ARTICLE PREMIER
Histoire thérapeutique des auteurs.
Il est difficile de trouver , avant Hippocrate , des traces d'un traitement régulier de l'hypochondrie proprement dite. Cependant , ne croyons pas que dans ces temps , même les plus reculés, cette maladie ait été complètement négligée. Nous y trouvons le traitement le plus philosophique. Sans être désignée par son nom , n'était-ce pas l'hypochondrie qui était l'objet spécial de ces pèlerinages aux temples d'Esculape , d'Epidaure , etc. ? N'était-ce pas pour elle , qu'avaient été construits les temples de Saturne aux. deux extrémités de la florissante Egypte ? qu'avaient été institués ces jeux , ces exercices variés , ces peintures agréables, ces chants , ces concerts , ces fêtes et ces promenades sur le Nil et dans des bosquets riants ? Ces distractions, ces amusements et tout ce qui pouvait flatter voluptueusement les sens , étaient bien plus propres à agir sur des nerfs irrités et viciés et sur une imagination malade que sur toute autre affection. Aussi les hypochondriaques et les mélancoliques s'y rendaient en foule , et les guérisons , obtenues par ces moyens hygiéniques et moraux si habilement combinés , étaient rapportées à la divinité sous les auspices de laquelle le temple était fréquenté. Pour être justes , nous devons faire aux idées religieuses qui dominaient une grande part dans les succès qu'on obtenait. Elles ne faisaient pas tout; mais elles secondaient merveilleusement les autres pratiques hygiéniques , en agissant avec force sur des imaginations timorées et perverties. Nous conviendrons même volontiers que si nous voyons échouer si souvent nos eaux thermales , qui peuvent être comparées sous tant de rapports à ces pèlerinages antiques, il faut peut-être l'attribuer à cette absence des idées religieuses , à ce défaut de croyance dans une religion consolatrice , qui soit
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toujours en position de maîtriser en souveraine une imagination affaiblie.
Les passages dans jlesquels Hippocrate semble parler de l'hypochondrie ne sont pas assez bien déterminés pour être persuadés que son morbus ressicatorius soit véritablement cette maladie. Malgré ce vague , ils nous paraissent si bien s'y rapporter, que nous ne pouvons pas croire que cette affection ait pu échapper à son génie observateur. Mais là s'est borné son travail. Profond scrutateur de la nature, il a étudié la maladie en naturaliste. Il n'a à peu près rien dit de son traitement , ou du moins aucun passage ne paraît s'y rapporter directement. Cependant il semble conseiller quelquefois les purgatifs pour tenir le ventre libre et évacuer une surabondance de bile ou de toute autre humeur , sans parler d'aucune âcreté spéciale. Mais où il se montre praticien supérieur , c'est lorsqu'à ce conseil , il joint la recommandation d'un régime humectant, l'abstinence des huiles et des corps gras, la tempérance et surtout un exercice modéré.
Nous ferons remarquer ici que la prédilection des anciens pour la gymnastique était très-grande. Non-seulement elle faisait partie de leur éducation pour fortifier leur corps ; mais elle entrait pour beaucoup dans le traitement des maladies. Aussi leurs gymnases ont peut-être rendu plus de services réels à l'espèce humaine , que nos pharmacies somptueuses.
Les successeurs d'Hippocrate ne paraissent pas avoir fait plus que lui pour l'hypochondrie. Car dans le passage remarquable attribué à Dioclès Carysius , il n'y a pas un mot qui soit relatif au traitement.
Celse , bien plus philosophe et moraliste que médicastre , s'attache principalement aux moyens hygiéniques. Il conseille la distraction , la lecture à haute voix , le séjour à la campagne , les voyages , les exercices de toute espèce et surtout les jeux de balle et d'escrime. Cependant il ne repousse point les remèdes ; il veut qu'on cherche en même temps à réparer les forces digcstives par différents moyens thérapeuthiques , et même par un peu de vid généreux. Mais il insiste beaucoup
sur l'usage du bain , et sur les friclions. ïl recommande surtout qu'on soit Ircs-réservc sur les plaisirs de l'amour : Concuhitus verô neque nimis concupiscendus , neque nimis pertimescendus est : rarus excitât corpus , frequens verô solvit ( Lib. ï. cap. I. ).
Alexandre de ïrallcs ne s'est pas montre moins sage que Cclse. Il ne conseille que l'emploi des moyens doux, et légèrement dépuratifs , tels que le petit-lait , les sucs et les bouillons d'herbes. Il proscrit avec énergie les remèdes échauffants. « Ceux qui ont employé , dit-il , les antidotes trop chauds ou les purgations violentes , ont rendu leurs malades maniaques ou même furieux, en rendant leur sang plus acre et plus sec. » 11 accorde la plus grande confiance au régime , à l'aide duquel il assure avoir guéri plus de malades qu'avec les remèdes.
Cœlius Aurélianus , qui , d'après la plupart des auteurs , parait avoir vécu peu de temps avant Galien , connaissait bien tout le prix de l'hygiène et surtout de l'influence du moral sur le physique, puisqu'il veut qu'indépendamment des remèdes on emploie tous les moyens propres à distraire les malades. Il va même jusques à conseiller de blanchir leur chambre afin de leur inspirer plus de gaieté. On aime à voir , à ces époques si voisines de l'enfance de l'art , des hommes supérieurs s'élever au-dessus de leur siècle : car il blâme avec beaucoup de justesse l'usage qu'on faisait de son temps d'une trop grande quantité de remèdes , des purgatifs et des excitants : Fitandam probamus , inquit , frequentem et variam medicaminum potationem, qiiœ fella deducere promiituntur , sive ventri flux , sive urinalia. Etenim sitis extenditur , et solidioris cihi fastidium duplicatur , et corporis fortiiudo minuitur ; alqiie cihi accepti corrumpuntur et omnis corporis materia aduîterio medicaminum deterior fit , cùin habitudo omnis fu&rit immuiata , quod facere videmus eos qui sœpissimè ac jugiter absynlkiam , alsem et colocyntidem dari probaverunt.
Nous ne devons pas nous le dissimuler , il faut arriver à Galien pour trouver une véritable direction de l'aîtentioa sut;
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la thérapeutique de rhypochondrie. Ce fondateur de l'huinorisnie , auquel il n'a manqué peut-être que de naître avant Hippocrate , pour lui disputer le premier rang , aurait dû ^ pour être conséquent , foire l'application de sa doctrine au traitement de l'hypochondrie. ïl s'est rais au-dessus de l'esprit de système. Le plan de traitement qu'il conseille ne se ressent point de sa théorie : il est tout à la fois pratique et philosophique, tel en un mot qu'on devait l'attendre d'un aussi habile observateur ; on peut en juger : Quem morhum minime invetetaratum , frequentibus halneis, victuque humido et boni succi , nullo alio prœsidio adhihito, ipse aliàs curavi. Nam ubi diuturnus ipse morbus est factus , fortiora remédia postulat (De loc. affect. lib. VI ). Peut-on rien dire de plus exact , de plus méthodique et de plus rationnel ? Ces lignes ne renferment-elles pas le somnaire d'un traitement aussi bien tracé qu'on pourrait le faire aujourd'hui. ïl conseille autre part les exercices et surtout ceux qui exercent le corps tout entier et récréent l'esprit : Omnia optima sunt exercitia , quœ non modo totum corpus exercent, vcrum etiam animum oblectare possint. ïl avait surtout la plus grande confiance dans les bains. Ce n'est que lorsque la maladie est devenue chronique et rebelle qu'il conseille des remèdes actifs, fortiora. Alors la bile joue son rôle et c'est à l'évacuer qu'il veut qu'on s'occupe. Il était trop bon observateur pour se rendre esclave aveugle de sa propre doctrine , comme le firent ses successeurs. En effet , l'atrabile étant la cause de la maladie , il était naturel de chercher à l'expulser pour chasser avec elle la maladie elle-même. C'est ainsi que prit naissance cette thérapeutique évacuante , à laquelle plusieurs siècles de durée semblaient assurer une domination éternelle. Pendant ce long espace de temps la médecine sembla presque s'endormir ; et les hommes de talent qui surgirent de teH)ps en temps , s'occupèrent moins de secouer le joug et d'observer p.ir eux-mêmes , que de commenter les œuvres et les opinions d'Hippocrate et de Galien et de leur coordonnor le fruit de leurs recherches. Aussi nous ne trouvons que des conjeclures ( l de longues dissertations sur !a nature des humeurs viciées ou des principes qui
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viennent les vicier. Cependant cette manière d'envisager la question , en modifiant les qualités des humeurs , et souvent le point de départ ou le siège et la source de la maladie , a plusieurs fois apporté des modifications dans les moyens évacuants et dépuratifs qu'on employait. Ainsi , un purgatif était préféré par un médecin , parce qu'il lui supposait une action plus directe ou sur le mode de viciation humorale ou sur l'organe qui en était le point de départ.
Arétée conseille différents moyens propres à évacuer les hu-^ meurs viciées. Mais il insiste avec Celse sur la nécessité de combattre la faiblesse du malade et de l'estomac par l'emploi des toniques et d'un peu de vin , et par l'usage de tous les moyens hygiéniques propres à distraire et à fortifier l'économie. Il veut même qu'on suspende de temps en temps les remèdes pour ne s'occuper que des moyens hygiéniques capables de relever les forces ; parce que , dit-il , quand celles-ci sont rétablies , les traces de la maladie se dissipent.
Nous voyons Paul d'Egine associer le traitement moral aux moyens pharmaceutiques. Lorsque l'hypochondrie est simple et légère , il conseille peu de remèdes , il veut même qu'ils coïncident avec une disposition favorable de l'esprit. Mais lorsque la maladie est ancienne ou rebelle , il varie les ressources de la pharmacie. Il a aussi porté son attention sur les suppressions d'hémorrhagie.
C'est avec un esprit non moins judicieux que se présente ^tius. Voulant faire diversion à l'imagination, et lui imprimer une action différente de celle qui la domine , il conseille les plaisirs de l'amour. Ce conseil, bon dans quelques circonstances, présenterait souvent de graves inconvénients s'il était adopté d'une manière absolue. Il prescrit aussi les purgatifs doux , les antispasmodiques et quelques toniques , surtout l'absynthe. Il insiste en même temps beaucoup sur le régime. Et lorsqu'il y a suppression d'une hémorrhagie , il veut qu'on la rappelle , ou qu'on y supplée par des sangsues ou par la saignée. Ayant remarqué la grande influence de la perspiration et de sa régularité sur la santé, et par conséquent sur l'état moral en gêné-
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rai , et en particulier sur l'hypochondric , il insiste beaucoup sur les moyens de la rétablir et de la régulariser. Rien , selon lui , ne contribue plus à ramener et à entretenir la gaieté. Il regarde l'exercice et surtout l'exercice du cheval , comme un des meilleurs moyens d'arriver à ce but. Il prescrit aussi l'usage des bains et des humectants.
Les Arabes firent dans le traitement de l'hypochondric ce qu'ils avaient fait pour toutes les autres maladies. Ils y introduisirent une poîypharmacie qui renchérit de beaucoup sur le galénisme humoral qui régnait. Possesseurs de tous les remèdes aromatiques et actifs des Indes , ils s'occupèrent de les préparer soos les mille formes plus ou moins rationnelles ou bizarres de pilules , de trochisques , de poudres , de philonium , de siefs, de triphéra , d'élixirs , d'électuaires , de roobs , de loochs , d'hiéra , etc. Gomme ils avaient adopté les principes d'Hippocrate et de Galien , qu'ils commentaient avec beaucoup de talents et de subtilités , ils n'eurent pas de peine à y incorporer leur thérapeutique alexipharmaque , surtout avec la réputation que s'était acquise Avicenne , qui devint longtemps l'oracle de la médecine , et en parfagea la domination avec le vieillard de Cos et le médecin de Pergamc. Le règne des Arabes est passé. Beaucoup de leurs remèdes antispasmodiques sont conservés et semblent avoir acquis des droits de pratique , contre lesquels le philosophisme du jour s'élève inutilement. D'ailleurs il ne faut pas croire qu'ils fussent aussi exclusifs qu'on l'a voulu dire. Oribase , philosophe ami de Julien , ajoutait beaucoup de confiance aux exercices du corps et surtout à l'équitalion.
