IV. MÉDICATION ANTISPASMODIQUE
Les médicaments antispasmodiques forment une classe bien nombreuse de remèdes , et elle le serait bien plus encore si on y comprenait tous les agents capables de dissiper les spasmes. Comme pour les adoucissants et les calmants il faudrait y faire entrer la matière médicale tout entière. En effet, si les spasmes peuvent être idiopathiques , c'est-à-dire indépendants de toute autre cause que de la lésion pathologique et vitale du système nerveux , ils sont bien souvent le résultat d'une affection qui n'agit que secondairement sur le système nerveux
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cérébral pour déterminer des spasmes qui sont alors ou sympathiques ou symptomatiques. Tout ce qui détruira cette cause des spasmes , dissipera les spasmes eux-mêmes , et deviendra ainsi antispasmodique. Mais les seuls remèdes auxquels cette dénomination convienne, sont ceux qui agissent plus spécialement sur le système nerveux , organe malade et agent pathologique des symptômes. De cette manière le nombre des antispasmodiques se trouve bien restreint. Il constitue une classe à part de remèdes , dont l'action puissante sur le système nerveux a fixé l'attention de tous les médecins et en a fait conseiller l'usage dans toutes les maladies qui sont caractérisées par des spasmes, et par cet état nerveux, cette mobilité si voisine des spasmes , que la plus petite cause suffit pour les provoquer. Or, l'hypochondrie présentant souvent l'état ner-^ veux et les spasmes les plus bizarres et les plus violents , il était tout naturel qu'on lui fît l'application des agents thérapeutiques dans lesquels on avait cru remarquer les vertus antispasmodiques. Mais avant d'aller plus loin , il n'était pas inutile de faire bien ressortir encore l'origine des spasmes , afin de fixer de plus en plus l'attention sur leur véritable cause et de ne pas s'exposer à n'attaquer que le phénomène , qu'on aurait pu combattre plus sûrement en dissipant la lésion qui en est la source.
Ainsi l'emploi des antispasmodiques contre l'hypochondrie n'est pas nouveau. Tl remonte à la plus haute antiquité; mais c'est aux Arabes qu'on est redevable d'avoir introduit le plus grand nombre de ces remèdes dans la thérapeutique et par conséquent dans le traitement de l'hypochondrie. Possesseurs des plantes , des résines , des parfums et de tous les arômes de l'Orient , ils purent en apprendre les effets sur le corps humain et ils en apportèrent en Europe la connaissance et l'usage avec leur domination. Depuis cette époque de nombreuses vicissitudes dans l'art de guérir les ont alternativement fait abandonner ou préconiser , selon la doctrine régnante , selon surtout la direction des esprits vers telle ou telle sorte de méflication. Malgré ces révolutions, do nouveaux
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antispasmodiques onl élé ajoulés à cous que nous avaient 16- <^ués les Arabes , et aujourd'hui les opinions sont encore partagées, non point sur leur action, mais sur leur cflicacité dans rhypochondrie. Yiridct ne les croit propres qu'<à nuire. Robinson les iraprouvc toutes les fois qu'il y a mobilité. Raulin^ Pome , et MM. Falret, Dubois, d'Amiens, et Michéa les rejettent absolument. Or dans ce conQit, pour bien juger le degré de confiance qu'ils méritent, et chercher la vérité entre les éloges et le blâme que lui ont prodigués leurs preneurs et leurs détracteurs , il est indispensable de nous faire d'abojrd une idée de la manière dont ils agissent dans l'économie.
