‹ Traité complet de l'hypochondrieChapitre 16 sur 40 · II. Causes qui agissent sur le système nerveux cérébral · texte numérisé non relu

II. Causes qui agissent sur le système nerveux cérébral

Le système nerveux cérébral' se distribue dans toutes les parties du corps à l'intérieur comme à la périphérie ; sensible partout , il y reçoit des impressions qu'il transmet au cerveau. C'est à cette succession d'impression et de perception de l'impression qu'on a donné le nom de sensation. On en a distingué plusieurs espèces , selon la quaUté physique des corps sur lesquels elle s'exerçait. On a d'abord reconnu une sensation gé-

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nérale , sensation commune à tous les organes , répandue par tout le corps et mise en action seulement par les propriétés générales des corps. On a ensuite distingué cinq sensations spéciales, confiées chacune à un organe exclusif. Chacune a pour objet une qualité spéciale ; ainsi , l'une s'exerce sur les couleurs par l'organe de la vue ; l'autre sur les sons par le sens de l'ouïe; l'autre sur les odeurs par l'organe de l'odorat; la quatrième sur les saveurs , par le goût ; et enfin la cinquième sur les qualités tangibles des corps , par le toucher. Quel que soit le mode de sensation , le résultat sera toujours le même. Toutes les fois qu'un organe sensorial sera sur-excité par des sensations trop vives ou trop longtemps prolongées , son rhythme normal de susceptibilité sera changé. Il deviendra plus impressionnable , et comme tout se lie, surtout dans l'appareil nerveux , qui neTorme qu'un arbre dont les branches partent d'un tronc commun , lorsque les sensations deviendront anormales et même pathologiques , le système nerveux en sera encore plus désagréablement impressionné , et les récidives de ces sensations pénibles finiront par rendre ce système réellement malade. A la mobilité , à la susceptibilité qu'il avait acquise , succède un état de souffrance , qui lui fait ressentir de toute part des douleurs qu'il transmet à l'organe de l'intelligence. En conséquence , les causes qui peuvent agir sur les nerfs pour déterminer l'hypochondrie , sont infiniment nombreuses. Les unes sont hygiéniques , les autres sont pathologiques. Nous en examinerons l'action , d'abord sur le système nerveux en général , et en second lieu sur chaque sens en particulier.

I. Les causes hygiéniques qui agissent sur le système nerveux en général sont bien nombreuses : elles comprennent toutes les sensations anormales qui sont communiquées par les agents incitateurs , soit à la périphérie , soit à l'intérieur du corps. En consé<[uoncc , tout ce qui agira sur la peau et sur la membrane muqueuse gastro-pulmonaire , de manière à en sur-cxciter ou à en pervertir la sensibilité, pourra devenir cause (l'hypochondrie.

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A. Nous allons clienihcr d'abord dans les professions de quelle manière elles peuvent modifier la sensibilité générale, ou même la pervertir.

Nous savons déjà que de toutes les professions, celles qui exercent le plus l'organe de l'intelligence, sont aussi celles qui modifient le plus le système nerveux en en exaltant la sensibilité et quelquefois même en la pervertissant. Ainsi, nous avons vu que c'était chez les personnes scientifiques ou artistiques, qui exerçaient le plus leurs facultés intellectuelles, que l'hypochondrie faisait le plus de ravages.

Les professions manuelles, celles qui exigent une grande dépense de force physique sont plutôt un préservatif qu'une cause de l'hypochondrie : cependant lorsque les travaux sont portés à l'excès, lorsque surtout ils se prolongent dans la nuit, et qu'ils ne donnent pas au corps le temps de réparer les forces qu'il a dépensées, une sorte d'énervation, c'est-à-dire, de faiblesse avec mobilité nerveuse en est le résultat et quelquefois aussi l'hypochondrie, ainsi que j'ai eu occasion de le voir plusieurs fois. Cela est si vrai , qu'alors un régime fortifiant et un travail moins pénible sulïîsent ordinairement pour la guérir.

Nous n'avons pas vu que les métiers de tisserands, de tailleurs et de cordonniers, fournissent un plus grand nombre d'hypochondriaques, ainsi que Zimmermann a cru le remarquer. Le célèbre auteur du Traité de l'expérience ne se serait-il pas trop pressé de généraliser quelques faits particuliers à une époque ou à une localité?

Signalons ici une observation fort importante : c'est la fréquence de l'hypochondrie chez les personnes qui se retirent du commerce ou de quelque emploi ; il est facile de s'en rendre raison. Lorsque pendant de longues années, ces personnes, livrées à une occupation très-active, ont mené la vie la plus laborieuse et la plus agitée, elles se sont façonnées avec cette manière d'être, elles se sont identifiées avec elle, elle est devenue pour elles une habitude, une seconde nature. Lorsqu'elles passent à une vie oisive et sédentaire, ce changement brusque d'habitudes, ce passage à un repos trop absolu, ne tprouvent pas l'économie

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disposée à se façonner aussi rapidement à ce nouveau genre de vie. Le désœuvrement amène l'ennui : une sorte d'inquiétude générale s'empare de l'individu, cette inquiétude amène un état névropathique plus prononcé, et cette névrose passe facilement à l'hypochondrie, parce que l'imagination de plus en plus affectée, agit sans cesse sur le système nerveux, qui se trouvait lui-même si prédisposé par la cessation des actes habituels auxquels il coopérait. On voit quelle puissante influence doit exercer cette double action, et par quel enchaînement de phénomènes elle conduit presque inévitablement à la maladie, si on n'y apporte pas un remède assez prompt, en reprenant ses occupations , ou en s'en créant une analogue, qui fasse échapper l'homme à l'ennui du repos. C'est dans les grandes villes de commerce qu'on rencontre fréquemment ces causes d'hypochondrie, chez les négociants qui se retirent, comme on dit, des affaires, et chez les administrateurs qui obtiennent leur retraite : Malheur à eux surtout, s'il leur tombe un livre de médecine entre les mains I

A l'intérieur, les agents incitateurs hygiéniques agissent, les uns sur les organes de la respiration, les autres sur les organes de la digestion.

