CHAPITRE IV
SYMPTOMATOLOGIE DE l'hYPOCHONDRIE-
L'hypochondrie occasionne un si grand nombre de phénomènes en apparence si différents et si disparates , qu'on aurait de la peine à croire qu'ils appartiennent à la même maladie , si par leur analyse physiologique on ne remontait à leur source commune, et si on ne démontrait leur origine organique. Quoique les faits soient les mêmes dans tous les temps , dans tous les pays et dans toutes les doctrines , cependant on ne peut pas se dissimuler que l'opinion de l'auteur n'ait eu une grande
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infliîence dans leur choix ou dans leur èRumération , et dans la manière de les envisager et d'en expliquer le développement et l'enchaînement. Chaque auteur s'est appliqué à recueillir plus\ spécialement ceux des faits qui sont les plus favorables à sa doctrine, et les plus faciles à en recevoir les interprétations systématiques. Les humoristes n'ont rien négligé de tout ce qui pouvait concourir à mieux faire établir leur opinion sur les viciations du sang, les chaleurs qu'il était supposé occasionner, etc. Ils n'ont pas eu non plus beaucoup de peine à expliquer tous les phénomènes , en faisant remarquer la distribution du sang partout. Quel que soit le mode de viciation admis , le résultat hypothétique est toujours le même .
Nous voyons ceux qui ont placé le siège de la maladie dans l'estomac accueillir avec confiance les flatuosités , les ardeurs , les gonflements , les renvois , dont cet organe est le siège, les mauvaises digestions, etc. , et faire ensuite jouer un grand rôle au chyle mal élaboré , aux crudités , ou aux réactions sympathiques de ce viscère. Si c'est dans la veine-porte que Hauteur a placé le mal , vous le voyez recueillir cet embarras de la circulation , ce battement des hypochondres et de l'épigastr^ , ce gonflement des vaisseaux abdominaux , expliquer ensuite avec cette circulation partielle , les embarras et obstructions des viscères 5 les dérangements de la digestion , les flatuosités , les hémorrhoïdes , etc.
Que ce soient le foie, la rate, le pancréas, le mésentère, isolément ou collectivement qu'on fasse le siège de l'hypochondrie, les symptômes ne manquent pas en faveur de chaque opinion : ils sont si nombreux qu'on peut choisir et en avoir encore à profusion. Les recherches d'anatomie pathologique viennent encore justifier la bonté de chacune. Comme ensuite il est facile de déduire de leurs maladies les eflcls sur le sang, la bile noire ou tout autre humeur mélancolique ! Lorsqu'un organe ne suffît pas on en prend deux , trois , jusqu'à ce qu'on ait trouvé des explications sulïisantcs.
Avec quelle complaisance ceux qui ont place dans le cerveau le siège de la maladie et le point de départ des phénomènes ,ont
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recueilli et analysé les symptômes , de manière à en démontrer la dépendance de l'encéphale au moyen de ses communications nerveuses ! Combien cette analyse , faite avec talent, a rendu simple et facile l'explication de chaque phénomène !
Nous en dirons autant de l'opinion qui place Thypochondrie dans les nerfs on dans une viciation d'un fluide nerveux quelconque. Les organes de la sensibilité et du mouvement se distribuent partout , rien n'a été plus facile que de leur rattacher tous les phénomènes , et d'expliquer leur influence sur la production de chacun , dans quelque partie du corps qu'il se développe , et sous quelque forme qu'il se présente. Que ce soit l'irritabilité du nerf ou bien la viciation du fluide nerveux , l'ataxie des esprits animaux , leur explosion, l'accumulation désordonnée d'un éther , etc., cela ne change rien à l'opinion quant aux faits , la théorie en découle avec la plus grande facilité ; rien ne semble plus naturel.
Souvent un auteur^ après avoir embrassé une opinion bien tranchée , a puisé dans quelques autres des explications pour certains phénomènes. Ainsi , tel auteur, qui place le siège de l'hypochondrie dans l'estomac , n'en fait pas moins jouer un grand rôle au système nerveux ; tel autre ne voit que le foie capable de produire la maladie , et cependant il admet l'atrabile et tout le cortège de l'humorisme le plus complet , etc. Cette association de plusieurs théories , espèce d'éclectisme systématique, ne fait que combiner les opinions et n'offre aucune autre considération particulière , parce qu'elle ne change point la nature de la question , et qu'elle n'ajoute rien à la science.
Mais laissons cette exposition systématique, de plus longs détails ne nous apprendraient rien de plus , et abordons l'étude des phénomènes de l'hypochondrie. Suivrons-nous dans cet examen la méthode symptomatique ou la méthode anatomique ? La maladie ne se traduisant que par des expressions symptomatiques , la peinture la plus fidèle de ces expressions sera la meilleure description qu'on puisse en donner. Mais n'oublions jamais que la véritable science du médecin est d'apprendre à connaître les maladies et à les distinguer , pour pouvoir appor-
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ter à chacune le remède qui lui convient.Afin de mettre de l'ordre dans rénumération des phénomènes , nous les classerons selon les appareils fonctionnels dont ils émanent.
Sensations. — Nous placerons en tête les sensations douloureuses et bizarres que le malade éprouve, parce que c'est toujours par elles que la maladie commence , quelle qu'en soit la cause hygiénique ou pathologique. Ce sont des douleurs qui se font sentir, tantôt et le plus souvent dans un point ou un organe encore malade ou qui l'aura été, et dans lequel une sur-excitation nerveuse aura survécu à la maladie primitive ; tantôt dans différentes parties du corps successivement ou simultanément. Ces douleurs varient infiniment dans leur intensité et dans leur nature. Tantôt c'est une douleur simplement aiguë, d'autres fois c'est une douleur lancinante ou mordicante; quelquefois c'est une griffe de fer qui serre et déchire les fibres ; c'est un étau qui les presse , ou bien c'est un fer rouge ou ce sont des charbons de feu qu'on introduit dans les chairs. Un malade me disait , ces jours derniers, que deux forces tiraient son cerveau en sens opposé et le déchiraient. D'autres ont, disent-ils , les cheveux mêmes douloureux ; mais cette sensation dxîpend du tissu dermoïde dans lequel ils sont implantés, et ils comparent la peau de leur crâne à une pomme cuite ou à une chair meurtrie. Ces sensations douloureuses sont quelquefois générales , quelquefois elles se localisent sur un seul point très-variable , et alors c'est la tête qui en est le siège le plus fréquent. Et là encore elles présentent de nombreuses variétés : car , tantôt elles occupent la tête en totalité , d'autres fois elles n'en occupent qu'un point très-limité , tantôt fixe , tantôt mobile . Le front , les tempes , le sinciput , l'occiput , peuvent indistinctement en être le siège , elles peuvent passer facilement de l'une à l'autre de ces parties. Enfin elles peuvent aussi, d'un moment à l'autre , varier d'intensité et de caractère.
