CHAPITRE V
Les symptômes que nous venons d'étudier n'existent point ex abrupto dans l'hypochondrie. Ils se développent progressivement , et en suivant , comme dans toutes les maladies , un ordre et des phases qu'il est bien essentiel d'étudier aussi.
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Prodrome.
L'hypochondrie a bien souvent ses prodromes ou ses signes avant-coureurs. Ils ne sont pas les mêmes dans tous les cas. Pour éviter toute espèce de confusion , il importe de les distinguer suivant les circonstances qui donnent naissance à la maladie.
Dans quelques cas rares l'hypochondrie est longtemps annoncée par la prédisposition constitutionnelle la plus avancée. Ainsi , bien longtemps d'avance la bizarrerie et la singularité du caractère , le passage d'une gaieté bruyante à la morosité la plus sombre , des emportements pour un rien , des idées méticuleuses feront craindre et prévoir l'hypochondrie. Lorsqu'une des causes indiquées et surtout une cause intellectuelle ou morale vient agir sur la personne douée de cette constitution, ses bizarreries augmentent, son caractère devient plus pénible , sa morosité est plus continue. Le malade fuit la société et se tourmente de tout. Plongé alors dans ses noires méditations , il s'isole et tout lui est à charge , alors se manifestent les effets des passions tristes dans l'économie. La circulation se ralentit, il s'opère une concentration sanguine sur les gros vaisseaux profonds , et la circulation en est gênée. La respiration devient plus lente, elle hématose en conséquence moins bien le sang; celui-ci devient plus noir et par conséquent moins propre à fournir aux organes une excitation et une alimentation convenables. Cette lenteur de la circulation se fait remarquer principalement dans le système de la veine-porte , dans les viscères abdominaux : de là l'embarras qui survient dans les fonctions dont ils sont chargés. De là surtout la fréquence des hémorrhoïdes chez les hypochondriaques. L'appareil de la digestion en reçoit une atteinte bien prononcée : le malade perd l'appétit. Il mange peu et le plus souvent la digestion se fait mal , et elle s'accompagne de tout le cortège des phénomènes qui ont lieu alors: pesanteur et tension d(î l'estomac, renvois, éructations, llatuleuce , dégagement plus ou moins considérable de gaz par le haut.
Les prodromes seront les niêmes lorqu'un individu , sans
avoir de prédispositions trop marquées, aura des chagrins, des contrariétés dans ses affections , des déceptions dans ses espérances ; ou lorsqu'il se sera livré avec trop d'ardeur aux travaux du cabinet, à l'étude d'une science ou d'un art. La tristesse, la morosité qu'occasionnent toutes ces causes ne suffît pas pour constituer Thypochondrie. Il faut qu'il s'y joigne d'autres phénomènes. Ils sont la conséquence de la réaction de l'imagination profondément offensée sur les appareils de la circulation et de la digestion. Il faut toujours que le dérangement de ces fonctions vienne fournir une pâture à l'imagination. Dans l'un et l'autre cas , ces phénomènes sont commentés et interprétés ; mais l'imagination ne s'occupe encore que d'eux et ce n'est pas l'hypochondrie.
Le système nerveux devient chaque jour plus irritable et plus irrité. Sa susceptibilité devient une source continuelle de sensations , d'abord provoquées par des excitations extérieures ou intérieures , et bientôt idiopathiques et dues à des nerfs malades. C'est alors que le malade livré à toutes ses sensations et placé dans un état intellectuel très-bizarre , les analyse à sa manière , et donnant un libre essort à son imagination dérangée , crée autant de maladies qu'il y a de sensations, et arrive souvent à en créer sur des sensations que son imagination a provoquées.
Mais toutes les hypochondries ne naissent pats de la même manière , il en est un grand nombre dont la cause agit d'abord sur d'autres organes , ou sur d'autres appareils que sur l'encéphale. Que cette cause ait déterminé une maladie inflammatoire ou une simple modification vitale ou nerveuse dans l'organe ou l'appareil qui en est le siège , le résultat est à peu près le même. Ou bien la maladie n'est d'abord que nerveuse , et l'on conçoit comment par l'harmonie physiologique qui unit tout l'arbre sensitif , le système nerveux entier se trouve bientôt sur-excité , et vient prendre part à la maladie locale en la rendant en quelque sorte générale. Les fonctions de l'organe ou de l'appareil qui était le siège primitif de la névrose , sont troublées , et ce trouble vient ajouter au malaise général ,
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vient fournir une nouvelle série de phénomènes propres à agir à la fois sur le cerveau et sur le système nerveux. L'influence de ces phénomènes sera d'autant plus grande , que les fonctions dont ils émanent sont plus importantes.
Lorsqu'au lieu d'une névrose , c'est une maladie organique qui est la cause de l'hypochondrie , elle agit aussi de deux manières. D'une part elle irrite le système nerveux Jocal et général ; elle en augmente par conséquent la susceptibilité , et elle détermine bientôt des sensations variables qui amènent la maladie des nerfs. D'autre part, elle dérange les fonctions de l'organe qui en est le siège et quelquefois celles d'autres organes auxquels s'associe le premier. C'est de cette manière qu'agissent les engorgements du foie , de la rate , de l'épiploon , etc.