A la renaissance des lettres , l'esprit humain prit un nouvel essor scientifique. Il se dégagea du maillot dans lequel il avait, pendant si longtemps , été comme enveloppé. On commenta à étudier la nature elle-même, et si le galénisme ne fut pas entièrement secoué , il reçut d'importantes modifications dont se ressentit la thérapeutique. Ce fut aussi dans ces temps que la chimie et la mécanique alternativement, semblèrent vouloir envahir toutes les sciences et se mettre à la place de toutes les
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explications. Eli es inlroduisircnt aussi une foule de remèdes nouveaux , et bouffirent la thérapeutique de ces recettes innombrables , et quelquefois bien singulière, dans lesquelles cependant on ne peut s'empêcher d'admirer la patience et les raisonnements à l'aide desquels les auteurs étaient conduits à formuler ces associations de substances si bizarres et si disparates. Si nous en rions aujourd'hui , c'est parce que peut-être nous ne saisissons pas la filiation .des raisons qui les déterminaient à associer ces substances , soit en vertu des qualités qu'ils leurs supposaient , soit surtout en vertu de celles qu'elles devaient acquérir. Cette polypharmacie monstrueuse avait besoin d'une réforme ; mais en la mettant tout-à-fait de côté , on s'est privé de grandes ressources , et bien souvent de moyens très-efficaces dans des cas donnés. Quel est enfin le but de la thérapeutique ? N'est-ce pas d'apporter dans l'économie une modification qui , en changeant la modification pathologique , lui imprime une direction nouvelle qui la conduise à la santé ? Pourquoi donc se priver d'une foule de modificateurs ou de remèdes capables d'opérer ces changements nécessaires? Je ne voudrais pas faire revivre cet amas de formules bizarres et ridicules ; mais je ne puis m'empêcher de déplorer l'excès contraire dans lequel nous sommes engagés aujourd'hui. Il nous a conduits à une disette si grande ou à une thérapeutique si mesquine, qu'on se demande, en lisant les cliniques de nos maîtresles plus habiles, si la médecine est aujourd'hui ce qu'elle était du temps d'Hippocrate , la œntemplation de la mort ou le nécrologe d'un cimetière. On ne voit nulle part des efforts réels pour triompher de la maladie. On cherche à bien préciser le siège, l'étendue etlaformed'une altération, et quand on a réussi, on croit avoir tout fait. C'est beaucoup sans doute , et , avec cette connaissance préliminaire et indispensable , on est bien plus sur d'établir un traitement rationnel. Mais encore , faut-il établir ce traitement, et ne pas s'arrêter au diagnostic. Les anciens faisaient l'inverse. Privés des ressources de l'anatomio pathologique , ils négligeaient le diagnostic , et sur un groupe de quelques signes ils établissaient leur traitement. Yoilà
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pourquoi , sans doute , plus occupés de chercher des remèdes que des altérations , ils dirigeaient tous leurs efforts sur ce point important. Voilà pourquoi la thérapeutique s'est à la fois enrichie et encombrée de tant de recettes. Toutefois ils obtenaient bien des fois , avec leurs remèdes composés , des effets inespérés, que ne produira jamais la banale eau gommée. Savons-nous tout ce qui se passe dans les réactions de différents ingrédiens ? Connaissons-nous bien les produits nouveaux qui en résultent , et par conséquent , les effets qu'ils doivent opérer sur l'économie? N'est-ce pas là une source inépuisable de recherches , que notre ère lumineuse a trop dédaignée ? Guérir : voilà le but, le seul but philanthropique de la médecine. Quel que soit le moyen qu'il aura employé, celui qui guérira le mieux et qui enrichira la science d'un remède efficace de plus , aura bien mérité de l'humanité. Mais laissons cette digression , et reprenons l'étude chronologique de la thérapeutique de l'hypochondrie.
Joan. Graton , dans ses Consil. 26 , llh. 2 , et consil. 34 , hh. 7 , est entré dans d'assez longs détails sur le traitement de l'hypochondrie. Il ajoute beaucoup de confiance à une préparation de perle , de chrysohte , de miel rosat , de sirop de bourrache et d'eau de bourrache et de cannelle. Il pense aussi qu'on peut donner avec avantage le sirop de pomme avec l'ellébore , quelques apéritifs , tels que la petite et la grande centaurée. Il se loue beaucoup des applications continues d'un cérat opiacé , et il va jusqu'à rendre grâces au Ïout-Puissant de le lui avoir fait connaître. Il préconise encore les lotions faites sur la tête avec les infusions de marjolaine , de cabaret et de verveine. Il proscrit tous les remèdes actifs , tels que les purgatifs violents , la pierre d'azur , la scammonée , etc. Cependant il veut qu'on tienne le ventre Ubre ; mais il se contente du séné préparé avec les raisins , la violette , ou la bourrache. Il insiste beaucoup sur le régime alimentaire ; et il se plaît à tracer minutieusement les qualités particulières des aliments. Il recommande enfin beaucoup de modération dans les travaux du cabinet.
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Tout en reconnaissant la nécessité de tenir le ventre libre par les méthodes usitées de son temps , Fernel ne laisse pas que de conseiller beaucoup d'autres remèdes. Mais il ne tarit point sur les éloges fqu'il donne à la décoction de cerises desséchées. Nous pensons qu'il a bien souvent fait à cette décoction l'honneur de guérisons auxquelles d'autres remèdes avaient pris la plus grande part; ainsi que depuis lui , beaucoup d'auteurs l'ont fait souvent en faveur de différentes substances également inertes et impuissantes, auxquelles cependant ils ont attribué les guérisons qu'ils ont obtenues.
Vers le même temps , Guillaume Rondelet , ayant vu une hypochondrie guérir à la suite d'une fracture du crâne , en tira la conclusion que le trépan pourrait convenir et il lui donne les plus grands éloges , ainsi qu'à l'application des cautères sur la suture coronale. Cependant il accorde encore une plus grande confiance aux différentes préparations de l'aunée, à laquelle il reconiiaît une propriété vraiment bilariante.
Il ne faut pas croire que Monti ou Montan , plus connu sous le nom de Montanus , ait été aussi ennemi des remèdes qu'on le suppose d'après sa fameuse maxime fiige medïcos et medicamma, et sanaberis. Ce n'était là que le conseil particulier, qu'il donnait à un malade , comme l'avait déjà fait ^tius avant lui , et comme Font fait depuis , Sennert , Welschius , Adolphi et la plupart des modernes. On a donc ajouté beaucoup trop d'importance à cette phrase , qu'il à jetée dans un passage où elle n'a pas tout le sens absolu qu'on lui a trouvé depuis. Il est arrivé ici ce qui arrive bien souvent pour d'autres phrases. En les tronquant et en les séparant de leurs liens naturels , on leur trouve aisément un sens différent et même contraire à celui que l'auteur leur a donné. Dans sonConsil.24 , il recommande de tenir le ventre libre avec la térébeiithine prise en bols , et au besoin avec la rhubarbe administrée deux fois par semaine. Il veut aussi que le malade se couvre la poitrine d'une peau de vautour pour se prémunir contre l'injure des saisons. Il prescrit encore des frictions faites soir et matin sur les extrémités. Enfin , il insiste beaucoup sur les moyens
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hygiéniques les plus rationnels et les plus minutieux , ci même il ne croit pas les plaisirs de Tamour inutiles.
Personne avant Félix Platerus n'est entré dans d'aussi grands détails. Lib. 1 , obs. pag. 62, il conseille certaines pilules toniques faites avec la rhabarbc , l'épi thymum, la racine de cabaret, la gomme ammoniaque, lediagrède et la térébenthine. Il conseille aussi avant le repas , une pincée d'une poudre faite avec différentes substances aromatiques, coriandre, anis, fenouil, cannelle, de la mélisse, etc. Il prescrit encore, un électuaire fait avec différents aromates et antispasmodiques toniques ; un vin également antispasmodique et préparé avec des plantes aromatiques et amères ; différentes autres substances , et enfin , des frictions avec une huile aromatique.
Dans ses commentaires, Joannes Heurnius , au sujet de l'aphorisme 23 , Sect. VI, conseille les purgatifs et la saignée, comme seuls moyens capables de dissiper l'hypochondrie.
Joannes Rhodius , Obs. 43 , Cent. I ; raconte que Jules Casserius , chirurgien et anatomiste distingué de Plaisance , guérit un jeune homme en lui ouvrant le crâne en présence de Jean Prévost. D'abord que le cerveau eut de l'air , dit-il, le malade fut guéri. De ce fait et de quelques autres guérisons à la suite de fracture du crâne , il pense avec Rondelet et plusieurs autres auteurs , que le trépan doit être un moyen excellent de guérison.
De tous les médecins, Lazare Pàvière est celui qui s'est le plus appliqué à donner une'Tormc méthodique à la thérapeutique de l'hypochondrie. Il admet trois indications ( Lib. XÎI, cap Y. ) : ouvrir les obstructions , corriger l'intempérie des viscères , et évacuer l'humeur pcccante , sans omettre les fortifiants convenables. C'est autour de ces indications qu'il enlopso la polypharmacie la plus complète. Les dépuratifs , les laxatifs , les antispasmodiques , les aromatifjucs et les toniques, y sont formulés de toutes les manières et sous toutes les formes, et avec des substances plus au moins nombreuses , de manière à faire dos combinaisons multiples. C'est un auteur à consulter cl qui peut offrir des ressources , lorsque le praticien a épuisé
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ses médications ordinaires. 11 conseille beaucoup l'usage des bains et des eaux minérales acidulés et vitriolées. Pour résoudre les obstructions et pour fortilier, il met toute sa confiance dans une foule de préparations chalibées. Une chose qui doit aussi étonner, c'est que Rivière , qui a fait de si grands efforts pour donner un traitement complet de Fhypochondrie , n'ait pas dit im mot de la direction du moral.
Daniel Sennert n'a pas été polypbarmaque aussi peu rationnel que le lui ont reproché Pinel et Louyer-Villermay. Sans doute il a cédé à l'entraînement de son siècle ; mais les moyens qu'il propose sont raisonnes autant qu'ils pouvaient l'être à cette époque. On retrouve toujours le praticien observateur , soit qu'il conseille les vomitifs , les purgatifs ou les minoratifs , pour évacuer les humeurs des premières voies ; soit qu'il conseille les fondants , les martiaux et les résolutifs pour dissiper les engorgements de Ja rate ou des autres viscères ; soit qu'il veuille que l'on commence par les évacuations sanguines ou la provocation des hémorrhoïdes dans les cas de pléthore ou de suppression d'un flux hémorrhoïdal ; soit enfin qu'il recommande de faire tous ses efforts pour prévenir le retour de la maladie par. les toniques , les ferrugineux et l'usage des eaux thermales , surtout par la diète à laquelle il consacre un long chapitre très-bien conçu. Peut-on ne pas admirer la sagacité du praticien , lorsqu'il démontre les difficultés que présente le traitement, à cause , d'une part , de Firritabihté des voies digestives si facile à passer à l'état d'inflammation , et , d'autre part , de la faiblesse qui semble exiger les toniques d'ailleurs si nuisibles dans cet état de susceptibilité gastrique ?
Rodericus à Fonseca, attribue beaucoup d'efficacité à de légers purgatifs , tempérés par leur association à quelques boissons douces. Il préfère le séné en pilule ou bouilli avec le petitlait.
Pour maintenir l'équilibre de cette perspiration qu'il croit indispensable à la guérison et à la santé, Sauctori us insiste beaucoup sur le régime végétal , sur les boissons douces et diaphorétiques et sur l'exercice.
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Notre célèbre Baillou se monlre habile praticien, lorsqu'après avoir discuté les remèdes et les médications, il en défend Tabus, nimiam remediorum copiam. Il insiste sur un régime humectant , il veut que les hypochondriaques se nourrissent délicatement et qu'ils évitent la faim et l'abstinence , qui seraient également très-préjudiciables dans leur état. « Ils mangeront peu, mais souvent , parce que leurs humeurs ont besoin d'être sans cesse renouvelées , soit pour se dépouiller de leur âcreté naturelle , soit pour ne pas en contracter une nouvelle en séjournant trop longtemps dans les vaisseaux où elles circulent. »
Ici se présente le premier et volumineux traité ex professa de Zacchias sur l'hypochondrie. Personne n'a fait de plus grands efforts pour ne rien laisser à désirer sur le traitement de cette maladie. Il cherche les moyens curatifs de chaque modification sous laquelle elle se présente, et ilmultipfie à l'infinî ces modifications. Il montre ( Consil. 21. ) la plus grande confiance dans les préparations ferrugineuses,et il fait associer la limaille de fer à différents antispasmodiques toniques pour en faire un opiat. Il le prescrit aussi en pilules mêlé avec du sel de tartre et de la cannelle. Dans bien des endroits il signale les bons effets des bains , du lait et des autres moyens hygiéniques. Lorsque la maladie reconnaît une cause morale, il apprécie l'importance de la direction du moral et surtout des passions qui ont causé la maladie. Il étudie avec beaucoup de soin les indications de chaque complication.
Lorsqu'on voit Thomas Willis , jeter un jour nouveau sur l'étude de l'homme en santé et en maladie , en reconnaissant, le premier , le rôie important que jouent les nerfs , on est étonné de le voir payer un aussi large tribut à la polypharmacie régnante , qu'il a même exagérée plus qu'on ne l'avait fait avant lui dans le traitement de l'hypochondrie. Cependant son traitement ne laisse pas que d'être méthodique : évacuer par les vomitifs et les purgatifs la matière saburrale des premières voies; attaquer par les fondants et les résolutifs les engorgements de la rate et des autres viscères de l'abdomen ;
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combattre reffervescence du sang par les médicauients tempérants ; et ramener les nerfs à leur type normal , soit en les fortifiant à l'aide des chalibés, des aromates, soit en corrigeant l'acrimonie de leurs esprits à l'aide des antispasmodiques. Il donne une foule de recettes, dont un grand nombre ne serait point à dédaigner , et pourrait encore être quelquefois prescrites avec avantage.
Dans son trésor de la médecine , section XXII, subsection IIÏ,IVet V, Thomas Burnet ne fait que recueillir toutes les formules qu'il a trouvées dans les auteurs , et il les donne sans choix et sans critique. C'est un compendium où l'on trouve , en conséquence , tout ce qu'on veut , et pour le régime et pour la thérapeutique.
Michaëlis semble avoir adopté tous les principes de Sennert dans ses prescriptions et ses conseils. Il donnerait une confiance plus exclusive aux remèdes.
Nous pouvons en dire autant d'EttmuUer.
On ne croit plus aux vertus spécifiques qu'Hartmann trouve dans la poudre de fumeterre. On ne croit pas davantage à l'efficacité d'une eau qu'il donne comme le secret d'un grand médecin , et qui est le produit de la distilation d'une foule de substances aromatiques , faite avec le vin du Rhin , après les y avoir fait préalablement macérer pendant deux jours.
La vieille école humorale se trouve tout entière dans Vieussens. Gomme il ne voyait dans l'hypochondrie qu'un sang impur et épais , une lymphe concrète et un engorgement des viscères du bas-ventre , il a prescrit les bouillons dépuratifs , quelquefois les saignées , les sucs d'herbes , les évacuants par le haut et par le bas et les ferrugineux. Il modifie ces moyens selon quelques dispositions particulières. Il ajoute beaucoup de confiance à des pilules, dans la composition desquelles il fait entrer la marguerite , le corail rouge , l'ambre et quelquefois ou la rhubarbe , ou le fer , ou la coriandre , et toujours la gomme adragante pour les fier. Il est du reste impossible d'apporter plus de soin et plus de tact dans les formules nombreuses qu'il donne dans ses consultations. Au milieu de son luxe polyphar-
maqnc , on reconnaît le praticien distingué , qui raisonne l'action des remèdes et qui n'ordonne rien au hasard.
