ASPERGE
Plante vivace qu’on ne multiplie que par la graine, qui est noire, dure, un peu ovale, ronde d’un côté, très-plaie de l’autre, et de la grosseur d’une tète d’épingle. Cette graine se forme dans un péricarpe rond et rouge, gros comme un pois, qui vient sur la tète des pieds d’asperges les plus beaux et les plus forts : il y a quatre ou six semences dans chaque péricarpe. La graine d’asperges se conserve trois ans.
On sème quelquefois ces péricarpes tout entiers, mais le mieux est de les écraser, pour en faire sortir la graine qu’on sème seule. On fait cette opération à la fin de mars, dans un carré de terre bien ameublie et mêlée de beaucoup de terreau ; on y sème la graine en plein champ et fort claire, puis on la couvre de terre en la hersant avec le râteau.
Les asperges ainsi semées font des touffes de racines autour de l’œil, c’est-à-dire près de l’endroit d’où doivent sortir les montants, et ces racines s’étendent entre deux terres. Lorsque le plant est levé et un peu fort, on le sarcle de temps en temps, et on l’arrose dans les grandes chaleurs. On le laisse ainsi en terre pendant deux ans, pour que les touffes se fortifient; et quand elles sont assez fortes, ce qui arrive quelquefois au bout d’un an , on les en retire pour les replanter à la fin de mars et pendant tout le mois d’avril.
Pour obtenir promptement des planches d’asperges, il convient mieux d’acheter du plant; celui de deux ans est le meilleur, celui de trois ans n’est pas si sûr.
On dresse des planches larges d’un mètre et on les creuse à 55 centimètres de profondeur. Lorsqu’on fait deux planches, on doit laisser entre elles un espace d’un mètre de terrain vide, pour y poser la terre qui sort de la fouille. On dispose cette terre en dos d’âne, et on s’en sert pour rechausser peu à peu, d’année en année, les pieds d’asperges à mesure qu’ils se fortifient, parce que le plant d’asperges, loin de s’enfoncer, monte toujours, de sorte qu’outre la terre de la fouille
jetée dans les sentiers, on est souvent obligé d’en rapporter d’autre.
Ce n’est que dans les terres ordinaires qu’on creuse les planches pour y planter les asperges ; mais dans les terres humides, on doit au contraire les tenir hautes et leur donner pareillement un labour. Cette disposition est pour corriger l’humidité du fonds et pour prévenir la pourriture du plant.
Pour bien planter les asperges, il faut, au mois de mars ou d’avril, faire un bon labour au fond de la tranchée des planches, et les fumer si la terre n’est pas assez bonne. Cela fait, on prend les griffes ou pattes d’asperges et on les place à la distance de 50 centimètres les unes des autres, sans leur rogner les racines, ou du moins que très-peu; on les étend en échiquier, soigneusement, avec la main, puis on les couvre de G à 8 centimètres de terreau, ou de la terre du jardin même, si elle est bonne et meuble, et on la lie bien avec les racines.
On ne plante les asperges à 50 centimètres les unes des autres, que quand on a dessein de les réchauffer lorsqu’elles seront assez fortes; mais si on veut qu’elles restent là, à l’ordinaire, sans réchauds, il faut les mettre plus au large.
Les asperges ainsi replantées veulent être arrosées pendant les grandes chaleurs, bien sarclées et bien binées.
Si quelques-unes manquent à pousser, on en marquera les endroits avec de petits bâtons, pour regarnir au printemps. On peut même, sans attendre ce temps, les regarnir de quelque plant qu’on aura réservé en pépinière; mais quand on veut arracher le plant de la pépinière, on doit se servir d’une fourche en fer plutôt que de la bêche, de peur de couper ou de blesser les racines.
Il est bon de ne cueillir de ces asperges qu’au bout de quatre ans, si on veut en avoir toujours de grosses. En ne commentant qu’alors, on en aura constamment de belles pendant quinze ans, sans qu’il soit besoin de les renouveler. Ou peut pourtant commencer d’en couper à trois ans, si elles sont déjà assez grosses; mais il ne faut jamais couper les petites, ni même les moyennes, parce que cela les empêche de profiter en pied; on doit les laisser monter pour qu’elles se
fortifient. Nous devons meme ajouter que si l’on coupait toutes les liges à mesure qu’elles se produisent, on détruirait le plant dès la meme année.
En cueillant des asperges, il faut prendre garde de ne pas offenser celles qui peuvent pousser auprès. Pour cet effet, on ôte de la terre autour de celles qu’on veut couper, le plus bas qu’on peut, et on enfonce le couteau tout droit. Ce couteau doit être fait en forme de scie.
Au mois de novembre, on coupe tous les montants, parce qu’alors la graine en est mûre ; on doit pourtant bien prendre garde d’en couper avant que la graine soit rouge, parce qu’on courrait risque de faire avorter les plants. On prend la graine dos pins beaux seulement, pour en semer.