De toutes ces maladies , celles qui exerceront l'influence la plus grande sur la production de l'hypochondrie , sont les affections de l'estomac , et surtout les affections nerveuses , les gastralgies. Comme nous l'avons dit bien des fois ; il y a dans cette affection , non-seulement la réaction nerveuse qui est immense , mais encore les effets du trouble de la digestion dont les conséquences ne sont pas moins puissantes. À mesure que le système nerveux devient plus malade , à mesure que la digestion ou toute autre fonction s'exécute moins bien , l'imagination ressent les douleurs des nerfs et souffre du dérangement des fonctions. Elle s'exalte et se vicie ; elle ne s'occupe d'abord que des sensations qu'elle reçoit. Peu à peu elle les combine , en calcule les suites et s'en effraie. De cette tendance qui n'a encore rien que de très-naturel , elle passe insensiblement à des combinaisons qui ne reposent plus sur la vérité. Ses sensations exaltées et viciées, trouvant une imagination également viciée , sont transformées en craintes de maladies graves et plus tard en maladies.
Il arrive assez souvent que les accidents de la gastralgie ou de toute autre alTection paraissent s'amender pour reparaître bientôt avec plus d'intensité , et de manière à réagir avec plus de promptitude et plus d'cllicacité sur l'encéphale , sur l'imagi-
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nation ; de façon qu'on pourrait regarder cette suspension passagère comme le prélude de l'invasion de l'hypochondrie.
Hyp ochondrie confirmée .
Tels sont les prodromes ou l'invasion de l'hypochondrie ; lorsqu'ils ont duré plus ou moins longtemps, la maladie se dessine franchement et l'hypochondrie a lieu. Ce premier degré varie beaucoup dans sa durée. Dans la première circonstance surtout , ces prodromes peuvent durer longtemps , parce que la réaction de l'imagination est longtemps à se faire sur le système nerveux , et plus longtemps encore sur les organes de la digestion. Aussi on voit tous les jours , des hommes bizarres et possédant toutes les qualités de la prédisposition , ne devenir hypochondriaques qu'au bout de plusieurs années , et même ne jamais le devenir , si des précautions hygiéniques préviennent l'altération des autres fonctions et surtout de la digestion.
Lorsque la cause pathologique à son siège ailleurs que dans l'encéphale , elle agit ordinairement avec plus de promptitude, parce qu'elle exerce sur le système nerveux une réaction incessante d'irritation ; et que le malaise et la souffrance qu'elle occasionne, assiègent sans cesse l'imagination, la forcent d'abord à s'en occuper, la torturent et en vicient le jugement , et l'amènent ainsi bien plus rapidement à toutes les interprétations vicieuses et bizarres de ces sensations. Il est vrai qu'il faut que ces souffrances trouvent une constitution et une imagination prédisposées, afin de pouvoir déterminer la modification qui la constitue : car ainsi que nous l'avons déjà dit, des souffrances bien vives peuvent durer une éternité sans causer l'hypochondrie.
Lorsque la maladie est déclarée , elle est la même , qu'elle qu'en ait été la cause. Cependant, malgré l'identité des phénomènes , le caractère de la maladie et sa marche ne permettent pas de confondre entièrement celle qui est le résultat d'une prédisposition constitutionnelle , avec celle qui est occasionnée par une circonstance accidentelle.
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Hypochondn'e constitutionnelle.
Dans la première, que j'appellerai constitutionnelle, le malade éprouve toutes les bizarreries nerveuses que nous ayons signalées. Il les interprète , les exagère , les métamorphose selon le bon plaisir de son imagination. Il éprouve ces sensations extraordinaires de grimpement de bêtes , de vide dans la tête ou ailleurs , et autres de ce genre. Il en conclut toujours une maladie extraordinare , contre laquelle les remèdes et la puissance de la médecine viennent écliouer. Il recherche avec avidité le récit des maladies les plus étranges. Il consulte tout le monde , et il ne cesse pas de parler de ses souffrances , dont il exagère la réalité , pour les peindre avec les couleurs les plus noires , les plus énergiques et quelquefois les plus bizarres. Il étudie les livres de médecine et y cherche d'abord les maladies qui ont de l'analogie avec la sienne. Il finit par se reconnaître dans toutes celles dont il lit l'histoire. S'il s'agit de la tête , il l'a enflée ( Obs. XVII ) , vide , le cerveau est sec ou rempli d'eau, il est déchiré ou distendu, il éclate. S'il s'agit du cœur , il est desséché, paralysé, désorganisé, anévrismatique, il a des polypes , il est rempli d'air ou'^d'eau. A l'estomac, il est atteint d'un squirre , d'un cancer , d'une gastrite chronique , d'une perforation , etc. , et ainsi de tous les autres organes.
Le caractère du malade , qui déjà était singulier , le devient de plus en plus. Il est impatient , irascible , tout l'irrite ou lui fait ombrage. Malgré la confiance qu'il affecte d'avoir dans son médecin et dans la médecine , il va toujours demandant des remèdes à tout le monde et il n'en fait aucun , ou bien il en commence beaucoup et n'en achève point. Il veut guérir et il n'a pas le courage de faire ce qu'il faut pour cela. Il est incapable de persévérance et d'une résolution forte et durable.