Respiration. — On comprend comment une gêne mécanique de la poitrine peut occasionner tout à la fois un sentiment de malaise et un trouble fonctionnel qui fatiguent le système nerveux et l'organe de l'intelligence, soit isolément ou successivement, soit ensemble; c'était ce qui, dans le temps, avait porté les auteurs à s'élever contre l'usage fâcheux des corsets. On comprend aussi comment la respiration d'un air vicié par des substances acres, ou par des principes délétères, peut déterminer une irritation directe de la surface muqueuse pulmonaire et des réactions sympathiques, ou rendre l'hématose moins complète et fournir un sang qui porte avec lui la cause d'un sentiment de malaise dans toute l'économie et dans l'organe de l'intelligence. C'est à l'insalubrité de l'air, qu'on a attribué la fréquence de l'hypochondrie en Angleterre et dans les pays marécageux et même à la suite de quelques épidémies meurtrières.

En cilant cette opinion, je ne la donne point comme une certitude , car je serais plus disposé à croire qu'en Angleterre, par exemple, l'hypochondrie sous le nom de spleen, est moins due à l'air humide et brumeux, qu'à l'éducation sévère et sombre qu'on donne à l'enfance, et à la forme du gouvernement.

Digestion. — Les causes qui peuvent agir sur les organes de la digestion, de manière à produire l'hypochondrie, sont faciles à déterminer. Ce sont tous les écarts de régime, sous le triple rapport de la quantité des aliments, de leur qualité et de la régularité des repas. Les écarts peuvent agir directement sur le système nerveux, par l'excitation anormale qu'ils y produisent, comme on le voit chez la plupart des personnes livrées aux boissons spiritueuses, aux boissons froides ou à la glace, surtout lorsque le corps est en sueur ; aux boissons délayantes et surtout aux boissons acides ; enfin à l'abus des toniques et surtout du quinquina dans les fièvres intermittentes. Plusieurs auteurs, entre autres Tissot, Zimmermann, Buchan ont regardé l'usage trop fréquent du thé comme la cause la plus fréquente de l'hypochondrie ; StoU en a dit autant du café. Nous ne nions point l'influence de ces deux substances aromatiques sur le système nerveux ; mais elle a été beaucoup exagérée. Nous n'osons pas dire que Fracassini a regardé le sucre comme une des causes principales de l'hypochondrie, encore bien moins que Blancard a attribué à l'abus des pois, du laitage et des légumes que font les habitants de la Frise, l'hypochondrie à laquelle ils sont si sujets. Rappellerons-nous que Simon Pauli a regardé le pain chaud comme une cause d'hypochondrie , parce qu'il a vu une femme devenir hypochondriaque pour avoir mangé du pain sortant du four ? et que Louyer-Villermay l'a attribuée à l'abus de l'eau glacée? ne voyons-nous pas dans ces opinions trop absolues, un peu trop d'emjpressement à prononcer comme le peuple : post hoc, ergo propter hoc. Nous croyons à l'influence de tous ces agents, mais nous ne la croyons pas exclusive. Ce n'est pas toujours directement sur le système nerveux que cette influence s'exerce : elle peut ne se faire sentir d'abord qu'à l'appareil de la digestion, dont elle modifie la manière

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d'être et dérange la fonction, et nous savons tout ce que des digestions lentes, pénibles et souvent viciées dans leurs produits peuvent causer de fâcheux dans l'économie. Le docteur Barras, a signalé le jeûne et le régime maigre comme une cause puissante de gastralgie et par suite d'hypochondrie. Il est facile de comprendre comment la faim non apaisée, et cela pendant longtemps et à plusieurs reprises^ peut causer des malaises nerveux dans l'estomac et sympathiquement dans tout le système nerveux, et comment cette modification nerveuse peut à son tour amener l'hypochondrie. Ainsi de quelque part que vienne le dérangement de la digestion, il produira toujours le même effet nuisible^ soit par sa réaction sympathique sur le système nerveux, soit par les mauvaises qualités du chyle élaboré. Par conséquent, des indigestions réitérés conduisent aux mêmes effets. Par la même raison les vers et surtout le tœnia amèneront d'autant plus facilement l'hypochondrie, qu'ils sont une cause incessante d'irritation, jointe au trouble de la digestion et à l'influence d'un chyle de mauvaise qualité. Cette remarque a été faite dans les pays voisins des rivières où ces parasites sont plus fréquents ; les dyspepsies qui succèdent à certaines fièvres et à quelques maladies du bas ventre agissent encore de la même manière; c'est ainsi que Forestier attribue à la faiblesse de l'estomac qu'avait occasionnée une fièvre épidémique, le grand nombre d'hypochondries qui lui succédèrent.