Les sensations que le malade éprouve ne sont pas toujours des douleurs : ce ne sont bien souvent que des bizarreries excessivement incommodes. Les malades attùsent de sentir, l'un un serpent ou tout autre animal qui lui gfisse sous la peau;
l'autre une tiuée de fourmis , oii de tout autre insecte , qui envahit un membre , ou quelque partie du corps ; un autre , les vibrations d'un pendule dans le corps ; celui-ci , le choc d'un corps ; celui-là , une sensation d'explosion , comme un malade me disait dernièrement en éprouver une semblable, au cerveau, qui lui paraissait se briser à chaque instant en mille morceaux ; cet autre , un froid glacial , tantôt fixe et le plus souvent partant d'un point et s'étendant comme une fusée dans différentes parties du corps ; cet autre , une sensation de chaleur variable , fixe ou mobile comme celle du froid. Quelques malades prétendent avoir la tête vide ou remplie d'air , d'eau, de feu , de cailloux , de sable , de grains de plomb. D'autres croient avoir des coquilles de noix qui leur parcourent les membres. J'en ai vu plusieurs se plaindre d'avoir chaque fibre de leurs muscles attachée à un fil qui les tirait ainsi en sens inverse.
En outre de ces sensations , on rencontre parfois des phénomènes nerveux, qui, pour être moins constants, n'en appar* tiennent pas moins à la maladie. Ainsi , on voit quelquefois des vomissements nerveux tourmenter les malades pendant plus ou moins longtemps , disparaître et quelquefois revenir pour disparaître encore , et faire rejeter avec des efforts plus ou moins pénibles , tantôt une matière visqueuse et blanchâtre , tantôt une plus ou moins grande quantité de bile. Landré-Beauvais a observé une hydrophobie fort ennuyeuse. On observe souvent un hoquet fatiguant qui n'a rien de grave ni d'inquiétant.
Indépendamment des sensations nerveuses générales que nous avons signalées et qui petivent se montrer partout , il en est de particulières à chaque organe des sens.
Il y a des éblouissements et différentes illusions d'optique. Tantôt la sensation de la lumière est plus vive , quelquefois même douloureuse. D'autres fois le malade semble ne voir les objets qu'à travers un voile , quelques-uns même perdent momentanément la vue. Dans quelques circonstances , la vue de certains corps ou de certaines couleurs n'est supportée qu'avec
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beaucoup de peine. La perte momentanée de la vue n'a iieti le plus souvent que pendant la digestion , et M. Barras l'a vue n'exister que de l'œil gauche. Quelquefois des douleurs variables par leur intensité et par leur caractère se font sentir dans les deux yeux ou dans un seul.
Les malades éprouvent dans les oreilles des sifflements , des bourdonnements , des battements, des explosions, des bruits de rivière, de cloche, etc. L'ouie acquiert quelquefois une sensibilité exquise telle , que le moindre son , le moindre bruit est entendu et même parfois douloureux. J'ai vu une dame entendre la conversation à voix basse à travers plusieurs murs qui séparaient sa chambre du salon. Tandis que d'autres fois l'ouie devient dure et semble même paralysée momentanément. Ces phénomènes peuvent se manifester indépendamment de ceux de la vision , ou coïncider et même alterner avec eux.
Le sens de Vodoraî est aussi quelquefois émoussé ou même parlaysé ; mais le plus souvent il acquiert une sensibilité plus exquise. L'odeur la plus faible est sentie vivement et quelquefois même douloureusement, au point d'occasionner des douleurs de tête et même des crises nerveuses. Rien n'est plus fréquent que les hallucinations de ce sens. Très-souvent il donne la sensation d'odeurs qui n'existent pas. Le plus ordinairement ce sont des odeurs désagréables, telles que celle de la fumée du sabot du cheval brûlé , etc. Dans quelques circonstances les malades se passionnent pour ces odeurs puantes , et les recherchent avec empressement.
Le sens du goût présente aussi ses anomahes. Quelquefois émoussé et presque impassible , il acquiert d'autres fois une délicatesse excessive : quelquefois même il est perverti, et alors, ou bien il dénature la véritable saveur des corps , ou bien il donne des sensations de saveurs qui n'existent pas ; ou bien enfin il fait ap])éter les substances les moins salubres , les moins nutritives et les ])lus dégoûtantes.
Le tomher ne présente pas moins de bizarreries. Tantôt la peau acqui(;rt une sensibilité vive qui lui permet de supporter
à poine le moindre coiilact sans en éprouver les plus vives douleurs. D'autres fois elle devient presque insensible, ou bien la sensation des corps n'est pas bien nette , et elle semble se faire à travers un autre corps plus ou moins épais. Enfin elle est aussi le siège d'illusions ou d'hallucinations sensoriales, et elle fait éprouver des fourmillements , des horripilations, des grimpements , des chaleurs brûlantes , des sensations de froid glacial. Son degré de sensibilité varie d'un instant à l'autre. Quelquefois dans la même journée elle sera douloureusement affectée par la moindre impression du froid ou de la chaleur ou de l'électricité atmosphérique; et quelques instants après elle y sera insensible. L'exaltation de la sensibilité n'est pas toujours générale. Elle semble quelquefois une sorte de concentration qui s'opère sur un point ou sur un organe au détriment de tous les autres. Tandis qu'un organe éprouve des sensations vives et même douloureuses , les autres paraissent engourdis et presqu 'insensibles. On dirait que la sensibilité abandonne tous les organes pour se réfugier dans un seul.
Phénomènes intellectuels et cérébraux. — A ces phénomènes nerveux se joignent toujours plus ou moins promptement des désordres intellectuels qui viennent caractériser la maladie , ainsi qu'Arétée semble l'avoir indiqué dans ce passage : Est autem animi angor , in unâ cogiiatione defixus , atque inherens ahsque fibre. Les sensations douloureuses ou bizarres fixent l'attention du malade, et bientôt il n'est plus capable de s'occuper d'autre chose que de ses souffrances et de ses maux. Cette disposition nouvelle de son intelligence change aussi son caractère. Il devient morose, pusillanime, ombrageux, méticuleux, acariâtre , bizarre et quinteux. Aujourd'hui il vous fera l'accueil le plus gracieux , et demain , sans raison , l'accueil le plus maussade et le plus rebutant : il est parfois même trè?-^ caustique, ainsi que l'a remarqué le docteur Falret, et que j'ai eu occasion de le voir chez M. M. ( Obs. IL ). Il se tourmente de tout ; tout lui fait ombrage , tout le fatigue et lui donne de l'humeur, parce que ses sens exaltés et viciés ne lui transmettent que des sensations pénibles et douloureuses. Ce qui lui fai-
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sait plaisir jadis devient pour lui un sujet de peine et de fatigue. Une descente lui semble un précipice et l'effraie. Une rivière , un puits , la rencontre inopinée d'une personne ou d'un animal même domestique , l'approche d'une voiture , l'épouvantent également. Il prend en aversion la société et l'exercice , et il recherche la solitude. Quelques-uns se croient dans l'impossibilité de marcher , à cause des étourdissements qu'ils éprouvent ( Obs. III et IV ). Il en est beaucoup qui ne croient pas que leurs jambes soient capables de les porter ( Obs. I. ) Quelques-uns s'imaginent qu'elles sont de cire , de verre ou de velours ; ou bien ils allèguent d'autres raisons tout aussi extravagantes, et cela de la meilleure foi du monde.