Les organes des sons sont bien souvent exaltés , et ils deviennent sensibles à la moindre impressions de la part de leurs incitateurs respectifs. J'ai vu une malade acquérir une délicatesse d'ouïe si gr.inde , qu'elle entendait les conversations qui
se tenaient dans un salon séparé d'elle par quatre pièces et un gros mur : Elle reconnaissait même les interlocuteurs au son de leur voix; Cette exaltation va quelquefois jusqu'au point de rendre les impressions douloureuses. Elle va plus loin encore ; elle vicie les sensations et lui fait rendre infidèlement les impressions reçues. Plus tard enfin , elle va jusqu'à faire naître dans les organes des sensations illusoires , qui ne leur sont point communiquées par les agents extérieurs. Tantôt et le plus souvent, ce sont les bruits de cloche, de détonation, de musique , de grattement , etc. Tantôt c'est le sens de l'odorat qui , d'un instant à l'autre , transmet des sensations d'odeurs variées , dont il n'y a point d'agent à l'extérieur. Tantôt aussi le goût se perd ou se dénature : le plus souvent il y a dégoût complet pour les aliments; quelquefois, mais rarement, il v a une sorte de boulimie ou de besoin insatiable de prendre des aliments. D'autres fois, par une sorte àepi'ca, le malade désire des substances non alimentaires , ou par une espèce de malade, il appète des aliments de mauvaise qualité. Enfin , les malades éprouvent même quelquefois la sensation de saveur indépendante de tout corps sapide. Ces espèces d'hallucinations des sens sont analogues à celles des autres nerfe de l'économie.
A une époque plus avancée, et lorsque la maladie est devenue plus intense , ce n'est plus une simple viciation dans la sensation : c'est un engourdissement , une torpeur , une sorte de paralysie : les impressions ne sont reçues que difficilement. Quelquefois cette sorte de paralysie n'est que momentanée ; elle paraît un moment pour se dissiper un moment après. Ce sont l'ouïe , l'odorat et le goût qui en sont plus spécialement frappés , tantôt ensemble , tantôt isolément.
Des palpitations se font sentir au cœur, à l'épigastre et partout ailleurs, avec une intensité très-variable selon les sujets et suivant une foule de circonstances. Elles vont quelquefois jusqu'à menacer de syncope, et même jusqu'à produire des sortes de défaillance, dans lesquelles il y a rarement perte complète du sentiment. Il semble parfois au malade que son cœur va éclater, d'autres fois qu'il est serré par un cercle ou par une
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main de fer, et dans quelques circonstances qu'il bondit et qu'il va s'élancer de la poitrine. Beaucoup de malades se figurent que leur cœur ne bat plus, ou qu'il n'ont plus de circulation et que la vie va s'éteindre.
Chez ces malades la digestion se vicie plus ou moins, et surtout pins ou moins rapidement. En général ils perdent l'appétit, et lorsqu'ils mangent, c'est plutôt avec dégoût qu'avec plaisir, parce qu'ils ne trouvent pas toujours aux aliments leur véritable saveur. Quelquefois cependant, il y a caprice dans l'appétit. Nous avons vu des malades manger abondamment. Mais ce qui est assez fréquent , c'est de les voir choisir de préférence des aliments bizarres ou indigestes. La digestion devient lente et difficile ; elle s'accompagne d'un sentiment de tension et de pesanteur dans l'épigastre. Pendant qu'elle s'opère il y a quelquefois des régurgitations , des nausées , des éructations bruyantes, inodores et insipides.. Le dégagement des gaz est quelquefois si considérable et si rapide qu'on entend un bruit continuel et fatigant dans l'épigastre. Il en est presque de même dans l'intestin où les borborymes sont par moment continuels. Cependant l'abdomen ne se tuméfie pas , il reste plutôt déprimé. Ce qui prouve que ces bruits tiennent moins à la quantité des vents , qu'à la disposition physiologique du canal intestinal.
Enfin le malade éprouve une constipation qui devient de plus en plus opiniâtre , et qui , parfois, ne cède pas même aux lavements purgatifs , et contre laquelle on est obligé d'employer des moyens mécaniques pour extraire les matières.
Presque toujours le malade éprouve une petite toux sèche , avec expectoration d'une matière muqueuse blanche et écumeuse , d'une part; grise , épaisse et rugueuse, d'autre part. Celte toux n'offre jamais rien d'inquiétant. Il n'y a que le malade qui y voit souvent le signe de la phthysie pulmonaire. Parfois aussi il se plaint d'avoir la poitrine serrée et comme billonnéc et de ne pouvoir pas prendre sa respiration.
Les mouvements musculaires deviennent plus lents et plus riiides. IJion souvent le malade n'ose pas bouger , il lui semble qu'il va tomber ou se briser, ou bien les mouvements lui sont
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douloureux. Cette inaction jointe à une mauvaise alimentation, lui fait perdre ses forces. Il diminue chaque jour l'étendue de sa promenade et de ses exercices.
Il maigrit. Son corps , en s'amincissant , prend une physionomie particulière. Tout en lui , l'expression de la face et des yeux , l'attitude et la manière d'agir indiquent la maladie qui le consume.
