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CHAPITRE. IX

PRONOSTIC DE l'hYPOGHONDBIE.

Peut-on , sur l'histoire que nous avons tracée de l'hypochondrie , en établir à priori un pronostic bien certain ? Cela paraît impossible , si l'on veut le présenter d'une manière générale , et plus encore , si on consulte les annales de la science pour se guider. Cependant les auteurs s'accordent généralement à regarder cette maladie comme très-longue et très-difficile à guérir. Hippocrate avait observé que lorsqu'elle était ancienne ,

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elle était plus difficile à guérir : antiquos morhos dijficiliùs curàri quàm récentes , vérité généralement reconnue et confirmée par Hoffmann en ces termes : ai inveteratam difficillitnam admittit curationem. Quoique les symptômes en soient plus alarmants que dangereux , a dit Lieutaud , elle résiste le plus souvent à tous les remèdes et épuise enfin la "patience la plus éprouvée des médecins et des malades. Selle pense qu'elle se dissipe avec l'âge , et qu'elle n'est dangereuse que lorsqu'elle donne lieu à d'autres maladies fâcheuses ; ce que Sauvage avait déjà fait observer. Rivière ne pensait pas de môme ; car après avoir dit qu'elle n'est pas mortelle , il ajoute : sed longissimum esse consuevit , et sœp'e toto vitœ decursu persévérât. C'était aussi l'opinion de Tissot , qui ne la croyait pas susceptilîle de guérison : Jt verô morbus profeclô rebellis est et vix curationis capax. Tandis que Baglivi , comptant sur l'efficacité des moyens hy giéniques , a infirmé ce jugement. Et lîcet talium hominum morbi primo aspectu perniciosi et incurahiles videantur ; sanari tamen soient facile non quidem per nimiam remediorum copïmn , sed aut per grata mnïcorum colloquia , aut per honesta ruris oblectamenta et equitationes fréquenter , aut tandem per vivcndi normam à sagaci medico institutam. Tous les jours l'observation confirme cette possibifité de la guérison , depuis surtout que Louyer-Villermay, et MM.Falret, Dubois , d'Amiens, et Barras ont tracé le mode de traitement le plus propre à combattre cette maladie. Ainsi le pronostic est en général beaucoup plus favorable et mouis décourageant qu'on ne le disait autrefois. C'était sans doute à cause de la longueur de la maladie que Portai l'appelait plaisamment l'enfer des malades et le purgatoire des médecins.

En général les théories ont eu peu de part au pronostic que les auteurs ont porté de l'hypochondrie. Cependant le rùle qu'ils ont fait jouer aux humeurs , aux acres , aux vapeurs , aux altérations organiques des différents viscères , a fait établir quelques distinctions imaginaires , basées sur la manière dont ils expliquaient l'influence de ces causes sur la marche et l;i terminaison (h; la nialadi*;. Ces explications hypolhéticjues ne

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conduisant à aucun résultat avantageux , je ne les mentionnerai pas.

Nous n'essayerons d'exposer notre pensée que parce que nous la faisons découler de l'observation des faits. Il y a des hypochondrics qui sont chroniques et même incurables. Elles ne sont malheureusement que trop nombreuses. Ce sont les cas de cette nature qu'avaient sans doute observés Rivière, Brunner , Lieutaud , Tissot , lorsqu'ils formulaient le pronostic fâcheux qu'ils en ont porté. D'autre part, il y a des hypochondrics qu'on a le bonheur de guérir. Elles sont en assez grand nombre pour justifier le pronostic favorable de Baglivi. On ne peut donc pas être exclusif. La maladie guérit quelquefois , et d'autres fois elle ne guérit pas. Peut-on prévoir les cas favorables et les cas fâcheux ? sur quoi pourrait-on se baser pour asseoir son jugement ? Voici ce que nous pouvons dire d'une manière générale :

Toutes les fois quel'hypochondrie sera constitutionnelle , soit d'origine ( Obs. I , II , VI , XVII ) , soit consécutivement ( Obs. XVI , XVIÏ , XXIV ) , la maladie sera beaucoup plus grave. Presque toujours alors elle est interminable, et ce long mourir qui ne finit jamais , fait , comme l'a dit Lieutaud , le désespoir des médecins et des malades. Quelquefois même elle se termine d'une manière fâcheuse (I, Il , XVIII , XXIV ).

Mais lorsque l'hypochondrie est accidentelle , et qu'elle n'est point entée sur une constitution éminemment prédisposée à la maladie , on doit toujours conserver l'espérance d'une guérison plus ou moins prochaine (Obs. III , IV, V, VÎI , VIII , ÏX, X , XT , XIII , XIV , XXVII , XXVIII ). On sent combien devra varier encore le pronostic , suivant l'ancienneté de la maladie qui aura pu déjà la faire passer à l'état chronique ou constitutionnel , suivant le degré d'intensité , suivant aussi que la position de fortune sera assez heureuse pour permettre , sans inquiétude pour l'avenir , l'emploi de tous les moyens hygiéniques et thérapeutiques nécessaires à la guérison. On doit aussi tenir compte de l'âge du malade. Les jeunes gens , dont l'imagination ardente a devant elle un si long avenir qu'elle embellit

toujours , guérissent plus facilement et plus parfaitement que les personnes avancées en âge , chez lesquels il n'y a plus qu'un avenir douteux , qu'une imagination glacée rembrunit encore des couleurs les plus sombres.

Nous avons dit que la nature de la cause devait faire varier le pronostic. Ainsi il sera plus grave lorsque la maladie reconnaîtra pour cause des affections morales vives , l'abus des plaisirs de l'amour , que lorsqu'elle aura été occasionnée par un exercice immodéré des facultés intellectuelles.

Le pronostic serait donc assez facile à porter , si l'hypochondrie était toujours simple et régulière dans sa marche ; mais comme une foule de complications pathologiques viennent se joindre à elle et l'entraver , elles aggravent nécessairement le pronostic. Il sera de même^aggravé , lorsque des circonstances extérieures étrangères à la maladie viendront agir sur elle pour l'entretenir ou pour la renouveler.

Lorsque l'hypochondrie sera guérie, les rechutes seront assez fréquentes. Elles seront d'autant plus faciles , que la maladie aura duré plus longtemps, et qu'elle aura laissé le moral et le système nerveux cérébral dans un plus haut degré de susceptibilité. Alors les moindres impressions seront senties vivement, et péniblement exprimées ; les moindres émotions , les inquiétudes les plus légères agiront avec force sur l'imagination , et feront toujours craindre une récidive.

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