MELON, PASTÈQUE OU MELON D’EAU, CONCOMBRE
Le melon est une plante annuelle, dont le fruit est des plus estimés.
On sème le melon en janvier ou février, sur couche bien exposée, toute neuve, et qui ait un degré de chaleur à y pouvoir souffrir le doigt. Le marc de raisin, mêlé au terreau de la couche, y est très-avantageux. Avant de semer les melons, il faut avoir choisi la graine la mieux conditionnée, et surtout s’assurer qu’elle vient de bonne espèce.
Pour bien faire des couches à melons et concombres , on observe les indications que nous avons déjà données en parlant des couches en général. Si c’est dans le mois de février, on fait la couche d’un mètre de profondeur; les couches d’hiver se font plus fortes. On met, par-dessus le fumier, 25 centimètres d’épaisseur de bon terreau.
Lorsque la couche est ainsi préparée, si l’on veut y semer des melons ou des concombres , on la laisse pendant huit jours jeter sa grande chaleur, après quoi on unit bien le dessus du terreau, et on sème les graines.
Lorsqu’on tait plusieurs couches les nues contre les autres, ce (pii est très-usité, on laisse, entre deux, 55 centimètres de sentier, qu’on remplit de fumier neuf. Pour réchauffer les
couches, on remue jusqu’au fond, tous les huit ou dix jours, ce fumier des sentiers, auquel on mêle un peu de fumier neuf.
Si les couches se trouvent trop froides, on ôte tout le fumier des sentiers, et on le remplace entièrement par du fumier sortant de l’écurie.
Pour rendre les couches à melons meilleures, on mêle avec le terreau un tiers de sable noir ; mais on se garde bien d’y mettre de la terre franche, parce qu’elle y serait préjudiciable. De cette manière, la couche aura moins besoin d’arrosements, et les melons en viendront plus verts, plus gros et bien meilleurs. Si l’on veut empêcher que le terreau des couches ne se sèche, on met par-dessus 2 ou 5 centimètres d’épaisseur de petit fumier. A la fin de mars, on peut semer, sur les couches des melons, les choux-fleurs, le céleri, et même y établir quelques cloches de pourpier ; cela n’y fait aucun tort.
Pour semer le’s melons , on fait dans la couche de petits trous avec le plantoir, à deux doigts de distance les uns des autres, et alignés. On met trois graines dans chaque trou, qui doit avoir o cà 4 centimètres de profondeur; on les recouvre aussitôt de terreau. On pose une cloche par-dessus, afin que ce qui reste de chaleur dans le fumier ne s’exhale pas trop vite. Il faut de plus couvrir les couches de paillassons, le jour et la nuit, car l’action des moindres frimas retarderait la germination. Si la graine ne lève pas au bout de huit jours, c’est une preuve qu’elle a manqué, soit pour avoir été brûlée par l’excès de la chaleur de la couche, soit pour avoir péri sous l’influence du froid dont elle n’était pas suffisamment garantie, soit par toute autre cause. Alors, sans tarder, on doit semer d’autre graine, puis réchauffer les couches, remuer et renouveler les réchauds pour entretenir le degré de chaleur nécessaire.
Quand les graines sont levées, des trois qu’on a mises dans chaque trou, on arrache les deux moindres, pour que la plus forte, restant seule, ait plus d’aliment.
Quelques jardiniers prétendent que lorsque les premières feuilles viennent aux melons, on doit en rompre tout douce-
ment les deux feuilles séminales ou cotylédons, qui sont sortis de terre, et qui ne sont pas des feuilles. Lorsqu’on leur demande la raison de cet usage, ils répondent que c’est afin que la sève passe tout entière dans la tige, qui n’en peut avoir trop. Mais c’est un abus que d’arracher ainsi les cotylédons, et cette pratique ne peut qu’être préjudiciable aux jeunes plants.
C’est encore par l’effet d’un préjugé des plus funestes, que les jardiniers retranchent par la suite les fleurs mâles, c’està-dire celles qui ne sont pas nouées, et qu’ils appellent improprement fausses-fleurs. Si ces fleurs n’étaient pas nécessaires à la plante, elles se faneraient et tomberaient d’ellesmêmes dès qu’elles sont écloses, comme elles le font aussitôt qu’elles sont devenues inutiles, c’est-à-dire après qu’elles ont servi, par l’expansion de leur pollen, à la fécondation des fleurs femelles. En supprimant les fleurs mâles, sous prétexte qu’elles ne doivent pas donner de fruit, on fait avorter les fleurs femelles, qui, dès lors, n’en produisent pas non plus.
