ARTICHAUT ET CARDON
Artichaut. Plante vivace dont on cultive plusieurs variétés. Les verts ou blancs, qui se mangent les premiers, ont les feuilles larges, résistent mieux au froid, et ne sont pas si sujets à pourrir que les autres. Les violets et les rouges viennent après; ils sont plus délicats à manger, mais plus sensibles au froid. Les violets ont la pomme un peu en pyramide , et les rouges l’ont ronde et ramassée comme les blancs. L’artichaut violet est celui dont on fait sécher le plus pour mettre, l’hiver, dans les ragoûts.
On ne multiplie guère les artichauts que par les œilletons, qui naissent autour du collet de la tige. Il se trouve pourtant de la graine au fond des pommes d’artichauts.
Quand on veut multiplier le plant par graine, on laisse sécher les pommes sur pied, au mois de juin ou de juillet; puis on en sème la graine en plein champ, au mois de mars, sur couche ou sur planche, couverte de o à 4 centimètres de terreau. Lorsque les artichauts commencent à lever, il faut les sarcler et les arroser avec soin, jusqu’à ce qu’ils soient assez forts pour être repiqués, ce qui arrive ordinairement vers la fin de mai.
Comme la reproduction par la graine est longue, on ne l’emploie que quand les fortes gelées ont fait périr tous les vieux pieds. Hors ce cas, on se sert des œilletons que chaque pied jette au printemps; on les sépare tous, et on les transplante en mars ou au commencement cl’avril, pour qu’ils reprennent avant les chaleurs.
La terre doit avoir été fouillée à 75 centimètres ou un mètre de profondeur. Plus la terre est défoncée, moins les artichauts ont besoin d’eau l’été, et le fruit en est plus tendre, de meilleur goût, et plus beau pendant l’automne. On ne doit jamais planter les plus gros œilletons; comme ils ont ordinairement le fruit dans le cœur, cela les fait avorter.
11 en est qui mettent les œilletons dans des trous ronds, et profonds de 15 centimètres, au fond desquels ils ont mis du terreau. D’autres, quand leur terre est bonne, ne font que planter ces œilletons à champ uni, avec un gros plantoir de bois. L’une et l’autre manière réussissent, savoir, la première dans des terres sablonneuses, et la seconde dans des fonds humides.
Ces trous, destinés pour les œilletons, doivent être dressés par rang , au cordeau, et espacés d’un mètre les uns des autres, soit sur planches, soit en plein carré, et alternés de manière qu’ils fassent l’échiquier. Chaque planche n’en contient que deux rangs.
On plante les œilletons un seul dans un trou, ou deux, à 15 centimètres l’un de l’autre, pour qu’ils en deviennent plus gros; et, au milieu de deux rangées, qui sont distantes d’un mètre l’une de l’autre, on met un rang de laitues ou de raves, pour occuper tout le terrain. En plantant les artichauts, il faut les couper h 20 centimètres de long, les mettre à 5 ou 6 centimètres en terre, et les arroser aussitôt, afin que la terre se lie aux racines; on leur donne pendant l’année deux ou trois petits labours, surtout dans les terres sèches, après une pluie, ou quand on juge qu’il en doit bientôt tomber.
Pour conserver les pieds d’artichauts l’hiver, on doit, vers la fin de novembre, les couper cà 30 centimètres de haut, et les butter de leur terre, qu’on battra tout autour avec le pied ou avec le dos de la bêche, afin que la terre, n’ayant pas de jour, la gelée n’y passe point. Cette opération doit se faire avant les gelées blanches, parce qu’elles font peler la petite peau qui est sur la côte des feuilles; les pieds dès lors pourrissent dans la butte et se décollent par le pied. Lorsqu’il gèle, et non plus tôt, on couvre les buttes de fumier, qu’on a fait porter exprès dans les rangs pour n’ètre pas en retard.
Dans les terres humides, on ne butte pas ou presque pas les artichauts, de peur de la pourriture; sou\ eut on ne fait que les couvrir de grand fumier sec, même après leur avoir laissé essuyer quelques petites gelées.
On les tient cachés jusqu’à la fin de mars; alors on les découvre peu à peu, jusqu’à ce que les gelées ne soient plus à craindre, pour qu’ils se fortifient à l’air; puis on les laboure bien et on les œilletonne.