B. Des cinq portes ouvertes aux agents extérieurs pour recevoir les impressions et en donner connaissance à l'intelligence, l'une peut être regardée comme faisant partie de la sensation générale, c'est le sens du toucher. En conséquence, nous n'étudierons que l'action des agents physiques sur les quatre autres sens : la vue, l'ouïe, l'odorat et le goût. On conçoit combien devront avoir d'influence sur l'organe de l'intelligence les incita tcurs spéciaux de chacun de ces sens, lorsqu'ils s'écarteront du rhythme normal de leur action. Aussi ils ont servi de voie d'introduction aux causes de l'hypochondrie comme aux agents de leur incitation ; parce qu'il n'est pas de sensation (pii ne puisse être viciée par chacun de ses incitateurs, lorsqu'il

ii'agit plus sur son organe selon son mode normal d'action, lorsqu'il fait en conséquence sur les sens une impression anormale qui ne peut que les fatiguer d'abord, les irriter et consécutivement réagir sur le système nerveux en entier, lorsque surtout cette action anormale se prolonge ou se réitère.

Qnoique les exemples en soient rares, il est possible que les yeux fatigués sans cesse par une lumière trop vive, ou par des variations trop grandes d'une clarté vive à une obscurité profonde, ou enfin parleur application sur des objets minutieux, acquièrent une plus grande susceptibilité, et qu'il finissent par réagir sur le système nerveux et sur l'encéphale, mais ils n'exercent aucune action spéciale.

L'ouïe est en rapport avec la qualité des corps laplus propre à agir sur l'encéphale. L'intonnation des sons est si variable, surtout lorsqu'ils sont modulés, qu'ils produisent à chaque instant une sensation nouvelle et différente. Lorsqu'il n'y a que des variétés de tons, le sens n'en est point offensé, mais il acquiert chaque jour une sensibilité plus grande qui réagit bientôt sur le cerveau et sur tout le système nerveux, aussi les musiciens sont-ils doués d'une susceptibilité nerveuse excessive et de la plus grande disposition à l'hypochondrie. Cette influence des sons de la musique a été connue de tout temps. Roger, dans son Traité de l'action de la musique sur le corps humain, en a présenté les effets avec beaucoup de soin et de sagacité, s'il a laissé quelques lacunes, elles ont été en partie comblées par les notes savantes de Sainte-Marie, son traducteur. C'est même d'après cet effet connu que l'auteur insiste beaucoup sur le parti ({u'on pourrait en tirer dans le traitement de la plupart des maladies nerveuses et surtout de l'hypochondrie. C'est aussi d'après la même appréciation des bons effets de la musique sur l'économie, et principalement sur l'organe de l'intelligence, que dans ces derniers temps on a fait entrer avec un succès inespéré l'exercice de la musique dans le traitement de la folie.

Si la musique bien exécutée peut monter les nerfs à un degré d'excitation physiologique et pathologique, que sera-ce lorsque l'oreille sera continuellement ou très-souvent martyri-

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sée par les sons aigres et discordants de certaines méchantes mécaniques musicales? Alors l'eflet de ces sons sera pénible sur le nerf acoustique et l'irritera vivement ; cette irritation transmise au cerveau et à tout le système nerveux y produira des effets nuisibles, qui pourront amener quelques affections nerveuses et consécutivement l'hypochondrie. Il est possible que des odeurs désagréables ou trop aromatiques agissent d'une manière nuisible sur les nerfs olfactifs et occasionnent différentes affections nerveuses ; les exemples n'en sont pas rares.

Nous concevons la même possibilité pour les saveurs, mais plus rarement et bien plus difficilement ; je n'en connais point d'observation.

II. Rien n'inspire à l'âme une tristesse profonde, comme une santé toujours chancelante, un corps qui appelle sans cesse l'attention par la douleur. L'esprit même perd de sa force, de sa capacité, de son étendue.

Les maladies sont déjà un désordre, une \dciation générale ou partielle de l'économie. Que le système nerveux en ait reçu ou non la première influence, qu'il ait été ou non le moteur, l'agent premier de l'affection ; lorsqu'une fois elle existe, elle ne peut moins faire que d'agir à son tour sur les nerfs, dont elle excite ou vicie l'action selon leur caractère spécial ; que la maladie ait son siège à la surface du corps, ou dans l'intérieur des organes, qu'elle agisse sur l'un ou l'autre sens, elle ne peut produire qu'une sensation douloureuse ou anormale dont le malaise se fait sentir dans la partie malade d'abord, et va bientôt retentir daus toute l'économie par l'enchaînement fonctionnel et solidaire des organes. On voit donc combien il serait superflu et vicieux à la fois, de vouloir attacher une importance trop grande à une maladie particulière qui aurait occasionné l'hypochondrie, puisque toutes ces actions pathologiques émanent du même principe, quelles que soient les formes sous lesquelles les différentes maladies les font apparaître. Les auteurs sont remplis de ces observations d'hypochondrie produite par des causes palhologiciues ; comme il serait aussi fastidieux qu'inutile de les relater toutes, nous les comprendrons dans un

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certain nombre de groupes établis sur la division que nous avons adoptée plus haut.