Nous pourrions établir deux classes d'antispasmodiques. A l'une appartiendraient les remèdes qui calment les spasmes par une action douce et stupéflante de l'action nerveuse. L'autre comprendrait les remèdes qui agissent sur le système nerveux en lui imprimant une modification puissante , en exerçant sur lui une action manifeste qui neutralise, en quelque sorte , son action viciée et augmentée , plutôt qu'ils ne la calment. Les premiers seraient pris dans la classe des calmants qui deviendraient ainsi antispasmodiques et dont nous avons précédemment étudié l'action. Les seconds sont les seuls dont nous ayions à nous occuper. Leur action ne ressemble en rien à celle des calmants ou narcotiques proprement dits. Ceux-ci agissent en diminuant , en engourdissant l'action nerveuse , et bien souvent en plongeant dans une sorte de torpeur l'organe central du système nerveux , de façon qu'il ne peut ni percevoir les sensations, ni réagir sur les organes moteurs. Les antispasmodiques ne produisent rien de semblable. Ils agissent plus directement , et plus vivement sur le système nerveux ; ils lui impriment une modification nouvelle qui dissipe et anéantit la modification pathologique qui produisait le spasme ; et la cessation de celui-ci est le retour à l'ordre : mais dans cette action , il n'y a ni torpeur , ni engourdissement des fonctions sensoriales et intellectuelles. Bien souvent au contraire , presque toujours même , à un degré plus ou moins considérable il y a une sur-excitation prononcée qui se traduit par une sensibilité
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générale plus élevée , une accélération manifeste du pouls , une augmentation fie plusieurs sécrétions, et l'exaltation des forces motrices. Voilà tout ce qu'il est possible de dire sur l'action de ces remèdes sur le système nerveux. C'est là , je le sais , une exposition des phénomènes qui ont lieu bien plus qu'une expli-" cation de l'action intime du remède ; mais il est impossible d'aller plus loin sans s'exposer à se fourvoyer dans le champ des conjectures et des hypothèses. Comme on le voit, nou^ limitons leur action sur le système nerveux , sans faire intervenir l'encéphale , cependant nous ne l'excluons point de la part qu'il doit prendre dans l'action des antispasmodiques , mais nous ne croyons pas que ce soit seulement en régularisant son action que ces médicaments agissent. Les antispasmodiques ne produisent pas tous, ces effets généraux, au même degré d'intensité, ni de la même manière. Les uns agissent plus faiblement , d'autres agissent avec plus d'énergie, quelquesuns semblent , par une sorte d'élection , diriger leur action sur un organe ou sur un appareil plutôt que sur un autre. Il est bien essentiel de connaître ces particularités , afin de mieux se guider dans leur administration. Voyons maintenant quel rôle ils peuvent jouer dans l'hypochondrie ; et comment ils peuvent en devenir un spécifique ou un simple auxiliaire.
Nous savons que l'hypochondrie s'accompagne souvent ds spasmes très-variés et même bizarres ; mais nous savons en même temps que les spasmes ne constituent pas la maladie , qu'ils n'en sont que des phénomènes, qu'ils ne font qu'exprimer l'état morbide du système nerveux. Il nous est donc facile d'apprécier l'action des antispasmodiques dans cette maladie et les services qu'ils pourront rendre , et de faire en même temps la part de ce qu'ils peuvent avoir quelquefois de nuisible : car il ne faut pas croire qu'ils puissent être utiles toutes les fois qu'il y a spasme. C'est , je n'en doute point , parce qu'on n'a pas assez bien distingué les cas où ils convenaient et ceux où ils ne convenaient pas , qu'on les a vus échouer si souvent, et que beaucoup d'auteurs se sont crus autorisés à les frapper d'une proscription générale. L'iiypochondrie ne se présente pas
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toujours la mOmc aux yeux du praticien. Il sait y dévoiler des nuances très-importantes dans l'état du système nerveux en particulier et de l'économie en général. Tantôt les spasmes sont liés à un état de faiblesse essentielle ; d'autres fois ils existent avec un état d'éréthisme cxtraordinare ; dans d'autres circonstances , lorsque la maladie est chronique , le système nerveux arrive à un état à la fois de faiblesse et d'éréthisme qui ne lui permet de supporter ni les adoucissants , ni les excitants. Cet état particulier est le dernier degré de l'affection nerveuse ; il est presque toujours l'écueil des antispasmodiques. Il en est de même de la seconde condition , dans laquelle les malades sont fortement éréthisés. Ce n'est que dans la première condition lorsqu'il y a faiblesse essentielle , que les antispasmodiques trouveront le moment opportun pour être administrés ; ils ne guériront pas , mais ils calmeront les spasmes , ils amèneront plus de tranquillité momentanée , et ils favoriseront l'administration des remèdes mieux adaptés aux désordres organiques existants ; mais si la cause persiste, elle pourra les faire renaître bientôt ou sous une autre forme ; ou bien elle éternisera ou même exaspérera les autres phénomènes de la maladie, sur lesquels les antispasmodiques n'avaient et ne pouvaient avoir aucune prise. Tl y a bien loin de cette restriction à la proscription absolue à laquelle l'esprit de système a bien souvent condamné les antispasmodiques , de nos jours encore plus que jamais, soit en niant d'abord leur vertu , soit en rendant leur action inutile ou illusoire , puisqu'ils ne pouvaient plus attaquer que des êtres qu'ils avaient détrônés , que des phénomènes produits par d'autres maux réels; soit enfin en les présentant comme des irritants , comme des remèdes incendiaires , qui devaient exaspérer cette gastro-entérite banale, épouvantail qui a momentanément fasciné tant d'intelligences. Mais ces frayeurs puériles n'ont pas tenu et ne pouvaient pas tenir contre les faits. Les antispasmodiques ont repris et reprendront de plus en plus leurs droits , pourvu toutefois que , par une de ces bizarreries si communes dans l'histoire de l'esprit humain, on ne veuille pas leur donner plus de