Le malade vit longtemps dans cette position , avec des alternatives fréquentes d'améliorations et de rechutes , sans que la maladie ait cessé pour cela d'être continue. Les diminutions passagères dans l'intensité des accidents ne constituent pas une véritable intermittence , lors même qu'il y a un soulagement assez grand pour que le malade se regarde comme guéri. Cependant nous reconnaissons des hypochondries intermittentes , nous en avons cité deux observations ( Obs. XÏI et XXII. ); Mais alors il n'y a pas seulement diminution des accidents et soulagement ; leur disparition est complète et les accès d'hypochondrie sont réguliers et parcourent des périodes déterminées. Pendant la suspension momentanée et partielle des phénomènes, le malade reprend ses habitudes. J'ai cru remarquer que son embonpoint ne revenait pas complètement , tandis qu'il revient tout-à-fait pendant les intermittences de l'hypochondrie périodique!.
Les rechutes ou les exacerbations que le malade éprouve sont plus ou moins intenses , et elles les affaiblissent toujours davantage. Les rémissions deviennent moins complètes et moins longues , et les forces reviennent moins. En conséquence , plus la maladie avance , plus les rechutes sont inévitables et plus le malade s'affaiblit. Les mouvements deviennent moins faciles , les jambes plus raides finissent par ne pouvoir presque plus supporter le malade , il y a une sorte de paralysie.
L'état de l'intelligenjce et du cerveau se modifie de plus en plus. Toujours souffrant et toujours ingénieux à se créer des maux qu'il n'a pas , le malade entretient son organe intellectuel dans un état fonctionnel exaspéré et pénible. La viciation de l'intelligence devient plus grande , elle s'identifie davantage
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avec Torganisme , et elle en devient inséparable. Aussi ses idées deviennent plus bizarres ; le malade ne s'occupe presque plus d'autre chose ; c'est bien souvent alors une véritable manie. S'il mange , il écoute son estomac digérer , et il calcule tous les instants delà digestion. S'il met la main sur la région précordiale , il s'effraie des battements précipités de son cœur. Un mal de tête léger , un peu d'étourdissement sont une apoplexie commençante. Le malade cherche alors partout des remèdes à ses maux. Tantôt il se livre aux charlatans les plus déhontés , aux sorciers les plus ridicules , aux diseuses de bonne fortune , aux magnétiseurs et aux somnambules. Ainsi , par conseils ou par combinaisons , il adopte quelquefois systématiquement un plan de traitement , tantôt débilitant , tantôt excitant. Mais le plus souvent il varie à chaque instant et son plan et ses moyens. De cette manière il se fait un mal réel, il altère son tempérament et sa constitution. Bien souvent il se jette dans une dévotion outrée , il fait ou veut faire des pèlerinages , des neuvaines , etc. Il cherche aussi à obtenir de la divinité ce que la science humaine n'a pas pu lui donner. Les hallucinations sensoriales et intellectuelles deviennent plus habituelles ; la raison se trouble , la mémoire se perd ; les facultés intellectuelles semblent s'éteindre , et le malade passe à un état d'enfance sénile anticipée. Bien souvent aussi cet état est accru par des lésions physiques réelles. Il s'opère de fréquentes congestions vers l'encéphale ; le travail morbide qu'elles occasionnent , amène quelquefois de petites attaques apoplectiques , et d'autres fois une exhalation séreuse ou toute autre lésion dont le résultat est le même : diminution dans les fonctions cérébrales , par conséquent diminution croissante des facultés intellectuelles , et faiblesse toujours croissante aussi dans l'action des sens et tics muscles.
Si un organe essentiel , tel que le poumon , le cœur ou l'estomac , est devenu le point de départ , le foyer de la maladie et des principales sensations pathologiques , et par conséquent le point sur lequel l'imagination malade se dirige le plus , il arrive quelquefois que cet organe , qui d'abord ne préscnlafl
aucune lésion physique , et qui n'offrait que cette lésion vitale , cette irritation sine materia , qui ne doit jamais inspirer aucune crainte , après avoir bien longtemps éprouvé ces simples altérations vitales , finit par voir cet éréthisme perpétuel y déterminer une lésion physique réelle. Cette lésion n'est rien ou presque rien au début ; elle prend chaque jour de nouvelles forces par l'action d'une cause incessante ; elle fait des progrès constants et finit par devenir une maladie grave, qui achève d'ôtcr au malade le peu de force qui lui reste , et termine ainsi une vie bien amère au milieu des souffrances de cette maladie nouvelle. C'est ainsi qu'une phlegmasie chronique des poumons ou de l'estomac , qu'une phthysie tuberculeuse , qu'un anévrisme , qu'un squirre au pylore , etc. , se sont développés , et ont décidé la terminaison de la maladie essentielle.
Ilypochondrie accidentelle.
Lorsque l'hypochondrie est accidentelle , c'est-à-dire , lorsqu'elle est provoquée par la lésion pathologique d'un organe , chez les personnes qui n'ont pas les prédispositions voisines de l'hypochondrie , cette distinction est bien essentielle ; car une lésion pathologique peut n'être que l'occasion bien plus que la cause du développement de l'hypochondrie , qui n'attendait qu'une circonstance favorable pour éclater. Nous voulons parler ici de cette hypochondrie qui survient chez les personnes qui n'ont que cette prédisposition constitutionnelle commune à toutes les maladies nerveuses , et chez lesquelles il faut en conséquence que la cause agisse puissamment sur l'organisme et sur le système nerveux cérébral pour déterminer la modification hypochondriaque.