Inflammation. — Les inflammations aiguës sont les maladies les plus fréquentes et elles ne sont pas souvent la cause déterminante de l'hypochondrie, elles font souffrir vivement, mais elles n'amènent pas la modification cérébro-nerveuse qui caractérise cette affection. Pour en venir là, il faut que l'inflammation se guérisse et qu'elle laisse survivre après elle un éréthisme nerveux local ou général, ou local d'abord et général ensuite. Presque toutes les inflammations peuvent occasionner cette modification, qui devient à son tour cause de la maladie. Cependant il en est quelques-unes qui paraissent plus propres à fournir un semblable résultat ; nous mettrons en première ligne les inflammations des viscères de l'abdomen et surtout celles du foie, de la rate et de l'estomac, qui ont de tout temps été reconnues pour être les causes les plus fréquentes de l'hypochondrie ; leur manière d'agir est la même que celle des causes hygiéniques* Après, nous placerons les phlegmasies du cerveau, qiii, ainsi que nous l'avons vu dans les observations III et IV, agissent avec une facilité d'autant plus grande, que déjà elles ont compromis les fonctions de l'organe de la pensée. Viennent ensuite celles du cœur et de ses enveloppes dont on conçoit l'influence sur la circulation et consécutivement sur toute l'économie.

Les auteurs disent aussi avoir vu les phlegmasies cutanées éruptives, érysipèle, rougeole, variole, scarlatine, varicèle, etc* devenir la cause de l'hypochondrie.

Les phlegmasies chroniques sont beaucoup plus aptes à produire l'hypochondrie, et on le conçoit aisément. Leur action prolongée sur les organes dont elles troublent les fonctions et surtout sur le système nerveux, a bien plus le temps d'opérer la modification anormale qui caractérise l'hypochondrie. Les plus favorables à ce développement sont celles des voies digestivesetdes autres viscères abdominaux, puis celles du cerveau et du cœur.

Comme la phlegmasie ne produit la maladie qu'en déterminant d'abord une sorte de névrose soit locale soit générale, il est évident que les névralgies, quel qu'en soit le siège, seront

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dos causes de l'hypochondrie. Nous avons vu la gastralgie , (Obs. Y, Vlli, XÏI et XXYII), la cardiagie (Obs. XIÏl), h pneumotalgie (Obs. XÏV), et une névrose générale (Observations Yï, XYIÏI et XIX ), devenir la cause de l'hypocbondrie : ce que nous avons vu dans ces faits particuliers, a été vu par les auteurs dans d'autres faits semblables, et dans des faits où d'autres névralgies ont été la cause de l'affection. La gastralgie est de toutes les névroses celle qui en est la cause la plus fréquente : M. Barras l'a suffisamment démontré en en accumulant des exemples innombrables. Tout ce que nous avons eu, déjà bien des fois, occasion de dire sur l'étiologie de l'bypotbondrie, peut ici trouver son application. On conçoit, en effet, comment une affection nerveuse, quel qu'en soit le siège, finit par compromettre tout le système nerveux, et consécutivement comment les sensations alors viciées finissent par altérer l'imagination et le jugement sur leur compte. On comprend surtout comment la gastralgie et la cardialgie peuvent amener plus promptcment ce résultat, en dérangeant des fonctions, dont la régularité est si importante à la santé.

Les pblegmasies et les névroses ne sont pas les seules affections qui puissent devenir la cause de l'hypochondrie, toutes les autres maladies peuvent avoir les mêmes résuUa;ts, excepté peut-être les exhalations séreuses. Quel qu'en soit le siège, l'effet sera le même, cependant lorsqu'elles occuperont des organes doués de plus de sensibilité, elles agiront plus facilement sur l'économie, et détermineront la névrose qui est le prélude ordinaire de l'hypochondrie. Ainsi les affections chroniques de la peu, darlres,"^ prurigo, etc., devront avoir ce résultat. Yiennenl ensuite celles qui troublent des fonctions importantes, telles que la digestion, la circulation et la respiration, voilà pourquoi toutes les maladies des voies digcstives, toutes les maladies du cœur cl quelques dyspnées sont parmi les causes pathologiques, celles qui produisent le plus souvent la maladie.

Nous ra|)pellerons une réllexion que nous avons déjà faite, c'est que ce ne sont pas les maladies les plus douloureuses qui produisent le plus facilcm.-nt l'hypochondrie , ainsi le cancer

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torture longtemps les malades et les conduit an tombeau au milieu de souffrances atroces , sans les faire passer par les sensations bizarres et les tourments imaginaires de l'iiypocbondrie , ce qui prouve de plus en plus que ce n'est pas une simple irritation du système nerveux qu'il faut , pour constituer l'hypochondrie , mais une modification toute spéciale et des nerfs et de l'imagination ; aussi nous voyons bien souvent une éternité de douleurs les plus aiguës ne point changer la manière d'être de l'économie , tandis que d'autres fois une indisposition bien légère suffira pour occasionner cette modification et même l'hypochondrie.

Nous ne devons pas oubfier le rhumatisme ni la goutte. Nous savons quel rôle important StoU a fait jouer à l'humeur goutteuse; quoiqu'il en ait exagéré les effets , son opinion n'en contient pas moins quelque chose de vrai. Ces deux maladies sont quelquefois, en effet , la cause de l'hypochondrie ; mais ce n'est pas durant leur marche régulière , dans les parties fibreuses du tronc et des membres , c'est lorsque la maladie en se déplaçant se porte sur les viscères de l'abdomen , sur le cœur ou sur l'encéphale , et qu'elle s'y fixe pour longtemps, do manière à en déranger les fonctions et à amener toutes les modifications nerveuses et digestives que nous avons déjà si souvent signalées.