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pouvoir qu'ils n'en ont, et en faire une panacée universelle ; pourvu qu'on sache se renfermer dans les bornes du vrai, en ne leur demandant que ce qu'ils peuvent accorder , une action antispasmodique. Ce serait leur nuire encore que de dépasser cette limite de leur puissance , que de leur prêter des vertus qu'ils n'ont pas
Quoique les antispasmodiques puissent être employés contre tous les spasmes indistinctement , il est bon de savoir qu'il en est quelques-uns qui conviennent mieux contre certains de ces phénomènes, parce qu'ils exercent sur eux une action plus prononcée , plus efficace , une sorte de spécificité. Ainsi l'assa fœtida , la gomme ammoniaque , la belladona et le musc semblent exercer leur action plus spécialement contre les spasmes des poumons ; le camphre , le castoréum , le musc , l'ambre et le succin semblent agir de préférence contre les spasmes qui émanent du bas-ventre et qui ont leur siège dans l'estomac ou l'intestin. La valériane, l'assa fœtida, la digitale et les préparations cyaniques paraissent être les antispasmodiques les plus efficaces contre les palpitations et autres spasmes irréguliers du cœur : souvent dans ce dernier cas l'hydrochlorate d(; morphine associé à la digitale ou au sulfate de quinine a produit les effets les plus avantageux. Contre les spasmes musculaires et convulsifs , les fleurs de rinc préconisées d'abord par Gaubius, paraissent jouir d'une confiance quelquefois assez méritée , surtout lorsqu'on les associe à la jusquiame et à la valériane. Elles ftUiguent facilement l'estomac et provoquent quelquefois le vomissement. Mais lorsque ces accidents sont brusques , instantanés , qu'ils produisent avec toute l'intensité possible des sortes de crises de suffocafion , de toux quintcuse , de palpitations syncopalcs, de vomissements, de tormina intestinal;, il faut leur opposer des antispasmodiques actifs, instantanés et dont l'action peu durable peut se comparer à cet état en quelque sorte vaporeux ; voilà pourquoi les éther , la liqueur anodine d'Hoiïniann , l'eau de fleurs d'orangers, rammonia(|ue, l'acide hydrocyanique, etc., atteindront alors plus facilement le but qu'on se propose.
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Ainsi, on n'a pas guéri la maladie pour avoir calmé un spasme ; la mobilité, l'ataxie nerveuses persistent et peuvent le reproduire ou en faire naître d'autres. Mais c'est avoir beaucoup fait que de procurer au malade un grand soulagement. D'ailleurs en conjurant ainsi des phénomènes qui torturent quelquefois bien cruellement, on ramène dans le système nerveux un calme, un bien être, un nouvel ordre de sensation qui peuvent le disposera rentrer dans son état normal, et qui l'y ont apparemment conduit, au rapport d'un grand nombre d'auteurs.
On est porté à se demander s'il faut continuer longtemps l'usage des antispasmodiques. Il est impossible de formuler des règles invariables de conduite. La durée de leur administration sera subordonnée à une foule de circonstances presque toujours déduites de l'effet qu'ils produiront. Si l'on ne veut pas borner leur action à un effet purement phénoménal , si l'on veut les faire servir à une cure radicale , il faut en prolonger l'action pendant longtemps, afin d'obtenir un effet durable, afin de corroborer le nouvel état physiologique auquel on a ramené le système nerveux , afin , en un mot , d'opérer une cure radicale et durable et non point seulement un soulagement passager* Mais combien de difficultés , combien d'entraves pouf atteindre ce but ! Nous avons dit que la plupart des antispasmodiques étaient en même temps échauffants ou excitants* Combien en conséquence cette propriété doit inspirer de réserve dans leur administration ! combien il faut être attentif à surveiller leur action sur un système nerveux si mobile , si irritable ! combien il faut être prompt à en cesser , ou tout au moins à eti suspendre l'emploi , aussitôt qu'on s'aperçoit que le mal général s'accroît ou qu'il survient quelques phénomènes locaux d'excitation î Nous dirons encore qu'il faut les varier à l'infini , parce que la maladie ne pouvant marcher qu'avec lenteur à la guérison , le môme remède épuise bientôt son action , et plus encore parce que le malade s'en lasse bien vite, lorsqu'il voit que son effet ne répond pas à ses espérances. Rappelons enfin que nous avons bien fait ressortir le
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double caractère nerveux et intellectuel de la maladie , et qu'il est en conséquence presque impossible de compter sur Faction des seuls antispasmodiques pour opérer la cure entière; il faut de toute nécessité leur associer un traitement hygiénique et surtout moral , si l'on veut être plus sûr d'arriver au but.
