CHAPITRE VHI
DIAGNOSTIC DE l'iIYPOGIIONDRIE.
Par diagnostic nous entendons la connaissance des signes propres à faire distinguer une maladie , non seulement datts ses phases diverses , dans ses formes multiples , dans ses variétés, mais encore dans les rapports qu'elle pourrait avoir avec quelques autres individualités pathologiques. En conséquence le diagnostic se trouve dans l'histoire même des phénomènes de la maladie , ' dans leur juste appréciation pour les convertir en signes, et dans l'étude de leur marche. Il suffirait de les comparer avec ceux des autres types morbides, pour trouver le véritable diagnostic. Cependant , comme l'hypochondric a plusieurs fois été confondue avec quelques affections , avec lesquelles elle présente des affinités et des analogies plus ou moins grandes, nous présenterons dans un tableau, les signes différentiels les plus caractéristiques de chacune d'elles. Nous pourrions faire entrer dans ce tableau la plupart des maladies; mais nous les réduirons à cinq , parce qu'elles sont les seules avec lesquelles l'hypochondric a de véritables points d'analogie. Ces maladies ont toutes les cinq leur siège dans le système cérébral et nerveux cérébral. Ce sont la mélancolie , l'hystérie , la névropathie, la gastralgieet la nostalgie. Nous en éloignons toutes les affections organiques, parce que les différences sont trop sensibles pour qu'avec la moindre attention on puisse les confondre. Si nous n'y comprenons pas la monomanie et ses nombreuses variétés, c'est parce qu'on peut leur faire l'application de ce qui se rapporte à la mélancolie. Il en est de même de la phlegmasie gastro-intestinale chronique, à laquelle on peut rapporter ce que nous dirons de la gastralgie , avec laquelle elle a quelquefois de si grands points de contacts qu'il est difficile de les distinguer. Nous ajouterons que , malgré les assertions de quelques auteurs , les différences qui séparent l'hypochondrie de la goutte,
456 TBAITÉ DE l'hYPOCHONDRÎE.
du rhumatisme, des scroftdes et du scorbut , sont trop grandes pour craindre la moindre erreur. Par la même raison nous ne nous sommes pas occupés des moyens de distinguer chaque phénomène pris isolément de quelques maladies avec lesquelles ils ont ou peuvent avoir de l'analogie : telles sont les palpitations du cœur , avec les altérations organiques de cet organe ; les battements du tronc cœliaque ou des autres artères , avec les anévrismes ; les douleurs de tête , avec les dégénérescences du cerveau ; les flatulences de l'estomac, avec sa phlegmasie ; etc. Parmi les objets du délire des aliénés , il en est un qui rapproche une monomanie de l'hypochondrie , c'est celui qu'Esquirolanommé Lypémanie et qui est caractérisé par des craintes ou des frayeurs sans fondement ou par la crainte de l'enfer : trop de différences les séparent , pour qu'il soit possible de les confondre.
tes causes prédisposaHtes sont à peu près les m(}mes pour toutes ; une constitution nerveuse très-grande, originelle ou acquise. Elle est plus 2 fréquente chef l'homme que chez la femme. Cau- Q ses efficientes: chagrins, passions vives et Iod- !C I guemwit contrariées, travaux du cabinet forcés, jj maladies longues de quelques organes et surtout ^ du foie , du cœur, de l'estomac et de la rate, néfij vrose générale ou locale et faisant longtempssouf- M frir.
Viclimes de préférences injustes, dupes des autres hommes ; méditations sur toutes les injustices humaines , sur les persécutions du siècle. I Céphalalgie ou migraine hahiluelle.
FaiWcsso de caractère naturelle ou acquise, ou un mauvais régime. Eloignemenl de son pays natal , surtout si l'on y a laissé quelques ohjcts d'affection vive, et qu'on soit hahitanl des montagnes.
SYMI'TOMKS I;T SKUNKS.
Douh'urs plus ou moins aiguës , senties dans différentes parties du corps et surtout à la tète et dans l'épigastre ; palpitations du cœur, et surtout battements dans le centre épigastrique ; borborygmes , (latuosités ; idées noires sur toutes les sensations qu'on éprouve , leur conversion en une foule de maladies imaginaires ; préoccupations continuelles de ses souffrances ; craintes désespérantes de la mort , envie désordonnée de guérir, et avidité de remèdes ; recherche de la lecture des livres de médecine , et de laconversalion sur ce sujet ; bizarrerie extrôme dans le caractère. Affaiblissement des facultés intellectuelles à force de les concentrer sur un seul point.
Dégoût profond du monde et de la vie avec tendance au suicide; chagrin du succès des autres; indignation contre tout ce qui nous offense et parait des abus; haine contre tout le genre humain qu'on croit ligué contre soi ; interprétations vicieuses et presque toujours f;\cbcuses des actes des autres beaucoup plus que de ses souffrances ; mépris pour les médecins et pour les remèdes.
Langueur, dégoût , faiblesse , perle d'appétit, soupirs fréquents et surtout désirs insurmontables de revoir ses foyers, fièvre hectique nerveuse qui se déclare et qui miue rapidement les malades.
MAKCHI- rr TERMINAISON
Elle ne se développe que lentement et par une longue durée des causes ou par leur réjétilion. Son invasion est ordinairement lente. Eli* se termine rarement d'une manière fâcheuse, et lorsque cela arrive , ce n'est qu'après un tenps bien long. Elle amène quelquefois la démence, et plus souvent une lésion organique du cerveau ou de l'estomac qui la termine d'une manière funeste.
Invasion également lente , marche plus lenle encore ; terminaison indéterminée , rarement et presque jamais fâcheuse , excepté lorsqu'elle conduit au suicide , ce qui est assez fréquent.
Assez rapide. Elle se termine le plus souvent par la mort , ou par quelques maladies internes du cœur , de l'estomac ou du foie , si l'espérance de revoir bientôt sa patrie ne soutient pas le malade. Guérison rapide aussitôt qu'on revoit les lieux de son enfance , ou qu'on a la certitude de les revoir bientôt.