‹ Traité complet de l'hypochondrieChapitre 26 sur 40 · I. MÉDICATION ADOUCISSANTE · texte numérisé non relu

I. MÉDICATION ADOUCISSANTE

Si l'on voulait comprendre sous cette dénomination , tous les remèdes qui peuvent adoucir l'économie ou les organes irrités , on serait obligé de passer en revue la matière médicale tout entière , parce qu'il n'est pas de remède qui ne puisse , dans certains cas , produire ce résultat. Ce ne sont pas seulement les adoucissants pris sous les différentes acceptions d'antiphlogistiques , de délayants , de tempérants , d'acidulés, de

controstimulants , qu'on devra y comprendre. Ce n'est pas seulement dans les boissons nombreuses, tisanes, potions, juleps, pilules , lavements , bains, cataplasmes, fomentations, etc., renfermés dans cette classe nombreuse de médicaments , qu'on prendra les adoucissants. On en trouvera dans tous les remèdes qui combattront et dissiperont la modification pathologique de l'irritation , que ce soit en combattant directement l'irritation générale ou locale , que ce soit en neutralisant certains principes irritants, acres ou délétères ou tout au moins leur action trop active sur l'écotiomié ; que ce soit enfin en détruisant les causes de l'irritation. Il ne serait donc pas un remède qui pût se soustraire à la dénomination d'adoucissants , depuis les alcalescents qui absorberaient certains acides ou certaines àcretés , depuis les mercuriels qui combattraient différents principes virulents ou hypersthénisants, jusqu'aux purgatifs les plus énergiques qui élimineraient des matières humorales, ou des mucosités renfermées dans le canal digestif, jusqu'aux irritants les plus violents qui dissiperaient une irritation locale ou générale , en la déplaçant ou en la concentrant sur un point. Mais ce n'est point ainsi que nous devons envisager la médication adoucissante. Nous ne devons comprendre et nous ne comprenons dans cette catégorie que les moyens qui exercent sur l'économie ou sur les organes une action adoucissante directe , et non ceux qui n'adoucissent que secondairement , et par un enchaînement d'actions et de réactions plus ou moins compliquées. Quoique nous réunissions dans cette même classe tous les remèdes qui opèrent une action adoucissante directe , nous reconnaissons qu'ils n'agissent cependant pas tous absolument de la même manière , et sous ce rapport on pourrait en faire plusieurs divisions. Celle qui nous a paru la plus simple, la plus en harmonie avec leurs manières d'agir, les partagerait en cinq classes: 1" les tempérants proprement dits; 2" les mucilagineux ou gommeux; 3*^ les acidulés; 4° les analeptiques; 5° les huileux. Cette division est la plus naturelle , soit sous le rapport de la composition des adoucissants , soit sous le rapport de leur action , qui présente des différences assez importantesi

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Ce ne serait pas le lieu de nous occuper trop longuement de la manière d'agir des adoucissants, cependant nous ne pouvons pas nous dispenser de le faire d'une manière succincte et à la fois assez détaillée , afin de pouvoir mieux apprécier leurs lx>ns et leurs mauvais effets et les ressources qu'ils peuvent fournir dans le traitement de l'hypochondrie.

On peut reconnaître dans les adoucissants trois modes d'action : action sur les liquides , action sur les tissus en général , et action sur le système nerveux cérébral. Leur action sur les liquides et principalement sur le sang est peut-être plus chimique que vitale. Le liquide médicamenteux, introduit par absorption dans le grand réservoir de tous nos fluides , dans le sang , y opère des changements chimiques et physiques incontestables ; eu y introduisant une plus grande quantité d'eau , il détruit les proportions qui existent entre les principes constitutifs du sang, il augmente sa partie séreuse. De cette manière, le sang moins riche en fibrine et en hématosine , ne porte plus aux organes des principes actifs aussi concentrés , la stimulation doit en être moindre, les organes ou les tissus doivent en recevoir des matériaux ou des éléments plus tempérants. Et s'il est vrai , comme beaucoup de faits semblent le démontrer , que le sang jouisse d'une vie qui lui soit propre, ces liquides adoucissants calmeront , tempéreront la sur-excitation de cette vie hématoïque, et, en y ramenant plus de calme, ils concourront à le ramener dans le reste de l'économie , ainsi que semblent le prouver une foule de faits thérapeutiques. Il n'est donc pas clonnant que cette action des adoucissants ait inspiré l'idée de les faire servir au traitement de l'hypochondrie , aussitôt que les théories ou les doctrines médicales ont fait envisager la maladie comme un "produit de réchauffement des liquides, ou de rirritation des solides. Si quelque chose doit surprendre, c'est [u'ils n'en aient pas fait plutôt la base essentielle. Nous trouvons en eflct que dans l'antiquité et surtout dans le moyen-àge, e sont toujours des médications plus ou moins actives qui doniuent en suivant les idées thérapeutiques régnantes, soit qu'elles voulussent que l'on combattît les dispositions vicieuses

des organes , stoit qu'elles prescrivissent de les évacuer , soit qu'elles conseillassent de corriger les esprits animaux ou les ferments irrégulièrement dirigés. Cependant on voit, à ces époques mêmes , des médecins observateurs reconnaître les effets nuisibles de la médication régnante et s'efforcer d'en atténuer les fâcheuses conséquences;, en les proscrivant momentanément ou même complètement dans certains cas , ou tout au moins en les associant aux adoucissants. Tel fut déjà Alexandre de Tralles qui proscrivait les échauffants pour ne conseiller que les moyens les plus doux. Ce furent aussi les conséquences auxquelles arriva Craton. Rodericus voulait qu'on n'administrât que de légers purgatifs /encore les associait-il aux boissons douces. Baillou condamne l'abus des remèdes et insiste sur un régime humectant. Baglivi blâme beaucoup les remèdes échauffants et il s'attache à ne prescrire que les plus doux. Mais c'est à Pome que nous sommes redevables du traitement adoucissant le plus énergique et le pi us exclusif. Son eau de poulet et les bains , voilà toute sa médication contre le prétendu raccornissement des nerfs. Depuis lui sa méthode a été presque généralement adoptée, c'est-à-dire que la thérapeutique, échauffante , tonique , évacuante est tombée de plus en plus en désuétude. La doctrine de l'influence nerveuse , prenant chaque jour plus d'extension , a tout concentré sur elle , et les moyens doux et calmants sont devenus les remèdes presque seuls usités, ou tout au moins on les associe le plus souvent au traitement moral qui, aujourd'hui, absorbe tous les esprits et se substitue à tous les autres moyens.

Ainsi , la médication adoucissante , quoique plus rationnelle que les autres , a rarement fait la base d'un traitement complet de l'hypochondrie. Il faut donc que les praticiens ne lui aient pas reconnu toute l'efficacité désirable contre cette maladie. Il faut donc que les adoucissants seuls soient impuissants contre elle. Il faut donc que leur manière d'agir , que leur action sur l'économie ne renferme pas toutes les qualités exigées pour la cure de la maladie. Poursuivons jusqu'au bout l'examen des effets des adoucissants j. et nous trouverons peut-être la raison ,

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sinon de leur proscription, au moins de leur fréquente inefficacité.