Dans le choix des moyens qu'il propose contre l'hypochondrie , Sydenham ne s'est pas montré praticien aussi judicieux qu'on pourrait le croire et qu'on aurait droit de l'exiger d'une réputation aussi colossale. Selon lui , la principale indication à remplir est de donner de la force , de la qualité au sang qui fournit les esprits animaux; et comme l'irrégularité de ceux-ci dans leur cours a pu par sa durée altérer les humeurs , il conyient , avant tout , d'en diminuer la quantité par la saignée et la purgation. S'il y a des symptômes qu'on ne puisse négliger sans danger , on emploira d'ahord un remède calmant ou anodin : «J'ordonne donc la saignée du bras, et je fais prendre un purgatif pendant trois ou quatre matinées ; je prescris , durant les trente jours suivants , l'usage du fer en substance; c'est même par ce remède que je commence, lorsque le malade est très-faible. On doit , pendant ce traitement, s'ibstenir de tout purgatif qui , dans les maladies nerveuses, détruit les effets salutaires du fer. Pendant la durée de son administration , il ne faut faire prendre au malade que les calmants les plus agréables , pour donner plus de qualité au sang et aux esprits animaux; et ils sont plus efficaces en substance qu'en infusion ou décoction. » C'est ainsi qu'il administrait successivement les purgatifs , les antispasmodiques et les préparations martiales , tantôt en pilules , tantôt en électuaire. Il faisait encore appliquer sur le ventre un emplâtre composé de galbanum et de gomme tacamahaca dissous dans la teinture de castoréum. Mais si la maladie est rebelle , il fait un long usage des eaux minérales ferrugineuses ; et si elles échouent , il conseille les eaux chaudes sulfureuses jusqu'à une parfaite guérison. J'ai vu , dit-il encore , de bons effets de la thériaquc de Venise ; des infusions de gentiane, d'angélique , d'absinthe, de centaurée, d'écorce d'or.tnge et autres fortifiants dans du vin de canaric seul , prises à la dose de quel((ues cuillerées trois fois le jour; ainsi que du <|uinquina à la dose d'un scrupule malin et soir. « Il s'est écarté de ces préceptes dans la seule obser-
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vation d'hypochondrie qu'il cite, puisqu'il ne conseilla qu'une bonne nourriture, les voyages et surtout l'exercice du cbeval, et il en prend occasion de préconiser cet exercice. Le conseil est très-bon , quoique l'explication qu'il donne de sa manière d'agir, soit très-vicieuse. Il pense que l'exercice du chevalévacue par la transpiration les sucs dégénérés , ou les rétablit dans leur premier état , soit en leur ouvrant des couloirs , soit en renouvelant le sang. Il veut donc que le malade s'exerce jusqu'à provoquer la transpiration. Les véritables effets de cet exercice sur les organes aflaiblis , sur une économie épuisée , lui ont échappe. Cependant il faut lui rendre cette justice qu'il a bien compris de quelle importance il était de rendre au sang ses qualités , afin qu'il exerçât sur les nerfs une impression normale qui les console et les calme.
Avec les vues les plus profoiides sur l'économie et sur la vie , Stahl se laisse trop entraîner par ses idées sur le rôle qu'il faisait jouer à la veine -porte et par conséquent aux hémorrhoïdes. Aussi dans le traitement de l'hypocbondrie , il rapporte presque tout à ce principe , si souvent en défaut. Il veut qu'on fasse tout pour rappeler l'évacuation ou pour y suppléer par les saignées et les sangsues , et à l'aide de ses pilules et des aloëtiques. Il faut convenir qu'il insiste en même temps beaucoup sur le régime et sur l'exercice.
Il est peu d'auteurs qui aient donné sur le traitement de l'hypocbondrie , des préceptes aussi sages que l'a {ait Frédéric Hoffmann , dont les écrits ne sont peut-être pas aujourd'hui aussi bien appréciés qu'ils méritent de l'être. Malgré ses tendances vers le vitalisme , malgré le rôle important qu'il fait jouer au système nerveux dans l'économie , il se ressent trop encore de la vieille école humorale. Ainsi il réduit à quatre indications la thérapeutique de cette maladie : évacuer la matière fiattueuse aussi , apaiser les spasmes, dissiper et évacuer les humeurs qui croupissent, enfin fortifier le système nerveux. Dans cette médecine encore humorale , il ne perd jamais de vue l'état du système nerveux. Ainsi il ne conseille que les laxatifs les plus doux , et toujours il les associe aux boissons adoucissantes
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et tempérantes. îl a une grande confiance dans les eaux minérales prises sur les lieux. ïl veut aussi que les liypochondriaques se fassent soigner aux équinoxes du printemps et de l'automne, ou qu'ils se mettent les sangsues à l'anus s'ils ont quelques dispositions aux hemorrhoïdes. II discute avec sagacité l'action des remèdes qu'on a vantés contre l'hypochondrie , et il accompagne cette appréciation par des conseils sages et dictés par la prudence. Il reconnaît les bons effets et l'indispensable nécessité de l'exercice et d'une sage direction des études et des affections morales. Aussi il conseille de choisir une habitation agréable et de se faire une société convenable. On ne peut rien dire de plus sage et en aussi peu de mots qu'il l'a fait dans le passage suivant : Tune enim oplimum prœsidium est nullo uti remedio, sed prœcipuum sanationis punctum in mutat'tone œtatis, aeris , vitœ generis , victûsque consistere fîde experientiœ comper-tissimum est.
Après Hippocrate et Galien , Boerbaave est le médecin dont le génie a exercé la plus puissante influence sur tout son siècle. 11 était à la fois soîidiste et humoriste, et, quoiqu'il fît presque tout dépendre de l'action des solides, il reconnaissait cependant une atrabile ou certaines àcretés ou acrimonies comme causes de ces maladies. Or l'hypochondrie étant une de ces maladies, il était naturellement conduit , afin de désobstruer les viscères abdominaux , à conseiller l'évacuation ou la neutralisation de ces principes , par tous les moyens possibles , savoneux , remèdes hépatiques , anti-hypochondriaques , sels neutres , laxatifs , mercuriaux, vomitifs , évacuants, saignées, bains, emplâtres , boissons abondantes ; mais il veut qu'on ne les emploie qu'avec prudence. Autrement, dit-il (aphorisme 11 00), les purgatifs évacuent les humeurs saines , tandis que les humeurs tenaces et visqueuses restent , ce qui rend le mal plus dangereux. Il veut donc (Aph. 1101) que l'on commence par rendre la matière mobile en recherchant la nature de l'acrimonie dominante , afin de lui opposer des médicaments d'une acrimonie opposée, qui neutralisassent, en quelque sorte, l'état des organes. Alors il fait évacuer par des remèdes qui purgent et
msTOînE TirànAPî-uTiQUE. 4/9
relâchcnl doucement, par exemple, les clystères , le pelit-laiî, les eaux minérales , etc. Il veut aussi (Aph. 1103 ) que, pour combattre l'atrabile , on se tienne à un régime doux et substantiel, aux boissons tempérantes miellées, au petit-lait, à un exercice modéré , à l'usage des bains, des fomentations et des lavements , et à un sommeil soutenu.
Le savant commentateur de Boerbaave , Van-Swieten , discute avec beaucoup de sagacité l'action des remèdes conseillés par son maître, il sait préciser leur degré d'utiUté et les cas où ils conviennent ; au milieu de ses précieuses réflexions , il laisse entrevoir sa prédilection pour le musc à haute dose.
L'ouvrage de Dumoulin sur le rhumatisme et les vapeurs n'était pas sans mérite , lorsqu'il parut en 1703. Cet auteur veut que l'on commence par la destruction des causes manifestes. Il veut donc qu'on éloigne les corps irritants des nerfs , qu'on rétabhsse les hémorrhagies supprimées, qu'on rouvre un ulcère ou un cautère qui s'est fermé , et que , par des apéritifs convenables , on fasse écouler les matières dont le séjour cause dans le sang des fermentations et des aigreurs , qui mettent tout le genre nerveux et musculeux en convulsion. Ce n'est qu'après cette médecine préparatoire et indispensable,, qu'il veut qu'on attaque la maladie elle-même. Ses conseils se rapprochent beaucoup de ceux de Sydenham. Il accorde une grande confiance aux calmants et surtout au laudanum liquide , lorsqu'il y a douleur et irritation. Il veut ensuite qu'on fortifie les nerfs par l'administration de quelques préparations ferrugineuses en pilules et en électuaires , ou par l'usage des eaux minérales. Il insiste beaucoup aussi sur les applications topiques calmantes et résolutives. On assure que ce praticien fit à son lit de mort cet aveu remarquable : Je laisse après moi trois grands médecins : la diète, l'exercice et l'eau , sorte de parodie qu'on prête à beaucoup d'autres.
Baglivi, si profond praticien et enlevé si jeune à la science, a aussi promené son regard scrutateur dans le traitement de rh}^ochondrie. Ayant vu que l'estomac était très-souvent irrité, ou très-irritable , il blâme l'emploi des moyens excitants , et
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il ne trouve pas étonnant qu'ils écliouent le plus souvent et qu'ils causent même plus de mal que de bien. Il veut surtout qu'on remonte à la cause de la maladie pour la combattre d'abord : telle serait la pléthore. Après avoir fait mention des différentes substances qui peuvent convenir , il se rattache aux plus douces et aux calmantes : telles sont le petit-lait , les sucs des plantes et les bains ; surtout lorsque l'hypochondrie reconnaît pour cause une affection morale. «C'est égorger son malade, dit-il, que de lui donner des remèdes d'une propriété différente. » Il recommande beaucoup tout ce que l'hygiène fournit pour agir sur l'imagination et sur le système nerveux : séjour à la campagne, promenades à pied ou à cheval, voyages, société choisie et gaie , exercices du corps , frictions , bon régime.
Nous avons déjà apprécié le mérite de Georges Gheyne , nous allons le faire encore. Il voit trois indications à remplir : La première est de délayer , adoucir et rendre plus fluides les humeurs. Cette première indication préparatoire supplée quelquefois aux autres et suffit toute seule. La seconde consiste à fondre les concrétions salines, dures, acres, dont les petits vaisseaux sont ou incrustés ou obstrués. La troisième conduit à rétablir l'élasticité, le tondes solides. C'est d'après cette théorie qu'il propose l'usage successif: 1° du mercure , des antimoniaux, des sudorifiques , des sels alcalins , des plantes acres et savonneuses , de la valériane , 2° du galbanum , de l'assa fœtida , de la myrrhe , du sagapenum , du camphre , de la gomme ammoniaque , du castoréum, de l'ambre , de l'ail , du sel de corne de cerf, et 3° des amers , des aromatiques , des ferrugineux, des astringents. Mais en même temps il donne de sages préceptes pour modifier et tempérer l'action des remèdes héroïques. Il insiste beaucoup aussi sur les bons effets du régime et de l'exercice. 11 entre dans quelques détails sur la prédominance de différents phénomènes et sur la modification qu'ils apportent dans le traitement. Ainsi les phénomènes nerveux exigent surtout les calmants et l'opium ; les phénomènes gastriques réclament tantôt les vomitifs , tantôt les purgatifs , et le plus souvent les toniques.
Malgré les sages conseils qu'il donne , Méad se laisse trop dominer par rhuraorisrae. Il se propose d'évacuer et de corriger les humeurs viciées. Il proscrit cependant les purgatifs violents : il ne conseille que les plus doux et ceux-là surtout qui sont fondants et incisifs et également propres à procurer la liberté du ventre et à faire couler les urines : teMes sont les pilules ecphractiques de la pharmacopée de Londres , les médicaments où entre un peu d'aloès et de savon , la rhubarbe , le sel de glober et autres semljlables. La viciation des humeurs se détruira au moyen des préparations ferrugineuses , en leur associant des amers et des aromatiques , surtout sous la forme de teinture. Les eaux minérales ferrugineuses sont de tous les remèdes martiaux, les plus efficaces. Enfin tous les exercices du corps sont nécessaires , et l'équitation est le plus salutaire. Il cite un fait remarquable de guérison par le seul exercice.
Nous voyons avec plaisir J. Oosterdyk Schacht lutter avec énergie contre les remèdes irritants. Il repousse ceux qui sont trop compliqués et surtout les purgatifs. Il se distingue par une méthode curative bien raisonnée , il est vrai , mais trop générale ; il n'entre pas assez dans les détails.
Quoique moins célèbre que Gheyne , de Gorter s'est montré bien supérieur dans le traitement de l'hypochondrie. Voici le résumé de ses conseils : 1° le malade doit être sans inquiétude et sans application d'esprit , il doit prendre beaucoup d'exercice et vivre avec tempérance ; 2" on lui prescrira les stomachiques, pour qu'il fasse de bonnes et entières digestions ; 3° il prendra des laxatifs , pour se procurer une ou deux selles par jour; 4° on corrigera les humeurs acres par un long usage des médicaments nervins, fortifiants et antiseptiques, surtout des martiaux : on les changera souvent pour que la nature ne s'accoutume pas à leur action , en prenant garde en même temps qu'ils n'échauffent ou ne refroidissent pas trop.
Le traitement conseillé par Pierre Hunauld se ressent de sa manière d'envisager la maladie. Beaucoup plus attentif aux vapeurs chez les femmes , c'est plutôt à rhyslcrie que s'adres-
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sent SCS remèdes. Conmie il fait jouer un grand rôle à la suppression de la transpiration et aux viciations humorales, et à leur action sur les autres humeurs et surtout sur les tissus de l'économie, il adopte une thérapeutique assez polypharmaque. Il conseille les saignées , les émétiques et les purgatifs d'abord, et ensuite les toniques , les résolutifs , les incisifs et les antispasmodiques ; les moyens hygiéniques ne viennent qu'en seconde ligne.