Nous n'oubfierons pas non plus la syphilis chronique ; lorsqu'elle est devenue constitutionneUe , lorsque le virus a saturé l'économie, on conçoit qu'elle puisse agir sur le système nerveux et sur l'encéphale, de manière à déterminer la modification hypochondriaque, soii en agissant directement , soit en agissant secondairement sur eux , et par réaction , après avoir produit différentes altérations pathologiques, sur divers organes ou sur divers poiîits de l'économie dont la souffraace devient alors la cause efficiente , comme lorsqu'il» sont le siège de toute autre affection.

Il ne paraît pas que les épanchements de sérosité , les in fil trations, etc., aient jamais occasionné l'hypochondrie , je n'eu ai trouvé aucune observation bieiî caractcriséc ; lorsqu'il y

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avait hydropisie , ou bien c'était une simple coïncidence, ou bien, et c'était le cas le plus ordinaire, l'exhalation séreuse, de même que l'hypochondrie , é tait l'effet d'une affection organique qui les avait occasionnées toutes les deux.

Iir. Causes qui agissent sur les actes de la vie organique.

Cette classe de causes peut paraître moins bien déterminée , parce que ses effets sur le système nerveux cérébral ne sont pas aussi patents que ceux qui sont le produit des excitateurs directs du système nerveux cérébral. Elles n'occasionnent point de douleur , point de sensations immédiatement perçues , leur action se passe dans l'intimité des organes et elles n'agissent que d'une manière générale sur l'imagination et sur le système nerveux. A cette classe appartiennent les vices d'absorption cu^ tanée , pulmonaire et digestive , les vices de la circulation et ceux des sécrétions. Nous ne parlons pas des vices de la nutri-r tion ; car ils ne sont eux-mêmes que la conséquence d'autres viciations qui réagissent sur elle,

Absorption cutanée. Nous ne nions point la possibilité de l'introduction de substances délétères par l'absorption cutanée et par conséquent tous les effets de ces substances sur l'économie, mais ce n'est pas par cette voie que s'introduiront le plus souvent les miasmes dont l'action lente et longuement prolongée se fait sentir sur le système nerveux et sur l'encéphale ; c'est plutôt par V absorption pulmonaire et bien plus encore par Vahsorption gastro-intestinale. On connaît les effets nuisibles des aliments de mauvaise qualité ou chargés de quelques substances vénéneuses, ils ne peuvent fournir qu'un chyle insalubre ; et celui-ci ne peut devenir pour les organes qu'une alimentation vicieuse, qu'une cause d'excitation anormale, bien propre à déterminer la modification nerveuse et cérébrale qui conduit à l'hypochondrie. Nous avons déjà si souvent exposé la théorie de ces effets d'un chyle de mauvaise nature, que nous ppus dispensons d'y revenir.

Circulation. Les troubles de la circulalion peuvent occasionner riiypochondric de bien des manières. Elle peu^ envoyer aux organes tantôt plu*-, taijtôt moins de sang que n'en exige l'exercice normal<^ae leurs fonctions ; on sent que cette variation doit occasionner un trouble , dont le sysk'ime nerveux doit se ressentir le premier , et auquel par conséquent l'encéphale et l'imagination doivent prendre la plus grande part. Voilà pourquoi la pléthore a plusieurs fois été signalée comme la cause de l'hypochondrie. Voilà pourquoi la pléthore cérébrale seule a pu aussi l'occasionner. En conséquence , tout ce qui contribuera à augmenter la pléthore, deviendra une cause indirecte et éloignée de l'hypochondrie : ainsi un régime succulent ; la suppression d'une héniorrhagie habituelle ou naturelle , telle qu'épistaxis , menstrues , hémorrhoïdes ; l'omission d'une saignée générale ou capillaire dont on avait contracté l'habitude, peuvent être regardées comme des causes de l'hypochondrie. Ces suppressions produisent souvent des effets plus directs et plus prompts , en opérant dans l'économie un trouble subit, un dérangement manifeste dans l'ordre normal des choses. C'est à cette suppression ou au dérangement des menstrues chez les femmes et de l'épistaxis chez les hommes, que Piquer attribue la fréquence de l'hypochondrie en Espagne ; mais cette opinion nous parait exagérée , de même que celle de Lorry, qui dit qu'il n'y a pas chez les jeunes filles de causes plus fréquentes de la mélancolie nerveuse , que la suppression ou le retard du flux des menstrues , et que chez les adultes cette maladie résulte plus souvent de la rétention des hémorrhoïdes que de toute autre cause : IVulki frequentior est melancholiœ nerveœ causa in puellis , qudm eruptionem molientium mensti'uorum siippressio aut retardatio, nulla in adidtis vulgata magis , quàm hœniorrhotdum refluxus.

Lorsque par une cause quelconque , la quantité du sang a été diminuée , les organes en éprouvent un double malaise : d'une part ils ne reçoivent pas les matériaux nutritifs suffisants ; d'autre part , ils n'en reçoivent plus une incitation normale satisfaisante; ce double effet produit sur toul le système

392 TRAITÉ DE l'hYPOCHONBRIE.

nerveux une impression pénible , qui l'irrite et en modifie la sensibilité.