Aucun acte ne s'opère daps l'économie sans avoir été provoqué par une incitation , par un agent i^citateur. Cette vérité bien constatée et mise hors de doute , plusieurs savants en ont fait la base de tout le mécanisme vital : on ne vit plus dans l'économie que l'incitabilité , et dans ses fonctions , que le résultat de l'action des incitateurs sur les tissus excitables. Quoi qu'il en soit de la justesse de la généralisation de cette idée, il n'en reste pas moins démontré qu'aucun acte ne saurait avoir lieu , si un agent incitateur ne vient en solliciter rinstrument ou l'organe. De là est née cette fameuse dichotomie du strictum et du laxum de ïhémison , si amèrement reprochée à la doctrine sthénique et asthénique de Brown, et cependant reproduite dans l'irritation et l'abirritation de Broussais. Cette manière de voir est séduisante, aussi a-t-elle toujours excité le plus grand enthousiasme toutes les fois qu'elle a été professée par des hommes de talent. Son tort réel est de ne voir qu'excès ou défaut d'excitation, et de tout englober d'une manière générale sous ces deux points de vue, sans tenir compte des milliers de modifications que les incitateurs imposent à l'économie. Et cependant c'est ce qu'il ne faut jamais perdre de vue. Les incitations , les sthénies , ne sont point identiques , elles sont tellement modifiées et par conséquent différentes , qu'elles peuvent paraître opposées ou contradictoires. Dès lors il est évident que la doctrine ainsi établie sur cette base large et vague, ne pouvait plus se soutenir , trop de faits venaient à chaque instant la mettre en défaut. Mais sans admettre dans toute la force de son acception cette division dichotomique , on ne peut se refuser de reconnaître l'action de tous les agents quelconques sur l'économie, seulement pour être plus exacts il faut les appeler modificateurs et l'action qui en résulte constituera une modification. Malgré cette manière plus vraie , la seule vraie , d'envisager la question, nous sommes toujours obligés de remonter en définitive à l'incitation ; car cha(|ue modification n'est en dernier lieu qu'un mode particuUer de l'incitation. Gela

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posé, il nous devient plus facile d'expliquer pourquoi les adoucissants et délayants, seuls, échouent dans le traitement de l'hypochondrie. Cette maladie n^est point en effet, une simple irritation, une hypersthénie nerveuse. Elle est, comme nous l'avons vu , une modification bizarre, irrégulière^ une véritable ataxie des systèmes nerveux ganglionaire et cérébrospinal. Non seulement la maladie varie suivant les sujets ; mais, dans le même individu , elle change d'un moment à l'autre.

La modification qui paraissait une irritation un moment, parait une asthénie un moment après : c'est un désordre incompréhensible , encore bien moins explicable. Comment dès lors voudrait-on qu'une seule médication pût convenir à tous les cas et à toutes les circonstances. Elle doit varier , comme la maladie elle-même , non seulement suivant les individus mais chez le même individu dans des moments différents.

D'après cette considération toute puissante , la médication ^ adoucissante , pas plus qu'une autre , ne peut donc pas convenir d'une manière exclusive ; mais indépendamment de cette raison , il en est une autre non moins puissante , et qui émane des considérations précédentes , et surtout de cette loi générale qui réduit tout dans l'économie à l'irritabilité et à la nécessité de la mettre en jeu par les incitateurs pour opérer les actes. Il est évident maintenant qu'une médication qu'on peut regarder comme hyposthénisante ne peut pas faire d'une manière absolue un traitement général, puisqu'il ne serait pas applicable à tous les cas ni à tous les instants. En outre ce calme , cette abirritation que les adoucissants tentent sans cesse à produire , ne peut moins faire que de devenir ou partielle et locale, ou générale. Si elle devient partielle , ce qui est le cas le plus ordinaire , l'estomac qui paraissait irrité , tombe dans un état de faiblesse ou d'asthénie qui ne lui permet bientôt plus de rien supporter. L'action hyposthénisante des adoucissants devient elle-même à charge à cet organe et il se révolte contre eux , non point parce qu'il est irrité , mais parce qu'une sorte d'instinct dû à la nature médicatrice lui fait repousser des pgents qui lui deviennent nuisibles. Cela est si vrai , que bien

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souvent alors , un léger tonique , même une goutte de vin de Bordeaux , calme le prétendu orage d'irritation et ramène l'équilibre , parce qu'il a été un agent modificateur analogue à la modification dans laquelle se trouvait l'estomac. D'ailleurs n*est-il pas reconnu que ces boissons fades , que ces eaux chaudes , trop longtemps continuées, lassent bientôt l'estomac, parce qu'elles ne lui portent pas une stimulation suffisante ? Nos organes s'accoutument bientôt aux modificateurs qui agissent sur eux ; ils ont besoin que de nouveaux modificateurs viennent opérer en eux des changements qui les disposent à de nouvelles modifications, et à recevoir l'impression d'autres agents. Or , de tous les agents thérapeutiques il n'en est point qui produisent aussi promptement ce dégoût , cette fadeur , cette fatigue des viscères gastriques.

Si la faiblesse ou l'asthénie, provoquée ou non par les adoucissants, était générale, il est é^,ident que ces médicaments conviendraient encore moins ; ce ne sont pas eux tous seuls qui pourraient rétablir des forces épuisées. Nous ne parlons que de la faiblesse essentielle, car la faiblesse relative, lorsqu'elle dépend de la lésion d'un organe , exige les moyens propres à combattre cette lésion , et si elle dépend d'une sur-excitation organique quelconque, et surtout de la sur-excitation nerveuse, les adoucissants seront ses moyens les plus convenables. Encore faudra-t-il savoir les suspendre à temps ou leur associer d'autres médicaments, afin de ne pas s'exposer à l'inconvénient de leur action trop débilitante sur l'estomac et l'économie.

Ces préceptes généraux peuvent s'appliquer à tous les adoucissants sans exception. Cependant il ne faut pas croire qu'ils agissent tous de la même manière. Leur action est différente suivant la classe à laquelle ils appartiennent , suivant môme chacun d'eux en particulier. Il importe en conséquence de bien connaître le mode d'action de chaque espèce d'adoucissants d'abord, et ensuite de chacun en particulier.

Les adoucissants (|uc nous avons appelés tempérants ou délayants sont ceux qui n'agissent presque que par le véhicule

aqueux , l'eau pure ; la décoction d'orge en paille , l'eau de gramen , de laitue , de chicorée blanche , l'eau de réglisse , sont dans cette catégorie ; ces boissons chargent ordinairement peu l'estomac, parce qu'elles ne contiennent pas ou que peu de principe alibile qui puisse nécessiter un travail de digestion. Elles sont absorbées telles qu'elles se présentent; aussi elles peuvent être supportées longtemps sans inconvénient et on peut y revenir souvent.