Nous avons vu que , dans cette circonstance , le malade naturellement occupé de la souffrance qu'il recevait de l'organe malade , ne fait d'abord que la méditer. Mais lorsque par sa durée , et par l'enchaînement de toutes les causes que nous avons signalées , il arrive au point de se livrer à toutes les interprétations chimériques d'une imagination malade , alors l'hypochondrie a lieu. Ce sont bien les mêmes idées , le même
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égarement, le même dévergondage de la raison. Cependant j'fti remarqué bien des fois qu'il y avait en général moins de bizarreries dans les idées. L'imagination est profondément affectée des maux qu'elle craint , de ceux qu'elle a et plus encore de ceux qu'elle se crée ; mais elle n'est occupée que de ces mauxv Quelque singulières que puissent devenir ses idées, elles partent toujours du même principe , des maux qu'il endure et qu'il sent. Elles s'écartent rarement dans le domaine purement imaginaire. Il y a aussi chez lui une tristesse plus profonde et plus grave , et les accidents acquièrent plus vite leur plus haut degré d'intensité.
Cette hypochondrie peut devenir constitutionnelle en se prolongeant par la durée ou la récidive de la cause. Alors elle revêt toute la forme de l'hypochondrie constitutionnelle. Mais le plus ordinairement elle conserve son caractère. Sa marche est régulière. Elle ne présente guère les alternatives d'amélioration ou de soulagement et de récidive. Elle se termine aussi beaucoup plus promptement et le plus souvent par la guérison ( Obs. III , IV, VII , IX, XXV).;Quelquefois aussi elle passe à l'état chronique. Alors sa terminaison est plus promptement fâcheuse que lorsqu'elle est originellement constitutionnelle, parce que l'organe malade qui en a causé les premiers phénomènes , devient plus facilement le siège d'une altération organique dont les suites peuvent être et sont presque toujours dangereuses.
Lorsque le malade guérit , il commence par maîtriser son imagination et par s'occuper un peu d'objets étrangers à ses souffrances. Lorsqu'il a fait ce premier pas , on peut tout espérer avec de la persévérance. Chaque jour ou chaque semaine il voit s'agrandir les moments de cette occupation étrangère à l'hypochondrie. Il commence à trouver plus de goût aux distractions ; la société l'ennuie moins ; il peut mieux régulariser son traitement et en diriger plus sagement les moyens. Ces progrès , fruits de plusieurs mois d'attention , sont bien souvent détruits dans un instant par la moindre indisposition ou la douleur la plus légère. Mais le malade cncou-
ragé par les antécédents , se laisse plus vite persuader de recommencer , et peu à peu il obtient un succès qui le dédommage de toutes les privations qu'il s'était imposées.
Deux choses doivent nous frapper dans la marche de l'hypochondrie , telle que nous l'avons observée et que nous venons de la tracer : les différentes phases par lesquelles elle passe et les deux formes qu'elle revêt.
Degrés de l'hypochondrie.
On pourrait à l'exemple de certains auteurs admettre un nombre infini de degrés. Mais il ne nous paraît guère possible d'établir des divisions trop multipliées , parce que les nuances de la maladie ne sont pas assez tranchée^ pour les justifier, et surtout , parce que d'un instant à l'autre , la maladie change de forme et d'état , et que pendant sa durée ,j elle paraît passer vingt fois d'un degré à l'autre , et revenir souvent à celui dont elle paraissait s'être éloignée. Cependant il est possible de distinguer trois degrés assez bien caractérisés.
Le premier degré comprend les prodromes et l'invasion de la maladie. Il est très-long dans l'hypochondrie constitutionnelle, à moins qu'une cause occasionnelle ne vienne en accélérer le développement. Il est moins long dans l'hypochondrie accidentelle , et encore sa durée est-elle subordonnée à une foule de circonstances relatives soit à la prédisposition plus ou moins grande du sujet , soit à la nature de la cause qui agit avec plus ou moins d'énergie sur le système nerveux cérébral.
Le second comprend toute la longue période de la maladie, depuis son invasion jusqu'aux changements qui annoncent que l'affection va se terminer d'une manière heureuse ou malheureuse. Cette période est longue , très-longue^ puisqu'elle constitue tout ce qu'on appelle Vétat de la maladie. Pendant sa durée il y a une foule d'exacerbations et de rémissions , qui ne présentent rien de fixe ni de déterminé. Il est aussi des malades chez lesquels l'hypochondrie est beaucoup plus intense que chez d'autres. Il en est de même chez lesquels l'hypochondrie est très-peu sensible. Toutes ces nuances tiennent ,
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comme nous le disions, soit aux dispositions idiosyncrasiques du malade , soit à la nature ou à la force de la cause qui a déterminé la maladie. Ce degré dure presque aussi longtemps que l'affection. Il sera donc beaucoup plus long dans les hypochondries constitutionnelles primitives ou secondaires. Il sera au contraire beaucoup plus court dans les hypochondries accidentelles , et d'autant plus que la constitution y sera moins prédisposée , et que la cause aura agi plus fail)lement et cessera d'agir soit d'une manière continue , soit en se répétant souvent.