Les œilletons commencent d’ordinaire à se former dès la fin de l’automne, ou pendant l’hiver, quand il est doux ; ils poussent leurs feuilles à la fin de mars et au mois d’avril. C’est alors qu’on les détache pour décharger le pied et multiplier l’espèce.
Pour œilletonner, on fait, autour du pied des artichauts, un petit cerne; on voit ceux des œilletons qui sont les deux ou trois plus beaux, et on les laisse sur le pied pour rapporter du fruit de bonne heure (il est bon qu’ils soient un peu éloignés les uns des autres) ; on prend tous les autres œilletons, que l’on détache avec une partie de la racine, pour les faire reprendre.
Ensuite, de tous les œilletons qu’on a détachés, on choisit les plus forts pour planter; on met les moyens en pépinière et on jette les plus petits. On doit pourtant tenir compte de l’observation que nous avons faite pour les plus gros œilletons, qui sont sujets à avorter. Ceux qu’on met en pépinière servent à remplacer ceux qui n’ont pas repris ; c’est pourquoi il est nécessaire d’avoir toujours une pépinière pour cet usage. On arrose dès qu’on a planté. Les bons œilletons doivent avoir le talon blanc, avec quelques petites racines : ceux qui ont le talon noir sont vieux et ne font que de petites pommes au printemps, tandis que les autres ne les donnent, comme cela se doit, qu’en août, en septembre et en octobre, et les donnent belles.
Les pieds d’artichauts étant châtrés, on recouvre aussitôt leurs racines de bonne terre mêlée de fumier, puis on laboure tout le carré le plus uniment qu’il est possible. Vers la mi-mai, il faut leur donner un second labour, pour aider à la production du fruit, et creuser une espèce de petit bassin à chaque pied, pour recevoir l’eau des arrosements. Avec ces soins, et en les arrosant une ou deux fois la semaine, les pommes commenceront à paraître à la fin de mai; alors on devra les arroser simplement trois fois la semaine, mettre un
demi-arrosoir d’eau à chaque pied, et continuer ainsi pendant tout l’été.
Ceux qui sont plantés au printemps doivent donner du fruit à l’automne suivant, s’ils sont bien arrosés et bien sarclés; ils en donneront au plus tard au printemps d’ensuite, pourvu toutefois qu’ils résistent à l’hiver.
Il faut renouveler les artichauts tous les trois ans au moins; c’est pourquoi, dans les grands potagers, on plante tous les ans un carré d’artichauts, pour les rajeunir et avoir du fruit d’automne ; on arrache ceux du plus vieux carré, après qu’ils ont porté leur fruit; et en même temps on défonce la terre, ou bien on fait des cardes ou cardons avec les vieux artichauts qu’on veut détruire.
Le moyen le plus sûr pour obtenir des artichauts au printemps, c’est de transporter en automne, dans la serre-chaude ou dans une bâche, des pieds d’artichauts que l’on arrache avec leur motte, et de les y planter dans le terreau. On arrose en faisant cette transplantation; ensuite on arrose peu. Les pieds qui marquaient déjà en automne donneront en décembre et janvier; ceux qui ne marquaient pas encore donneront en février et mars.
Mais si l’on veut se borner à conserver des artichauts pour l’hiver, il suffit de couper en automne les tiges qui sont chargées, et, après les avoir dépouillées de la majeure partie de leurs feuilles, de les planter dans le sable, dans la serre aux légumes; les pommes se conserveront ainsi pendant deux ou trois mois; et, si l’on \eut que les fruits continuent de grossir, au lieu de simples tiges, on transplante ainsi des pieds entiers avec leurs racines et leur motte.
Quand on veut obtenir des cardes d’artichauts, on lie les pieds en automne, pour les faire blanchir. On les enveloppe de paille ou de vieux fumier, dans toute leur longueur, hors h» bout d’en haut. Quand les côtes d’artichauts sont ainsi blanchies, elles ont perdu leur amertume, et on s’en sert en cuisine comme de véritables cardons d’Espagne. On en lie souvent dès la mi-septembre, pour en avoir des côtes blanches au bout de quinze ou vingt jours. En les enveloppant, on doit observer de les tenir bien droits, de peur qu’ils ne so r en-
versent ou ne crèvent sur un des côtés ; il est même à propos de les butter d’un pied de terre, pour les assurer contre le vent.