Les boissons mucilagineuses ou gommeuses , sont celles qui tiennent combinées avec l'eau des substances mucilagineuses ou des gommes ; telles sont les décoctions et infusions de racines , feuilles et fleurs de mauve et de guimauve , ou de symphitum , la décoction de graines de lin ; les dissolutions de gomme arabique , de gomme adragant, de gomme du Sénégal, d'albumine de l'œuf, etc. Ce principe mucilagineux donne , il est vrai , au liquide une vertu plus adoucissante , plus onctueuse , qui peut leur faire donner la préférence dans certains cas , où l'éréthisme nerveux de l'estomac est extrême et voisin de la phlegmasie, alors ces principes visqueux recouvrent ou enveloppent mieux , pour ainsi dire , les papilles nerveuses et les tissus irrités , elles y adhèrent mieux et plus longtemps, elles peuvent donc exercer sur eux une action plus prolongée. Mais d'un autre côté , l'absorption de ce mucilage est moins facile ; il a besoin de subir un travail élaboratoire , une sorte de digestion qui le dispose à être mieux absorbé. Ce travail , quelque léger qu'il soit , peut être encore trop pénible pour un estomac malade, lorsque surtout , par ses qualités débilitantes , la boisson vient encore ajouter à la faiblesse des organes digestifs. Elle ne possède rien pour en réveiller l'action, tout en elle tend au contraire à la diminuer;, à l'affaiblir. Aussi les mucilagineux sont supportés plus difficilement et moins longtemps, à moins que le véhicule n'en contienne qu'une proportion si minime qu'il reste dans la classe des boissons délayantes ou aqueuses. On voit dès lors , pourquoi ces boissons si douces deviennent souvent irritantes. On sent pourquoi il faut souvent les suspendre , pourquoi aussi il est souvent

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nécessaire de leur associer quelques agents propres à leur don-^ ner une vertu un peu stimulante , afin de réveiller l'action des organes digestifs et de ne pas les plonger dans cet état de fadeur , comme on dit vulgairement , ou de langueur , qui , en rendant les digestions plus pénibles , aggrave la maladie ou tout au moins en exaspère les accidents. J'insiste sur ce point, parce que cette manière d'agir des mucilagineux est, en général , fort peu comprise , surtout dans l'hypochondrie et dans la gastralgie.

Les boissons acidulés , telles que la limonade crue ou cuite , l'orangeade , la limonade minérale , l'eau de groseille , les sirops acides convenablement étendus , les acides minéraux en petites doses dans un véhicule aqueux ,etc., se rapprochent des boissons tempérantes par leur action sur l'estomac , cependant elles en diffèrent beaucoup aussi , surtout dans la maladie qui nous occupe. Ce n'est jamais indistinctement qu'on portera une substance active sur un estomac si vicieusement affecté. Les acides ont alors sur lui une action bien prononcée et quelquefois bien vive. S'ils donnent au liquide une propriété légère^ ment stimulante et propre à les faire mieux digérer , ils lui donnent aussi , par cela même qu'ils sont acides , une vertu irritante qui s'accommode fort mal avec la disposition pathologique dans laquelle se trouvent les nerfs en général et en particulier ceux de l'estomac. Comme on le dit vulgairement , les acides crispent les nerfs. Cette expression peut mal sonner aux oreilles de ceux qui veulent une précision mathématique dans le langage, cependant elle peint assez bien , sinon l'effet physique, du moins la sensation qu'ils produisent sur les organes. Cette sensation est pénible : elle agace le genre nerveux , comme on le disait autrefois , et si elle est continuée ou souvent renouvelée , clic peut devenir et elle devient réellement nuisible. Le système nerveux en est plus fatigué , plus irritable et beaucoup plus impressionnable. Aussi , n'est-ce qu'avec la plus grande réserve qu'il faut en faire usage; et l'on ne doit ni les administrer seuls et sans quchiues correctifs , ni les continuer trop long-^ temps.

Aux boissons analeptiques appartiennent les eaux de veau , de poulet, de grenouille, les bouillons animaux, le lait, le petit-lait , les décoctions des différentes substances féculentes, riz , orge perlé. Les émalsions et tisanes émulsives dont Viridet avait tant à se louer , l'hydrogale. En même temps qu'elles sont adoucissantes , ces boissons contiennent en outre des principes nutritifs qui les rendent bien plus précieuses , parce que l'aliment qu'elles portent avec elles les empêche d'affaiblir trop l'économie. S'il n'est pas suffisant pour restaurer , pour nourrir les organes , du moins il s'oppose à ce que l'action débilitante du véhicule aqueux n'augmente la faiblesse et avec elle l'irritabilité nerveuse. Aussi ces boissons conviennent-elles le plus ordinairement , et nous trouvons qu'elles ont presque toujours été conseillées , ou seules ou associées aux autres remèdes. Pome seul a mis dans son eau de poulet toute la pharmacie de l'hypochondrie, et quelques auteurs ont essayé parfois de faire de la diète lactée toute la thérapeutique de cette maladie. Malgré les avantages de cette médication , il est impossible d'en faire une panacée ou traitement unique et exclusif. Il faudrait pour cela ne pas connaître toutes les bizarreries de l'estomac et du système nerveux dans cette maladie. Il faudrait ne pas savoir que ce qui convient à l'un ne convient pas toujours à l'autre , que ce qui réussit aujourd'hui échouera demain. On ne peut en conséquence rien se promettre d'avance , même des moyens qui paraissent les mieux indiqués. Il ne faut pas non plus oublier que ces boissons analeptiques, contenant une substance alibile , exigent un travail de digestion que l'estomac n'est pas toujours en état de pouvoir exécuter, surtout dans certains cas de gastralgie qui rendent cet organe, non-seulement plus faible et moins apte à digérer , mais encore très-capricieux et bizarre : car il digérera quelquefois des aliments assez solides et il ne pourra pas supporter l'eau de veau ou de poulet ; et quelque analogie qu'il y ait entre ces boissons, il arrivera quelquefois qu'il en supportera très-bien quelqu'une, pendant qu'une autre ne pourra pas passer. C'est ce qu'on voit tous les jours pour les eaux de poulet , de veau , ou de grenouille , ou pour diffé-.

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rentes espèces de lait. Il ne faut donc pas s'opiniâtrer, il ne faut pas non plus rejeter , je suppose, l'eau de veau, parce que l'eau de poulet ou de grenonille ne passera pas. Il faut connaître les caprices de l'estomac et s'y conformer.

On comprend les substances huileuses au nombre des adoucissants , et l'on a raison ; mais en même temps avec quelle prudence on se décidera à porter ces médicaments sur un organe, qui bien souvent a de la peine à supporter les mucilagigineux et les eaux de veau ! Les huileux sont plus ou moins indigestes ; et dans certains estomacs gastralgiques, ils passent facilement au rance , et deviennent ainsi très- irritants. On voit dès - lors combien on devra être sobre de leur administration. Aussi, aucun d'eux n'a jamais formé une méthode exclusive de traitement. Ils n'y sont jamais entrés que comme auxiliaires ou adjuvants. Cependant il ne faut pas les proscrire d'une manière absolue , ils peuvent quelquefois trouver le moment d'être fort utiles. C'est ainsi que Woodwart a recueilli des observations fort remarquables (Selectœ cases in physice), qui prouvent que dans plusieurs cas on peut trouver, dans un sage emploi de l'huile d'amande douce dont il abusait peut-être , des ressources que l'on chercherait vainement dans les autres classes de remèdes. Il la prescrivait surtout quand il y avait un fort spasme dans les premiers intestins et dans les conduits biliaires. On la voit alors calmer les douleurs , arrêter les vomissements , rétablir le cours de la bile en purgeant sans fatigue. Si leur emploi intérieur réclame tant de précautions, il n'en est pas de même de la forme topique. D'après ce mode d'administration, ils rendent souvent les plus grands services, en calmant les douleurs locales, en assouplissant, pour ainsi dire, les fibres rigides des tissus et des nerfs , et en prévenant ainsi et leur réaction sur l'imagination, et les conséquences de celle réaction.

Avant d'en finir avec les adoucissants , nous allons en examiner quelques-uns en particulier , nous pensons devoir ne nous occuper que de ceux qui ont joui de l'honneur de faire seuls les bases d'un traitement complet.

Du lait.