Il est fâcheux que Joseph Raulin ait suivi l'impulsion qu'avait imprimée Sydenham, en confondant l'hypochondrie avec l'hystérie ; car sans cette confusion , personne peut-être n'aurait mieux compris le véritable traitement de la maladie. Il commence par établir que les affections vaporeuses exigent une cure aussi variée que leurs causes ; puisque sans cette distinction on hasarde les remèdes , on prolonge le mal , et on le rend souvent incurable et mortel. Il s'élève avec force contre tous ces donneurs de conseils , contre toutes ces commères qui entourent et accablent les malheureux hypochondriaques. Il regarde comme le meilleur traitement préservatif l'exécution de tous les préceptes de l'hygiène , et il cite plusieurs cas assez curieux, dans lesquels des moyens particuliers ont réussi à certaines personnes dans certaines circonstances et ont échoué chez d'autres. Pour procéder à la cure en elle-même , il veut qu'on examine l'état des nerfs et la cause prochaine de leur affection , et c'est là-dessus qu'il établit le traitement pharmaceutique. Il conseille différents antispasmodiques tels que le galbanum , le castoréum , l'opoponax , le bdellium , le sagapenum et surtout l'assa fœtida : il veut qu'on les administre sous toutes les formes et par toutes les voies , et associés aux boissons des différentes plantes aromatiques réputées calmantes et antispasmodiques. 11 conseille l'opium, mais avec prudence et quelquefois avec hardiesse sans craindre l'engourdissement intellectuel. Il examine ensuite les différents moyens qui peuvent convenir , suivant les phénomènes prédominants , ensuite suivant la cause organique de la maladie et suivant ses complications avec les affections du foie , de la rate, de l'estomac, de
rulcrus , etc. Tl ne perd jamais de vue l'état et la mobilité des nerfs.
Moins avancé que Raulin , Jean Maria regarde les vomitifs un peu forts , comme les remèdes les plus propres à guérir l'hypochondrie et la mélancolie. Il leur associe les purgatifs soit simultanément pour en faire des émétocathartiques, soit successivement, pour produire des purgations isolées. Il ajoute une grande confiance à un bol purgatif , trop compliqué pour que nous en donnions la composition , et à une tisane également très-compliquée. Il donne surtout les plus grands éloges au lierre terrestre , dont il prétend que la décoction un peu forte est très- efficace.
A travers ses divisions et subdivisions de l'hypocbondrie , Sauvages se montre habile appréciateur des médications. Selon lui les unes s'occupent exclusivement de diriger l'âme, les autres le corps ; et elles ont également tort. Tl commence par donner des préceptes généraux relatifs à l'hygiène alimentaire, à l'exercice , à la veille , au moral et aux occupations de l'esprit. Il insiste beaucoup sur ce point , et il veut que par des discours , des distractions , des occupations diverses ou propres à détourner l'attention du malade , et par les voyages surtout , on la fixe sur tout autre objet que sur son mal. Il ne conseille que les remèdes adoucissants , les humectants et les relâchants. Il prétend qu'on affaiblit les malades par des médicaments forts, par des évacuations répétées et par les saignées à contre-temps , ce qui fait éclipser la force de l'esprit et reparaître l'hypochondrie. Comme il en reconnaît plusieurs espèces, chacune exige en outre une médication spéciale plus appropriée à sa nature. Ainsi dans l'hypochondrie bilieuse il proscrit sévèrement les échauffants , les purgatifs , et il ne permet que les rafraîchissants , et quelquefois , au début, la saignée. Dans la sanguine , il pense qu'indépendamment de ces moyens , on doit quelquefois tenir le ventre libre à l'aide de légers laxatifs ou purgatifs. Dans la mélancolique, il faut en outre rappeler plus d'action à la peau par les bains et les fortifiants , et agir sur les nerfs par les calmants. Il pense que dans la pituiteuse il faut sou-
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tenir les forces et lutter contre la tendance à la faiblesse , par Tusage des toniques et surtout des martiaux , et éliminer le principe humoral , par l'usage quelquefois répété des laxatifs. Il passe ensuite en revue les hypochondries hystérique , phthisique, asthmatique, calculeuse, tympanique et algide. Dans toutes, le savant nosologiste se montre digne de sa haute réputation. S'il a trop multiplié les espèces , il a su en tirer un parti pratique bien supérieur aux doctrines modernes , qui , chaque jour;, semblent vouloir faire oublier que la guérison des malades est le but de la médecine.
Dans son livre fort remarquable de la Médecine de l'esprit , Lecamus s'est appliqué à démontrer l'influence qu'exercent sur les fonctions intellectuelles et sur les modifications hygiéniques et pathologiques , les âges, sexes, tempéraments, constitutions, climats , études , éducation , nourriture , maladies , arts d'agrément et toutes les fonctions organiques. lien fait ressortir aussi les avantages comme moyens de traitement dans les maladies de l'esprit et par conséquent dans l'hypochondrie. Son livre est , comme il le dit lui-même , l hygiène de l'esprit. Ainsi il néglige de parler des remèdes, et pour prévenir comme pour guérir ces maladies , il trouve tout dans la sage direction des moyens hygiéniques et surtout de ceux qui ont le plus de rapports avec les facultés intellectuelles. C'est un ouvrage bien écrit , et rempli de recherches fort intéressantes et de préceptes très-judicieux.
On regrette de voir Lorry confondre l'hystérie, l'hypochondrie et la mélancolie ; car personne n'a fait des efforts plus consciencieux pour indiquer les moyens les plus convenables , pour en apprécier la valeur , et pour bien déterminer ce qu'on devait en attendre et dans quelles circonstances. Tout y est tracé avec beaucoup de méthode et de talent; mais cette confusion des trois maladies apporte souvent du louche et de l'embarras , si l'on veut faire la part de ce qui appartient à chacune. 11 n'a rien omis de ce qui pouvait concourir à prévenir la maladie , et ensuite la guérir lorsqu'elle existait. Quoiqu'il passe en revue tous les antispasmodicpes puisés dans les trois règnes de la
nature , il laisse voir sa prédilection pour les moyens les plus doux : le lait d'ânesse et les bains jouissent surtout de beaucoup de faveur dans son esprit. Il s'attache aussi aux indications particulières qu'exigent les formes différentes sous lesquelles la maladie se présente, les complications qui peuvent en entraver la marche , et même beaucoup d'autres affections qui ont quelque analogie ou quelque rapport avec la maladie. On peut juger de l'immensité de son travail et de l'impossibilité d'en donner l'analyse la plus succincte, en envisageant l'étendue que le traitement occupe dans son ouvrage : le second volume lui est entièrement consacré , et l'on ne peut qu'y puiser une foule d'excellentes choses.
Le célèbre Whytt , dont le traité sur les maladies nerveuses est si justement apprécié , ne laisse rien à désirer sur ce qui concerne leur traitement. Il veut d'abord que l'on combatte les causes qui ont pu occasionner la maladie ou qui peuvent l'entretenir. Passant ensuite à l'étude des médicaments , il n'admet guères que ceux qui sont propres à fortifier , parce que , selon lui, les nerfs sont dans un état de faiblesse, bien plus que d'irritation. C'est ainsi qu'il conseille les amers , le quinquina , le fer et les bains froids ; cependant avec cette prudence qui ne permet pas de s'égarer et encore moins de nuire. Il donne ensuite un soin tout particulier aux conseils relatifs à la manière dont on doit user des six choses non naturelles, l'air, les aliments ,^ les boissons , l'exercice, les distractions , etc., et il ajoute la plus grande importance à ces soins hygiéniques. Après ces conseils sur le traitement général , Whytt entre dans tous les détails relatifs aux causes qui peuvent avoir produit la maladie , et aux circonstances qui peuvent la compliquer. Il examine en conséquence par quels remèdes antispasmodiques ou autres on peut palber les affections nerveuses , écarter ou corriger les causes incessantes d'irritations nerveuses , éliminer une matière morbifique engendrée dans Festomac ou dans le sang , remédier à une diminution du sang , dissiper les flatuosités , les glaires et les vers de l'estomac et des intestins , combattre les obstructions des viscères abdominaux , et lutter contre les passions ou
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affections vives de l'âme. Il s'occupe aussi avec beaucoup de soin des médications particulières qu'exige la prédominance de certains phénomènes , tels que les mouvements convulsifs ou spasmodiques , les syncopes , les douleurs violentes dans l'estomac , les indigestions, les coliques , la constipation, l'asthme, les palpitations de cœur,, des évacuations excessives, des maux de tête périodiques, l'abattement et le découragement. Ce cadre est immense et il est rempli avec autant de savoir que de sagacité. Tout en accordant aux remèdes une confiance méritée , Whytt ne leur voue pas un culte religieux exclusif. Il sait bien souvent reconnaître leur impuissance, et leur associer ou même leur substituer un traitement purement moral. Comme dans Lorry , on est fâché d'y voir confondre l'hystérie avec l'hypochondrie , parce qu'il en résulte souvent un peu de confusion , et tel moyen qu'il conseille peut convenir très-bien à l'une de ces maladies et ne pas convenir à l'autre.
Nous aimons à rendre justice à Pressavin. Il a fait les réflexions les plus judicieuses sur le traitement de l'hypochondrie. Il ne veut pas qu'on proscrive entièrement les remèdes; mais il ne veut pas non plus qu'on leur ajoute une trop grande confiance , ni surtout qu'on ait une prédilection exclusive pour l'un plutôt que pour l'autre. « Il se présente, dit-il, quatre indications générales à remphr ; la première , de fortifier , autant qu'il est possible , le ressort des soUdes ; la seconde , de rétabUr la fluidité des humeurs épaissies , et principalement du sang qui circule dans la veine-porte , qui est celui qui a plus de disposition à l'épaississement ; la troisième, d'adoucir l'acrimonie qu'acquièrent les humeurs ; la quatrième , de supprimer la raréfaction des liqueurs dont l'expension force le ressort des vaisseaux , et concourt par là à augmenter leur faiblesse. » Il mo^ l'excicicc sagement dirigé , à la tétc des moyens propres à fortifier l'économie. Il le proportionne aux dispositions des forces. Il préconise beaucoup les bains , et il veut, si le malade peut les supporter, qu'il les prenne froids et dilTéremmcnt préparés. Il regarde aussi les boissons froides et en particulier J'cau froide comme les meilleures ; viennent ensuite les eaux
HISTOIUE THÉRAPEUTIQUE. "iSJ
rîc veau , de poulet , d'orge , de guimauve , de gramen , le pelit lait. Ilpcnse qu'en peut les rendre toniques avec les amers, les martiaux et le cachou , ou stimulantes par quelques aromatiques. Toujours dans le même but , il se livre aux recherches les plus minutieuses sur le régime , surtout lorsque l'estomac fatigué esl^ la cause de la maladie. Il n'admet les purgatifs que rarement et dans des cas bien déterminés. Si en général , il préfère les délayants , il n'en condamne pas moins leur usage prolongé , parce que ces boissons fades ne font que relâcher l'estomac. Il n'est partisan des évacuations sanguines, que dans les cas de pléthore générale ou locale bien évidente. Il regarde aussi comme bien essentiel de combattre les engorgements du foie, de la rate , du poumon , etc., par tous les moyens les plus convenables. «Le traitement, tiit-il , est aussi difficile que les accidents sont singuliers. Souvent celui qui a paru aujourd'hui avantageux semble devenir contraire le lendemain : on est souvent obligé d'abandonner un remède sur lequel on avait conçu les plus grandes espérances. La nature est si inconstante dans ces sujets, qu'elle déconcerte à chaque instant les projets les mieux concertés sur les moyens curatifs qu'on s'est proposés : mais ces difficultés qui rebutent le médecin et laissent le malade sans espoir de guérison , ne sont cependant pas toujours invincibles. »
Le rôle chaque jour mieux connu du système nerveux étend à mesure son influence sur la thérapeutique de ses maladies. Ainsi Dufour s'en laisse dominer , dans son Essai sur V entendement humain. Il commence par donner les préceptes généraux les plus sages sur tout ce qui concerne le régime alimentaire, l'exercice, l'étude, le sommeil, etc., en un mot sur tous les moyens hygiéniques . Se conformant ensuite à la division de Fracassini, il admet des moyens différents ou différeniment modifiés pour les différentes espèces d'hypochondrie. Ainsi dans l'hypochondrie sanguine , les évacuations par la lancette ou par les sangsues conviennent et préparent l'efficacité des laxatifs, des émollients et des narcotiques. Dans l'hypochondrie bilieuse il proscrit tout ce qui échauffe et dessèche ,
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tels que les purgatifs acres, même la rhubarbe et les martiaux. Il ne conseille que les évacuations sanguines et les délayants de toute espèce en boissons , lavements, bains, applications. Dans l'hypochondrie pituiteuse , il rejette au contraire les émollients et la saignée , pour ne prescrire que les toniques , les martiaux, les infusions aromatiques , les purgatifs acres , les voyages , les eaux minérales sulfureuses de Bagnols , Saint-Laurent , Cauterets, etc. Dans l'hypochondrie mélancolique, il veut que tous les adoucissants en bains , boissons et les lavements, disposent à l'action de quelque doux purgatif, tel que tamarin , manne, easse, rhubarbe, qu'on répète plus ou moins. Lorsqu'il y a obstruction , il conseille les remèdes réputés fondants. S'il y a phthisie ou menace de phthisie, asthme, etc., il insiste sur l'emploi des moyens les plus doux et les plus émollients. îl est difficile d'apporter plus de discernement dans un plan général de traitement. Si l'on y trouve quelques sacrifices aux théories en vogue lorsqu'il écrivait et qu'on repousse aujourd'hui , combien il les rachète par les distinctions pratiques et lumineuses qu'il établit.
