‹ Traité complet de l'horticulture pour les grands et les petits jardins, précédé de la botanique simplifiéeChapitre 89 sur 425 · DE LA SYMPATHIE ET DE L’ANTIPATHIE DES PLANTES · texte numérisé non relu

DE LA SYMPATHIE ET DE L’ANTIPATHIE DES PLANTES

11 y a des plantes qui s’aiment et qui vivent volontiers ensemble, pendant qu’on en voit d’autres qui ne peuvent se souffrir : c’est ce que les anciens rangeaient parmi les qualités occultes , et ce qu’ils appelaient sympathie et antipathie ; mais on se moque aujourd’hui de ces haines prétendues et de ces amitiés imaginaires des plantes; voici tout le mystère : deux plantes qui ont les racines dirigées de la même manière, c’est-à-dire qui ont Tune et l’autre les racines soit pivotantes ou profondes, soit traçantes ou superficielles, se nuisent extrêmement quand elles sont trop proches, parce que le partage de la nourriture, insuffisant dès lors pour toutes les deux, les amaigrit l’une et l'autre : c’est l 'antipathie. Au contraire, deux plantes dont l'une prend sa nourriture presque à la surface du sol, et l’autre à une certaine profondeur, végètent et vivent ensemble parfaitement bien : c’est la sympathie.

Ainsi , il y a de la sympathie entre le figuier et la rue, parce que les racines pivotantes du figuier s’enfoncent trèsprofondément, tandis que celles de la rue s’étendent presque à fleur de terre; leur bonne intelligence durera éternellement,

parce qu'il n’y a point de querelle pour l’aliment. Par le môme motif, il y a de la sympathie entre l’ail et la rose ; il n’y a point de vol, point d’inimitié à craindre : la rose n’en est meme que plus belle et plus odoriférante quand elle a l’ail pour voisin, parce qu’il empêche le développement des mauvaises herbes dont les racines, plus profondes que les siennes, absorberaient une partie des sucs destinés à la rose.

Au contraire, il y a ordinairement de l’antipathie entre le romarin, la lavande, le laurier, le thym et la marjolaine ; ces plantes ne sauraient que beaucoup souffrir ensemble, parce que leurs racines, étant toutes disposées de la même manière, se confondent, et les sucs nourriciers deviennent insuffisants pour leur aliment commun ; en sorte qu’elles s’affament les unes les autres, et dépérissent insensiblement quand elles sont voisines. L’arbre qui produit le girofle est un végétal mal endurant, qui ne souffre aucune herbe ni aucun arbre auprès de lui, parce que sa chaleur excessive attire toute l’humidité de la terre; de même que, dans notre pays, le noyer est un voisin dangereux pour toutes sortes de plantes, parce que ses longues et nombreuses racines les affament; et que son feuillage épais les étouffe. 11 y a aussi une grande antipathie entre le chêne et le cyclamen, entre la ciguë et la rue, entre le roseau et la fougère. Ces plantes ne peuvent pas demeurer dans la sphère l’une de l’autre ; il faut que l’une des deux périsse; souvent toutes deux sèchent sur pied, et cela, non pas tant parce que l’exhalaison, la mauvaise odeur d’une plante fait mourir la plante plus délicate, mais parce que l’une vole à l’autre l’aliment dont elle a besoin, ou bien il faut que le fonds leur en fournisse assez à l’une et à l’autre, par nature ou par art.

Ainsi pour que les plantes d’un jardin réussissent bien, il faut éviter de mettre ensemble celles qui ont les racines disposées de la même manière; c’est-à-dire que l’on évitera de rapprocher les unes des autres soit les plantes à racines pivotantes, soit les plantes à racines traçantes.

Page 1