Toujours occupé de ses souffrances , l'hypochondriaque en calcule toutes les nuances. Il analyse tous les actes de sa vie. Comme Sanctorius et Réviilon, il pèse et il dose ce qu'il boit et ce qu'il mange , et ce qu'il rend par les crachats , par les urines, par les selles et par les sueurs. Il fouille dans ses excrétions (Obs. I et IX ) avec avidité pour y chercher des motifs de crainte et d'espérance , et il en parle avec une complaisance et une volupté qui lui empêchent de s'apercevoir du dégoût et de la répugnance qu'inspirent ses récits. Joseph Frank a vu un individu qui mâchait seulement ses aliments , en ingurgitait l'extrait , et mettait de côté le résidu , pour le faire examiner par son médecin. Un autre individu se rendait chaque semaine chez son médecin avec des vases remplis de ses matières fécales. Il cite encore un condisciple , qui , se voyant atteint d'une maladie bilieuse , portait la langue à ses excréments. Quelquefois il perd de vue les phénomènes les plus importants , pour s'occuper des choses les plus futiles, qu'il recommande avec chaleur à la sagacité de ceux qui l'écoutent. Toutes ou presque toutes ses sensations deviennent pour lui le sujet d'interprétations sérieuses , qui finissent toujours pir le conduire à conclure l'existence d'une maladie, dont il harmonise les phénomènes avec ses souffrances , et toujours c'est une maladie mortelle ou incurable, et dont il n'existe point d'exemple. Il ne parle jamais ou presque jamais que de ses maux , et il
recherche avec avidité les personnes qui veulent lui en parler aussi et Tentcndre.
Lorsqu'on lui fait mention d'une maladie , son imagination s'en empare , ses nerfs sur-excités et dociles lui font éprouver bientôt les souffrances dont on l'a entretenu. Il se fait l'application de tout ce qu'on lui a dit , il le ressent , et le voilà atteint de la maladie qu'on vient de lui décrire.
Ainsi tourmenté au moral et au physique , il cherche tout ce qui peut le conduire à quelque soulagement, quoiqu'il ne l'espère pas. Dans cette intention il se livre à l'étude de l'économie animale et à la lecture des livres de médecine. A chaque maladie , à chaque phénomène , il le cherche avec anxiété sur tout son corps , et il finit toujours par le trouver ou par le faire développer. De façon qu'en parcourant tout le cadre nosologique, il lui arrive d'avoir successivement toutes les maladies. Ils perdent la raison , la mémoire ; ils tombent en démence , en apoplexie , en paralysie , en léthargie ; ils ne sentent plus rien , ils ne comprennent plus rien , ils n'aiment plus rien; ils ont des fiè^Tes cérébrales. Cependant, au milieu de cette imagination vagabonde , la plupart des malades conservent un point ou une idée fixe , vers lequel ils sont bientôt ramenés. Chez l'un ce sera la crainte d'un squirrhe ; chez l'autre, celle d'un anévrisme, etc. Ces maladies sont imaginaires, il est vrai , et c'est ce qui a fait répandre trop généralement l'opinion que dans l'hypochondrie , il n'y a que des maux imaginaires. Mais les sensations qui en font naître l'idée sont réelles. Quel intérêt peut-il y avoir à se donner pour un homme affecté de maux imaginaires, c'est-à-dire pour un maniaque à charge et à ennui à tout le monde ? car il faut être médecin et médecin philosophe, pour prendre intérêt à la situation d'un h>^ochondriaque , qui n'est encore atteint d'aucune maladie grave. Les facultés intellectuelles se conservent plus ou moins bien. Elles sont quelquefois un peu affaiblies par la longueur des souffrances. Quelquefois aussi on les a vues acquérir un développement qu'elles n'avaient pas auparavant, et qu'elles perdaient avec la guérison.
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Ainsi l'imagination , quoique toujours occupée de la santé et de ses souffrances , varie souvent sur la nature et sur le siège de sa maladie. Il se persuade quelquefois qu'elle est nouvelle, extraordinaire et même inconnue. Toujours avide de remèdes , il en demande à tout le monde. S'il adopte fortement une idée , il a souvent recours aux médicaments les plus désagréables , les plus ridicules même , pourvu que leur action paraisse se concilier avec le succès qu'il en attend ou avec ses opinions. C'est dans l'emploi du moindre remède que son imagination méticuleuse se montre dans tout son jour. Il s'en fait expliquer la composition vingt fois jusqu'aux moindres détails. Quelquefois il redoute la dose d'une fleur bien innocente , il en calcule le degré de température et le mode de préparation. D'autres fois il avale avec sécurité les susbtances les plus héroïques. Il n'est pas moins singulier dans son régime alimentaire , soit pour la quantité , soit pour la qualité , soit pour le mode de préparation. Sa confiance médicale est souvent incertaine et versatile. Par moment il accordera au savetier de sa loge la préférence sur le médecin le plus instruit. Mais au milieu de cette tendance polypharmaque, il est toujours désespéré ; il ne cesse de prédire sa mort prochaine et d'avoir l'air de la désirer , quoiqu'il la redoute pardessus tout. Il faut se défier de sa tranquillité apparente à cet égard. Il parait résigne au sort qui l'attend , il a l'air de la contempler avec joie comme le moment de sa délivrance. Ce calme trompeur, ce désir de la mort , ne sont qu'une ruse ; il veut sonder votre cœur. Il croit que vous le trompez sur ses craintes , et par cette feinte il veut vous amener à un aveu qu'il redoute pardessus tout. Voyez avec quel plaisir il reçoit l'assurance qu'il ne mourra point, et que sa maladie n'est pas dangereuse; avec quelle attention il vous écoute lorsque vous lui analysez les phénomènes de sa maladie , de manière à le convaincre de la vérité de ce que vous lui dites. Ses traits s'épanouissent à mesure qu'il vous fait répéter ces paroles consolantes. P'om croyez donc , docteur , que je n'en mourrai pas , vous dit-il avec une expression de cœur admirable ; t,ous croyez qu'il n'y a rien de grave
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dans ma maladie. Votre assurance est toujours nouvelle et il ne se lasse pas de se le faire répéter,
Il redit si souvent qu'il est perdu et qu'il va mourir , qu'il finit quelquefois par croire son honneur ou son amour-propre engagé à jouer son rôle. Nous en avons vu se laisser conduire à bien tant qu'on les trompait , et qu'ils ne se doutaient pas qu'on fitrienpour leurguérison ; ne plus vouloir se prêter à rien , dès qu'en les avertissait du succès qu'on obtenait. Nous en avons vu d'autres ne vouloir rien manger qu'à l'insu de tout le monde , et dérober leur nourriture , parce qu'ils prétendaient ne pouvoir plus rien digérer. Devenus timides à l'excès, les hypochondriaques fuient la société. Ils se méfient d'euxmêmes autant que des autres, et appréhendent de faire des choses qu'ils faisaient hardiment autrefois. Continuellement occupés de leurs souffrances , ils s'effrayent du plus petit malaise qu'ils ressentent. Intimement persuadés qu'ils ont une maladie mortelle , l'amitié n'a plus pour eux les mêmes charmes ; ils deviennent plus ou moins égoïstes , et presque indifférents pour les personnes ou les choses qu'ils affectionnaient le plus (XXX).
