‹ Traité complet de l'hypochondrieChapitre 14 sur 40 · DÉFINITION · texte numérisé non relu

DÉFINITION

Il est bien dllTicile de donner une définition exacte d'une maladie. Comment en effet renfermer on peu de mots l'exposition

succincte de ses caractères essentiels ? Et c'est pourtant ce qui constitue la définition. Aussi la plupart de celles qu'on a données sont bien loin d'atteindre le but. Voici les plus récentes.

Louyer - Villcrmay a dit : L'hypochondrie est une affection éminemment nerveuse , qui paraît du moins résider dans une irritation , ou une manière d'être particulière du système nerveux , et principalement de celui qui vivifie les organes digestifs : les symptômes essentiels qui lui ^appartiennent sont nombreux , le plus souvent trouble et lenteur des digestions , sans fièvre et sans indices d'une lésion locale ; flatuosités , borborygmes ; exaltation de la sensibilité générale , spasmes variés , palpitations , illusions des sens et surtout de la vue et de l'ouïe , succession rapide de phénomènes morbides ou morbifiques , qui simulent la plupart des maladies ; état réel mais variable de souffrances diverses , d'où naissent des terreurs paniques ou des inquiétudes exagérées : versatilité morale , exgération habituelle spécialement sur tout ce qui tient à la santé , ou à l'énoncé des accidents de la maladie. »

Cette définition indique assez bie;i les phénomènes caractéristiques de l'hypochondrie ; mais elle est une description beaucoup plus qu'une définition. Georget rentre mieux dans le style de la définition , en donnant la suivante : « Je comprends , sous ce nom , ou plutôt sous un autre que je proposerai , diverses affections du cerveau , généralement caractérisées par des désordres dans les fonctions de cet organe le plus souvent sans fièvre , sans mouvements convulsifs , sans dérangement bien manifeste de la raison , de la faculté de juger des rapports et des choses. » L'auteur n'a-t-il pas fait lui-même la condamnation de cette définition , en ajoutant : « Cette définition n'est peut-être pas très-claire , ni très-précise?» Il serait en effet bien impossible de reconnaître à ce passage l'hypochondrie, à moins de savoir d'avance que c'est d'elle qu'on parle.

Après avoir fait justice de la plupart des définitions émises avant lui, M. Dubois, d'Amiens, semble vouloir renoncer à en donner une. Il se contente de résumer dans ce peu de mots l'idée générale qu'il se fait de la maladie : « Suivant nous , l'hypo-

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chondrie consiste primitivement dans une déviation ou plutôt dans une fâcheuse application des forces de l'intelligence humaine. » La réfutation que nous avons faite de la doctrine de M. Dubois , sur la nature de l'hypochondrie , peut s'appliquer à sa définition. D'ailleurs il nous paraît difficile d'admettre une fâcheuse application des forces de l'intelligence humaine , lorsque on ne connaît pas ces forces. Un esprit aussi sévère , aussi exact que M. Dubois, n'aurait pas dû employer une expression aussi vague. ïl nous prouve par là combien il avait raison de ne pas vouloir définir la maladie , et combien cette définition est difficile. On le comprend facilement lorsqu'on envisage combien cette affection est complexe et bizarre dans son siège et dans son caractère.

Si nous nous permettons de hasarder une définition , ce n'est que pour satisfaire à la demande du programme , qui veut une histoire pathologique. Cherchant à la mettre en harmonie avec ce que nous savons de la physiologie de la maladie , nous dirons : « L'hypochondrie est une viciation bizarre de la sensation du système nerveux cérébral , de plusieurs actes de la vie organique , et des fonctions de l'organe de l'inteUigence , relatives à la perception de ces phénomènes et au jugement qu'elle en porte. » Sans y ajouter beaucoup d'importance , il nous semble cependant que nous avons compris dans ce peu de mots les caractères essentiels du siège et de la nature des désordres qui constituent la maladie , sans entrer dans l'énumération des signes qui la font reconnaître.

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