Quelque ridicule que nous paraisse l'expression de raccornissement dont s'est servi Pome, pour expliquer sa pensée sur l'état des nerfs dans les affections vaporeuses , elle ne l'a pas moins conduit à un traitement beaucoup plus convenable que ceux qui avaient été mis en usage jusqu'alors. Sa théorie absolue, en frappant vivement les esprits , a opéré dans la thérapeutique de ces maladies une révolution que n'auraient pu faire les raisonnements les plus judicieux d'hommes aussi éclairés que Tissot , Raulin, etc., et que n'auraient peut-être jamais obtenue les meilleures raisons présentées avec la froide réserve du sage. C'est donc sur ce raccornissement des nerfs qu'il a basé toute sa méthode curative , dont voici quelques principes : La véritable cause des affections vaporeuses étant trouvée , on les détruira sûrement en s'écartant de la route ordinaire. Loin de tendre le système nerveux par des remèdes forts et violents , nous ferons nos efforts pour le relâcher en employant les contraires : c'est de cette façon que nous rétablirons le ressort des solides , que
leur ton deviendra régulier , et que les fluides qui les animent, dépouilles de leur vice , entretiendront l'harmonie qui doit toujours régner entr'eux. Les délayants et les humectants me paraissent les plus propres et même les seuls nécessaires à remplir mon objet , je veux dire les bains domestiques simples , composés , tièdes , froids ; les bains de pieds , les lavements rafraîchissants , ceux d'eau commune froide et même à la glace , suivant le cas et la saison ; les fomentations avec les herbes émollientes ; les tisanes rafraîchissantes , l'eau de poulet , le petit-lait clarifié ou distillé ; les bouillons de poulet , de veau , de grenouille ; les potions huileuses , adoucissantes et mucilagineuses; enfin les eaux minérales acidulés, etc. Cette méthode ainsi exclusive est un vice sans doute ; mais elle n'en a pas moins opéré un grand bien , en éclairant sur l'abus des méthodes anciennes. Disons encore que le plus souvent Pome a dû son succès à l'époque avancée à laquelle étaient arrivées les maladies qu'il traitait. Les accidents nerveux avaient passé à un état de chronicité constitutionnelle qui ne leur permettait plus d'éprouver de bons effets des antispasmodiques ou autres remèdes analogues , et chez lesquels par conséquent ces remèdes avaient déjà échoué bien des fois. La confiance qu'il savait ensuite commander par des promesses affirmatives , a été pour beaucoup aussi dans les succès qu'il a obtenus.
Personne avant Tissot n'avait encore poussé aussi loin l'étude des nerfs et de leurs maladies. Ne reconnaissant que mobiKté et faiblesse dans l'action nerveuse viciée de l'hypochondrie , il veut qu'on s'applique à remédier à cette modification. Pour cela il compte beaucoup sur les progrès du temps , sur les bons effets de l'hygiène physique et morale , et en même temps sur l'emploi des toniques. Mais, comme, à l'exemple de Sydenham, il confond l'hypochondrie avec l'hystérie , ce qu'il dit du traitement commun à ces deux maladies semble se rapporter davantage à l'hystérie. Cependant on ne peut pas lui refuser une appréciation juste et éclairée de tous les moyens , autant hygiéniques que pharmaceutiques, qui ont été conseillés contre les maladies nerveuses. îl joint sur chacun d'eux des réflexions pra-
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tiques du plus haut intérêt , et dans lesquelles il se montre toujours si habile à saisir les indications et les contre-indications. On ne peut que lui reprocher le vague dans lequel jette nécessairement un traitement général des maladies nerveuses , sans séparer et sans préciser ce qui appartient à chacune d'elles.
La Médecine pratique de Buchan contient partout les préceptes les plus simples et les plus sages. Il établit que dans l'hypochondrie , le but principal doit être de fortifier le canal alimentaire , et d'exciter les sécrétions. Il préfère en conséquence les évacuants combinés avec les ferrugineux et le quinquina.
C'est en peu de mots que Lieutaud donne des préceptes dictés par la prudence et la sagesse. Selon lui , l'hypochondrie ne demande communément aucun traitement médical , qui ne fait 16 plus souvent que l'empirer. Il regarde la saignée , les émétiqnes et les purgatifs comme plus souvent nuisibles qu'utiles. Rien n'est au-dessus des humectants , des délayants et des tempérants. Il pense que les apéritifs , les nitreux , les martiaux , et quelques antispasmodiques , et surtout les hypnotiques peuvent être quelquefois utiles ; mais il dit en même temps que ces derniers ne font que pallier. Il termine ainsi : « Je dirai enfin qu'après la boisson abondante , les lavements rafraîchissants et les bains , dont on doit beaucoup attendre , je ne connais rien de meilleur que la dissipation , l'exercice et les voyages. »
Quoique StoU n'ait pas tracé un plan de traitement , on trouve son opinion émise dans plusieurs endroits de ses œuvres. Dans son 6 19*^ Aphorisme , il veut que le principal traitement consiste dans le régime convenablement dirigé. Dans son Ratto medendi , il veut , page 470, que tant qu'il y a de l'inflammation , on s'en tienne aux adoucissants , aux lubréfiauls , aux émolUents , et à quelques évacuations sanguines. Plus loin , page 471 , il veut qu'on tienne le ventre libre pour en expulser toute impureté. Tome II , page 145, il blâme les médecins qui commencent le traitement p<ir mortifier , par assoupir , par engourdir les nerfs , et qui pour cela emploient de préférence tel
OU tel médicament nervin. Selon lui , ils sont bien éloignés d'avoir une connaissance pratique des maladies nerveuses.
Médecin inspecteur des eaux minérales des Pyrénées, c'est par 'es eaux de Barége , de Bones et de Bagnols , que Bordeu traitait l'hypochondrie. Comme , dans ces établissements , qui nous ont valu une des plus savantes dissertations sur la médecine , il ne voyait que des malades qui avaient besoin de distraction, et qu'ils l'y trouvaient , il n'y a rien d'étonnant que le médecin se soit laissé entraîner à une prédilection marquée en faveur de leurs bons effets. Cependant il savait bien leur associer les autres moyens hygiéniques.
D'après ses idées sur l'influence de l'électricité atmosphérique , sur la transpiration cutanée et sur la production de l'hypochondrie , Revillon a dû chercher ses remèdes dans l'action de ces deux agents physique et physiologique. Il y a été conduit par ce qu'il a éprouvé lui-même. Une maladie de six mois avec transpiration continuelle l'avait débarrassé de sonhypochondrie, qui reparut aussitôt qu'il fut guéri de la sueur. Il essaya de se procurer , à l'aide de l'électricité , le bien qu'il avait éprouvé ; et il réussit en ramenant la transpiration. Il a de la même manière opéré, dit-il, plusieurs cures. On peut lui reprocher d'avoir généralisé trop exclusivement un fait peut-être unique.
Reconnaissant plusieurs causes à l'hypochondrie , CuUen veut qu'on attaque d'abord cette cause. Cependant il recommande beaucoup de prudence dans l'emploi des évacuants et de la saignée ; il les regarde comme bien nuisibles dans les cas où ils ne sont pas bien indiqués. Il conseille presque exclusivement les antispasmodiques et surtout l'opium et l'assa fœtida. Pour donner de la force et du ton aux nerfs , il conseille les martiaux, la teinture de mars, et autres toniques , qui ne lui paraissent pas toujours nécessaires ni même bien sûrs dans la gastralgie hypochondriaque ; mais il insiste sur l'exercice , un bon régime , les bains froids et sur les eaux minérales ferrugineuses , qui , selon lui , agissent peut-être moins par leurs effets réellement thérapeutiques , que par la distraction qu'elles procurent. Il veut surtout qu'on s'applique à diriger l'esprit
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du malade, soit en continuant des occupations habituelles , pourvu qu'elles ne soient pas trop pénibles , ou bien en en créant d'autres qui leur fassent diversion , telles que la pêche , la chasse , les voyages , etc. Il n'est pas possible de donner de meilleurs préceptes. Cependant il avance de bonne foi n'avoir pas assez observé la maladie par lui-même. Ce qu'on peut reconnaître en le lisant , et ce qui ne l'empêche pas de poser les bases de traitement les plus rationnelles, et de s'élever audessus de la plupart des praticiens de son époque.
Dans son ouvrage trop peu connu , Andrée Comparetti trace avec beaucoup de soin et de méthode un plan de traitement qu'il a su varier selon les variations mêmes de la maladie. Les calmants, quelques antispasmodiques, et surtout l'opium, ensuite les toniques , l'exercice , les distractions , et le régime un peu substantiel font la base de son traitement. Si l'on pouvait lui reprocher quelque chose , ce serait peut-être d'avoir donné trop d'attention à l'état de l'estomac , à la gastralgie , et à la faiblesse nerveuse. Ce qui peut tenir à la localité oii il a observé, car il se montre en tout observateur sévère et profond.
Dans son Traité de médecine pratique , J. P. Frank s^attache à constater les causes nombreuses organiques de l'hypochondrie et les phénomènes particuliers qu'elle présente , tels que cardialgie , palpitations , vomissements , constipations , coliques, etc., et il conseille les moyens les plus convenables à chacune de ces circonstances. Mais au milieu de cette longue exposition il ne conseille guère que les eaux minérales sulfureuses , quelques toniques , les vomitifs et les moyens hygiéniques , surtout ceux qui appartiennent à la classe des gesta et à celle des percepta et animi paihemata , qui , dit-il , ont opéré plus de guérisons que tous les moyens thérapeutiques.
Les conseils que donne Pinel sont la conséquence de l'idée qu'il s'était faite de l'hypochon drie , dans laquelle il ne voyait qu'une sorte de vésanie ou un malade toujours souffrant au moral comme au physique , et toujours voisin d'un égarement complet de la raison. Il se r.; Hache au précepte de Moiitanus quant à ce qui regarde l'administration des remèdes, et pour
ne conseiller que les moyens hygiéniques propres à distraire el à fortifier le malade. « D'un autre côté , dit-il , combien un médecin observateur ne trouve-t-il point occasion de varier le traitement suivant les causes de l'hypochondrie , la constitution individuelle , le sexe , le genre de vie , les occupations habituelles , le climat , le degré ou les complications de la maladie ! Et avec quel art et quelle finesse ne sait-il point surtout diriger le traitement moral , en cherchant à écarter des objets fantastiques , à calmer des frayeurs sans cesse renaissantes, et à faire disparaître une suite non interrompue de maux et de dangers qui n'existent que dans une imagination déréglée !
De tous les auteurs qui se sont occupés de l'hypochondrie , Louyer-Villermay est celui qui a tracé le traitement le plus complet. Il a envisagé la maladie par toutes ses faces et dans toutes ses phases , et il lui a fait constamment l'application du mode de traitement qui lui convient dans chaque état où il la prend. Il présente d'abord le tableau d'un traitement général , dans lequel il fait figurer en première ligne les moyens hygiéniques et les moyens moraux , et ensuite les thérapeutiques . Il fait à chaque circonstance l'application de ce qui lui convient le mieux , soit pour combattre sa cause , soit pour dissiper ses phénomènes prédominents et soumis eux-mêmes à mille particularités de causalité , de localité, de saison, etc., soit enfin pour lutter contre les complications qui viennent l'aggraver ou l'entretenir. Il jette ensuite un coup-d'œil sur les moyens de prévenir les rechutes et d'établir une sorte de prophylaxie. Il s'est montré , sur tous ces points , praticien aussi scrupuleux que profond- Il n'a rien omis de tout ce qui pouvait être utile. Il ne s'est soumis à aucune doctrine exclusive, et il n'a pas écrit pour en faire triompher une : c'est ce qui a pu le faire trouver quelquefois en contradiction apparente avec lui-môme par quelques auteurs. Toujours libre et indépendant , il dit tout ce que l'expérience peut avouer et sanctionner , soit en faveur des moyens thérapeutiques , soit en faveur de l'hygiène et du moral. Si nous avions un reproche à lui faire , ce serait d'être
494 TRAITÉ DE l'hYPOCHONDRIE.
quelquefois un peu prolixe : mais en fait de traitement , il vaut mieux dire trop que pas assez.
Une phrase résume tout le traitement de l'hypochondrie prescrit par Georget : « Des moyens hygiéniques , dit-il , fournissent les principales et souvent les seules ressources thérapeutiques. » Tout ce qu'il dit tend à prouver cette assertion. Il veut surtout qu'on insiste davantage sur ceux qui agissent sur le moral ; sous ce rapport tous les conseils qu'il donne sont excellents et profondément médités. Mais suffisent-ils toujours et faut-il proscrire tous les autres moyens? En voyant cette restriction thérapeutique n'est-on pas tenté de s'écrier : Diminutœ sunt veritates?
M. Falret n'a pas d'autre thérapeutique que celle de Georget ; cependant il n'est pas aussi exclusif. « Je ne prétends pas, dit-il, qu'on doive s'abstenir de toute espèce de médicaments.» Tl convient qu'il faut souvent combattre la cause de l'hypochondrie , et diriger le traitement contre les lésions dont peuvent être atteints les organes qui sont le point de départ de cette cause ; mais il y met en même temps des restrictions extraordinaires ; « Placez toute votre confiance dans le traitement cérébral , et dans un régime de vie sagement ordonné ; recommandez l'usage des aliments simples, doux et de facile digestion. Proscrivez les aromates.» Les amers, les martiaux, le cachou, le quinquina , les purgatifs , les absorbants, etc., avait-il dit quelques lignes plus haut , sont tous des médicaments plus ou moins irritants , plus ou moins dangereux.
La gastro-entérite chronique étant , selon Broussais et son école , la base ou le caractère de l'hypochondrie , ils ont cru devoir la combattre par les émissions sanguines et la diète. Les observateurs avaient déjà depuis longtemps apprécié cette médication dans les maladies nerveuses , aussi l'on sait à quoi s'en tenir. Cependant si rien ne doit être soutenu par esprit de système , rien non plus ne doit être proscrit , et nous conviendrons qu'il est des circonstances dans lesquelles la doctrine du Val-de-Gràcc pourra trouver son application.
C'est à combattre la sensibilit<'> trop grande ou l'irrita-
î)ililé (le restomac , que Johnson met tous ses soins. Aussi personne n'a mieux tracé le régime. Il entre dans tous les détails qui lui sont relatifs. C'est beaucoup : cependant ce n'est pas trop , et Johnson a trop négligé de s'occuper des autres moyens. Il a môme trop insisté sur le régime adoucissant exclusif , tant il porte loin la frayeur d'irriter. Il n'a pas assez tenu compte de la faiblesse et de l'atonie. Il condamne avec véhémence les purgatifs. Si les praticiens , dit-il , savaient tous les maux qu'ils occasionnent, ils épargneraient davantage leur calomel le soir et leur médecine noire le matin.