Dans la peinture que l'hypochondriaque fait de ses maux , il emploie les expressions les plus énergiques , les plus pittoresques , les plus noires et quelquefois les plus sbizarres. Ge sont des pointes de clous qu'on enfonce dans les chairs ; ce sont des griffes de fer , des tenailles avec lesquelles on déchire son corps ; des charbons ardents , etc. Voici ce qu'écrivait un malade à Louyer-Villermay : « Mon corps est un foyer ardent ; mes nerfs, des charbons embrasés ; mon sang, de Fbuile bouillante ; tout sommeil est anéanti. Je souffre le martyre. » Voici en quels termes lui écrivait un autre malade : « Je suis privé d'intelligence , de sensibilité ; je ne sens rien , je ne vois ni n'entends ; je n'ai aucune idée, je n'éprouve ni peine ni plaisir; toute action , toute sensation m'est indifférente ; je suis une machine , un automate incapable de conception , de sentiments, de souvenirs , de volontés , de mouvements ; ce qu'on me dit, ce qu'on me fait , mes aliments , tout m'est indifférent. » C'est depuis la plante des pieds jusqu'à la racine des cheveux qu'il
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éprouve des douleurs atroces. Elles décentralisent en quelque sorte l'intelligence et la reportent sur tous les points de l'économie. Un malade écrivait à M. Barras : « J'ai en quelque sorte enseveli ma tête dans mon ventre ; j'écoute tout ce qui se passe dans cette partie de moi-même. Manget avait déjà exprimé en ces termes cette étonnante susceptibilité et cette multiplicité des symptômes : Signorum maximus est numerus, vix enim ulla pars corporis est quœ mm hujus morhi effugit , prœctpuè si morhus radiées altè egerit.
L'hypochondriaque donne une si grande importance à toutes ses sensations , qu'il faut bien se garder de le contredire , quelle que soit l'exagération hyperbolique de ses récits. Nonseulement il vous retirerait sa confiance , parce qu'il regarderait comme impossible que celui qui ne croit pas à ses souffrances puisse les connaître , et par conséquent les traiter convenablement ; mais vous le révolteriez , vous exciteriez sa colère et son indignation. « Je ne suis point malade imaginaire, vous dirait-il, je ne suis point un enfant; je sens ce que je dis , et ce n'est pas pour mon plaisir que je le sens. » Ses souffrances sont effectivement réelles , et ce serait une grande erreur que de les croire imaginaires , comme le font beaucoup de personnes et même quelques médecins. Alberti et Louyer- Yillermay ont condamné cette opinion , et nous pensons comme eux. Toutefois nons avouerons que dans la frayeur du mal , ils l'exagèrent et font, comme on l'a dit, de la peur du mal le mal de la peur. Car les craintes continuelles dans lesquelles ils vivent , produisent à la longue tous les effets des passions tristes , autant sur les nerfs que sur les organes profonds. Quelquefois alors l'attention du médecin, sans cesse appelée sur d'autres objets , peut laisser se développer une maladie organique grave, qui vientajouterau danger de la maladie première.
Mais indépendamment de ces actes intellectuels , la tête est le siège de phénomènes pbysiologicpies pour ainsi dire matériels , la circulation cérébrale se fait rarement avec régularité : aussi les carotides battent avec violence , surtout après la plus légère contrariété ou un travail intellectuel très-modéré ; la
digestion les augmente beaucoup aussi ; les battements se font sentir aux temporales et souvent à toute la tétc ; ils s'accompagnent fréquemment d'un bouillonnement très-pénible , d'autres fois d'une sensation de chaleur ou de froid continue , ou se manifestant par bouffées , et bien souvent aussi d'étourdissements qui menacent le malade d'une chute imminente aussitôt qu'il se lève pour marcher , ou au moindre mouvement de côté (Obs. I, in, IV.). C'est à cette complexion cérébrale, à cette modification de la circulation de la tête qu'il faut aussi attribuer ces sensations de tintement , de détonation , d'explosion , de détente d'un ressort, d'un mouvement de pendule, etc.-, et surtout la rougeur des yeux , la coloration de la face et l'injection partielle ou générale , continue ou momentanée des capillaires de la tête.
Tous ces phénomènes tiennent à une sorte d'exaltation. Mais il n'en est pas toujours ainsi , surtout vers la fin de la maladie. Au lieu d'être exaltées ou déviées , les fonctions intellectuelles portent quelquefois l'empreinte de la faiblesse , les malades ne peuvent ni lire , ni écrire , ni soutenir la conversation ; tout travail qui exige un peu d'attention est au-dessus de leur force ( Obs. V et VI. ). Les sentiments affectueux diminuent aussi ; mais ils ne s'éteignent pas tout-à-fait , l'amour du moi obscurcit , mais ne détruit pas entièrement l'amitié ; quoique dominant , l'égoïsme n'est pourtant pas complet. Dans cet état de faiblesse ou de diminution d'activité intellectuelle , les malades sont quelquefois tourmentés par une idée plus pénible encore que les souffrances ; ils s'aperçoivent que leur intelligence perd de son activité et de sa justesse , et ils craignent de perdre la raison : cette crainte est pour^ eux un supplice déchirant. Alors aussi le cerveau a une grande tendance à éprouver des faiblesses , des pertes de connaissance ; plusieurs malades se plaignent alors d'avoir des agonies ou des attaques d'apoplexie. Mais ces désordres ne sont que des sensations cérébrales ; la circulation et la digestion ne sont pas troublées et ne font rien craindre de semblable.
Cependant , au milieu de toutes ces souffrances , au milieu
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de cette préoccupation continuelle , le malade oublie quelquefois ses maux, si l'on peut fixer son attention sur un objet auquel on aura su l'intéresser , surtout si l'on a pu amener son organe intellectuel à une application modérée , qui devient alors tout à la fois utile et nécessaire.
Les hypochondriaques aiment le repos et ils voient arriver le plus souvent avec plaisir le moment de se coucher. Le sommeil est quelquefois naturel , mais bien souvent aussi il est pour eux l'occasion de nouvelles souffrances ; il est fréquemment troublé par des rêves pénibles , par une agitation inquiète ou des insomnies bien cruelles , ou bien par des accès de cauchemar , des frayeurs , des réveils en sursaut avec suffocation, sifflement, bourdonnement, sensation de détonation, de sons de cloches , de décharges d'artillerie , de fracas de toute espèce. Mais le plus souvent il y a insomnie , et pendant leurs longues veilles , les malades livrés à eux-mêmes , dans le silence des nuits , exagèrent leurs maux en s'en occupant davantage , en s'en affectant et surtout en s'irritant de leur insomnie contre laquelle ils prennent quelquefois des narcotiques.
Appareil musculaire. — L'appareil musculaire ne présente que des effets bien secondaires. Les faiblesses et les lassitudes dont les malades se plaignent ne sont le plus souvent et pendant bien longtemps que des sensations imaginaires ; mais vers la fin elles deviennent réelles , et les membres inférieurs éprouvent une sorte d'engourdissement ou de paralysie et de raideurs qui gênent les mouvements ( Obs. I , IL ). Ils accusent fréquemment aussi des crampes , des spasmes , des tremblements , des contractions , etc. Une sensation de faiblesse et d'anéantissement dans la région épigastrique empêche les malades de faire des efforts , de marcher vite, de respirer librement, et même de parler haut (;t longtemps.