De tous les remèdes préconisés contre les maladies nerveuses , le lait est celui dont on s'est le plus occupé depuis lïippocrate , dont Vhydrogale formait une grande partie de la thérapeutique. Les uns l'ont loué outre mesure ; Viridet assure n'en avoir jamais retiré que de bons effets , Tissot le regarde comme le remède le plus doux , le plus sûr et le plus exempt d'inconvénient , M. Réveillé-Parise veut qu'on le donne en abondance, comme le meilleur moyen de rétablir la santé , pourvu qu'on le digère bien.Les autres l'ont proscrit d'une manière trop absolue. Sydenham lui-même, malgré ses bons effets qu'il ne peut méconnaître, et dont il s'étonne, id in hoc curandi methodo mirandum , en condamne l'usage du moins longtemps continué ; parce que ne voyant qu'atonie , il ne le croyait pas capable de la dissiper. Il en est de même de tous ceux qui avec lui , n'ont vu dans l'hypocbondrie que faiblesse des tissus ou putridités des humeurs. Le plus grand nombre s'est montré plus sage. En en reconnaissant les bons effets , ils ont vu dans son administration des restrictions que la pratique semblait exiger. C'est ainsi que Sauvages le trouvait contrindiqué dans l'hypocbondrie pituiteuse. Hoffmann , Chesneau , Lorry , Cheine , Raulin , Scardona , Tissot , Yillermay , MM. Dubois , d'Amiens , Barras , etc. , l'ayant vu réussir le plus souvent et échouer quelquefois , ne l'ont ni adopté ni rejeté d'une manière absolue, et, dans leurs efforts pour chercher à préciser les cas où il convient et ceux où il peut nuire, ils ont donné des préceptes puisés , soit dans leur pratique , soit dans des idées théoriques plus ou moins justes. Pour bien apprécier tout ce qui a été dit de cet aliment médicamenteux , et par conséquent, pour mieux juger les cas où il convient et ceux où il ne convient pas , il importe de jeter un coup d'œil sur son action et ses effets dans l'économie.

Il n'entre dans la composition du lait aucune substance excitante ; le sérum , le caséum , le sucre de lait et un peu d'acide lactique n'ont rien qui soit propre à stimuler , qui soit propre

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à mettre en jeu l'excitabilité organique. Or , voici ce qui se passe dans les cas les plus ordinaires. En arrivant dans l'estomac , le caséum se coagule presque instantanément, et le lait forme une masse caillebotée sur laquelle l'estomac agit ordinairement avec facilité, et qu'il transforme en une sorte de chyme^ qui passe rapidement dans l'intestin , pour y être absorbé en totalité, ou presque en totalité. L'impression locale du lait sur la muqueuse gastrique est douce et faible , elle semblerait même devoir en diminuer l'action ; car elle modère la circu-^ lation capillaire , qui au lieu d'être activée comme dans les cas ordinaires de digestion, se trouve ralentie au point que la membrane en devient plus pâle. D'où il faut conclure que la facilité avec laquelle le lait passe le plus ôrdinaireuent tient moins à une digestion réelle , à une conversion en chyme complet , qu'à un simple transvasement d'une matière alibile presque toute chymifiée , de l'estomac dans le duodénum. L'action topique du lait sur les parois de l'estomac est donc adoucissante et débilitante ; par ce seul fait il peut donc déjà exercer sympathiquement sur l'économie une action analogue. Mais si nous poursuivons l'examen plus loin , nous voyons le lait s'introduire presque tout entier dans le torrent de la circulation , porter dans le sang des principes doux et calmants , et celui-ci présenter aux organes des matériaux nutritifs également doux , et n'agir sur eux qu'avec moins d'énergie. De cette manière le sang plus doux ^ moins échauffe , les tissus et les organes restaurés par des mollécules nutritives plus douces , doivent nécessairement amener dans l'économie un calme plus grand qui émousse toutes les excitations , ralentit la circulation , dispose au sommeil et favorise une moiteur douce et presque atonique ; et si l'usage en est continué longtemps , on voit de quelle influence il doit être sur la constitution et consécutivement même sur le moral : on voit quelle influence aussi il doit exercer sur l'économie dans les maladies avec irritation et avec épuisement. Ce calme que porte le lait dans tous les organes les dispose à s'en laisser pénétrer , à s'en assimiler les molléculcs nutritives, de là cet embonpoint quelquefois rapide qu'acf[uièrent les personnes qui se soumet-

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tent a l'usage du lait, à la diète lactée , et qu'il faut attribuer A la matière grasse ou butyreuse , bien plus qu'à la faiblesse des tissus. Ce que nous venons de dire , l'expérience le justifie tous les jours , et les observations comparatives recueillies de tout temps chez les peuples pasteurs qui se nourrissent de lait , et chez les peuples qui se nourrissent de chair , en fournissent des exemples frappants.

Mais il ne faut pas croire que les choses se passent toujours ainsi. Par cela même que le lait n'est pas un excitateur suffisant , il arrive bien souvent que l'estomac ne le digère qu'imparfaitement , et qu'il le fait passer rapidement dans l'intestin qui ne digère pas mieux et qui le fait circuler dans son canal, avant d'avoir le temps de l'absorber. Alors il y a diarrhée, il y a espèce de purgation provoquée , non point par l'action purgative du lait , mais par son défaut d'excitation sur l'appareil digestif. Voilà pourquoi le lait parait jouir des deux propriétés en apparence opposées, de constiper et de relâcher. On sait que dans ce dernier cas , il ne produit plus les bons effets qu'on avait lieu de s'en promettre ; ni il ne calme , ni il ne restaure.

Dans quelques autres circonstances , il pèse sur l'estomac qui a de la peine à le chasser dans le duodénum ; il y acquiert même des qualités acides, aigres, qui occasionnent des douleurs et des pesanteurs , des flatuosités , des nausées. Alors encore le lait n'estplus adoucissant; mais il n'est point irritant par ses qualités physiques et intrinsèques , il ne le devient que par son défaut de stimulation sur l'organe de la digestion , qui reste ainsi dans une sorte de torpeur au lieu de digérer. Vu cette action qui finirait par devenir nuisible , il est évident que le lait ne peut pas indistinctement convenir dans tous les cas, et qu'alors il ne faut pas s'opiniâtrer à en continuer l'usage.

Cependant l'administration du lait ne produit pas toujours sur-le-champ et d'emblée l'effet salutaire ou nuisible que nous avons signalé. Bien souvent il sera très-bien supporté pendant quelques jours , et sans cause connue , après son emploi plus ou moins prolongé , il commence à ré-

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pugner et à peser sur l'estomac , et cette action vicieuse devient chaque jour plus marquée et plus puissante. D'autres fois au contraire , ^la première impression du lait est défavorable et fait craindre de ne pouvoir en continuer l'usage. Mais un peu de persévérance accoutume l'estomac à sa présence ; il est bien supporté, bien digéré, et il procure tout le bien qu'on peut en désirer. Au reste , les cas où le lait n'est pas supporté sont les plus rares. On peut donc en conclure que cette boisson analeptique, très-convenable dans tous les cas oii il s'agit de tempérer l'irritation nerveuse locale et générale , de porter dans les organes un aliment qui y fasse la fonction de calmant tout en les nourrissant , sera la mieux adaptée à l'état de l'économie dans l'hjpochondrie. Voilà pourquoi on l'emploie presque tou^ jours et sous toutes les formes.