De quelques antispasmodiques en particulier.
Nous n'avons point l'intention d'examiner tous les antispasmodiques ; mais nous ne pouvons pas nous dispenser de dire quelques mots de ceux qui ont le plus été préconisés contre les maladies nerveuses et hypochondriaques.
UAssa fœtida tient le premier rang. Il ne fut pas inconnu à Hippocrate , à Dioscoride , à Celse , qui le vantent beaucoup le premier contre les maladies des femmes , et les deux derniers contre la toux et les affections nerveuses. Galien en redoute l'usage et l'accuse d'échauffer. De façon qu'on peut regarder les Arabes comme l'ayant réellement introduit dans la matière médicale : car Rhazès et Averrhoès en firent le plus grand usage^et depuis eux l'on n'a pas cessé de s'en servir. Whytt, Sydenham , Boerhaave, Forestus, CuUen en ont fait le plus grand cas ; et aujourd'hui encore , il jouit d'une confiance justement méritée contre certaines toux férines, certains spasmes de la poitrine , et contre certaines coliques nerveuses , surtout s'il y a constipation. Il est fâcheux que son odeur repoussante ne permette pas de le faire prendre par le haut aussi facilement qu'on le désirerait. Cependant nous le prescrivons souvent en pilules avec assez de succès , et surtout en lavements. Mais pas plus que les autres antispasmodiques il ne mérite d'être regardé comme un antibypochondriaque.
Nous en dirons autant de la valériane, du musc , du camphre, du castoréum, du succin que Tissot préfère à tous les autres , et qui tous jouissent cependant de vertus antispasmodiques bien reconnues , malgré <|uelques oppositions plutôt systématiques que fondées sur rexpéri<Mice. lis peuvent , ainsi que nous l'avonsdil, convenir dans des cas particuliers , pour calmer cer-
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lains spasmes ; mais on ne peut pas sérieusement les compter aujourd'hui au nombre des antihypochondriaques. Ils ne peuvent pas guérir la maladie ; ils ne peuvent que dissiper les spasmes et procurer du soulagement. Cependant il ne serait pas impossible que ce calme favorisât la cure, en rendant plus facile et plus efficace l'administration des autres remèdes , et qu'il amenât la guérison en le soutenant par la continuation du médicament , du moins dans les cas rares où la maladie récente et peu intense consiste seulement dans une modification encore peu profonde du système nerveux. Trop d'auteurs citent des exemples de guérisons par l'emploi de ces seuls moyens , pour les révoquer tout-à-fait en doute. Croyons donc à la possibilité de leurs bons effets , mais sans leur accorder une confiance illimitée.
Plusieurs plantes ont été vantées contre l'hypochondrie par différents auteurs. Mais leur seule propriété consiste dans une action plus ou moins directe sur le système nerveux , ce qui a pu les faire agir comme antispasmodique , sans exercer d'action directe sur la maladie.
«S'il y a un remède qui convienne assez généralement dans tous les cas d'hypochondrie , dit Viridet, c'est la décoction de la racine de lampée ou patience ( lapathum rumex) prise dans la saison où elle a le plus d'efficacité , c'est-à-dire depuis le mois de mars jusqu'au mois de juin. Tonique , laxative , apéritive, elle purge doucement, elle fait très-bien couler la bile , elle donne de l'appétit , aide la digestion et rétablit la trans" piration. »
Uénula campana ou aulnée a joui d'une grande réputation ; on l'a administrée en infusion, eau distillée et conserve. Guill. Kondelet y avait la plus grande confiance. Il lui reconnaissait une propriété hilariante , qui disposait à la gaieté et à la joie (Pract. chap. 9, liv. l^"" ). Il prétend que beaucoup de médecins en faisaient un secret. Elle est aujourd'hui bien déchue ; on ne lui accorde plus une aussi belle propriété.