Nous nous plaisons à rendre justice à la sagesse de l'aperçu d'un traitement méthodique que M. Roche expose dans son traité de médecine et de chirurgie. «L'hypochondrie, dit-il, réclame plutôt des moyens hygiéniques que des médicaments ; c'est parle régime, l'exercice , l'air de la campagne et des moyens moraux , qu'on en obtient en général la guérison. » Il entre ensuite dans quelques détails sur chacun de ces objets. Il ne repousse cependant pas entièrement les remèdes. Il convient qu'il faut quelquefois y recourir , surtout pour calmer une irritation vive de l'estomac , et quelquefois pour redonner un peu de ton à cet organe en passant successivement des émoUients à quelques aromatiques et amers, aux martiaux et à quelques eaux minérales. Il conseille beaucoup aussi l'usage des bains tièdes ou froids. Il veut même que , dans quelques circonstances , on ait recours aux sangsues , à la saignée , aux absorbants et même aux laxatifs. Les moyens doivent encore varier selon les complications et l'état général et local de quelques individus. Il n'accorde aucune confiance ni à la noix vomique préconisée par Schmidtmann , ni à l'oxide blanc de Bismuth , ni à la menthe poivrée, ni à aucun autre antispasmodique donné comme spécifique.
Ce sont aussi les plus sages préceptes d'hygiène ei de pharmacie que donne M. Girard , de Marteau. Cependant il nous semble y faire entrer la gastro-entérite pour une trop grande part. Il sait du reste très-bien distinguer d'une autre maladie ce qui revient à l'hypochondrie idiopathique et à l'hypochondrie symptomatique.
496 TRAITÉ DE l'uYPOGHONDRIE.
Rien n'est plus philosophique que M. Dubois, d'Amiens, dans toute l'étendue de son ouvrage , et par conséquent dans la thérapeutique de l'hypochondrie. Il discute avec beaucoup de sagacité les différents traitements proposés par la plupart des auteurs anciens et modernes. Cependant , fidèle à son opinion exclusive sur la nature de la maladie , il critique tout ce qui s'éloigne de son but intellectuel et moral , et il ne veut adopter que les préceptes relatifs à l'hygiène morale. Il trace ensuite en fort peu de mots un traitement tout moral ; toutefois son bon esprit ne lui permet pas de rester aussi exclusif qu'il le paraissait d'abord, et nous voyons avec plaisir qu'il veut qu'on s'attache d'abord à combattre l'effet des causes premières^ dans la première période , et que , dans la seconde on ait recours à la fois à un traitement intellectuel et à une médication propre à arrêter les névroses. Il ne donne aucun conseil particulier ; il renvoie aux traités spéciaux. C'est une omission dans un ouvrage aussi bien coordonné ; c'est une lacune immense à remplir.
A mesure que nous avançons nous voyons la thérapeutique morale faire des progrès , et nous arrivons au moment de la voir à son tour envahir exclusivement le traitement de l'hypochondrie , et proscrire tous les remèdes pharmaceutiques , non seulement comme inutiles , mais encore comme nuisibles. C'est à rétablir ce paradoxe que M. Barras consacre un chapitre entier. On en est d'autant plus étonné qu'il a partout donné les préceptes les plus éclairés sur l'hygiène et la thérapeutique de cette maladie. Comme il s'est plus spécialement occupé des gastralgies , ce sont principalement des hypochondries gastralgiques qu'il a eu à traiter. Ainsi il insiste beaucoup sur le régime alimentaire. Personne n'a tracé avec autant de soin cette partie de la thérapeutique hypochor.driaque. Il insiste beaucoup sur ce point important , que tout changement de nourriture doit s'effectuer par degrés insensibles. Il sait au besoin recourir aux calmants , aux laxatifs , aux toniques , etc. Le seul reproche qu'on pourrait lui adresser, ce serait de ne voir qu'un ércthisme nerveux à calmer , ou une atonie nerveuse à combattre. Aussi
HISTOIRE TUÉUA1»KIIT1(JI K. 497
osl-il obligé d'avouer (page '294) qa'une chose di/Jicile , c'est de distinguer l'atonie de V éréthisme , et de saisir l'époque oii il convient d'abandonner les calmants , pour recourir aux toniques. Un des meilleurs ouvrages de médecine pratique est la Pathologie interne de Joseph Frank. A l'article hypocliondrie il donne un résumé bien succinct d'un traitement méthodique. Il le divise en deux parties , l'une pour l'intervalle , l'autre pour les paroxismes. Dans la première , il veut éviter le reproche de Montanus , et pour cela , il énumère sous le titre de régime tout ce qui a rapport à l'exercice et à ses différentes espèces , tout ce qui concerne les occupations intellectuelles , les passions et le régime alimentaire. Cependant il n'est point ennemi des remèdes ; car dans l'article des médicaments il énumère avec assez de complaisance les toniques , les amers , les aromatiques , les ferrugineux et les purgatifs. Il paraît surtout attacher beaucoup de confiance aux aromatiques. Dans la seconde partie , le médecin a le plus grand besoin de gagner la confiance du malade , en même temps qu'il doit faire usage d'une foule de remèdes carminatifs , purgatifs , toniques , etc. Il veut aussi que les remèdes soient continués longtemps , parce que leur trop fréquent changement ne leur donne pas le temps d'agir. On regrette de voir dans un livre élémentaire aussi répandu , un étalage aussi vague , aussi peu méthodique de tant de moyens , qui se pressent et se présentent là avec une confusion qui nous paraît rendre impossible un traitement méthodique , puisque dans les données qui y sont formulées , chaque substance veut avoir sa place ou son mot.
M. Michéa veut que , dans le traitement de la première espèce , l'hypochondrie idiopathique , le médecin s'en tienne absolument aux moyens moraux, et il ne donne que des conseils avoués par la saine philosophie. Dans la seconde espèce ;, ou la symptomatique , il conseille de recourir à tous les remèdes qui conviennent à la maladie première ou à ses causes. Cependant, il faut l'avouer , à part les préceptes moraux , ce traitement est bien vide , et ce n'est pas là que le praticien ira chercher des ressources.
41>8 TRAITÉ Î)K L'riYPOCIiONDRJS:.
l/exposition chronologique que nous venons de faire du traitement de l'hypociiondrie , est immense , sans doute , et cependant il nous eût été bien facile d'en doubler l'étendue. Mais cette recherche de pure curiosité ne nous eût rien appris de plus sur ce qu'il nous importe de savoir sur le traitement de la maladie : car nous avons pu remarquer d^ms cette longue énumération des auteurs et de leurs principes , que tout ou à peu près tout ce qui a rapport au traitement de l'hypochondrie a été dit. Chacun , il est vrai^, s'est appesanti davantage sur une classe de médicaments, suivant la doctrine qu'il avait adoptée , suivant telle médication, tels principes et même suivant l'époque où il vivait. Aussi, il nous eût été facile d'établir une sorte de classification de ces principales méthodes thérapeutiques dont voici une aperçu.
Nous ne pouvons que jeter un coup d'oeil rapide sur l'infiuence que les opinions et les théories ont exercée sur la:thèrapeutique de i'hypocho-ndrie. Je dis rapide , parce que pour apfprofondir ce sujet , et discuter les raisons hypothétiques sur lesquelles chaque doctrine se fonde pour adopter tel remède et telle préparation , nous serions entraîné à une foule de détails inutiles et interminables.
La doctrine de Fatrabile et autres humeurs a , pendant longtemps , imposé l'obligation d'évacuer par le haut et par le bas. Cependant lorsqu'à la renaissance des lettres , on commença à observer et à jurer un peu moins in verba magistri , les mauvais effets de cette médication furent assez généralement reconnus et signalés. Quelques médecins, à l'exemple de Rivière, n'osant pas les proscrire entièrement , admirent plusieurs indications , dont l'une était d'évacuer Vhumeur peccante , en même temps qu'ils s'occupaient de combattre les autres accidents, iieaucoup d'autres , tout en reconnaissant les mauvais elTets des purgatifs , et en restant courbés sous le joug du vieil humorisme, cherchèrent, non plus à évacuer les humeurs, mais à les corriger par les ièrrugineux et autres remèd(;s analogues , ou à en combattre TàGre lé par des moyens plus adoucissants. La lhérapeuli([n(' alors comnicnça à devenir plus rationnelle , quoi-
lîISTOUlK TUÉrxAPEUTIQUE. 409
qu'aussi hypothéliquc. Nous ne voulons point parler ici de ce nouvel huniorisme microscopique, qui cherche dans la forme et le volume de certains globules la raison de toutes les maladies , de telle façon que la thérapeutique n'aura plus à l'avenir qu'à s'occuper de rendre à ces globules leur forme et leur couleur primitive. Il est fâcheux que des recherches aussi savantes et aussi laborieusement entreprises touchent de si près au ridicule.
Pour nous rendre compte des médications contradictoires de ceux qui ont placé le siège de l'hypochondrie dans l'estomac , nous ferons observer qu'on a vu dans ce viscère ; les uns , de la faiblesse , de mauvaises digestions et des amas de crudités ; et les autres , de l'inflammation ou une gastrite chronique. De là , pour les premiers , l'obligation de tonifier et quelquefois d'évacuer; et pour les seconds, la nécessité des évacuations sanguines et des émoUients.
Les auteurs qui, dans leurs autopsies, ont rencontré des obstructions , et qui en ont fait l'objet spécial de leurs recherches et de leurs théories , qu'ils aient placé le siège de la maladie dans le foie , la rate , le mésentère , etc. , isolément , ou dans le bas-ventre en masse , se sont occupés des moyens de résoudre les engorgements , de désobstruer les organes. De là les savonneux vantés par Boerhaave , les extraits végétaux , les eaux minérales de différentes qualités , etc.
La sagesse de Stahl ne lui a pas permis de faire , de sa théorie de la Veine-porte , une application trop étendue à la thérapeutique de l'hypochondrie. C'est à sa manière de voir que nous devons cependant le conseil d'appliquer quelquefois les sangsues à l'anus, afin d'opérer un dégorgement plus direct du système veineux abdominal.
Ceux qui n'ont vu dans cette maladie qu'une affection du cerveau ou de l'âme , ont été réduits à un scepticisme trop exclusif , en proscrivant toute espèce de médicaments , pour ne s'attacher qu'à une médecine morale et hygiénique.
L'opinion qui place dans les nerfs le siège de l'hypochondrie , a fait créer la classe nombreuse des antispasmodiques.
OJl) TPvAîTîi DE L HYPOGHONDRÏE.
Leur fréquente nullité les a fait multiplier à l'infini , parce qu'on voulait trouver dans les remèdes exclusivement , les moyens de salut et de guérison Suivant qu'ils ont vu dans les neifs de l'excitation ou de la faiblesse , les auteurs ont conseillé de préférence, les uns les toniques, les autres les adoucissants ou telle autre classe d'antispasmodiques. Cest aussi à cette doctrine que nous sommes en grande partie redevables des progrès de la thérapeutique sous le rapport de l'hygiène et du moral, parce qu'elle en a associé les moyens au traitement de l'hypochondrie ;, dont ils forment la partie la plus essentielle.
Quelquefois aussi les doctrines médicales régnantes ont fait adopter certaines médications particulières , sans rien changer à la théorie de l'hypochondrie. Ainsi, lorsque les saignées , ou les sangsues ont été à la mode , on a conseillé la saignée ou les sangsues ; lorsqu'on a regardé la suppression de transpiration comme cause des maladies, les diaphorétiques ont été employés.
Mais que celte apparence de dévergondage thérapeutique ne nous effraie point. Nous le disons avec satisfaction ; à toutes les époques et quelle que soit la puissance de la doctrine régnante ou adoptée , nous retrouvons les lumières de la saine pratique chez la plupart dqs auteurs ; nous les voyons presque tous secouer la pousière de l'école pour s'élever aux préceptes de la médecine la plus sage et la plus philosophique. A commencer par Hippocrate , Celse et plus encore par Galien , la plupart, tout en s'occupant plus spécialement d'un point de doctrine thérapeutique , en ont éclairé et développé les principes conformes à l'observation et appuyés sur les résultats nombreux d'une pratique judicieuse. Ainsi, les uns ont senti de quelle importance il était de bien connaître la cause de la maladie pour la combattre , et guérir ainsi la maladie elle-même. Les autres S(; sont eflbrcés de remonter à la nature de l'affection pour attaquer la maladie dans son essence. D'autres se sont occupés avec un sein tout partit ulier, de certaines formes de l'hypochondrie dont ils faisaient la maladie tout entière. Quelques-uns
HISTOIIIE THÉRAPKUÏIQIE. oOI
se sont principalement attachés à ccwinaître et à combattra toutes les complications. Le plus j^rand nombre peut-ôtre a dirigé ses recherches sur l'action spéciale de certains médicaments et de certaines médications, selon l'époque où il vivait; l'un sur les écrouelles , l'autre sur les toniques , celui-ci sur les évacuations sanjfTuines, celui-là sur les émollients , cet autre sur les soins hygiéniques, etc. Mais tous les préceptes et toutes les règles qui en ont été déduites sont restés épars dans les ouvrages ; et , comme'tousles auteurs, même les plus modernes, ne sont antres dans l'arène qu'avec des armes et des couleurs prises d'avance, aucun n'a envisagé le traitement avec cet œil philosophique et impartial qui , dépouillé de toute espèce de prétention , lui fait adopter avec impassibilité tout ce qu'ont dit de bon les auteurs ;, même ceux qui sont en apparence les plus opposés à sa doctrine.
En général , en s'attachant ainsi à une doctrine ou à une médication spéciale , la plupart ont borné là leurs recherches, ils semblent s'y être concentrés. îl n'a été accordé qu'à un bien petit nombre d'apprécier les avantages qu'on peut tirer des autres médications dans certains cas , et surtftut des moyens hygiéniques dirigés dans le but de combattre à la fois le moral et le physique malades. Il y a eu cependant quelques-uns de ces hommes supérieurs , qui , forts de l'expérience , ont su échapper à l'exemple des médications exclusives , et s'élever à une 'thérapeutique raisonnée , dont ils secondaient l'action par le secours sagement combiné des moyens hygiéniques et moraux.