Malgré cet assentiment presque universel sur les avantages qu'on peut retirer du lait , il ne faut pas croire qu'il puisse convenir dans tous les cas et qu'on puisse le prescrire impunément à tous les malades. C'est même à cause de ses mauvais effets dans quelques circonstances, que plusieurs médecins l'avaient proscrit d'une manière absolue , extrême tout aussj erroné et même plus que celui qui le prescrit constamment dans tous les cas. Il faut cependant se préserver de ces deux extrêmes et se rappeler qu'en médecine, il n'y arien de parfaitement positif, comme le disait Galien, nihil plané sincerum. Jl faut s'accoutumer à voir échouer souvent le remède le mieux indiqué , et réussir quelquefois le moyen le plus insignifiant. Il faut surtout chercher , autant que possible , la cause de ces différences dans les résultats , afin de les prévoir et de s'abstenir d'avance du moyen qu'il faudra suspendre au bout de quelques jours.

On s'accorde en général avec Sauvages, à le regarder comme conlrindiqué dans l'hypochondrie pituiteuse , lorsque les membranes muqueuses sont devenues le siège d'une sécrétion muqueuse abondante avec débilité générale ; toutes les fois aussi qu'il y a une faiblesse idiopathique , indépendante de toute autre lésion organique ou d'une irritation ataxique nerveuse, dont

elle serait la conséquence. C'est pour cette raison qu'il réussit fort mal chez les personnes douées d'un tempérament lymphatique , chez les personnes qui ont fait un long abus des aliments doux , des boissons délayantes , et qui , par cet usage, ont. plongé leur estomac dans un état de débiUté , de tendreté comme le dit M. Barras , et chez les personnes qui ont une disposition au ramollissement, aux saburres,aux embarras muqueux , aux flatuosités. II est même des personnes qui , sans causes connues , ne peuvent pas supporter le lait ou qui en sont fatiguées : alors il ne ftmt pas trop insister.

Cependant n'exagérons pas ces obstacles , ils sont beaucoup moins fréquents que ne l'a pense le docteur Barras. Cet auteur estimable s'est quelquefois laissé entraîner par sa guerre à la doctrine physiologique. Il accorde trop d'influence à l'effet topique du lait et à sa pénétration endosmotique dans les tissus. Il ne tient pas assez compte de ses qualités nutritives , par conséquent restaurantes. Dans la pratique il n'est cependant pas aussi sévère , car il le prescrit souvent , et il a fait la remarque surtout que le lait d'ânesse était le meilleur moyen d'apaiser l'irritation de l'estomac causée par l'emploi de substances toniques et excitantes et surtout du sulfate de quinine. Si le plus souvent il n'y a pas besoin de préparatifs, il est cependant des circonstances dans lesquelles le malade a besoin de se préparer, ou plutôt de préparer son estomac à l'usage du lait. Qu'il y ait un état de dyspepsie saburrale , il est évident qu'il faut la combattre d'abord. Il en est de même de plusieurs autres dispositions pathologiques des premières voies.

Il est des qualités qui sont inhérentes et particulières au lait et qui peuvent aussi en faire rejeter l'emploi , ou du moins qui doivent quelquefois nécessiter des moyens propres à en corriger les effets nuisibles. Le lait ne convient point pendant la gestation de l'animal , surtout pendant les deux derniers mois , il perd une grande partie de ses qualités en perdant son caséum et son sucre. Il n'est pas meilleur pendant les premiers mois qui suivent la parturition. Il contient alors beaucoup de cohstrum , qui le rend plus relâchant et beaucoup moins

^30 TRAITÉ DE l'hYPOCHONDKIE.

nourrissant , et surtout bien moins adoucissant. Il convient aussi de choisir ie lait d'une vache ou femelle qui soit à sa troisième portée. Celui de la première est en général trop séreux et trop relâchant. Il n'est pas non plus indifférent de prendre le lait d'une traite plutôt que celui d'une autre. La traite du matin donne un lait supérieur à celui de la traite du soir , parce que sans doute le repos de la nuit est plus favorable à l'élaboration de ce produit, il ne faut pas non plus qu'on fasse un trop grand nombre de traites par jour', la sécrétion plus abondante qu'on obtient ainsi , se fait au détriment de l'animal et par suite des qualités du lait. Il ne faut pas non plus ne traire ranimai qu'une fois ; le lait perdjde ses qualités par un long séjour dans les vaisseaux lactés. On a même observé que , dans la même traite , la qualité du lait qui sortait le premier n'était pas la même que celle du lait qui est tiré à la fin. Le premier lait est plus séreux , le dernier contient plus de crème, on pourra donc mettre à profit cette connaissance , selon que l'estomac sera plus ou moins bien disposé à supporter un lait plutôt que l'autre, selon qu'on voudra donner une nourriture plus ou moins abondante. Tout le monde connaît aussi l'influence de l'alimentation sur le fait , puisqu'on thérapeutique on s'en sert quelquefois pour médicamenter les enfants et les malades , en faisant prendre à la nourrice ou à l'animal qui fournit le lait dont le malade fait usage , les médicaments qui lui conviennent , et l'on a acquis la certitude qu'il en acquérait souvent les propriétés. Il en est de même de l'alinieiit. Le lait des bestiaux qui vont paître dans des lieux bas et humides est plus séreux : il fournit moins de beurre et encore ce beurre est-il plus blanc et moins sapide. Tandis que les animaux qui paissent dans les boisetsur les montagnes, qui mangent des herbes odorantes, fournissent un lait plus consistant , plus riche en crème et donnent un beurre plus jaune , plus sapide , quelques plantes mêmeconununiquent une odeur et une saveur particulières au lait: telles sont rabsynthe , le thym , l'ail , etc. Aussi a-l-on remarqué que le lait des animaux qui allaient au pûturageélaitplus adoucissant que celui de

ceux qui sont nourris dans une étable avec du fourrage sec ci d'autres aliments moins rafraîchissants. C'est pour cette raison que le lait du printemps et celui de l'automne sont en général meilleurs , parce qu'à ces deux époques de l'année , il y a une pâture fraîche et de meilleure qualité. On se fait dès-lors une idée des qualités différentes de ces laits , du parti qu'on peut en tirer , et par conséquent de celui qu'on doit choisir , et de la manière dont on doit nourrir l'animal pour l'obtenir. Les animaux ne sont guère plus à l'abri des passions que l'espèce humaine.Le lait des femelles doitdonccomme celui des nourrices eu recevoir de l'influence. Il est donc nécessaire que l'animal dont on fera usage pour le lait soit soigné de manière à ne produire chez lui aucune passion , de colère , de jalousie , ou de chagrin. Il est , je pense , inutile de mentionner les maladies comme cause d'altération du lait. Tout le monde le sait , ce n'est donc jamais d'une bête malade qu'on prendra le lait, surtout pour un hypochondriaque.

Le lait le meilleur , celui en conséquence auquel on donnera la préférence , c'est celui qui vient de sortir de son trayon et qui , encore chaud , conserve son arôme. C'est là une règle générale , qui ne peut guère recevoir d'exception. Quoique en général, il soit plus léger\, plus facile à digérer , et que par conséquent il jouisse même de toutes ses qualités adoucissantes, il est néanmoins des individus ou des estomacs qui ne peuvent pas le supporter tel, et qui s'accommodent mieux du lait froid, du lait passé, du lait écrémé, et même du lait réchauffé. La seule règle qu'on puisse tracer à cet égard, c'est de connaître ces dispositions idiosyncrasiques , afin de s'y conformer et de choisir dans l'occasion le lait qui convient le mieux.