Quand les melons ont quatre ou six feuilles, il faut les planter sur une autre couche bien préparée, et en mettre cinq ou six pieds sous chaque cloche, afin qu’ils s’y fortifient. On couvre ces cloches avec des paillassons pendant les chaleurs, de crainte que le soleil ne les brûle. On doit prendre garde aussi que cet accident n’arrive pas par l'excès de la chaleur de la couche. Si elle est trop chaude, on fait, avec un bâton gros comme le pouce, trois ou quatre trous dans le terreau, jusqu’au fond, en sorte qu'ils aillent jusque sous le plant, pour le rafraîchir en faisant échapper la chaleur; c’est ce qu’on appelle faire des cheminées. Si l’on voit que les melons soient fatigués, il faut leur donner un peu d’eau.
Les pieds des melons étant devenus assez forts pour remplir toute la cloche, on les lève en motte, avec un déplantoir, par un beau temps et de grand matin ; on les replante sur une troisième couche, à la distance de 75 centimètres les uns dos autres. On doit les arroser aussitôt, et les couvrir avec les cloches jusqu’à ce qu’ils aient bien repris. Après cela, quand jl fait beau, on le^e, de jour seulement, les cloches, par un
côté, en les soutenant avec une fourchette en bois, aiin de donner de Pair au plant.
On arrose les melons tous les trois jours, jusqu’à ce qu ils soient en fleurs. S’il fait sec et chaud, on ne doit employer à cet arrosement que de l’eau un peu échauffée au soleil, et on arrose sur les sept à huit heures du matin.
Quand les melons ont cinq ou six feuilles, et que la tète commence à pousser, il faut la couper au deuxieme nœud.
A mesure que les branches poussent , on les coupe aussi au deuxième nœud pour les arrêter, et on ôte soigneusement les fausses petites branches ou oreilles qui partent du pied ; car elles ne font que gêner les branches à fruit et manger la sève.
Aussitôt que les melons sont en fleurs , on doit ménager •les arrosements et réchauffer la couche, pour empêcher les fleurs de couler et les disposer à nouer. On connaît que le fruit est noué , à le voir d’un beau vert et grossissant à vue d’œil, tandis que la fleur se fane et dépérit.
On coupe toutes les branches où il y a du fruit, a un nœud au-dessus, afin de faire nouer. Quand un pied de melon a trois ou quatre fruits d’assurés, gros comme des œufs, il faut, pour le décharger et donner de la nourriture à ces fruits, ne laisser absolument que les branches auxquelles ils tiennent.
Dès que les melons sont parvenus à la grosseur du poing, on commence à diminuer les arrosements, de peur que les fruits ne deviennent aqueux. Si le chaud est excessif, il faut leur donner une petite mouillure au pied, sans arroser le fruit ; on ôte tout à fait les cloches dès que les melons deviennent gros et que les nuits commencent à étie chaudes; alors on les arrose tous les trois jours, sur les cinq heures du soir, jusqu’à ce qu’ils aient presque atteint leur grosseur parfaite, après quoi on ne leur donne plus deau, quelque besoin qu’ils semblent en avoir. On doit prendre garde, dans fous les cas, de ne pas trop mouiller la plante, car cela lui serait contraire.
Lorsque le fruit commence à mûrir, il faut ôter les feuilles
qui le recouvrent, afin qu’il profite du soleil ; cependant, ou ne doit pas trop le hâter; mais, pour que la maturité du
melon soit égale en tous sens , il est bon de le tourner de côte et d’autre trois ou quatre fois avant de le cueillir.
Il est avantageux de mettre les melons sur des tuileaux ou sur des ardoises, pour éviter qu’ils ne contractent l’odeur de fumier ou de terreau, à mesure qu’ils mûrissent, ou que l’humidité de la terre ne les gâte.