Au lieu de suivre l'ordre purement historique des hommes qui ont bien mérité par leurs travaux sur le traitement del'hypochondrie , nous aurions pu établir des époques dans lesquelles nous aurions vu venir se ranger comme d'eux - mêmes , les auteurs du même siècle. Nous aurions vu alors que chaque époque avait produit ses modifications thérapeutiques, et avait en même temps exercé son influence sur les médecins , quelle (fue fût d'ailleurs la supériorité de leurs vues et de leurs talents. Depuis Hippocrate jusqu'à Galien , nous aurions vu !a théra-
502 TRAITÉ «E l'hTPOCHONDRIE.
peutique s'occuper du traitement hygiénique beaucoup plus que du traitement pharmaceutique. Après Galien, nous aurions vu naître cette exubérance polypharmaque , qui , méconnaissant Vénormon et toutes ses conséquences , et ne voyant dans l'économie que des liquides viciés, a cherché tantôt à les évacuer par les émé tiques 'et les purgatifs , quelquefois à en corriger les dispositions malfaisantes par différentes préparations. Plus tard, lorque le solidisme sembla vouloir lutter avec l'humorisme , nous aurions vu tantôt les toniques être dirigés contre la fibre affaiblie , tantôt les antispasmodiques être administrés contre les nerfs irrités : lorsque la découverte de la circulation vint donner une si grande importance au sang et à son action sur l'économie', nous aurions vu la lutte des évacuations sanguines venir balancer les évacuations humorales. Lorsqu'un moment les idées mécaniques envahirent la physiologie , la médecine s'en ressentit aussi , et les fondants et les désobstruants vinrent faire la base presque unique du traitement. Nous aurions vu la même chose , lorsque la chimie et l'alchimie, occupant toutes les têtes , crurent pouvoir se substituer à toutes les sciences et constituer la science universelle. Ce fut alors surtout que furent introduits dans la pratique cette foule de remèdes chimiques qui ajoutèrent tant à la polypharmacie. Enfin plus tard , à mesure que l'économie mieux étudiée , permit de mieux apprécier l'action de chaque système et surtout des nerfs , la polypharmacie échauffante et irritante perdit chaque jour de son influence , et peu à peu les antispasmodiques les plus doux, les délayants sous toutes les formes prirent plus de crédit, et enfin l'hygiène , qui n'avait jamais perdu tous ses droits, est devenue dans ces derniers temps la seule méthode curative.
Cette manière de voir eût été plus philosophique , puisqu'elle nous aurait permis de grouper ensemble les honmies qui avaient eu la même pensée. D'un autre côté elle nous eût privé de l'avantage de les voir se succéder dans l'ordre des temps , et de saisir aussi bien les progrès et les variaftons de la science, suivant les époques où on rétudiait. Nous ne devons
HISTOIRE THÉRAPKUTIQUK. &03
pas noTis dissimuler non plus que, dans tous les temps, au uniment môme où une doctrine rognante semblait dominer tous les esprits , il s'est toujours trouvé des hommes supérieurs , qui ont su se mettre au-dessus de rentraînement général , et tracer d'une raain ferme des préceptes solides à côté de ceux que nécessitait la médication du jour.
Ces méthodes différentes de traitement , ces variations thérapeutiques, viennent nous prouver une chose sur laquelle nous ne saurions trop insister, c'est que l'hypochondrie présente des nuances infiniment variées , et que , par conséquent , elle doit exiger un traitement souvent différent et varié , même dans les cas qui paraissent présenter la plus grande analogie. Ces différences ne dépendent pas seulement du tempérament , de la constitution , du régime , des causes , etc. , de la maladie ; mais encore de cette idiosyncrasie que rien ne peut faire dévier d'avance , qui est propre à chaque individu , et qui imprime à la maladie hypochondriaque surtout un cachet spécial et caractéristique pour chaque fait pris isolément. Voilà, je le pease, une raison puissante pour apprendre à connaître tous les moyens qui ont été proposés contre cette névrose , afin d'en modifier le traitement à l'infini , puisque des succès avérés ont été obtenus par les médicaments et les médications les plus contraires. Nous ne voulons pourtant pas établir en principe que cette idiosyncrasie originelle existe dans tous les cas. Sans doute il est des circonstances identiques ou analogues, qui réclament les mêmes moyens , et dans lesquelles la guérison ne pourrait pas être obtenue par des moyens différents. Mais il suffit que cette idiosyncrasie existe et se présente souvent , il suffît d'avoir constaté que les circonstances de la maladie varient singulièrement et qu'elles sont même; souvent en opposition , pour ne repousser aucune méthode, aucun remède, afin de pouvoir en changer selon les circonstances. On le doit d'autant plus aue Texpérience vicntconfirmer ce que le raisonnement nous démontre déjà . C'est ainsi qu'on se rend raison des guérisons obtenues oar des modes decurations opposées. On conçoit dès-lors pourquoi Hoffmann réussissait avec son c'iixir viscéral, et d'autres raé-
a04 TRAITE DE L HYPOCHONDEIE.
dicamenls analogues , et l'on cesse en même temps de s'étonner que l'eau de poulet ait pu procurer à Pome, son panégyriste, des résultats aussi avantageux.
Le climat est une des causes qui font le plus varier cette idiosyncrasie. On n'est pas bypochondriaque à Londres, comme on l'est à Madrid, et l'on ne l'est pas à Paris comme on l'est à Vienne. Chaque climat , chaque contrée , chaque peuple , chaque gouvernement imprime son cachet spécial aux individus , et donne à sa nation son existence à part au physique comme au moral , en santé comme en maladie. Cette grande remarque n'avait point échappé à Hippocrate , qui , à cause de cela, ne manque jamais de nous dire où il a observé une maladie , et qui a consigné cette puissante influence dans son admirable traité chs airs , des eaux et des lieux. Elle n'avait pas échappé à Celse , qui dit avec une grande vérité : Diffère quoque pro natura locorwm gênera medicinœ , et aliud opus esse Romœ, aliud in Egypto , aliud in Galia. C'est pour la même raison que le célèbre Baglivi prévient qu'il écrit à Rome : Scribo in aère romano. Nous trouvons donc là un motif suffisant pour ne pas repousser d'une manière absolue les médications et les remèdes qui ont réussi dans certaines localités , et pour nier les succès qu'on a obtenus à Londres , à Naples ou à Constantinople , par l'emploi de moyens en apparence contraires.
Malgré notre disposition à croire au progrès , nous nous éloignons de cette espèce de prévention qui fait regarder tout changement comme un progrès. Nous irons même plus loin, nous regarderons certains changement comme des pas rétrogrades bien plus que comme des progrès. Ainsi , tout en applaudissant à l'adjonction du traitement moral et hygiénique au trailement pharmaceutique, nous blâmerons cette proscription absolue des remèdes à laquelle sont arrivés les modernes. S'ils ne méritent pas toute la confiance qui leur a été accordée , ils ne sont pourtant pas sans influence. Si les praticiens qui les employaient seuls et sans les secours de l'hygiène, avaient tort , ceux qui , aujourd'hui les condamnent , ne sont pas
moins coupables en se privant ainsi des ressources (}u'ils pourraient y trouver qnekjuefois.
Si , thérapculiquement parlant , on peut quelquefois abandonner la maladie à elle-même, il n'en est pas ordinairement ainsi relativement au malade. Il a besoin de vous et de vos conseils ; vous ne devez pas les lui refuser dans la crainte de le voir se tourmenter et aggraver son ïiial , ou s'adresser à des hommes moins délicats et moins instruits , qui , à force de remèdes inopportuns , transformeront ses souffrances en altérations organiques. Lors même que vous ne feriez aucune prescription, vous dirigeriez l'attention de votre miJade , qui n'abandonnera pas ainsi sa maladie : elle tient toujours son imagination fixée sur elle; et il ne cesse de s'occuper de chaque position , d'en calculer toutes les conséquences et d'en deviner l'issue. Les hypochondriaques veulent des remèdes. Tout médecin qui ne satisfait pas leur désir perd leur confiance. Il serait donc absurde de dire à un malade , avec Montanus : méprisez votre maladie , ne vous en occupez pas , et vous guérirez. ïl y a un art que doit ^posséder le médecin véritablement philosophe et ennemi par raison de tout système absolu. Cet art consiste à savoir faire de la médecine morale avec des remèdes , à savoir conduire son malade et son imagination avec des médicaments. Il lui faut donc des prescriptions ; mais comme elles n'agissent pas aussi efficacement qu'il le voudrait, il faut les varier sans cesse. Il faut une sorte de polypharniacie très-étendue, mais une polypharmacie adaptée au malade et à sa maladie , c'est-à-dire , composée de remèdes calmants , tempérants, résolutifs et même inertes , toujours basée sur l'état des organes et sur les complications de la maladie. Quoi que vous prescriviez , il ne faut jamais quitter le malade sans ordonner quelque chose : son imagination en a besoin. C'est une médecine morale faite avec les remèdes; c'est celle que voulait Georget.
Nous ne connaissons point de remèdes antihypochondriaques proprement dits. Ces noms généraux , par lesquels on a voulu désigner les remèdes qui conviennent à certaines maladies ou aux maladies de certaines parties, comme antipleuré-
tiques , antispasmodiques, céphaliques, stomachiques, ont paru simplifier d'abord la thérapeutique en désignant par sa dénomination le remède qui convenait à une maladie ; mais dans cette classification on n'a fait attention ni aux causes nombreuses, ni aux modifications infinies de la maladie , de telle façon que ces mots ont fait un très-grand mal , et qu'il serait à souhaiter qu'on les abandonnât tous. ïl y a , par exemple , autant d'antiphlogistiques qu'il y a de moyens propres à combattre l'inflammation. Et Dieu sait si on pourrait les nombrer.
Si la médecine de nos jours s'occupe à peine des anciennes explications hypothétiques , la pratique n'en doit pas moins conserver ce que l'expérience à sanctionné d'avantageux en faveur de tel ou tel remède. C'est là la partie empirique ou expérimentale du traitement. Aussi , quelle que soit l'opinion admise , nous voyons toujours figurer certains antispasmodiques, qui ne guérissent pas , il est vrai , mais qui , dans les moments d'agitation , procurent souvent le calme désiré ou un soulagement réel. Le praticien habile ne les proscrira donc point, et souvent il trouvera l'occasion de les combiner avantageusement avec les autres ressources de la médecine. C'est ici le cas de faire une réflexion déjà bien connue, et qui n'en est pas moins nouvelle tous les jours ; c'est que l'homme sait bien rarement garder un juste milieu ; presque toujours il court d'un extrême à l'autre , ou il ne sort d'un précipice que pour se jeter dans vm autre. Un homme de talent reconnaît les vices d'une doctrine ; tout occupé de la combattre , il n'en regarde que le côté faible ; et , ne tenant aucun compte de ce qu'elle peut avoir de bon , il englobe tout dans une proscription générale. Pour éviter d'être ainsi absolu, il faudrait savoir ne demander aux remèdes que les effets qu'ils peuvent et doivent produire.
Toutes ces considérations pourraient fournir le sujet de réflexions bien anières. Car enfin que connaissons - nous de la nature et dans la nature? Des eflets. Et encore , ainsi que nous le voyons , y en a-t-il bien peu (|ui ne puissent occasionner des disputes, puis(pie le seul moyen qui nous ait clé donné pour nous conduire dans ces ténèbres , l'expérience.
engendre encore des querelles. Il n'y a point d'imposteur qui ne l'ait eue pour soi, point d'erreur qu'elle n'ait justifiée d'abord, point de charlatanisme qui ne l'ait invoquée. Ce qu'on appelle le progrès des lumières n'est souvent qu'une variation de préjugés. Les derniers citent des faits contre ceux qu'ils détruisent, et malgré cette pierre de touche si sûre en apparence, il faut presque en tout en revenir au fameux que sais-jcP Combien , en effet , de remèdes se sont succédé, et toujours appuyés sur des faits incontestables ! Combien de doctrines ont séduit et ébloui le monde ! et combien peu il reste de tout cela ! Cependant n'exagérons rien, il en reste toujours quelque chose ; et une doctrine nouvelle n'eùt-elle que l'avantage d'avoir renversé une doctrine erronée , d'avoir dissipé quelques mensonges , elle n'en aurait pas moins rendu des services. Comme elle s'appuie elle-même sur un côté vrai , elle ne peut que faire connaître tout ce qui a rapport à ce point de doctrine.
Nous sommes donc bien éloigné d'adopter systématiquement un traitement exclusif fondé sur une doctrine qui ne verrait qu'une partie de la maladie ; ainsi nous ne ferons point de l'hypochondrie exclusivement une gastrite chronique, une gastralgie , une entérite , une hépatite , une névrose , une cérébropathie , etc. Pour ne traiter que cette affection unique , ou l'organe qui est supposé en être le siège, nous rechercherons tout ce qu'elle est , nous adopterons toutes les médications que sa nature ou son siège exige, et nous n'exclurons que ce qui est ou peut être évidemment nuisible ou dangereux. Ce sera le seul moyen de tracer un traitement méthodique complet. Puisque la maladie n'est pas , au gré de nos désirs ou de nos opinions, une affection unique et exclusive , puisque le siège qu'elle affecte est complexe , son traitement doit l'être aussi , et doit en conséquence présenter les doubles variations qui résultent , d'une part , de sa nature bizarre et protéiforme ; d'autre part , de son siège , en apparence si multiple et même si changeant. Dans le traitement de cette pénible affection , nous avons appris , à nous délier, comme le disaient les anciens, de ceux qui ne lisent qu'un livre , qui ne connaissent qu'une opinion ,
â08 TRAITÉ DE l'hYPOCHONDKIE.
qui rejettent en conséquence arbitrairement tout ce qui ne cadre pas avec cette opinion exclusive.