Le troisième degré commence au moment où le changement des phénomènes s'opère en bien ou en mal, pour marcher à une terminaison heureuse ou malheureuse. Il se présente donc sous deux aspects différents selon que la maladie marche vers l'amélioration ou vers son accroissement. Dans le premier cas le malade voit les accidents diminuer , et surtout il commence à diriger un peu plus son attention sur d'autres objets que sur ses souffrances. Celles-ci se font sentir moins vivement et à des époques moins rapprochées. Cette période varie beaucoup. Quelquefois elle est très-longue et ce n'est que lentement et après plusieurs rechutes que le malade touche enfin à la guérison. D'autres fois elle est très-courte et pour ainsi dire aussi prompte que l'éclair. Un changement brusque dans la position sociale , financière ou commerciale du malade , la perte d'une personne chérie et utile , une passion violente , ont suffi bien des fois pour opérer la guérison subitement ou presque subitement. On a vu quelquefois aussi une détermination fortement prononcée du malade produire rapidement le même effet salutaire , soit que cette détermination fût spontanée, ou qu'elle fût soutenue ou favorisée par des promesses aflîrmatives sur l'enicacité d'un remède ou d'un moyen quelconque , peut-être insignifiant par lui-même.
Lorsque la maladie doit marcher vers une terminaison ff'icheuse, le troisième degré comprend toute la période qui commence avec raiigiucntalion des jdiénomènes , et ne finit qu'avec la vie; le plus ordinairement cette période est excessi-
vement longue , soit parce que répuisemcnt qu'occasionne la maladie ne s'opère que bien lentement , soit parce que les lésions organiques qu'elle fait développer ont une marche trèslente, soit enfin parce que la marche vers la mort ne se fait pas d'une manière régulière. Le malade éprouve souvent des améliorations , qui , bien que passagères , lui rendent quelques forces et reculent sa fin malheureuse. Quelquefois cependant celte maladie accidentelle , toute produite qu'elle soit par l'hypochondrie, marche rapidement et entraîne assez promplemcnt la perte du malade. Mais alors ce n'est plus l'hypochondrie , c'est la maladie accessoire qui le fait succomber.
On se tromperait beaucoup si l'on croyait que l'hypochondrie parcourt tous ses stades avec l'ensemble et la régularité des symptômes que nous avons signalés. Elle ne présente souvent qu'une très-petite partie des phénomènes qui constituent le premier degré. D'autres fois elle ne parvient qu'au second et elle atteint rarement le troisième. La marche de la maladie varie en outre beaucoup suivant chaque individu , et chez la même personne, suivant les époques différentes de l'année , la période à laquelle elle est arrivée , et suivant son état habituel de modération ou d'exacerbation. Elle diffère souvent d'une année , d'un mois , d'un jour , d'un instant à l'autre et cela à plusieurs reprises et comme par exacerbation. Elle est souvent exaspérée chez les femmes à chaque époque menstruelle, et surtout à l'âge critique , ou même après cette révolution. Une continence trop grande , de simples jouissances vénériennes , le régime alimentaire et certains travaux de profession ou d'esprit suffisent pour en modifier la marche.
On observe chez certains individus et à des distances plus ou moins éloignées , la prédominance du désordre fonctionnel , tantôt dans les facultés intellectuelles , tantôt daps les affections de l'àme , ou dans les organes des sens et des sensations , dans les fonctions vitales du cerveau , du poumon , du cœur , fréquemment dans les différents organes de l'appareil do la digestion , plus rarement dans les membres thoraciques ou abdominaux. Quelquefois , qu'il y ait eu ou non des écarts do régi tue
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OU d'autres imprudences , au moment où la maladie paraissait près de s'éteindre , les accidents se réveillent avec plus d'intensité. Certaines conditions de l'état social du malade exercent encore la plus grande influence sur la marche de l'affection. L'habitude d'une vie active, de l'exercice, une bonne nourriture et l'aisance , aurea mediocntas , rendent en général la marche de l'hypochondrie beaucoup moins rapide , ou la maintiennent quelquefois , pendant un grand nombre d'années à un degré modéré : plus souvent encore elles en facilitent la gué-? rison , tandis qu'un état sédentaire, un travail de tête continu, forcé ou volontaire ; la pénurie , un climat ou une habitation insalubres accélèrent les progrès du mal , et peuvent amener ces complications. Les phases 'de la lune , plus encore le retour des saisons , l'intensité du froid ou de la chaleur, les variations brusques de l'atmosphère , les détonations électriques , l'impression trop prolongée d'un temps humide, le cours orageux des vents , ajoutent presque toujours à l'intensité des accidents nerveux. Une température douce , un temps serein , les vents du nord et du nord-est sont ordinairement favorables à ces malades , qui sont avertis , par l'exaltation générale ou locale de leur sensibilité , des variations de l'atmosphère , avant même qu'elles s'opèrent.