C'est de cette manière qu'agissent les bémorrhagies abondantes et les évacuations sanguines poussées trop loin , comme l'exigeait naguère le traitement énergiquement antiphlogistique de la doctrine physiologique. Je tiens d'un médecin militaire , qui , pendant longtemps a fait un service dans un hôpital, où le médecin principal exténuait ses malades par des saignées excessives , que beaucoup de ses malades, pâles et languissants, tombaient dans un état d'hypochondrie d'où on ne les ramenait pas toujours. L'épistaxis , l'hémoptysie , le méléna , la menstruation , les hémorrhoïdes et les saignées peuvent donc être placés au nombre des causes de l'hypochondrie. De toutes ces bémorrhagies les hémorrhoïdes sont celles qui jouent le rôle le plus important. Sthal en a sans doute exagéré l'influence ; cependant il y a beaucoup de vrai dans son opinion. Les rapports des vaisseaux hémorrhoïdaux avec les vaisseaux des viscères de l'abdomen indiquent cette influence. Elles entretiennent en outre au fondement une irritation prurigineuse, et une direction fluxionnaire sanguine qui ne peuvent pas cesser impunément. Les effets des évacuations abondantes n'avaient point échappé à Lorry. Difficilius for son intelligetur qui fiât ut inter certiores hujus nostrœ nielancholiœ causas recensere possimus , nimias vacualiones seri , sanguinis , urinœ , alvi , seuper morhum, seu per prœposteram sudorificorum, catharticorum applicationem, seu demum per vulnera , talisvirium difflutio fiât, Nullatamen causa aut constantior , aut efficacior, si harum vacuationum aliqua supervcnerit inassueta.

Sécrétions. Les sécrétions sont des causes fréquentes d'hypochondrie : tantôt ce sont des sécrétions naturelles qui sont augmentées , diminuées ou viciées dans leurs produits ; tantôt ce sont des sécrétions pathologiques ou artificielles qui éprouvent les mêmes modifications.

La simple vicialion dans la qualité des licjuides ne peut guère par elle-même , exercer d'influence sur l'économie. C'est la maladie de l'organe qui l'a viciée , qui peut et doit réagir;

mais une sécrétion excessivement abondante rend le système nerveux plus irritable , en épuisant l'économie ; elle devient ainsi une cause d'énervation , qui finit par amener les v< peurs de l'hypochondrie. Un excès d'allaitement, une salivation abondante , des sueurs excessives, une diarrhée chronique, une dyssenteric intense, des évacuations biliaires énormes et la leucorrhée , ont bien des fois occasionné l'hypochondrie ; les exemples n'en sont pas rares. J'ai vu un diabètes qui durait depuis deux ans finir par la produire. Ce n'est pas seulement en agissant sur le système nerveux et sur l'économie , que l'évacuation immodérée devient nuisible, souvent elle agit d'abord sur l'estomac , et c'est ensuite ce viscère malade qui réagit. Tissot est de tous les auteurs , celui qui a recueilli le plus grand nombre d'observations d'hypochondries produites par cette cause. Mais de toutes les sécrétions , celle dont les abus occasionnent les effets les plus pernicieux , c'est la sécrétion spermatique. Aussi les excès des plaisirs de l'amour , soit avec les femmes soit par la masturbation , sont-ils une cause d'énervation des plus grandes , et par conséquent une cause fréquente d'hypochondrie : on en comprend facilement le mécanisme , j'en ai cité deux observations (XVI et XVIÏ). J'aurais pu en citer davantage , et surtout j'aurais pu invoquer le témoignage de Tissot, deLouyer-Villermay, de Fodéré et de MM. Foville, Doussin-Dubreuil Deslandes et Oppenheira, médecin du grand visir. Quoique la ficence de nos mœurs nous mette aujourd'hui à l'abri des effets nuisibles qui pourraient résulter d'une continence trop grande, ces effets n'en sont pas moins réels, et Galien les avait déjà signalés dans le passage suivant :

« Simt enim nonnulli, quas protinus à juventute concubitiis imbeciliores effîcit; alii , nisi assidue coeant, capitis gravilate molestantur , cihos fastidiunt , ac febribus obnoxii simt, quidam torpidi , ptgrique , nonnulli etiam melancholicorum exemplo^ prœter modum mœsti ac limidi , cibi etiam tum cupiditale , tum concoctione vitiata. » (De loc. aff. hb. Vî, chap. 1. ) Comparetti , Tissot et M. Barras , en ont aussi remarqué les iiicoiivénients , quoique bien rarement.

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La pollution diurne involontaire , déjà signalée par Wiehmann, et décrite , de nos jours, avec une supériorité si remarquable par le professeur Lallemand , tient un des premiers rangs parmi les causes productrices de l'hypochondrie. Cet auteur a fait ressortir la fâcheuse et puissante influence que ce vice de sécrétion exerçait sur l'imagination , et il n'a rien exagéré. On ne se fait pas une idée de la morosité dans laquelle elle plonge les malades. Rien que la guérison ne peut les distraire , ainsi que j'ai eu plusieurs fois occasion de m'en convaincre.

Suppression. La suppression ou la diminution d'une sécrétion habituelle a été regardée comme une cause d'hypochondrie. Ainsi , la suppression d'une sécrétion nasale ou pulmonaire très abondante , d'une diarrhée habituelle , de sueurs générales ou partielles, d'une gonorrhée chronique , delaleuchorrhée et surtout des lochies , enfin l'oubli d'une purgation ou d'un vésicatoire dont on avait contracté l'habitude à certaines époques de l'année , ont souvent apporté dans l'économie un trouble , qui , en modifiant le système nerveux et l'encéphale , est devenu la cause de l'hypochondrie.