Jppareil de la digestion. — Après l'appareil cérébral , celui qui , dans l'hypochondrie , souffre le plus , c'est l'appareil de la digestion. Tous les obs(;rvateurs sont d'accord là dessus ; et Louyer-Villcrmay et M.VL Johnson et liarrasont mis cette vérité
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hors de doute. D'une cxlrémilé à l'autre , tout est vicié dans cet appareil. La bouche est sèche par défaut et vicialion de la salive : la petite quantité de liquide qui se forme est ordinairement écumeuse et fade , et quelquefois cependant d'une acidité remarquable ; elle ne suffît pas pour humecter la bouche. La langue est souvent naturelle , très-souvent aussi elle se couvre d'un enduit blanchâtre et jaunâtre , très-tenace , qui occupe principalement sa base , et sur lequel les malades fixent beaucoup leur attention. L'arrière gorge est sèche , tapissée d'une mucosité épaisse , tenace, qui , pour être expulsée , exige un raclement presque continuel et très-pénible. L'appétit est tantôt naturel , tantôt diminué , même perdu , et d'autres fois plus vif, même bizarre. Le goût est dépravé , et le plus souvent il ne reçoit plus des aliments la sensation agréable qu'il avait l'habitude d'en recevoir. La soif est en général peu prononcée, quelquefois cependant elle est assez intense. L'estomac est le siège d'une foule de phénomènes très-variés. Après le repas , les malades se plaignent d'un sentiment de gêne , de plénitude dans l'épigastre ; cette région est le siège d'une douleur plus ou moins aiguë , et d'une sensation d'action et de tension qui s'étend dans les hypochondres , et qui bien souvent en a imposé pour une gastrite chronique ou pour tout autre phlegmasie de l'abdomen. Ce malaise augmente le plus souvent pendant la digestion , et il est assez ordinairement soulagé par le dégagement d'une grande quantité de gaz. Quelquefois aussi l'ingestion des aliments a soulagé. Dans quelques cas rares , l'estomac acquiert une sensibilité si exquise , qu'il transmet la sensation de ce qui se passe dans son intérieur , comme si cela avait lieu sur l'organe du toucher. La présence des aliments y est sentie, comme elle serait sur la main. Il se fait habituellement un grand dégagement de gaz dans la cavité de l'estomac et quelquefois des inçtestins. Il en résulte ces flatuosités incommodes dont se plaignent les malades , un sentiment de tension épigastrique non moins incommode^ et des renvois continuels de gaz insipides , qui se succèdent avec une rapidité étonnante. Les fluides gazeux distendent quel-
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quefois partiellement les intestins et font éprouver , dans des points très-variés, la sensation de tumeur qui pourrait en impo-^ ser à un examen peu attentif. Des tumeurs analogues se forment quelquefois aussi par le séjour des matières fécales dans différents points de l'intestin. Les vomissements sont rares* Lorqu'ils ont lieu , le malade ne rend que par une sorte de régurgitation un petite quantité d'aliments , ou un peu de mucosité ou de bile épaisse et quelquefois noire , ce qui avait accrédité chez les anciens l'opinion que l'atrabile était la cause de l'hypochondrie.
La digestion est rarement bonne , le plus souvent elle est troublée , elle se fait avec peine et elle s'accompagne de borborygmes , de flatuosités , de bâillements réitérés , de rapports insipides ou nidoreux et ardents , et de rots fréquents ; elle détermine un sentiment de malaise et de chaleur dans les entrailles et dans les reins. La constipation est opiniâtre , et elle occasionne des hémorroïdes douloureuses , ou bien elle les irrite et les exaspère si elles existent ; elle alterne quelquefois , mais bien rarement avec la diarrhée.
Tous ces phénomènes sont en général plus intenses le soir et la nuit que le matin ; ils sont aussi beaucoup plus prononcés après le repas. Nous devons dire qu'ils ne se présentent pas avec le même degré d'intensité chez tous les malades. Le plus souvent ils sont tellement développés , qu'ils semblent absorber tous les autres phénomènes et constituer à eux seuls la maladie. Cette prédominance justifie bien l'opinion ds ceux qui ont placé le siège de l'hypochondrie dans l'appareil digestif. Mais ils ne sont pas toujours aussi prononcés , et quelquefois même ils paraissent ne pas exister , ainsi que Willis , le premier , en avait fait la remarque.
Appareil de la circulation. — L'appareil de la circulation présente aussi des phénomènes bien caractéristiques. Il y a souvent des palpitations de cœur ; elles sont quelquefois continues , d'autres fois elles ne se font sentir que momentanément et à des intervalles plus ou moins éloignés; l'exercice les soulage presque toujours. Il y a quelquefois plusieurs contractions
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assez prôcipilées, et il en manque une brusquement; et ce phénomène se renouvelle de temps en temps. Ces palpitations sont trop différentes de celles qui dépendent de l'anévrisme , pour qu'avec la moindre attention on ne puisse les confondre.
Le pouls est fréquemment naturel , quelquefois très-lent , rarement prompt ou fréquent , plus souvent petit que plein , et dans de certains cas intermittent ou inégal ; du reste il varie beaucoup pendant la longue durée de la maladie , et quelquefois d'un instant à l'autre et pour la cause la plus légère ou même sans cause connue. En général il devient plus vif toutes les fois qu'il y a de l'éréthisme , et il devient plus lent lorsque le malade tombe dans une sorte d'atonie.
Un des phénomènes les plus constants que la circulation présente dans l'hypochondrie , c'est le battement artériel qui se fait sentir dans l'épigastre, au tronc cœliaque ou dans ses divisions. Je ne l'ai presque jamais vu manquer ; mais il est quelquefois beaucoup plus intense que d'autres. Non seulement il soulève la main lorsqu'on appuie dessus ; mais il est souvent sensible à la vue. Il serait facile alors de le confondre avec un anévrisme de cette artère , si on n'y apportait pas l'attention la plus scrupuleuse. C'est par erreur sans doute que Schmidtmann les attribue à une oscillation spasmodique des fibriles de l'estomac. , en assurant que leurs pulsations ne sont point icochrônes avec celles du cœur et du pouls. Il aura confondu les mouvements ondulatoires et convulsifs de l'estomac qui ont lieu quelquefois , avec les battements de la ceeliaque. C'est sans doute par une erreur semblable que M. Allan Burns les rapporte à des contractions nerveuses du diaphragme. Les pulsations nerveuses ont pour caractères distinctifs d'apparaître soudainement, d'être violentes d'abord, et de perdre leur intensité après une certaine durée , pendant que les battements anévrismatiques se développent graduellement et augmentent de force peu à peu. Ce qui distingue encore les premières , c'est qu'elles suivent une marche intermittente ou du moins rémittente , comme Lorry en avait déjà fait l'observation.
