‹ Traité complet de l'horticulture pour les grands et les petits jardins, précédé de la botanique simplifiéeChapitre 90 sur 425 · ANANAS · texte numérisé non relu

ANANAS

Cette plante est originaire de l’Amérique méridionale ; sa culture exige, dans nos climats, des soins particuliers.

L’ananas offre diverses variétés : ananas commun, à lruit rond, ou pomme de reinette, à fruit en pyramide, à fruit jaune, à fruit rouge, à gros fruit violacé, à fruit vert, à feuilles panachées.

Cette plante se multiplie d’œilletons ou de rejetons, qu’on sépare de la tige, ou de la base du pied, avec ou sans racines. On ôte les feuilles qui recouvrent la base des rejetons, et on les laisse sécher à l’ombre avant de les replanter, jusqu’à ce que l’humidité laissée par les feuilles se soit dissipée; car autrement elle ferait pourrir les jeunes plantes. Les rejetons ne doivent se séparer, soit de la tige, soit de la base du pied, que lorsqu’ils ont quinze centimètres de haut et que leur collet commence à brunir. C’est le printemps que l’on choisit de préférence pour détacher les œilletons et les replanter. La couronne qui a porté le fruit , lorsqu’elle a été séparée de la tige, sert aussi à reproduire la plante. La couronne peut se conserver plus d’un mois avant d’ètre mise en terre.

Les rejetons se plantent d’abord dans des pots au fond desquels on a établi une couche de gravier. On remplit ces pots d’une terre qui se compose par moitié de bonne terre franche, d’un quart de terreau, et d’un quart de terre de bruyère. On plante à 5 ou 4 centimètres de profondeur. Les pots sont ensuite enterrés dans une couche chaude et sous châssis. On a soin de couvrir la couche de 30 à 35 centimètres de tannée neuve pour maintenir l’égalité de la température.

Lorsqu’on place les plants d’ananas sous châssis, la température doit être de douze à quinze degrés ; la chaleur est

augmentée successivement , à mesure de leur accroissement. On couvre les châssis la nuit à cause de la fraîcheur, et même le jour si le soleil est trop vif. On n’ouvre les châssis que pour faire dissiper l’humidité qui s’y amasse. On n’arrose qu’après vingt-cinq ou trente jours, c’est-à-dire après que les plants ont pris racine, et l’eau que l’on emploie doit avoir dix degrés de chaleur. On augmente ensuite l’arrosage suivant que l’exige la force du végétal ou l’élévation de la température.

Au mois d’octobre, on enlève les pots pour les replacer sur une nouvelle couche dont on entretient la température pendant l’hiver, au moyen de réchauds. On ne découvre le châssis que lorsque les rayons du soleil peuvent y pénétrer.

Au mois d’aout, on dépote avec la motte, et l’on remet en pots de 48 à 20 centimètres , sur un lit de gravier, avec la terre préparée dont nous avons déjà indiqué la composition ; on replace les pots sous un châssis plus élevé, par rapport à l’accroissement des plants, et l’on continue les mêmes soins que précédemment. Si, lors du dépotage, on apercevait des racines gâtées, on devrait les retrancher; si elles l’étaient toutes, on devrait les enlever totalement, et dès lors traiter de nouveau la plante comme on a fait d’un simple œilleton.

Une autre méthode en usage, lorsqu’on dépote l’ananas, consiste à le débarrasser de toutes ses racines , coupées au collet de la plante, et à le planter à nu, au mois de mai, en pleine terre, sous un châssis entouré de réchauds qu’on renouvelle tous les mois. Ce procédé fortifie beaucoup les plants. Mais en automne, par rapport aux longues racines qui se sont développées, et qu’on ne saurait raccourcir sans danger, on est obligé de replanter encore à nu.

Au mois d’avril de la troisième année, on répète l’opération de l’année précédente, en augmentant toutefois les dimensions du pot, l’arrosage et la chaleur, qui sera portée graduellement de trente à quarante degrés pour les plantes qui auront fleuri. Lorsque le fruit est noué, il ne s’agit plus que d’entretenir la chaleur, mais alors les arrosements doivent diminuer pour ne pas affaiblir le parfum du fruit.

Les serres-chaudes et les bâches sont plus commodes que les châssis, mais cependant nous ne les croyons pas indispensables ; il suffit, comme nous l’avons vu, de châssis de hauteur différente, de fumier et de tannée. « 'tout le secret de cette culture, dit Dumont de Courset, se réduit principalement a un seul point, qui est d’cmpècher l’apparition du fruit jusqu’au temps où la vigueur de la plante peut en donner un de grosseur suffisante; on y parvient par le moyen de plusieurs couches sous châssis, de température différente. Le jeune ananas n’a besoin que de douze degrés; celui qui n’est pas assez fort pour fructifier doit en avoir trente-cinq ou quarante. La chaleur ne nuit jamais à cette plante quand elle doit porter; plus elle en aura, plus le fruit sera beau. On doit donc tâcher de conduire l’ananas depuis sa jeunesse jusqu’à sa plus grande force sans qu’il ait fructifié; on lui fera porter du fruit quand on voudra, en augmentant la chaleur ; l’œilleton en donne même aussitôt qu’il est planté, si la température est trop chaude. »

Pour détruire les insectes appelés vulgairement poux d’ananas, on a conseillé la fleur de soufre, dont on saupoudre les parties attaquées, qui ont été lavées préalablement avec de l’eau fraîche, la décoction froide de tabac, où l’on tient la plante plongée pendant vingt-quatre heures, enfin, l’huile d’olive, ou mieux l’huile de noix, qui est plus siccative, mais employée à petite dose (car on sait que l’huile est très-nuisible aux plantes), et à l’état dans lequel les peintres en font usage. On ôte les ordures et les débris d’insectes attachés aux feuilles; on prend de l’huile au bout d’un petit pinceau, (pu; l’on passe sur tous les endroits où il peut y avoir des insectes ou de leurs œufs ; une ou deux heures après, ou lave la plante à grande eau et on la met sécher au grand air, renversée au soleil. Cette dernière recette manque rarement son effet.

Culture simplifiée de l'ananas. On plante à nu des œilletons de deux ans, dans une bâche faite en briques, et sans autre chauffage que du fumier neuf de cheval et de la tannée. La terre devra être composée d’une partie de sable de rivière bien fin, de deux parties de terreau très-léger, d’une

partie de poudrette et une de terre franche, le tout finement passé au crible. Dès l’année suivante, on obtient quelques fruits.

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