QUATRIÈME PARTIE
THÉRAPEUTIQUE DE LHYPOCHONDRÎE.
Lorsqu'on envisage la quantité de formules dont les auteurs ont surchargé la thérapeutique de Fhypochondrie , on est tenté de croire que cette partie de l'histoire de la maladie touche à sa perfection. Aucune affection morbide , en effet, n'a présenté autant de vicissitudes dans son traitement . Elle ne s'est pas contentée de payer son tribut à tous les systèmes, en en acceptant les théories et les modifications variées ; elle a souvent passé d'un extrême à l'autre , en proscrivant le lendemain les médicaments qu'elle avait accueillis la veille. Pour mieux faire ressortir cette vérité , nous jetterons un coup d'oeil rapide sur les variétés qu'elle a éprouvées aux différentes époques de la médecine , nous les étudierons d'abord dans les hommes qui se sont succédés et ensuite dans chaque médicament pris séparément. Cette double esquisse historique nous fera encore apprécier la médication la plus rationnelle en nous mettant sous les yeux ce que chacune a pu avoir d'avantageux et de nuisible. Cette partie de notre travail doit , comme dans toutes les maladies, être la plus importante , puisque c'est elle qui nous fournit les moyens , sinon de rendre toujours à la santé le malheureux qui souffre des maux bien cruels , au moins de procurer un soulagement à ses souffrances. Elle est le complément de l'étude que nous avons faite de cette affreuse maladie. Aussi nous n'avons rien négligé pour la rendre aussi complète qu'elle pouvait l'être. Nous devons cependant nous renfermer dans de
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justes limites : car nous ferions des Yolumes , si nous voulions rappeler tous les remèdes et mentionner tous les cas particuliers auxquels ils peuvent être applicables. Sans oublier rien d'essentiel , nous réduirons cet immense arsenal , soit à des notes historiques les plus courtes , soit à des préceptes généraux qui puissent les représenter sous la formule la moins étendue, soit à l'agglomération des remèdes qui ont de l'analogie , ou qui conduisent au même but ou donnent les mêmes résultats.
Quelque effrayante que soit la multiplicité des médications et des remèdes , elle n'a rien d'étonnant lorsqu'on fait attention à la durée illimitée de la maladie et à cette stabilité quelquefois immuable , qui la fait appeler alternativement l'opprobre , le fléau et le désespoir des médecins. Le malade se lasse bientôt des remèdes qui ne le guérissent pas , ou qui , après l'avoir soulagé , ne préviennent pas les rechutes. Il veut guérir , et pour cela il lui faut des remèdes. Le médecin est donc obligé d'en chercher de nouveaux. Il a dû alors les puiser, soit dans les théories régnantes , soit dans les idées plus ou moins justes ou erronnées qu'il se faisait de la maladie, soit dans une sorte d'empirisme qui pût lui faire découvrir un remède spécifique. Car la manie de tous les siècles a toujours été de chercher un remède pour chaque maladie. Lorsque , pendant des mois et des années, on a fait parcourir à un hypochondriaque tout le cercle des moyens conseillés , on est bien pardonnable d'en chercher de nouveaux. Certes , un remède efficace serait une grande conquête pour la médecine : Magnus mihi eril JpoHo , a dit Brunner, qui hypochondriacum ad sanitatem reduxerit. Mais peut-on espérer de le trouver, ce remède, lorsqu'on fait attention aux maladies multipUécs, et souvent elles-mêmes incurables, qui produisent l'hypochondrie?
Nous repoussons et nous proscrivons ce luxe pharmarceu tique dont on a bouffi la thérapeutique et dont on peut se faire une idée, en consultant Willis, Burnet , Sennert, Whitt; mais gardons-nous de croire (juo ces auteurs aient conseillé sans choix cette énorme; (juantité de r(;mèdes. Ils en ont justement apprécié les propriétés, et ils ont apjmrté d-ins leurs préceptes beaucoup
<le sagesse et la plus grande réserve , surtout lorsqu'il s'est agi de remèdes actifs. Presque tous ils les proscrivent , ou ils ne les conseillent que dans des cas bien détermines.