On remarque aussi quelquefois des battements , dans d'autres
416 TiîAlTÉ DE l'dYPOCHONDRIE.
parties du corps , sur le trajet des troncs artériels. Mais ces battements n'ont rien de constant. Ils ne sont ni aussi fréquents , ni aussi durables que ceux de la cœliaque. Ils sont en quelque sorte fugaces. Ils apparaissent un moment et dis^ paraissent le moment après , pour reparaître autre part , ou même pour ne pas reparaître du tout. Cependant ils sont quelquefois très-fatigants pour les malades , auxquels il semble que leurs vaisseaux sont rompus.
On observe parfois un phénomène opposé à celui des batte^ments ; c'est une diminution , une faiblesse dans les contractions du cœur , qui est telle quelquefois que les malades tombent en syncope ou sont menacés d'y tomber à chaque instant*
Les artères ont présenté quelquefois un phénomène analogue. On a vu la diminution ou même la suspension partielle du pouls , qui manque alors d'un côté pendant qu'on le sent trèsbien de l'autre.
Les hypochondriaques sont très-sujets aux hémorrhoïdes soit internes, soit externes , et plus ou moins fluentes. Cette indisposition est le plus souvent constitutionnelle , quelquefois elle est due à un tempérament sanguin. Mais chez l'hypochondriaque elle est le plus souvent occasionnée par la compression des matières fécales sur les vaisseaux hémorrhoïdaux , pendant la longue constipation qui tourmente les malades. Nous en trouvons une cause peut-être aussi fréquente dans la position presque toujours assise ou . couchée que gardent les malades. Le siège , échauffé par la chaleur des matelas ou des fauteuils , fait gonfler les vaisseaux hémorrhoïdaux et en décide l'affection. Hippocrate en avait déjà remarqué les bons effets : hœ^ morrhoidcs melancholiam et licnis niorbum curant. Galien le regardait comme un préservatif contre cette affection nerveuse, opinion qui a toujours prévalu. Nous savons tout le rôle que Sthal leur fait jouer , ainsi qu'Alberti , Highmore , etc , mais on ne doit point les envisager sous un rapport aussi général et aussi exclusif; car leur action dans l'hypochondrie varie beaucoup. Si h; malade est pléthorique , sujet à cette hémorrhagie ou à toute autre depuis longtemps , les hémorrhoïdes
mSTOIÏlE PATHOLOGIQUE. 417
sont salutaires, et leur suppression sera toujours nuisible. Mais si le malade est nerveux et surtout s'il est épuisé par de longues souffrances , elles ne peuvent que nuire beaucoup , et alors elles sont tantôt cause , tantôt effet de l'hypochondrie.
L'évacuation menstruelle ne joue qu'un rôle bien secondaire dans cette maladie. Elle peut ne pas être troublée du tout. La suppression devient une circonstance aggravante capable de causer divers accidents qu'il est essentiel de combattre.
Nous en dirons autant de toute autre hémorrhagie habituelle et de sa suppression : épistaxis , hémoptysie , hématémèse , hématurie , etc.
Nous avons quelquefois (Obs. XXVII) rencontré une anomalie des capillaires sanguins. C'esl sa congestion partielle plus ou moins étendue , quelquefois fixe , d'autres fois mobile , et toujours irrégulière.
Jppareil de la respiration. — La respiration ne joue pas un rôle bien important ni bien marqué dans l'hypochondrie. Cependant , lorsque la maladie fait des progrès , elle ne lui reste pas entièrement étrangère. Il survient des resserrements spasmodiques plutôt que des contractions dans les parois de la poitrine. Il y a ordinairement une petite toux sèche ou ferine , selon Landrée-Beauvais. Cette fonction peut présenter quelques autres variations de gène ou d'oppression qui résultent de la modification presque générale , mais qu'on ne peut pas regarder comme de l'hypochondrie.
Les malades éprouvent quelquefois une constriction dans la région du larynx. Il y a quelquefois une mutité ou une aphonie complète. Ces phénomènes du larynx sont quelquefois assez intenses pour simuler une maladie idiopathique de cet organe , et induire en erreur le médecin qui n'écouterait pas les plaintes du malade , quoiqu'elles soient exagérées.
Sécrétions. — Plusieurs sécrétions sont viciées. Il y a sécheresse de la bouche et de la gorge, avec sécrétion d'une salive particulière et d'une mucosité écumeuse et tenace dans le pharynx et le larynx. Il s'y forme un mucus spécial d'un gris noir et d'une consistance ferme , qui le fait paraître comme un petit bloc taillé
418 TRAITÉ DE l'hYPOCHONDBIE.
OU coupé à pic. D'autrôs fois les malades rejètent , par vomiturilion ou par regorgement une matière glaireuse , tantôt claire comme une solution de gomme , tantôt épaisse comme du blanc d'œuf ou des huîtres. C'est tantôt le matin , tantôt pendant la digestion que les malades rendent cette matière , que le docteur Barras regarde comme le produit d'une sécrétion vicieuse des organes digestifs.
Ce n'est pas seulement à la bouche , c'est presque partout que la quantité des matières sécrétées a diminué. La poitrine est sèche , selon l'expression des malades. Leur haleine est trèsvariable. Le plus souvent elle est pure , ou elle n'est altérée que le matin. Chez quelques-uns elle est aigre. Dans quelques cas rares , elle est fétide , lorsque les aliments sont plutôt putréfiés que digérés dans l'estomac. Ce viscère et les intestins ne fournissent pas un mucus aussi abondant que de coutume ; les ahments en sont moins bien dissous , moins rapidement digérés et plus difficilement évacués : ce qui occasionne la constipation opiniâtre. Dans les premières voies s'opère la sécrétion anormale des gaz qui forment les flatuosités , les vents et les borborygmes , que les malades regardent bien souvent comme la cause unique de leurs maux. Ce qui avait porté Fracasinus à admettre une espèce d'hypochondrie sous le nom A'hypochondrie tympanique.
Les urines sont ordinairement plus claires et plus abondantes, quelquefois cependant plus rares , comme on les observe dans beaucoup d'autres maladies nerveuses. Ce qui infirme l'opinion de Sydenham et d'Hoffmann qui regardaient ce signe comme pathognomonique. Je regrette de n'en avoir jamais fait l'analyse chimique.
La peau est sèche et rude , elle ne se couvre presque janjais d'une sueur générale ; mais on voit quelquefois des sueurs partielles ruisseler à la tôle , à l'épigastre , aux doigts , etc. J.ors(|U(' la maladie; dure un peu longtemps , lorsque surtout les deux hypo('hondrcs se gonflent , la peau devient terne , quel- (piefois jaunâtre ou brune.
f )ii a vu des malades avoir de fréquentes pollutions noclur-
ncs, qui ont le double inconvénient d'agir pliysiologiquement sur réconomie en Tépuisant et en augmentant l'éréthysme du système nerveux , et moralement sur l'imagination qui s'en tourmente beaucoup et qui s'en désespère
Chez la femme il survient bien souvent une leucorrhée abondante qui la mine et augmente l'irritabilité. Si elle est encore réglée , la quantité du flux menstruel diminue ordinairement , ou même elle est totalement supprimée.