On connaît la maturité d’un melon par la queue, quand elle semble vouloir se détacher du fruit; par la couleur, quand il commence à jaunir, ou quand le petit jet qui est au même nœud se dessèche ; par sa pesanteur, dont on juge à proportion de sa grosseur* et enfin par son odeur, quand, en le flairant, on lui sent un léger goût de goudron. A mesure que les melons mûrissent, il faut les cueillir, de crainte qu’ils ne se passent.
En général, un bon melon doit être pesant, ferme à la main, bien brodé, sec, vermeil, et avoir l’écorce mince ; on ne peut néanmoins s’assurer de sa qualité qu'à la sonde ou à la coupe. La méthode de rafraîchir les melons dans l’eau, comme le vin , ne vaut rien : ils y perdent leur parfum ; il vaut mieux les cueillir le matin et les serrer dans la fruiterie ou dans une office fraîche, jusqu’au dîner.
Il y a des jardiniers qui prétendent que la graine du milieu du melon fait des melons gros et ronds, que celle qui est prise dans le côté du fruit qui a touché le plus longtemps la terre les produit doux et plus vineux ; que la graine du côté de la queue en donne de longs et de mal faits, et que la graine prise au bout où était la fleur forme des melons bien conditionnés, d'une agréable figure et d'une belle broderie. Suivant nous, toutes ces assertions ne sont que des préjugés.
La graine des melons est une des quatre semences froides; elle se conserve pendant cinq ou six ans; elle est meilleure gardée que nouvelle. 11 en est de même de celle des concombres, qui est aussi l’une des quatre semences froides.
La melonnière doit être visitée souvent, lorsque les melons commencent à mûrir. Un autre préjugé en a longtemps interdit rentrée au sexe, dont l'approche, disait-on, dans certaines
circonstances, était préjudiciable à Une melonnière doit être placée
la qualité des melons, à l’exposition du midi,
l'abri des vents froids, et eimronnée de brise-vents faits de paille et soutenus avec des perches. On peut consulter ce que nous avons dit ailleurs, de la melonnière, en traitant des principes généraux de l’horticulture.
On cultive en France un grand nombre de variétés de melons, qu'on rapporte toutes à trois espèces principales, savoir: les melons brodés, les melons à écorce unie et les cantalous. Les melons dits du Pérou, de la Morée, de Candie, de Malte, de Perse ou d’Odessa, etc., se rapportent tous à l’une ou à l'autre des trois espèces que nous venons de désigner.
Le melon d'eau ou pastèque se sème de très-bonne heure, et se repique en bonne terre , sur couche ordinaire. On le taille comme les autres melons, et, lorsqu’il y a au pied assez de rameaux, on les laisse en liberté sans retrancher aucun fruit. On arrose comme pour les autres melons.
Les concombres se sèment sur couche, se lèvent, se planlent et se taillent avec les mêmes soins que les melons. Le concombre est ordinairement bon à replanter au bout de douze a quinze jours. Alors il faut labourer une planche d’un mètre 55 centimètres de large, y faire des trous à CO centimètres de distance les uns des autres, et de 55 centimètres lant en carré qu’en profondeur, et jeter du terreau au fond de ces trous. Puis on lève en motte les plants de dessus la couche, on les repique un à un dans chaque trou, on les arrose aussitôt, et on les recouvre de quelque feuillage ou de paille, pour les garantir de l’ardeur du soleil jusqu’à ce qu’ils aient bien pris racine, car ils sont alors très-délicats; ils craignent surtout la grande chaleur des couches, et demandent toujours un peu d’humidité. Il faut encore avoir soin de les sarcler.
Quand ils ont poussé trois ou quatre nœuds, on les pince par le bout, et, à mesure qu’ils poussent des branches, on les coupe a quatre ou cinq nœuds. On doit avoir attention d’en oter toutes les mauvaises feuilles, mais de ne point toucher aux fausses fleurs, ainsi que nous l’avons dit pour les melons. On leur donne de l’eau presque tous les jours ; car, à la différence des melons, ils souffriraient beaucoup de la sécheresse.
Les cornichons no sont que do petits concombres, qu on tînt confire da ns le vinaigre. Plus on arrête les ti amasses des concombres, plus on obtiendra de cornichons.
On cultive plusieurs variétés de concombres : le concombre blanc hâtif, le hâtif de Hollande, le blanc long, le gros blanc, le jaune long, le vert long, le petit vert (à cornichon), le concombre de Russie , très-petit, le plus hâtif de tous.