Sécrétions pathologiques. Lorsqu'elle est devenue habituelle, une sécrétion pathologique expose aux mêmes inconvénients qu'une sécrétion naturelle ; si le liquide qu'elle fournit , pus , matière encéphaloïde , sérosité, mucosité, etc., est trop abondant , elle agit de la même manière en épuisant l'économie , et en produisant cette sorte d'énervation si favorable au développement de l'hypochondrie. De même , la suppression intempestive d'un cautère , d'un séton , d'une fistule , d'un foyer purulent , d'une carie qui durait depuis longtemps , et même d'une dartre ou de toute autre aflection chronique qui entretenait une sorte de direction fluxionnaire pathologique sur un point , peut occasionner les accidents les plus graves , au nombre desquels on doit compter les névroses et l'hypochondrie ; d'ailleurs , l'expérience en a fourni de nombreuses observations .

Causes tlu-rapeuliques.

A toutes ces causes efficientes nous en joindrons une série d'autres , sous le nom de causes thérapeutiques , parce que les médicaments en sont les agents provocateurs.

Quelques auteurs ont attribué à certains remèdes une vertu particulière sur la production de l'hypochondrie. Ainsi , Tissot, Zimmermann et Buchan , comme nous l'avons dit , en ont regardé le thé comme une cause puissante , et c'est à son usage qu'ils attribuent sa fréquence en Angleterre , et en Hollande. Cette opinion est erronée, le thé n'est dans ces contrées qu'une cause très-secondaire d'affections nerveuses ; elles y reconnaissent beaucoup d'autres causes plus efficaces. Nous le pensons ainsi , quoique la malade de la première observation ait toujours accusé un thé trop chaud d'avoir été la cause de sa maladie. Nous en dirons autant du café auquel StoU accordait la même vertu nuisible.

Beaucoup d'autres remèdes et surtout les purgatifs reitérés, l'abus des stimulants et des délayants , l'administration imprudente des narcotiques et surtout leur usage prolongé, l'emploi intempestif des astringents, etc., ont été regardés comme des causes de l'hypochondrie. On conçoit que le trouble, opéré lentement par ces remèdes , puisse déterminer la prédisposition nerveuse et en faire l'origine et le commencement de la maladie. Ce passage sera plus sensible encore , lorsque l'administration intempestive des médicaments sera faite de manière à produire soit un dérangement plus grand dans les fonctions , soit des réactions plus vives. Disons cependant qu'on a attribué aux astringents une vertu différente de celle que nous avons reconnue aux autres médicaments. On a dit que par leur action sur les vaisseaux capillaires et sur les organes sécréteurs , ils pouvaient et devaient arrêter les hémorrhagies habituelles et devenir ainsi la cause de tous les accidents auxquels ces suppressions pouvaient donner lieu. La chose est possible ; mais elle se présente si rarement , qu'il sera toujours

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douteux que le médicament soit la véritable cause de la maladie. II en est de même dans les cas d'administration du quinquina dans les fièvres intermittentes. Nous pensons qu'il est le plus souvent étranger aux accidents qui amènent l'hypochondrie. Les organes et principalement le système nerveux cérébral qui se trouvaient compromis pendant les accès de la fièvre , conservent une modification physiologique anormale , qui peut conduire à l'iiypochondrie , et y conduit en ,effet , si elle ne se dissipe pas promptcment ; ainsi que Louyer - Villermay entre autres l'a observé. Cependant , je ne nie pas que l'action excitante des médicaments sur les organes de la digestion et sur toute l'économie , n'irrite cet organe et par suite le système nerveux, et que celui-ci ne réagisse sur l'imagination et ne participe ainsi au développement de l'hypochondrie. Mais si l'action de ces médicaments est douteuse , il n'en est pas de même de celle des délayants et surtout des narcotiques : les uns et les autres tendent à débiliter les forces de l'estomac, principalement les opiacés qui en diminuent et paralysent presque l'action, La digestion se fait mal, et une véritable gastralgie en est la conséquen(;e. Les narcotiques exercent de plus sur le cerveau une action toute spéciale , qui en modifie l'état normal. Nous n'avons pas besoin de dire maintenant , comment réagit l'estomac dérangé , ni comment le cerveau affecté se conduit pour faire développer Thypocbondrie , nous l'avons dit cent fois. Nous ne pousserons pas plus loin cet examen , quoique nous puissions l'étendre à beaucoup d'autres remèdes , parce que les effets qu'ils produisent se rapportent toujours à la lésion de quelque organe important , et que dès lors nous saunons d'avance comment celui-ci réagirait pour déterminer la modification hypochondriaque.

Récapitulation des causes.