En traçant ainsi la marche et les degrés de l'hypochondrie , nous avons dit ce que nous avons vu , abnégation faite de tout esprit systématique. Dans tous les cas d'hypochondrie accidentelle , la maladie commence par la lésion nerveuse générale ou locale , et ce n'est que secondairement que les phénomènes cérébraux se manifestent. Dans l'hypochondrie constitutionnelle ou devenue telle par sa durée, il en a été de même encore. Mais dans l'hypochondrie constitutionnelle d'origine , la bizarrerie du caractère , la pusillanimité, les craintes d'être malade, ont souvent devancé pendant longtemps le développement de la maladie; , et ce n'est que postérieurement que les souffrances nerveuses sont survenues pour la compléter. Notre opinion diffère donc essenliellcment de relie de M. Dubois, d'Amiens, puisqu'il veut que les accidents cérébraux constituent dans tous
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les cas le premier degré de l'hypochondrie , et que les phénomènes nerveux ne se développent que dans le second degré qu'ils caractérisent. Il nous coûte de n'être pas d'accord avec ce médecin distingué, mais quelle que soit notre déférence pour ses opinions , nous rendrons toujours de préférence hommage à la vérité. Or les faits ne sont pas ici en faveur de M. Dubois, ils parlent bien haut contre son opinion , et ils fournissent contre elle des armes bien plus puissantes que les raisonnements pres^ sauts et tout le charme de la diction avec lesquels il la soutient. Cependant il nous fournit bientôt lui-même des armes contre lui dans cet alinéa de la page 192. « Chez la plupart des malades on ne remarque , pendant un grand nombre d'années , qu'un gonflement et une tension incommode dans la région des hypochondres ; les digestions sont d'une lenteur extrême , il y a après l'ingestion des aliments , et pendant plusieurs heures , sentiment pénible d'un poids sur l'estomac , développement de gaz , éructations fréquentes , oppressions continuelles, bouffées de chaleur qui montent vers la tête , etc. ; enfin tous les symptômes qui représentaient la dyspepsie aux yeux des anciens médecins , symptômes que les uns attribuent à l'existence d'une gastrite chronique (Broussais), d'autres à la faiblesse intestinale ( Louyer-Villermay ), et d'autres enfin à une anomalie de l'innervation (Georget). »
Fariétés de l'hypochondrie.
Les formes sous lesquelles nous avons vu que l'hypochondrie se présentait nous permettent d'en reconnaître seulement deux variétés , parce que toutes les autres nuances peuvent s'y rattacher aisément. Ces deux variétés sont l'hypochondrie constitutionnelle , et l'hypochondrie accidentelle.
A la première appartiennent les hypochondries les plus tenaces , celles qui tiennent à l'organisation même du malade et qui sont liées à sa constitution , soit que le malade ait apporté une prédisposition originaire ; soit que cette prédisposition ait été acquise par les vices de l'éducation , par des passions violentes ou par des maladies antécédentes , soit enfin qu'elle soit
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devenue telle , par la nature , la durée ou les récidives de la cause. Nous avons vu que cette variété avait un cachet particulier par la bizarrerie et l'exagération de ses phénomènes nerveux et intellectuels , et par la durée de la maladie.
L'hypochondrie accidentelle , au moins aussi fréquente que la précédente , reconnaît une origine moins ancienne. Sa cause est toute locale d'abord. Quel qu'en soit le siège , le cerveau ou toute autre partie ; elle agit sur une économie qui n'y était point prédisposée , et c'est elle qui opère la modification nerveuse et pathologique qui caractérise la maladie. Nous en avons suivi les différentes phases de développement , nous avons bien des fois démontré comment la cause morbide avait agi soit directement , soit secondairement ou par sympathie , pour opérer les changements nécessaires à la production de la maladie. Dans la description de sa marche , nous lui avons aussi reconnu une physionomie particulière , soit dans ses phénomènes , qui présentent en général uil caractère plus sombre et moins bizarre, soit dans sa marche et sa durée , qui est toujours plus rapide et moins longue.
Comme toute division pathologique doit être fondée sur des caractères bien distinct! fs et avoir pour but de faciliter la connaissance de la maladie , nous n'avons pas vu la possibilité d'admettre d'autres variétés , à moins de confondre avec quelques auteurs les variétés avec les complications hystériques , mélancoliques , nostalgiques , organiques , etc. Mais ce ne sont point des variétés , ce sont des complications. C'est ainsi que l'avait liiit Sydenham , qui admettait autant de variétés qu'il y a d'organes dans l'économie, suivant que la maladie, par celte bizarrerie capricieuse qui la caractérise , se jette sur la tète entre le crâne et le péricrâne , sur les poumons , le cœur, l'estomac ou le foie, sur la région qui est au-dessous de la fossette du cœur. C'est ainsi que Louyer-Villcrmay , basant sa division des variétés sur les phénomènes , admet une hypochondrie boulimique , une hypochondrie névropathique , etc. C'est ainsi que 31. Dubois , d'Amiens , toujours consé<|uent à ipes principes sur le caractère de l'hypochondrie comme maladie
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de l'esprit , a reconnu six variétés qui sont basées ; les unes sur l'appareil qui paraît le plus affecte , les autres sur la nature de la pensée monomaniaque. Voici les variétés qu'il établit : 1" la monomanie hypochondriaque ; 2" la monomanie pneumocardiaque ; 3° la monomanie encéphalique ; 4° la monomanie asthéniaque ; 5° la monomanie nostalgiaque ; 6^ la monomanie hydrophobiaque. Nous avons déjà démontré que M. Dubois , pour se fortifier dans son opinion sur la nature de l'hypochondrie , l'avait déviée de son véritable caractère et en avait fait une manie, et que dès-lors il avait assimilé l'hypochondrie à Ja monomanie , ce qui est pourtant bien différent.