Nous ne croyons pas devoir entrer dans les détails qui sont relatifs aux moyens nombreux qui ont été proposés pour mieux conserver ce liquide ou même pour en corriger quelques-unes des altérations, ils appartiennent à un traité d'économie domestique ou de pharmacie. Nous nous contentons de recommander de ne rien négliger pour que celui dont le malade s'abreuvera , jouisse de toutes les qualités les plus favorables.

532 TRAITÉ DE l'ïîYPOCHONDRIE.

Il faut encore observer la même règle de tâtonnement lorsqu'il s'agit de la dose qu'on veut faire prendre à la fois. Un estomac se trouvera très-bien d'un bol tout entier et môme plus. Un autre ne pourra en supporter qu'une cuillerée ou deux à li fois , et refusera même d'en recevoir davantage dans la journée , tandis que d'autres exigeront la répétition de plusieurs doses. Il en est enfin qui digéreront mieux le lait pris lematin^ à jeun et au lit ; d'autres qui ne pourront le digérer que dans le milieu de la journée ou le soir et en marchant. Je le répète , il faut connaître ces variétés afin de ne point les heurter intempestivement. C'est en en tenant compte qu'on arrive souvent à faire supporter le lait qui d'abord était repoussé , et qu'on finit par en obtenir tous les bons effets qu'on s'en promet.

Nous avons dit plus haut que le lait ne passait pas toujours avec la même facilité , et que souvent il occasionnait quelques accidents qui pouvaient s'opposer â ses bons effets , et qu'il est en conséquence indispensable de combattre ou de prévenir. Ainsi , lorsqu'il occasionne une simple pesanteur d'estomac , une sorte de digestion difficile , on pourra ajouter aux aliments de l'animal qui le fournit un peu d'absynthe , de thym ou autre herbe odorante , qui en donnant au lait une amertume bien prononcée ou un arôme plus fort le feront agir sur l'estomac avec plus d'énergie. Et si cette ressource est impossible, alors on mêlera au lait qu'on doit boire quelques grammes de sucre rosat , quelques gouttes d'une liqueur alcoolique , et surtout de kirsch-wasser , un peu d'eau de rose , un ou deux décigrammes de sulfate de quinine. On pourra encore le mêler à quelques cuillerées d'eau de Vichy, d'eau de Chateldon , d'eau de Saint-Galmier, ou d'eau gazeuse, à l'infusion de thé ou de café. Très-souvent il ne peut pas passer pur , il faut l'étendre plus ou moins avec de l'eau , et même en faire riiydrogala d'Hippocrate. S'il occasionne des douleurs ou des crampes , alors un peu d'eau de fleurs d'oranger conviendra. S'il produit des flatuosilés , des vents et une disposition glaireuse , il sera très-utile de lui associer l'eau de chaux , la magnésie , le carbonate de potasse , etc. Si enfin , comme cela

UISTOIRE TUÉRAPEUTIQUE. 533

arrive très-fréquemment , le lait occasionne de la diarrhée , ou une grande disposition à cette évacuation et avec ou sans colliques , on ne saurait mieux faire que de lui ajouter quelques grammes de sirop diacode ou de morphine , ou quelques centigrammes de morphine, ou de le couper avec de l'eau de riz ou l'infusion de Qeurs de bouillon blanc ou de primevère, ou avec quelque préparation ferrugineuse, ou seulement en y plongeant un fer rouge. Nous ne devons pas passer sous silence une observation qui a été faite de tous les temps , c'est que le lait qu'on tette passe en général beaucoup mieux que celui qu'on boit , ce qui tient à deux causes , la première est que le lait n'a rien perdu de son arôme en passant ainsi du pis de l'animal dans la bouche du malade. La seconde me semble plus puissante. C'est que le mouvement des mâchoires pour la succion détermine une sécrétion plus abondante de salive, et que ce liquide, en se mêlant au lait, en rend la digestion plus facile. D'après cette réflexion ne pourrait-on pas bien souvent substituer à l'allaitement naturel un allaitement artificiel, au moyen d'une sorte de tetterelle qui remplacerait la mamelle d'une nourrice ou le pis d'une femelle ?

On comprend qu'indépendan:mient de ces effets contre les accidents qui peuvent résulter du lait , on peut encore en obtenir d'autres en donnant au lait lui-même des qualités qu'il n'a pas , sa moyen de différents médicaments dont on le rend ainsi le véhicule. Mais il ne nous appartient pas d'entrer ici dans cette question ; elle nous ouvrirait un vaste champ de thérapeutique. D'ailleurs chaque médecin peut et doit sentir ce qu'il a à faire pour tirer le parti le plus avantageux du lait.

Tous les laits sont adoucissants , voilà pourquoi nous les avons envisagés jusqu'à présent d'une manière générale et sans distinction de l'animal dont ils provenaient. Cependant il y a entr'eux des différences assez sensibles pour qu'il ne soit pas possible de les omettre sans se rendre coupable. Les laits dont on fait le plus fréquemment usage sont les laits de vache , d'ànesse , de chèvre , de brebis , de jument et de femme. Far cette exposition on voit que tous les laits employés , à part celui

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de la femme , proviennent d'animaux herbivores , ce qui tient à des causes que nous ne devons point examiner. La compositio:! de ces laits diffère beaucoup , non point qu'il entre dans leur composition des produits différents , mais parce que la proportion et les qualités de ces mêmes éléments différent essentiellement. Dès lors il est indispensable de dire quelques mots sur chacune de ces espèces de lait , et d'en apprécier les qualités respectives , afin de mieux faire comprendre tout le parti qu'on peut en tirer , en choisissant celle qui convient le mieux.

Le lait de vache est le plus usité , soit parce qu'étant plus généralement répandu et plus abondant , il est plus facile à se procurer , soit à cause des services plus nombreux qu'il rend à l'art culinaire , soit enfin à cause de son goût agréable. Il contient une proportion considérable de caséum et de crème et moindre de sucre de lait. C'est à cette composition qu'il doit son emploi et ses usages. En effet , indépendamment des services qu'il rend lorsqu'il est en nature , c'est avec lui qu'on fait la plupart de nos fromages et le beurre , qui sont susceptibles d'un transport si facile. Le lait naturel ne peut jamais aller bien loin. Cette composition le rend donc très-nourrissant , et propre à jouir au plus haut degré de toutes les qualités avantageuses du lait en général. Il faut convenir cependant que cotte masse de caséum et de crème le rend quelquefois plus lourd , plus difficile à digérer et plus relâchant.

Le lait de chèvre est celui qui se rapproche le plus du lait de vache par sa composition. Il contient plus de caséum, et, quoique plus visqueux , sa crème est moins abondante ; elle fournit un beurre plus blanc, plus ferme et moins agréable au goût. Mais ce que ce lait présente de particulier , c'est une odeur hircine repoussante , et d'autant plus grande que la chèvre est tenue moins proprement , que son poil est plus noir , et qu'elle est à l'époque du rut. La répugnance que cette odeur inspire est quelquefois si grande , que les malades ont de la peine à la surmonter , et que l'estomac est alors moins bien disposé à la supporter. Il est fûcheux que cetle circonstance le fasse bien

HISTOIRE THÉRAPELTTIQrE. 635

souvent rejeter , parce qu'on peut plus facilement en retirer tous les bons effets du lait cbaud de la traite. On fait monter l'animal dans la chambre du malade , et on l'y trait , de manière à donner le lait sortant , pour ainsi dire , de son trayon. Du reste, il jouit de toutes les qualités adoucissantes du lait. Nous ne nous arrêterons pas à réfuter les contes absurdes qu'on a répandus sur quelques prétendues propriétés qui lui seraient fournies par le caractère vagabond de la chèvre : nous n'avons jamais rien vu de semblable. J'ai toujours , au contraire , retiré les plus grands bienfaits de ce lait , peut-être même il serait plus tonique et moins assoupissant.