Cette longue énumération des causes de l'hypochondrie demande encore ([uc!([ues réflexions. Nous avons dit qu'elles n'étaient pas toutes également fré<iuenles ; nous avons vu que

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c'étaient les aiïections morales , les conlenlions d'esprit et les dérangements de l'appareil digestif qui en étaient les causes les plus ordinaires. Nous avons dit aussi que ces causes varient infiniment selon l'âge, le sexe, la constitution , la profession et les circonstances physiques et morales dans lesquels sont placés les individus : Ainsi , dans la jeunesse , Fhypocliondric est due le plus souvent aux affections du cœur, aux tourments d'un amour contrarié , à la lecture des livres de médecine , à l'étude de cette science , à l'onanisme , à l'abus des plaisirs vénériens et aux pollutions diurnes. Beaucoup plus fréquente chez l'adulte , l'hypochondrie est alors le résultat d'une vie sédentaire, des chagrins qu'entraînent les revers de fortune, une ambition déçue , des espérances trompées , des peines domestiques , des travaux de cabinet trop prolongés et des excès de la bonne chère, soit pour la quantité soit pour la qualité stimulante. Quoique plus rare chez la femme , celle-ci n'en est pas exempte, et chez elle , indépendamment des causes qui lui sont communes avec Fhomme , elle trouve des causes qui lui sont particulières dans les dérangements de la menstruation , dans des leucorrhées abondantes ou supprimées, deux circonstances dont on connaît la grande influence sur la sensibilité. Mais les causes les plus fréquentes se trouvent surtout dans les changements que produisent les ravages du temps sur leurs charmes , dans leurs penchants contrariés , dans la jalousie que leur inspirent le triomphe et la beauté d'une autre femme , et dans les atteintes qui peuvent blesser leur pudeur , leur timidité , leur honnêteté.

Certaines localités favorisent le développement de l'hypochondrie , parce qu'elles renferment un plus grand nombre de causes capables de la produire. Ainsi, dans les grandes villes, l'éducation molle et efféminée y dispose beaucoup plus que l'éducation brute et mâle de la campagne. La vie y est plus sédentaire , et il y a plus de désœuvrement. Les excès d'études, les contentions d'esprit trop prolongées , les espérances et les ambitions déçues, les renversements de fortune et autres affections pénibles de l'àme , l'abus de la bonne chère , des

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liqueurs alcooliques et des plaisirs de l'amour ; certaines ma^ ladies , telles que les dartres , la goutte , la syphilis , un air plus insalubre, sont des causes qu'on y rencontre plus souvent. Une faut pas croire pour cela que la campagne en soit exempte. Nous avons même vu (Obs. XVII) qu'elle en fournissait aux hôpitaux plus que la ville. On ne s'en étonnera pas , si l'on envisage que les habitants de la campagne sont plus exposés aux excès de la fatigue , aux intempéries de l'air , aux suppressions de la transpiration , aux passages brusques et sans précaution d'une chaleur excessive à un froid rigoureux ; à une nourriture grossière , insuffisante et peu tonique ; et que , lorsqu'ils boivent du vin , c'est avec profusion et de manière à le rendre non plus tonique et ialutaire , mais nuisible.

Enfin certains hôpitaux favorisent davantage le développement de l'hypochondrie , à cause de la méthode débiUtante qu'on y suit. Quelques médecins saignent à toute outrance, et rendent les convalescences longues , parce qu'alors les voies digestives affaiblies donnent bientôt lieu aux gastralgies et aux autres phénomènes nerveux qui amènent l'hypochondrie. Quelques autres médecins ont la funeste habitude de faire un usage inconsidéré des stimulants , des purgatifs et des sudorifiques , et de déterminer ainsi l'excitation locale des premières voies , et l'excitation nerveuse générale , qui sont le premier pas vers l'hypochondrie.

Répétons enfin que , parmi ces causes , il en est qui sont plus propres à favoriser ou à déterminer l'hypochondrie. Disons aussi qu'une cause est tantôt isolée , et tantôt multiple , et que dans ce dernier cas , son action plus ou moins intense se combine pour arriver au même résultat. Faisons encore une remarque bien importante ; c'est que les causes agissent rarement , nous pourrions dire jamais, d'emblée. Leur action n'est pas instantanée. Elle est toujours lente , soit qu'elle se réitère, ou qu'elle soit continue et qu'elle persévère longtemps*

La maladie marche beaucoup plus rapidement chez certaines personnes ([ue chez d'autres ; ce qui dépend des dispositions dans lesquelles se trouvent les individus. Celui qui déjà, par

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Son caraclèro bizarre , sera disposé à s'jlarmer de tout, celui que sa susceptibilité nerveuse rendra déjà sujet à des vapeurs, celui dont une gastralgie ou autre névrose ou une altération organique viscérale tourmentera l'existence depuis longtemps , et aura déjà vicié la digestion , sera bien plus vite hypochondriaque , que l'homme heureux, jovial , d'une bonne santé et surtout d'une constitution forte et athlétique.

Ce chapitre s'est allongé beaucoup, parce que nous avons pensé qu'il était indispensable de faire connaître la manière d'agir ou la physiologie de chaque cause ou de chaque ordre de cause. Ce n'est que par cette appréciation sévère de la nature et du mode d'action de toutes les causes, qu'on peut se faire une idée juste et du caractère et du siège de la maladie. Si en effet ces causes n'agissaient que sur un organe ou sur un appareil ou un système d'organe , ce serait cet organe ou cet appareil qui serait seul le siège de la maladie ; si , au contraire, ainsi que nous l'avons démontré , elles agissent sur plusieurs organes ou appareils , aucun ne sera exclusivement le siège de l'affection. Or, c'est précisément ce qu'il importait de bien faire ressortir , afin de mettre en harmonie l'étiologie avec la nature physiologique de l'hypochondrie.

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