Tous les ans, à la fin de février ou au commencement de mars, si le temps le permet, et toujours avant que les asperges commencent à pousser naturellement , il faut leur donner un petit labour profond, seulement de 10 à 12 centimètres. Ce léger labour fait mourir les mauvaises herbes, rend la terre douce et meuble, y fait pénétrer les pluies d’avril et les rosées de mai, et facilite la sortie des asperges. Après qu’elles ont cessé de pousser, on leur donne un autre labour, et encore un troisième pendant l’hiver.
On les recouvre tous les ans d’un peu de terre qu’on prend dans le sentier, comme nous l’avons dit, et tous les deux ans on met sur les planches du fumier menu, de l’épaisseur de quatre doigts.
Un bon plant d’asperges, ainsi gouverné, ne sera renouvelé qu’au bout de quinze ans. Pour cela, il faut s’y prendre quatre ans avant que le plant soit épuisé, afin de n’en pas manquer.
Si le ver blanc attaque un plant d’asperges, on y sème de bonne heure do la laitue, sur laquelle l’insecte se porte de préférence; quand la laitue se fane, on est sur de trouver le ver blanc à la racine.
Les asperges les plus estimées sont celles de Hollande, de Marchiennes, de Gravelines, de Sarre-Louis, de Strasbourg, de Besançon, de Vendôme, etc. Les deux variétés les plus connues des jardiniers, la blanche et la violette, rentrent si
souvent l’une dans l’autre, que nous croyons inutile de les distinguer.
U y a deux méthodes en usage pour obtenir des asperges d’hiver ou de primeur; nous allons les faire connaître.
Asperges blanches chauffées sur place. Pour avoir des asperges blanches chauffées sur place, on prépare des planches bien amendées, ameublies par de bons labours, et séparées entre elles par des sentiers de 65 centimètres; elles sont larges d’un mètre 56 centimètres. On y trace trois lignes espacées de 50 centimètres, en laissant 18 centimètres de bord de chaque côté, et sur ces lignes on plante des griffes d’asperges à 28 ou 50 centimètres de distance. Ce plant exige trois années de culture ordinaire avant d’ètre chauffé.
À la quatrième année, de décembre en mars, on enlève la terre des sentiers, à la profondeur de 50 à 60 centimètres, et on la remplace par du fumier chaud, bien foulé ; on répand en même temps sur les planches de 10 à 12 centimètres de terre, pour que les asperges prennent plus de longueur; on place des châssis sur les planches, et on remplit les coffres de fumier chaud ; ensuite on pose les panneaux.
Douze jours après, lorsqu’on s’est assuré , en écartant un peu le fumier, que les asperges ont commencé à pousser, on retire tout le fumier de l’intérieur du châssis, et on coupe les asperges à mesure qu’elles atteignent une longueur convenable.
Les panneaux doivent être maintenus à 20 centimètres de terre; on remanie et on renouvelle au besoin le fumier des réchauds, et on a soin découvrir, la nuit, avec des paillassons, de même que le jour, pendant le mauvais temps. En avril, on enlève les châssis, on ôte le fumier des sentiers, et on le remplace avec la terre qu’on en a tirée.
Le plant se repose un an, pour être chauffé l’année qui suivra, et ainsi alternativement, tant que le produit en paraîtra avantageux.
Asperges vertes , forcées sur couche. Par la seconde méthode, on obtient des asperges dites vertes, forcées sur couche.
On établit successivement, de décembre en mars, des cou-
elles hautes de 60 à 70 centimètres, larges d’un mètre o5 centimètres, recouvertes de 10 centimètres de terre douce ou de terreau; on pose les châssis, on recouvre de paillassons, et, lorsque la chaleur est au point convenable, on dispose sur la couche des griffes d’asperges de trois à quatre ans, ou d’un vieux plant qu’on veut détruire, en ayant soin préalablement de raccourcir les racines, pour qu’elles aient toutes une longueur de 25 à 28 centimètres, et que les têtes soient à la même hauteur; elles sont enfoncées droites, l’une près de l’autre, et assujetties avec du terreau. Alors on pose les panneaux, et les asperges commencent bientôt è pousser.
Une couche ne fournit guère que pendant quinze jours ou trois semaines; aussi faut-il en établir souvent de nouvelles et en petit nombre à la fois.
Procédé pour obtenir des asperges d'un volume considérable. Aussitôt que le turion commence à sortir de terre, on le couvre d’une espèce d’étui en bois, fixé en terre au moyen de trois fils de fer implantés à son extrémité inférieure. Le tube est percé de trous à son tiers supérieur, afin que l’air puisse circuler autour de la tige d’asperge. Ce procédé aide au développement de la tige, qui est beaucoup plus grosse, plus tendre, et surtout acquiert une plus grande longueur de substance comestible ; le goût en est exquis.
A utre procédé. On choisit des bouteilles fêlées, on les place sur les asperges déjà sorties de terre, et on les assujettit chacune par trois petits piquets en bois. L’asperge monte jusqu’au sommet, où elle se replie, pour finir par remplir entièrement, la bouteille. Lorsqu’on s’aperçoit que cette croissance est arrêtée, on coupe l’asperge au pied et l’on casse la bouteille. Deux asperges peuvent servir a faire un plat; elles sont délicates, et des plus savoureuses que 1 on puisse manger.