Très-doux , très-onctueux et d'un goût agréable , le lait de brebis sera toujours employé avec beaucoup d'avantage. S'il ne l'est pas autant que les deux précédents , cela vient de ce que chaque brebis n'en fournit qu'une quantité à peine suffisante pour une personne , et que pour satisfaire aux exigences de la consommation , il faudrait conduire par la ville un nombreux troupeau fort incommode. En outre , la grande quantité de beurre et de caséum qu'il contient le rend assez lourd , surtout à cause de leur moindre consistance et de la facilité plus grande avec laquelle il passe à l'aigre , à l'acide ; inconvénient qu'on pourrait bien aisément corriger en le coupant avec de l'eau de chaux. On peut le remplacer si facilement par d'autres laits, qu'on doit y renoncer sans regret. Tissot va môme jusqu'à dire que l'envie de donner un conseil singulier avait autant de part à ce choix , que la persuasion des vertus supérieures du lait.

Il n'est pas de lait qui soit moins employé eo France , pour les usages culinaires et pharmaceutiques , que le lait de jument. On ne peut en effet en retirer ni fromage ni beurre, à cause de la petite proportion de caséum et de crème qu'il contient , et surtout à cause de la qualité particulière de ces prodoits qui empêche d'en extraire ni fromage ni beurre bien confectionnés. Mais il contient eu revanche une grande proportion de sucro de lait , ce qui contribue à le rendre plus léger à restomac , et le rapproche du lait d'ânesse , comme Alexandre de Tralles l'avait déjà remarqué. Il pourrait en conséquence^ être employé

o33 TRAITÉ DE l'hYPOCHONDRIE,

plus souvent qu'il ne l'est , s^il était plus facile de se 1« procurer. J'ai eu trois fois occasion de le faire prendre' et les malades en ont obtenu les résultats les plus satisfaisants.

De tous les laits dont la médecine fait usage , celui dont elle tire le meilleur parti est le lait à'ânesse. Il est aussi celui qui a le plus d'analogie avec le lait de femme qui est le mieux adapté à notre organisation. Aussi son usage remonte à la plus haute antiquité et ses bons efîets ne se sont jamais démentis. Il contient fort peu d'une crème fade et encore moins de caséum , de sorte qu'il serait impossible d'en retirer ni beurre ni fromage bi€n confectionnés. Mais il possède une assez grande proportion de sucre de lait et surtout de sérum. Aussi le lait d'ânesse , quoique moins agréable que celui de vache , lui est en général préféré dans les maladies nerveuses et surtout dans l'hypochondrie gastralgique , parce que l'estomac le digère mieux et qu'il expose moins aux aigreurs ; peutêtre aussi à cause de la facilité plus grande qu'on a de le prendre chaud de la traite en amenant l'ànesse à la porte du malade. Peut-être même il mérite la préférence sur le lait de femme , parce qu'il n'est pas sujet à autant de variations. Il mérite tous les éloges qu'on en a faits et nous n'avons jamais eu qu'à nous louer de son emploi , aussi nous le recommandons avec confiance.

Nous ne dirons que peu de mots du lait de femme , quoiqu'il y ait beaucoup à dire sur lui. Nos mœurs semblent s'opposer à son emploi général dans l'hypochondrie ; la difficulté de se le procurer autrement qu'à grands frais, y est sans doute aussi un grand obstacle. C'est dommage : car il est de tous les laits celui qui s'adapte le mieux aux dispositions naturelles de notre estomac. Sa composition , quoique infiniment plus variable que celle des autres laits , présente cependant des proportions assez constantes malgré ces variations. Ainsi il contient le plus de sucre de lait , fort peu de beurre et encore moins de caséum. Il n'est donc pas étonnant que \'.^ iail de fennnc soit plus doux et plus facile à digérer que les autres. Et si à ces avantages de composition on joint la facilité de pouvoir le telvr , on no

UISTOIRE TnÉKAPEUTIQLE. 537

sera plus étonné de la préférence que lui accordent plusieurs médecins , et qu'il mériterait en effet sans les obstacles que nous avons signalés.

Nous avons déjà fait remarquer que les laits fournis pour nos usages provenaient d'animaux herbivores. Maintenant que nous connaissons approximativement leur composition , nous pourrions en faire deux classes , les laits fournis par les animaux ruminants et ceux qui sont fournis par les simples herbivores. Les premiers seraient ceux de vache, de chèvre et de brebis :, ils contiennent une plus grande quantité de caséum et de beurre et moins de sucre de lait. On observe l'inverse dans les seconds qui appartiennent à l'ànesse et à la jument , et auxquels nous joindrons celui de femme. Cette distinction est naturelle et s'accorde en outre avec les effets qu'on obtient de chacun d'eux.

Pendant que le malade est soumis à l'usage du lait , doit-il se condamner au régime sévère imposé par quelques médecins? Parmi les préceptes qui ont été donnés , il en est qui sont très-bons ; mais il en est quelques-uns qui sont peut-être un peu exagérés et qu'on peut se dispenser de suivre bien rigoureusement. Lorsqu'on a bu une dose de lait , il faut , pendant quelques heures , s'abstenir de prendre d'autres aliments , afin qu'il puisse être absorbé pur et sans mélange. Il faut pendant toute la durée de son emploi , se priver de toute boisson échauffante ou alcoolique ; il faut également se sevrer de tous les aliments excitants , tels que le salé , les viandes noires , les mets épicés. Il fera sa nourriture principale des farineux, des viandes blanches et des œufs. Mais devra-t-il s'interdire , comme le conseillent quelques auteurs , l'usage de toute autre espèce de lait , de toute espèce de crudités , des fruits ? Nous n'osons pas prononcer une proscription aussi absolue , nous pensons , au contraire , que cette alimentation peut convenir , en la dirigeant avec sagesse et de manière à ne pas nuire à l'action du lait. Nous pensons de même , contre le sentiment de quelques auteurs , que le lait peut être pris dans toutes les saisons , pendant l'été comme pendant l'hiver ; nous avons dit pourquoi on

538 TRAITÉ DE l'hYPOGHONDRÎE.

devait le préférer au printemps et dans l'automne. La croyance que le serein est nuisible pendant qu'on prend le lait , et surtout le lait d'ànesse , n'est pas mieux fondée ; le serein peut nuire à tout buveur et encore plus aux personnes faibles , mais ce n'est pas parce qu'elles prennent le lait.

On s'est demandé bien des fois s'il n'y avait point d'inconvénient à continuer le lait trop long temps . La durée de l'administration du lait ne saurait être précisée d'une manière rigoureuse. Il y a des bypochondriaques qui pourront le supporter à peine quelques semaines , et d'autres qui se trouveront bien de son usage continué pendant deux , trois , quatre , six mois et plus. Tant qu'il fait du bien, il faut le prendre ; et lorsqu'on est obligé de le cesser , il ne faut pas y renoncer pour toujours. Il faut , après quelques semaines ou quelques mois de suspension , y revenir encore si on le juge convenable. Ce n'est bien souvent qu'après son usage prolongé ou bien souvent réitéré , qu'on finit par en obtenir le bien qu'on peut en espérer.