M.Michéa, réduit à cinq les variétés de l'hypochondrie idiopathique : 1° hypochondriaque ; 2° pneumo-cardiaque ; 3" encéphaliaque ; 4°génito-cystiaque; o^organopathiaque. Cette division repose sur des bases tellement organiques , qu'elle nous paraît un peu en contradiction avec la doctrine toute métaphysique de l'auteur. La force de la vérité l'emporte , lorsque des généralités il descend aux particularités.
M. Barras , ayant remarqué , tantôt de l'irritation , tantôt de la faiblesse dans le système nerveux des h} pochondriaques , a établi deux formes de l'hypochondrie , suivant qu'elle était avec atonie ou avec éréthisme , c'était la division déjà admise par Hufeîand , qui reconnaît les deux formes d'hypochondrie par faiblesse ou par irritation des nerfs. Cette distinction n'est pas dépourvue de vraisemblance , et le talent avec lequel M. Barras la présente , lui ajoute de grandes probabilités de plus. On voit en effet , que des hypochondriaques , sont frappés d'une faiblesse si grande au physique et au moral , que la vie semble toujours prête à s'échapper. Ce qui nous explique pourquoi Whytt guérissait en Angleterre , avec un régime tonique et substantiel. On voit d'autres hypochondriaques chez lesquels l'exaltation est plus prononcée , chez lesquels il y a plus d'irritabilité, plus de bizarrerie. Voilà pourquoi, dans le midi de la France , Pome guérissait avec le régime émollient le plus énergique. Tout cela est vrai. Cependant cette division ne nous paraît pas assez bien démontrée pour l'admettre.
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Tous les jours nous voyons le même malade , et M. Barras, l'a vu comme nous , passer d'une faiblesse extrême , d'une prostration physique et morale extraordinaire , à une exaltation violente de tous les phénomènes. Tous les jours , on voit l'hypochondriaqueleplus irascible et le plus exalté, tomber dans l'affaissement physique et le découragement moral les plus grands. On voit ensuite ces mêmes malades revenir à leur premier état et retourner au second et cela à plusieurs reprises. Ces cas sont très-fréquents. Il faudra donc admettre alors que la même maladie passe alternativement d'une variété à une autre. Cela ne nous paraît pas rationnel. Il est bien plus naturel de voir là l'effet def cette bizarrerie, de ce désordre , de cette alaxie que nous n'avons pas cessé de signaler , parce que nous l'avons reconnu partout. M. Barras a basé sa thérapeutique sur sa distinction. Il veut en conséquence , que dans la variété par atonie , on administre les toniques et de légers excitants , mais surtout les toniques en aliments et en boissons ; et que dans la variété par excitation , on n'administre que les émoUients et les calmants. Tels sont les préceptes qu'il a donnés et qu'il a suivis. Mais il n'y a presque pas d'observation dans laquelle il n'ait été obligé de changer plusieurs fois de méthode. Souvent un éréthisrae qu'il ne soupçonnait pas, ou une exaltation qui survenait, le forçait de renoncer aux toniques. Souvent une faiblesse qui se prononçait ou le mauvais effet des calmants les lui faisait supprimer. Ainsi , le traitement luimôme se refuse à se plier à cette distinction , puisqu'on est obligé de le modifier d'un instant à l'autre. Il fournit une preuve de plus en fa^ eur de l'ataxie et de la bizarrerie d'action du système nerveux cérébral. Ces alternatives n'ont point échappé à M. Barras. Il les signale avec beaucoup de soins aux pages 393 , 94 et 95 du IF volume. Elles sont si fréquentes , qu'elles avaient déjà été indiquées avec beaucoup de soin par Combalusicrct surtoutpar Lorry, Il est bien avéré, dit Combalusier,quc le spasme succède à l'atonie et l'alonio au spasme. Lorry a développé celte pensée d'une manière plus satisfaisante encore. Voici doux passages dans lesquels il en a consigné les détails :
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Alohia spasmi sequela necessaria est; cum enim deferbuit erethismus , laxitas fihras occupât; cessante spasmo atonia rema-
net Est atonia spasmo opposita ^ et tamen ita necessaria
conjuncta, ut eum sequatur , sive levem , sive gravem supposueris. Atonia gravis sequitur véhémentes spasmos, levis levés excipit. Sed nemo est qui aliquid convulsivi expertus fuerit , qui non impotentiam ad actionem in parte spasmo antè affecta non expertatur. Distractas scilicet alque divulsas spasmo fibras relaxari necessè est , et eo quidem magis quôplus distentœ fueruntt Hinc melancholicos et hystericas, excepta spasmi tempore,plusminusve atonos reperiemus. Et cum vehementia spasmi sœpe sit hrevissima, longiorem post se relinquit atoniam.
Nous avons reconnu une hypochondrie intermittente ; mais c'est un type , une forme et non point une variété ( Obs* XIF et XIIF ). Beaucoup d'auteurs l'ont admise d'une manière assez vague. Georget la regarde comme très - fréquente sous le nom de vapeurs. Mais Georget se trompe. Ce qu'il décrit n'est point la véritable hypochondrie. C'est plutôt l'hystéricisme compliqué avec l'hypochondrie, et les rémissions qu'il a observées ne caractérise pas suffisamment une marche intermittente. Nous en dirons autant de M. Mendeville , dont l'opinion est tout-à-fait conforme à celle de Georget.