve d’humidité contre les chaleurs violentes de l’été et contre la disette des pluies.
Terres humides et grasses. Si l’on a un fonds humide et gras, après qu’on l’aura ameubli et desséché autant qu’il aura été possible, car autrement il ne serait propre qu’à produire de mauvaises herbes, on observera le contraire de tout ce qui vient d'être dit.
On choisira donc les endroits qui seront les moins humides, soit par leur situation et leur nature, soit par le soin que l’on y apportera , comme les meilleurs pour toutes choses. On y mettra principalement les asperges , les artichauts , la chicorée sauvage, les fraisiers, et le reste des plantes qui occupent leur place l’année entière, excepté les groseilliers et les framboisiers.
Dans les autres endroits on placera ce qui demande moins de temps, en été, pour venir à sa perfection, savoir : les salades, les pois, les fèves, les raves et radis, même les cardons et le céleri.
Et, parce que dans les lieux gras et humides les plantes y viennent grosses et grandes, on les tiendra plus éloignées que dans les lieux secs.. On disposera les planches et les labours de manière qu’étant plus élevés que les allées et les sentiers, ils s’y puissent décharger des eaux superflues et s’égoutter : ainsi , au lieu que les planches des asperges et du céleri doivent être creuses dans les lieux secs, elles ne le seront point ici, non plus que pour les salades et les fraisiers.
Un potager conduit suivant toutes ces règles réussira à souhait, en y donnant à chaque plante la culture qui lui est particulière.
Epoques où l’on doit semer. Ainsi que nous l’avons déjà dit, ce n est point aux quartiers de la lune, mais aux saisons propres à chaque plante qu’il faut s’attacher pour semer.
On doit semer en mars les panais, les carottes , les betteraves, les salsifis, les poireaux, l’oignon et la grosse ciboule. Toutes ces graines doivent se semer à la volée, c’est-à-dire sans faire de rayons dans les planches, afin qu’il y ait de la graine partout.
Après avoir semé, on doit herser la terre avec une fourche, afin d’enterrer la graine; et, pour bien faire, il est bon de répandre, également, par-dessus, un centimètre d’épaisseur de terreau des vieilles couches. Ensuite, il faut battre bien les planches avec le dos de la bêche, pour souder parfaitement la graine avec la terre et le terreau. Moyennant cela, les graines lèvent plus promptement, elles viennent bien mieux, et le soleil ne peut pas détruire si vite le terreau qu’on a mis par-dessus.
On ne doit jamais semer ces graines avant le mois de mars, car la terre, encore trop froide, les pourrirait, et les gelées blanches en feraient périr beaucoup après être levées; en sorte qu’au lieu d’avancer on se trouverait souvent reculé, et obligé de semer une seconde fois, et plus tard.
Les choux-fleurs se sèment dans le même temps, sur couche. On en sème aussi dans le mois de mai, sur terre, pour garder pendant l’hiver.
11 faut semer sur couche le céleri, dans le mois d’avril ; en le semant plus tôt, il en monte beaucoup en graine, et il est dur. On peut en semer aussi sur terre, au commencement de mai, pour en avoir du tardif.
C’est au commencement de mai qu’il faut semer la chicoîee Irisée, et l’on continue à en semer un peu tous les quinze jours, jusque dans les premiers jours d’aout, aGn d’en avoir dans toutes les saisons. La chicorée sauvage ne se sème qu’à la fin de mai.
Les raves et radis, la laitue et le pourpier se sèment tous les mois de l’année. Pour en avoir dans toutes les saisons, il faut en semer tous les quinze jours, et les semer sur couche fiuand il n’est plus temps de le faire sur terre.
Le petite ciboule d’Angleterre, l’estragon et la passepierre ne se sèment que rarement , parce que ces sortes de plantes se multiplient en séparant leurs touffes ; on les change de place tous les ans.
Le fenouil, la roquette, la corne-de-cerf , le cresson alénois et la pimprenelle se sèment pendant tout l’été; 1 hiver, on les sème sur couche, à l’exception de la pimprenelle, qui ne se sème jamais que sur terre.
L’oseille se sème tous les ans, au mois de mars.
Le persil se sème en avril, par rang, pour qu’il soit plus aisé à nettoyer et à serfouir. Le cerfeuil lève en tout temps, même sous la neige ; on en sème tous les mois de 1 année.
Après qu’on a semé quelque graine que ce soit, il est toujours bon de mettre dessus un peu de terreau ; cela les fume et les fait mieux lever.