Nous avons cru devoir insister avec assez de détails sur l'emploi du lait , parce qu'il est une des boissons les plus communes et les plus fréquemment ordonnées dans l'hypochondrie, et qu'il importait d'en bien préciser l'action pour mieux savoir ce qu'on devait en espérer et le meilleur parti qu'on pouvait en tirer.

Du pelil lait.

C'est la partie séreuse du lait , ou autrement c'est le lait privé de son caséum et de son beurre. Le petit-lait ne contient en conséquence que le sucre de lait et les proportions légères des autres sels qui s'y trouvent. Cependant la matière caséeuse ne se précipite pas tout entière , il en reste toujours une certaine quantité , qu'on voit flotter dans le liquide et qui lui donne cet aspect louche ou demi-transparent qu'il présente et dont on cherche à le débarrasser par la clarification , qui ne réussit même jamais complètement. Cette tisane animale est plus légère «|ue le lait; elle passe mieux ; mais elle est moins adoucissante, par la raison même qu'il est dépouillé de ses maliènîs douces et onctueuses. 11 est tout aussi tempérant , tout aussi rafrai-

cliissant et relâchant ; mais il est moins nourrissant , et il conserve ordinairement une saveur qui plaît et dont certains estomacs très-irritables ne s'accommodent pas. Le petit-lait clarifié, étant plus fade et moins agréable à boire , convient souvent moins que le petit -lait naturel. Ce dernier doit être pris de préférence à la campagne , parce que le lait de la ville étant sophistiqué ne peut jamais donner un bon petit-lait. On fait souvent de longs voyages pour des eaux minérales moins salutaires. D'ailleurs le bon air , la promenade et une vie plus naturelle peuvent ajouter beaucoup à son efficacité. Lorsqu'on en fait usage , il ne faut jamais le garder longtemps , parce qu'il passe facilement à l'aigre , et qu'alors il devient irritant. Tissot le regarde comme le plus doux des délayants , et le plus doux et l'un des plus puissants apéritifs : il est , selon lui , un des plus grands remèdes qu'il y ait dans la nature.

Il convient principalement lorsque l'hypochondrie est bilieuse, lorsqu'il y a beaucoup de chaleur , des urines colorées et un grand dégoût , et surtout lorsqu'il y a quelque engorgement dans les viscères de l'abdomen. Alors il agit tout à la fois par sa vertu adoucissante sur le système nerveux , et par ses qualités résolutives ou fondantes sur les organes malades et engorgés. Il porte aux urines et quelquefois à la peau. En le buvant chaud , il passe beaucoup mieux. Il faut en général le continuer très-longtemps , deux , trois et quatre mois , si l'on veut en obtenir les bons résultats qu'on désire. Il est meilleur lorsque les vaches vont paître l'herbe nouvelle , parce que le lait est meilleur aussi. On est quelquefois obligé de le couper avec de l'eau , de l'eau d'orge ou de l'eau gommée , lorsqu'il est trop excitant pour certains estomacs. On peut encore l'adoucir avec le sucre candi , le sirop de gomme , le sirop de capillaire ou le sirop de violettes. Bien souvent enfin on rend le véhicule de quelques légers purgatifs ou minoratifs , tels que le tamarin , la casse, la^ crème de tartre , la terre foliée de tartre, lorsqu'on veut provoquer des selles et combattre une constipation opiniâtre.

540 TKAITÉ DE L^HYPOCHONDRIE.

Il n'est pas nécessaire de dire que nous n'avons voulu parler que du petit-lait de vache , parce qu'il est le seul dont on fasse usage , et dont on puisse aisément faire usage partout et pour tous. Nous n'avons pas voulu non plus parler du petit-lait de beurre , qui jouit à peu de choses près des mêmes propriétés que celui qui dégoutte du fromage. Il serait peut-être plus adoucissant et un peu plus lourd , parce qu'il retient avec lui quelques particules butyreuses.

Du bouillon de poulet.

Le bouillon de poulet, si vanté par Pome, joint à ses qualités adoucissantes des propriétés analeptiques qui le font recommander souvent avec juste raison. Il les doit à une quantité plus ou moins considérable de gélatine que l'eau extrait du poulet par l'ébullition. Je dis , à une quantité plus ou moins considérable , parce que le médecin en varie à son gré les proportions selon qu'il veut le rendre plus ou moins nourrissant. On conçoit en effet que celui qui est préparé comme on le fait ordinairement , deux heures d'ébuUition de la moitié d'un poulet dans deux pintes d'eau qui se réduisent , doit être bien plus nourrissant que celui que préparait Pome lui-même. Il écorcbait un poulet vivant et en mettait bouillir la moitié dans une pinte d'eau pendant cinq minutes seulement. Et il est une foule de modifications à ces deux manières de faire. Beaucoup de médecins en effet , recommandent de ne prendre que le quart ou la moitié d'un poulet et de le faire bouillir une demi-heure , trois quarts d'heure ou nue heure , selon qu'ils veulent donner à leur bouillon des qualités plus ou moins nourrissantes. Plus le bouillon sera léger ( l'eau de poulet ) , plus il passera facilement.

Il est une des boissons les plus tempérantes : quoique fade , il se laisse boire avec plaisir ; il ^apaise la soif ou calme l'éréthisme nerveux qui la provoque. II passe ordinairement avec facilité et sans peser sur rcslomac. Cependant il n'est pas toujours digéré aussi facilement , surtout lorsqu'il est un peu charge ; alors il fatigue et il devient relâchant ou laxatif , eti

HISTOIRK THÉRAPEUTIQUE. 541

arrivant aux intestins sans avoir subi dans l'estomac les modifications digeslivcs accessoires. Il faut donc alors l'étendre avec de l'eau , ou le modllier en ajoutant quelque substance à sa décoction , telle que la racine jaune , l'orge en paille , l'orge perlé , le riz , etc.

On en boit une ou deux pintes par jour et il faut en continuer l'usage bien longtemps. Ce n'est que de cette manière que Pome en avait obtenu des succès remarquables , et qu'il était parvenu à en faire une méthode exclusive de traitement en l'associant aux bains.

Lorsque malgré les précautions indiquées , l'eau de poulet ne passe pas , et qu'on juge à propos de donner une boisson analeptique , on pourra recourir à l'eau de veau , ou à l'eau de grenouille , ou au bouillon de mou-de-veau. Ces boissons ont la même composition et jouissent des mêmes vertus ; cependant il ne faut pas se dissimuler que leur action n'est pas toujours la même sur l'estomac , puisqu'il arrive souvent que l'une est repoussée avec violence par cet organe , tandis que l'autre est bien supportée. Il faut donc encore ici tâtonner leur administration, afin de trouver la plus convenable en se conformant aux caprices d'un organe hypochondriaque. Je dirai cependant que le bouillon de grenouille est celui qui m'a paru convenir le plus souvent , sans éprouver le refus de l'estomac. On trouvera dans ces boissons de puissants adoucissants , et des adoucissants d'autant plus convenables , qu'ils possèdent , comme le lait , des propriétés analeptiques adoucissantes , qui font porter dans les organes des molécules nutritives douces^ qui peuvent calmer en remplaçant des molécules morbides. Cependant qu'on ne leur ajoute pas plus de confiance qu'elles n'en méritent ; elles ne peuvent point constituer un traitement d& l'hypochondrie , elles n'en sont point un spécifique. Elles sont adoucissantes et analeptiques, employons-les comme telles ; mais ne leur demandons rien au-delà , rien que ce qu'elles peuvent nous donner.

542 TRAITÉ DE l'hYPOCHONDKIE.

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