Ce qu’on appelle, en Languedoc, la cardon nette ou chardonnette, est une espèce d’artichaut sauvage qui croît le longdès chemins, et que l’on plante quelquefois dans les jardins; ses feuilles sont plus petites, plus découpées et plus piquantes que celles de l’artichaut cultivé. On ramasse les Heurs de la cardonnette et on les fait sécher à l’ombre, pour s’en servir à faire cailler le lait, au lieu de présure. On fait aussi de l’huile de graine de cardonnette, qu’on emploie au même usage.
Cardon. Cette plante est bisannuelle; on la multiplie par la graine, qui est allongée, ovale, de la grosseur d’un grain de froment, olivâtre, marquée de traits noirs dans sa longueur. On en distingue deux variétés principales, l’une très-épineuse, le cardon de Tours, l’autre sans épines, le cardon d’Espagne, plus sujette à monter que la première.
On sème depuis la mi-avril jusqu’à la mi-mai, et non plus tôt, de peur que les cardons ne passent trop vite et ne montent en graine dès le mois d’aout. Assez souvent on en sème à deux fois, à la mi-avril et en mai; les premiers semés sont trois semaines à lever, et les autres quinze jours. Cette opération se fait ou tout d'un coup, en pleine terre bien meuble, ou sur une couche, pour transplanter le plant quand il a 8 ou 10 centimètres de hauteur.
Les planches destinées pour les cardons, soit qu’on les y sème à demeure, soit qu’on les y transplante, doivent être de bonne terre, bien labourées, bien dressées, et avoir un mètre 25 centimètres de largeur chacune, pour contenir deux rangées de cardons. La terre neuve leur donne un bon goût. Le sentier qui sépare les planches sera toujours de 55 centimètres. On peut planter deux rangées de laitues entre les deux rangs de cardons, pour ne pas perdre de terrain.
Quand on sème la graine de cardons en pleine terre, on la met dans de petites fosses carrées, pleines de terreau, larges de 55 centimètres, et creuses de 1 5 à 18 centimètres ; on fait,
sur chaque planche, deux rangs de ces petites fosses, en échiquier. On met cinq ou six graines dans un même trou, au milieu de la petite fosse, afin d’être plus sûr d’en avoir quelques-unes qui lèvent. Lorsqu’elles sont levées, on n’y en laisse que deux ou trois, et on jette le reste, quand on n’en a pas besoin pour regarnir.
Pour remplacer plus sûrement les graines qui pourraient manquer, on peut encore en semer une petite pépinière en pleine terre. Les plants qui en proviendront, s’étant accoutumés en terre, prendront tous quand on les replantera.
Lorsqu’on a à transplanter des cardons, on pose le cordeau sur la longueur de la planche, on y fait des trous de 55 centimètres tant en carré de surface qu’en profondeur, et à un mètre de distance les uns des autres; on remplit ces trous de terreau, on lève le plant de dessus la couche et on le repique, un à un, dans chaque trou.
Il faut arroser les cardons aussitôt qu’ils sont semés ou
transplantés, les sarcler, continuer de les arroser avec soin, et leur donner deux ou trois labours pendant l’année.
Au mois d’octobre, souvent même à la fin de septembre,
on commence à en faire blanchir : pour cela on choisit un temps bien sec. On leur lie d’abord toutes les feuilles avec (b* la paille, à trois endroits, et on les butte d’un mètre de terre, de peur que le vent ne les renverse ou qu’ils ne crèvent; et quelques jours après on les enveloppe de paille ou de litière
sèche bien entortillée, en sorte que l’air n’y pénètre que par l’extrémité d’en haut, qu’on laissera libre. En cet état, les cardons blanchiront en quinze jours, et ils seront à 1 abri des gelées blanches, qui, autrement, gâteraient la petite peau qui recouvre les côtes.
A mesure que l’hiver approche, on achève de lier tout ce qu'il y a de cardons dans le jardin. Au mois de novembre, on doit les arracher et les planter en motte, le pied dans le sable, et tout près les uns des autres, soit à la cave, soit au cellier, et les arroser en les plantant. A mesure (pie quelques feuilles commencent à pourrir, il faut les ôter. On a par ce moyen des cardons pendant tout l’hiver.
Quelques-uns peuvent être replantés au printemps sui-
vaut; ils donnent de la graine au mois de juin ou de juillet. Ceux restés en place peuvent aussi servir à cet usage.