Nutrition. — La nutrition s'altère peu à peu , à mesure sur tout que les fonctions digestives sont plus dérangées. Le corps du malade diminue et s'effile. Il présente tous les caractères d'un amaigrissement progressif. Les tempes et les joues se creusent , la face s'alonge ; la poitrine laisse paraître ses côtes décharnées , le ventre s'enfonce , les membres s'étiolent , la peau perd sa couleur et sa fraîcheur et elle devient terne. Les tissus prennent en outre un caractère particulier ; ils semblent se durcir et se dessécher. Les parties sont dures et rudes au toucher. Les membres sout plus raides et semblent faire entendre une sorte de bruissement dans les (ligaments des articulations. Les membranes presque desséchées sont moins souples. Il semble à beaucoup de malades que leurs fibres ainsi durcies vont se casser , et ils croient en remuant entendre un bruit analogue à celui du parchemin qu'on froisse. Cependant lorsque la digestion s'exécute bien , l'embonpoint et la fraîcheur se conservent et avec eux l'expression de la physionomie. C'est dans ces cas surtout qu'on est bien disposé à qualifier les malades de l'épithète d'imaginaires.
Comment se fait-il que des effets aussi disparates dans la même fonction se remarquent dans la même maladie ? Nous rappellerons , ainsi que le dit Bichat , que la nutrition dépend uniquement de la somme de sensibilité organique propre à chacun de nos organes , laquelle , le mettant en rapport avec telle ou telle substance , et non avec telle ou telle autre , fait qu'elle s'approprie cette substance , s'en pénètre , et la laisse de toutes parts aborder dans ses vaisseaux. Nous comprendrons maintenant comment , dans une ma-
420 TRAITÉ DE l'iIYPOCHONDRTE.
ladie dont le caractère principal consiste dans la modification irrégulière de l'action des deux systèmes nerveux , la sensibilité qui préside à la nutrition communique ces alternatives qui déterminent les tissus des organes , tantôt à prendre , tantôt à rejeter les mêmes matériaux; et quelquefois à les vicier dans leur élaboration nutritive.
Appréciation des phénomènes de Vhypochondrie.
Tous ces signes ont-ils une égale valeur? est-il nécessaire qu'ils existent tous pour caractériser l'hypochondrie ? est-il un signe pathognomonique de cette maladie? Telles sont les questions qu'il importe de résoudre. Pour cela , il est nécessaire de bien apprécier la valeur de chaque phénomène.
Sensations. — Si nous les prenons isolément , et chacune en particulier, nous arriverons à n'en reconnaître aucune pour véritable signe pathognomonique de l'hypochondrie, parce qu'il n'en est pas une qui n'ait manqué dans bien des circonstances. Mais en établissant certains groupes , il devient plus facile d'établir leur valeur réelle. Ainsi , les douleurs , prises en particulier , sont très- variables , et aucune d'elles n'a le privilège d'exister dans tous les cas : ainsi les sensations de tiraillement , de déchirement , de rupture , de torsion , de pression , de fourmillement , etc. , se présentent souvent ; mais elles ne sont ni constantes ni indispensables. Ainsi envisagées, toutes les sensations douloureuses ou bizarres ne pourraient point être regardées comme des signes de l'hypochondrie , puisque chacune prise isolément peut manquer. Mais si on les envisage en masse , et comme Aùsant partie d'un ensemble de phénomènes dépendant de la même cause, de l'anomalie du système nerveux cérébral, alors il n'y a plus de doute , ces phénomènes sont nécessaires et indispensables pour constituer l'hypochondrie ; ils en deviennent les vrais signes , sans lesquels la maladie ne saurait exister.
]»appclons que toutes les sensations (jue le malade accuse sont réelles , quelque bizarres qu'elles soient ; il les sent telles qu'il les exprime. (Causez avec lui , cherchez à gagner sa confiance et sa familiarité , cl vous obtiendrez la conviction de la réalité des
souffrances et des seiisalions. Je suis d'aulaiit plus porté à l'aliirraer , que nioi-inôme , sans être malade , j'éprouve souvent de ces sensations de grimpements , de reptations sous-cutanées, de corps électriques , et cependant il n'y a chez moi rien d'imaginaire. Les sensations m'arrivent au moment où j'y songe le moins ; elles sont tellement locales , que lorsqu'elles surviennent aux membres inférieurs la progression devient brusquement impossible ; il faut m'arréter pour les laisser passer. Si c'est aux membres supérieurs, au droit par exemple, et que j'écrive dans le moment où elles paraissent , ma plume s'arrête sur îe champ : il me serait impossible de continuer tant que la sensation dure. J'insiste sur ce point , parce que trop de personnes , et même de médecins , sont encore imbus de l'idée que ces sensations bizarres sont imaginaires , et qu'elles n'existent pas. Ce qui peut , en les faisant errer sur le caractère de la maladie , les égarer aussi dans le traitement. Ces sensations n'existent malheureusement que trop, et les malades n'en sont que plus à plaindre. Phénomènes cérébraux. — Les phénomènes cérébraux , tout ce qui tient à la bizarrerie du caractère et aux travers du jugement et de l'imagination, nous présentent des réflexions analogues à faire. Si on les isole pour les prendre un à un , aucun ne sera indispensable, et de cette manière on pourra les élaguer tous de la maladie. Mais en les groupant ensemble , en les comparant les uns aux autres, on voit qu'ils émanent d'un même principe, qu'ils sont tous l'effet ou le produit d'une imagination dérangée, et qu'il suflit de quelques-uns pour ne pas laisser de doute et pour faire connaître quelle est la nature de la modification cérébrale. Piien sans doute ne mérite plus d'attention que l'étude de ces phénomènes ; ils sont indispensables pour constituer l'hypochondrie. Sans eux toutes les douleurs les plus aiguës , toutes les sensations les plus bizarres ne suffiraient pas pour la constituer, il faut cette bizarrerie d'une imagination malade , qui non seulement reçoit des sensations douloureuses , mais qui les interprète et les commente à travers son prisme pathologique spécial, et qui , dans ses frayeurs mal fondées , leur donne la couleur rembrunie qu'elle porte , et en l'ait autant de maladies graves
422 TRAITÉ DE l'hYPOCHONDEIE.
qu'il peut lui en venir dans la pensée. C'est cette frayeur du mal, cette pusillanimité , cette hésitation , cette susceptibilité qu'il faut encore signaler comme tenant à cette modification de l'esprit , qui , voulant toujours guérir , se tourmente sans cesse et se fourvoie de plus en plus dans une route qui l'éloigné de la guérison.
Nous signalerons comme un signe assez caractéristique de l'bypochondrie l'association de deux idées bien contradictoires , celle du suicide avec l'amour excessif de la vie et la crainte de la mort. Les hypochondriaques voudraient voir finir leurs maux, et ne voyant que la mort qui puisse y mettre un terme , ils l'appellent , mais c'est potir lui demander de leur aider à recharger le fardeau de la vie. S'ils traversent un pont , c'est en courant et en se tenant dans le milieu. S'ils sont près d'une fenêtre , et qu'il leur vienne la pensée de s'en précipiter , ils ne se contentent pas de la fermer , ils fuient dans la rue ou dans les champs. S'ils ont des armes , ils se les font cacher pour ne pas être tentés de s'en servir. Ils cessent de se faire la barbe eux-mêmes dans la crainte de prendre la fantaisie de se couper le cou. On a vu une dame courir pour se précipiter à la rivière , supplier tout le monde de la retenir , parce qu'elle était entraînée malgré elle.