Nous nous tiendrons eu même temps à l'écart de cette polypharmarcie dégoûtante , qui adressait une foule de remèdes et de recettes à chaque phénomène, à chaque forme des phénomènes ou de la maladie , et qui les avait ainsi multipliés à l'infini , sans tenir compte du vrai caractère physique et moral de l'affection , de sa disposition nerveuse et intellectuelle. Aujourd'hui encore quelques médecins débilitent trop, quelques autres stimulent trop. C'est en nous préservant de ces deux extrêmes que nous espérons approcher davantage de la vérité.
Les meilleurs préceptes ont été donnés; mais ils étaient séparés, souvent confondus avec des objets d'un mérite inférieur, ou même étouffés au milieu des opinions les plus hasardées. La vérité et l'erreur marchaient sur la même hgne, ou étaient offertes avec une égale assurance. Dans un tel état de choses, la tâche à remplir était tout à la fois facile et diiïicile. Il fallait mettre à profit les idées saines et les vues conformes à l'observation , et les coordonner pour en faire un grand traitement méthodique et la règle de notre conduite. ï] fallait souvent éviter les hyphothèses et les opinions erronées et fautives qui fournùlîent dans la thérapeutique. Mais pour arriver à tracer d'une main sùi-e un traitement méthodique, il est indispensable de connaître d'abord et les médications et les remèdes qu'on a préconisés , et d'en apprécier la valeur par les effets sur l'économie. C'est ce que nous allons faire dans le chapitre suivant.
Article H.
Enumération el examen des moyens conseillés contre r/iypocJiondrie.
Plus on réfléchit à la diversité , on pourrait dire à la contradiction (|ui send>le (îxisler entre les différentes méthodes de traitement , plus on est tenté de se demander s'il en est une qui mérite la conliante. Toutes se réfutent el se présentent en-
mSTOTRE TEIKriAPErriOtTE. -'^09
suite avec l'assurance do la vérité. Vouloir pour cela les proscrire d'une manière absolue serait une faute non moins grave que d'en adopter une à l'exclusion de toutes les autres. Nous avons vu que les théories sur l'hypochondrie reposaient toutes sur quelque point vrai, et qu'elles ne s'étaient fourvoyées qu'en généralisant des particularités qui n'appartenaient qu'à un point très-restreint de la maladie. Ce que nous avons démontré pour les théories est applicable à la thérapeutique. Chaque doctrine , ou plutôt chaque méthode curative est partie d'un point vrai. Mais ce point unique qu'avait vu l'auteur est devenu une erreur pour les autres points qu'il n'avait pas vus, et auxquels il en a fait l'application en généralisant ce qu'il pouvait avoir bien observé. Encore une fois , faut-il pour cela proscrire toutes les doctrines et surtout la thérapeutique ? Faut-il surtout, avec quelques sceptiques modernes , regarder l'hypochondrie , comme au-dessus des ressources de l'art , et adopter sans restriction , le conseil si souvent répété deMontanus, fuge medicos et medicamina P Cette conduite serait plus coupable encore que l'adoption d'une méthode curative franche : car elle priverait beaucoup de malades des ressources que la médecine peut encore avoir ^ à leur offrir. Je dis plus , le véritable médecin ne doit rien négliger dans une maladie dont l'ataxie ou la bizarrerie nerveuse est le caractère dominant. Les moyens les plus insignifiants , les plus ridicules même obtiennent quelquefois un succès qu'on n'aurait pas osé se promettre du traitement le plus sagement dirigé. Bannissez de la médecine , l'ambre , le succin, le castoréum , le musc , le camphre , et tons les remèdes de cette nature, s'écriait naguère un médecin , qui venait de s'en servir au préjudice d'un malade dont l'état demandait tout autre chose; parce qu'il aimait mieux proscrire ces remèdes que de reconnaîtresa faute. C'est encore aujourd'hui le cri de guerre de tous les médecins : point de remèdes contre l'hypochondrie ; mais ce n'est pas à cause des malades qu'ils ont perdus en les traitant avec des remèdes , c'est tout simplement parce qu'il est beaucoup plus facile et plus commode de ne pas se donner la peine de rien apprendre , et surtout d'apprendre à bien connaî-
510 TRAITÉ DE l'hYPOCHONDRIE.
tro et bien apprécier les cfis où les remèdes conviennent ou ne conviennent pas , et ceux où les uns conviennent plutôt que les autres , et avec les modifications que chaque disposition individuelle ou pathologique exige. Ainsi , je ne repousse rien de ce qui peut opérer sur l'économie une modification physiologique quelconque. Quelques faits pris au hasard suffiront pour prouver ce que j'avance.
Une névropathie hypochondriaque portée au plus haut degré conduisait M'"*^ T... à une fin prochaine. Aucun aliment n'était plus supporté. Sa garde vient au pied de son lit manger une soupe de courge. Un de ces caprices si fréquents dans les névropathies , fait désirer à la malade d'en manger une aussi. On satisfait à son désir. La soupe passe bien ; elle en mange une seconde, qui passe aussi. Elle se mit ainsi à l'usage de la courge , et elle ne mangea que cet aliment pendant plusieurs années. Les accidents névropathiques se calmèrent et avec eux l'hypochondrie. Cette dame a repris une santé parfaite , et elle ne s'est remise que lentement à l'emploi des autres aliments.
Je pourrais citer quelques faits semblables ; je me contenterai d'en puiser quelques-uns dans les auteurs.
Rhodius (Obs. H , cent. 2) a vu guérir une affection hypochondriatique par un morceau de rhubarbe mâché tous les matins.
Méad rapporte qu'un hypochondriaque , arrivé au dernier degré de marasme et presque à l'agonie , prit fantaisie de faire carillonner les cloches , comme s'il eût été mort et qu'on l'enterrât. Le carillonneur , peu musicien sans doute , s'en acquittait fort mal. Or le malade , qui , dans sa jeunesse , s'était beaucoup exercé à faire sonner avec goût les cloches , se trouva d'abord fatigué des sons discordants du sonneur. Bientôt il se mit en colère. Mais la sonnerie allant son train , il finit par se lever et par courir au clocher , où il se mit à ^sonner lui-même avec vivacité. Cet exercice le mit en sueur. Il rentra chez lui bien fatigué; il transpira beaucoup et fut guéri.
Zin cite le fait d'un hypochondriaque , qui , arrivé au dernier
inSTOlIlE TÎÎKUArKLTIOUi:. 511
dcgrc de faiblesse et de marasme , prit , à l'époque des vendanges, la tentation d'aller dans sa vigne manger du raisin. 11 en mangea si abondamment, qu'il en prit la diarrhée. Ce flux, entretenu pendant quelques jours par l'usage du même moyen, ramena bientôt la santé et le calme de l'intelligence.
Van-Swieten raconte une chose à peu près semblable d'un hypochondriaque , qui , ne pouvant plus supporter aucun aliment , se prit de passion pour les fraises et les cerises , au point d'en manger tous les jours plus de vingt livres. Ce régime , qui d'abord ne paraissait que bizarre , le guérit en fort peu de temps.
Schmidtraann nous parle aussi d'une femme , qui , ne pouvant plus rien digérer , prit fantaisie de manger du lard , qui passa bien , elle en fit sa nourriture , et la guérison fut etfectuée au bout de six semaines.
Viridet ( Traité des vapeurs , p. 173 ) a vu un hypochondriaque chez lequel le chagrin avait fini par amener la paralysie du bras , guérir par l'usage de l'infusion de trèfle d'eau , à la dose de cinq à six verres par jour.
Albrecht ( article Musique de l'Encyclopédie , 314 ) , a guéri un hyochondriaque gravement affecté , en lui chantant une chanson très-plaisante , qui l'égaya si fort , qu'il sortit de son lit en faisant des éclats de rire, et il se trouva parfaitement guéri.
Joseph Frank raconte , d'après les Ephémérides germaniques , la guérison d'un musicien , produite également par de grands éclats de rire , dont il fut pris en lisant l'ordonnance de son médecin , qui , pour toute prescription , lui avait écrit la musique d'un cantique.
Fréd. Hoffmann a guéri bien rapidement par l'usage des tonicpies et de l'exercice du cheval, un homme de ô6 ans devenu hypochondriaque à la suite d'une fièvre intermittente.
Louyer-Viflermay a rendu la santé, en deux mois de temps , à une dame qui depuis longtemps était livrée à une vie sédentaire , en lui prescrivant une infusion anti-spasmodique , une potion calmante et un exercice régulier.
•>15 TRAITÉ DE l'hYPOCHONDRIE.
Les foits de guérisoa seraiesit innombrables si je voulais citer ceux dans lesquels la cure a été obtenue au moyen d'un traitement régulier : je me borne donc à ce petit nombre.
Après de pareils résultats, après des guérisons ainsi obtenues par des moyens si singuliers et si insignifiants en apparence , on est tenté de se demander s'il est possible de leur attribuer la guérison et comment ils ont pu l'opérer. A la première question nous répondons : oui , ce sont eux qui ont procuré la guérison , puisque ce n'est qu'après leur administration qu'elle a eu lieu , ou qu'on a pu en voir ou en suivre les progrès pendant leur administration , tandis que tous les autres moyens avaient écboué. La seconde question pourrait ne pas être plus soluble pour cbaque moyen employé avec succès , qu'elle ne l'est pour les trois quarts des médicaments dont la vertu est le mieux constatée , et le remède n'en être pas moins efficace. L'expérience est ]à , et lorsqu'elle a parlé , quelque incotopréhensible qu'elle paraisse , le raisonncEient doit se taire. D'ailleurs qu'avons-nous trouvé dans la maladie ? une modification pathologique des systèmes nerveux cérébro-spinal et ganglionaire. Que faut-il pour opérer la guérison ? Changer cette modification par des agents thérapeutiques. Or les moyens à l'aide desquels ont été obtenues les guérisons que nous avons rapportées , ont bien certainement exercé une action sur l'économie , par conséquent sur les systèmes nerveux ; et c'est à cette action thérapeutique qu'il faut attribuer la guérison , parce qu'elle a remplacé la modification pathologique par une modification salutaire. Vainement objectera-t-on que l'action de ces agents n'étant pas la même , ils n'ont pas dû agir de la même manière sur une modification pathologique identique. Il serait trop long et superflu d'entrer ici dans les détails sur l'action thérapeutique de chaque remède, et démontrer par quel cnchainemenl chacun d'eux a pu et dû agir sur l'économie. Cette étude trouvera sa place autre part, et d'ailleurs il n'est pas de médecin qui ne puisse la faire; aisément , pour p(;u qu'il veuille examiner le mode d'action thérapeutique des agents employés. De quehjue manière <}ue se soit opérée la modification , elle
HISTOIRE TUÉRAPEUTIQUE. 513
a eu lieu : voilà le point important , et elle a détruit la modification pathologique qui constituait l'hypochondrie. Si elle a eu lieu une fois , deux fois , cent fois , elle peut avoir lieu encore , et c'est précisément parce qu'elle a été obtenue par des moyens différents et souvent disparates et même bizarres , que nous dirons que le médecin ne doit jamais désespérer complètement. Ce qui n'a pas réussi un jour peut réussir un autre jour. Ce qu'il n'a pas encore trouvé , il peut le trouver plus tard. Cependant je n'ai pas l'intention de donner ces motifs puissants d'espérance dans l'action de la thérapeutique , comme des certitudes de succès. La médecine a ses limites ; et de toutes les maladies, l'hypochondrie est peut-être la plus rebelle et la plus capricieuse. Mais puisque je trouve dans ces faits des raisons pour penser que des cas semblables peuvent encore se présenter , je ne vois pas pourquoi je ne me bercerais pas de cette flatteuse espérance. Et si la persévérance qui en résultera peut quelquefois être couronnée du succès , combien alors j'aurai à m'applaudir d'avoir pris ce parti I combien je me réjouirai d'avoir arraché un malheureux à d'éternelles souffrances î
De toutes ces considérations , nous tirerons la conséquence que pour être rare , la guérison de l'hypochondrie n'est pas impossible , et qu'on peut l'obtenir par une foule de moyens souvent aussi bizarres que le sont les phénomènes de la maladie. Puisqu'elle peut guérir , il est nécessaire de la soumettre à un traitement , la conséquence est rigoureuse. Mais à quel traitement donnerons-nous la préférence ? adopterons-nous l'un plutôt que l'autre , ou bien nous livrerons-nous , sans principe et sans guide , à tous les remèdes que le caprice et l'empirisme de l'ignorance nous indiqueront? non sans doute. Nous devons admettre un plan rationnel et méthodique , qui nous donne le plus de chances d'assurances et auquel viendront se rattacher tous les remèdes et toutes les médications , de façon que , sans en repousser aucun , on puisse se renfermer dans une thérapeutique sévère et philosophique.
Avant d'esquisser ce plan méthodique, il nous parait iudispen-
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sable de jeter un coup d'œil sur l'action des principaux remèdes et des principales médications dont on a fait usage dans l'hypochondrie. Cette analyse interprétative nous favorisera dans le développement du traitement à suivre , elle le rendra plus simple et plus facile, en faisant éviter des répétitions sur l'action des remèdes , et en donnant de suite la mesure de la foi qu'on peut leur ajouter , et de ce qu'on doit en attendre dans bien des cas donnés. Car en thérapeutique , il ne suffît pas de meubler sa mémoire d'une foule de remèdes et de recettes il faut surtout en bien étudier l'action sur l'économie dans tous les cas possibles , afin de savoir ce qu'on doit se promettre de chacun , et par conséquent dans quels cas ils peuvent et doivent être administrés. Dans beaucoup de maladies et principalement dans celle qui nous occupe , il est peu de médecins qui cherchent à se pénétrer de la nature et du génie de l'affection et des remèdes. Aussi les uns ne les épargnent pas et causent souvent un grand préjudice à leurs malades ; les autres les repoussent tous également, et se privent ainsi des ressources qu'ils pourraient trouver dans leur sage administration.
Pour mettre un peu d'ordre dans l'exposition que nous allons faire , nous grouperons ensemble les médicaments qui opèrent une médication analogue , et nous étudierons séparément ceux auxquels on attribué une action spéciale contre l'hypochondrie. En d'autres termes nous nous occuperons d'abord des médications , et ensuite des spécifiques, à mesure qu'ils trouveront leur place dans chaque médication.