Il est bon de remarquer aussi que chaque tempérament , chaque idiosyncrasie sent et exprime ses souffrances à sa manière. De là viennent , en grande partie du moins , les variations symptomatologiques plus apparentes que réelles dont les malades se plaignent : car on peut toujours les rattacher à la modification du système nerveux malade.
Les phénomènes cérébraux et intellectuels ne sont pas toujours idiopathiqucs ; bien souvent ils dépendent de l'état de l'estomac. La plupart des malades le sentent bien , et ils l'expriment avec beaucoup de netteté. Cette vérité avait déjà frappé Cabanis. « Il est notoire , dit ce grand médecin , que dans certaines dispositions des organes internes , et notamment des viscères du bas-ventre , on est plus ou moins capable de sentir ou de penser. Les maladies qui s'y forment , changent , trou-
blont cl quelquefois intervertissent entièrement l'ordre luibituel des sentiments et des idées. Des appétits extraordinaires et bizarres se développent ; des images inconnues assiègent l'esprit ; des affections nouvelles s'emparent de votre volonté ; et , ce qu'il y a peut-être de plus remarquable , c'est que souvent alors l'esprit peut acquérir plus d'élévation , d'énergie , d'éclat , et l'âme se nourrir d'affections plus touchantes ou mieux dirigées. Ainsi donc, les idées riantes ou sombres, les sentiments doux ou funestes , tiennent alors directement à la manière dont certains viscères abdominaux exercent leurs fonctions respectives , c'est-à-dire à la manière dont ils reçoivent les impressions.... Puisque l'état des viscères du bas-ventre peut intervertir entièrement l'ordre des sentiments et des idées, il peut donc occasionner la folie , etc. »
Phénomènes digestifs. — Le même raisonnement se présente dans l'examen des phénomènes relatifs à l'appareil digestif. Aucun d'eux pris séparément , isolé des autres phénomènes de la maladie , n'en est un signe caractéristique. Tous les jours nous voyons des dégoûts, des dyspepsies, des nausées, des éructations, des douleurs d'estomac, des tensions, des vomissements, des gastralgies , des borborygmes , des constipations, etc. , sans qu'il y ait la moindre apparence d'hypochondrie. Mais leur existence constante, en nombre plus ou moins grand, prouve qu'ils jouent un rôle important dans la maladie , et que , s'ils ne suffisent pas pour la constituer seuls , comme le croyaient les anciens et même quelques modernes , ils en sont au moins des actes essentiels et indispensables. Ils prouvent que l'appareil dont ils sont la dépendance , est un agent actif et non passif , et que La maladie dans laquelle on n'en retrouverait aucune trace , ne serait pas la véritable hypochondrie. Ils représentent la plus grande partie des lésions de la vie organique , qui , de même que la vie cérébrale , se trouve compromise dans plusieurs de ses actes , sans que pour cela , il soit nécessaire que chaque phénomène qu'elle détermine puisse être aisément regarde comme un signe de la maladie.
Phénomènes circulaloires. — Le cœur, de même que l'estomac,
424 TRAITÉ DB l'hYPOCHONDRIE.
peut présenter ou ne pas présenter ses anomalies fonctionnelles. Des battements artériels peuvent avoir lieu , ou ne pas se manifester , sans que leur présence ou leur absence puisse rien faire conclure sur leur valeur intrinsèque et isolée. Ils peuvent manquer ; ils ne sont donc pas des signes pathognomoniques. Mais ils ne manquent jamais tous. Constamment les anomalies delà vie organique ou de son organe, le système nerveux ganglionaire, se dévoilent de quelque manière. Si ce n'est ni par l'appareil digestif, ni par l'appareil de la circulation , ce sera par d'autres phénomènes qui dépendront , par exemple , de quelques viciations de sécrétion , de la maigreur , etc. Ainsi, de même que pour l'appareil cérébro-nerveux , il n'est pas nécessaire qu'un phénomène existe à l'exclusion d'un autre ; de même aussi , dans l'appareil de la vie organique , il n'est pas nécessaire non plus que ce soit absolument tel ou tel phénomène , tel ou tel ordre de phénomènes, qui ait lieu. Dans l'un et l'autre , il suffît que l'anomalie qui les caractérise dans cette affection , se traduise par un plus ou moins grand nombre de phénomènes dépendants de son influence. Un seul peut suffire quelquefois à l'œO exercé pour révéler l'altération physiologique d'un appareil malade. J'ai vu bien des hypochondriaques , et j'ai vu constamment se manifester cette double lésion cérébrale et organique ou ganglionaire. D'où je conclus que les appareils des deux vies sont compromis ensemble , et qu'il est essentiel qu'ils fassent connaître leur lésion par quelqu'un des phénomènes qui leur sont spéciaux. Il n'est pas indispensable qu'ils soient tous produits ; il suffit de quelques-uns , et même d'un seul bien caractérisé.
D'après tout ce qui précède, il est évident que tous les signes n'ont pas une égale valeur , que beaucoup d'entre eux peuvent manquer sans que la maladie cesse d'être ce qu'elle est; enfin qu'il n'en est aucun qui , pris isolément, puisse être donné comme un signe pathognomonique , mais qu'il suffît bien souvent de l'un d'eux pour la caractériser.
La physionomie de la face , ce miroir de l'âme et des souffrances , reflète souvent ce qui se passe à l'intérieur. Souvent aussi , elle conserve , au moins pendant longtemps , toute sa
fraîcheur et son expression naturelle et impassible : ce qui contraste assez avec les plaintes et les douleurs exagérées des malades. Cependant vers la fin, lorsque surtout la digestion ou quelque autre l'onction importante ne s'exécute pas avec régularité , les traits sont tirés et gripés ; ils dépeignent les souffrances du malade. Le teint perd sa fraîcheur , il devient terne ou jaune. Nous ferons observer que la conservation de la fraîcheur est un indice presque certain de l'absence de toute lésion organique, ainsi que Baglivi l'avait déjà dit : In chronicis morhis , si faciès naturalis sit ac boni coloris , nunquam crede adesse ohstructiones , aliaque vitia in visceribus. Il ne faut pas croire non plus que l'altération du teint soit l'indice de quelquesunes de ces lésions : elle n'est le plus souvent que le résultat du trouble longtemps prolongé de la digestion , et de la viciation consécutive de la nutrition.
J'ai cherché à faire connaître tous les signes de l'hypochondrie , et à en déterminer la valeur réelle. Mais je n'ai pas la prétention de les avoir tous décrits ; la chose serait impossible , tellement ils sont nombreux et variés. Il n'est pas une partie du corps qui ne puisse devenir le siège de quelque phénomène. Il n'est pas de forme qu'ils ne puissent revêtir. Mais en les réunissant par groupes , nous avons voulu obvier à l'inconvénient de cette omission , afin qu'on pût rattacher à quelqu'un d'eux les symptômes dont nous n'aurions pas fait mention.