La fieur d'arnica monlana exerce une action stimulante bien manifeste sur le système nerveux. Déjà en 1718 Juncker la re-
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commandait contre la paralysie , parce qu'elle lui avait réussi dans un cas qui avait résisté à tous les autres remèdes : depuis lui Eschembach , Schulze , Buchner , en ont aussi constaté les vertus stimulantes. Mais elle n'a dû de voir généraliser son usage, qu'aux travaux précieux de Storck et Collin, célèbres médecins de Vienne , qui en exaltèrent les vertus. Alors elle devint une panacée contre toutes les maladies nerveuses , et quelques médecins en prirent occasion de la recommander contre l'hypochondrie. Cependant l'excitation qu'elle détermine , les vomissements, l'accélération du pouls , etc. , ne permettent pas de l'administrer chez les personnes qui ont le système nerveux très-irritable et très-mobile , comme l'ont ordinairement les hypochondriaques. Elle ne pourrait que leur être nuisible. Aussi elle ne peut convenir que dans iir petit nombre de cas bien restreint , et encore faut-il en surveiller beaucoup les effets.
Il en est de même de la fleur de cardamine ou cresson des prés. Recommandée par Galien comme un tonique et un dépuratif analogue au cresson, elle fut, au commencement du siècle dernier, conseillée comme antispasmodique par Dales, qui avait vu une jeune personne se débarrasser de crises nerveuses par son usage, et qui dit avoir trouvé cette propriété indiquée dans le docteur Tancred Robinson. Backer s'en est aussi beaucoup loué dans l'hypochondrie. Mais cela ne suffit pas pour caractère riser sa spécificité et son efficacité.
Beaucoup de médecins ont préconisé comme antispasmodiques différentes plantes aromatiques, et surtout la sauge, la mélisse, la menthe poivrée^ et en ont fait l'application à l'hypochondrie. Nous ignorons jusqu'à quel point ils peuvent avoir raison, parce que nous nous sommes abstenu de ces plantes aromatiques. Nous en avons comparé l'action à celle du thé, et nous savons, par notre expérience et par celle de beaucoup de praticiens, combien l'usage de cette substance est nuisible aux nerfs en général et à l'hypochondrie en particulier. Sauvages avait bien compris toute la portée de ce reproche qu'on pour- F?iit adresser aux aromates. Aussi restreint-il singulièrement les
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ras dans lesquels peuvent convenir ceux qu'il conseille. C'est dans la pituiteuse seulement qu'il veut qu'on administre, comme l'ortifîant autant que comme antispasmodique, les infusions de camomille, de menthe, d'aneth, de carvi, de fenouil. Il les remplace même quelquefois par des toniques.
Hartmann se loue beaucoup de la poudre de fumeterre. Nous pensons qu'il s'est fait illusion sur ses vertus ; car, depuis lui, elle a cessé d'opérer la guérison d'aucune hypochondrie.
Fernel recommande chaudement les cerises desséchées. Sans doute il leur a attribué des succès dont elles étaient bien innocentes ; car elles ne sont douées que d'une vertu bien bénigne et bien impuissante.
Nous n'avons pas besoin de dire que les remèdes dont nous nous sommes occupé jusqu'à ce moment, et ceux dont nous aurons encore à nous occuper, peuvent, la plupart, être administrés par le haut et par le bas et sous toutes les formes et combinaisons possibles, et qu'ils peuvent également être employés à l'extérieur en bains, fomentations, cataplasmes, épithêmes, emplâtres, onguents, etc.
Pour compléter les médications calmante et antispasmodique, nous jetterons un coup-d'œil sur l'emploi de quelques moyens dont l'action sur le système nerveux n'est pas douteuse, quoiqu'ils ne constituent pas des substances pharmaceutiques qu'on puisse administrer comme les autres remèdes ; ce sont l'aimant, l'électricité, le magnétisme animal, le somnambulisme et la musique.
De l'aimaul.
La propriété attractive de l'aimant l'a fait connaître dans l'antiquité la plus reculée, et peut-être a-t-elle contribué à le faire entrer dans la matière médicale. Cependant il n'y a joué qu'un rôle très-secondaire pendant longtemps. Il n'était réputé que stomachique et fondant, et le fer obtenait la préférence. Quelques auteurs lui firent aussi la réputation d'être un antidote contre l'empoisonnement par le fer, et il ne dut jamais être administré comme tel, parce que le fer n'empoisonne pas.
BQS TRAITÉ DE l'hYPOCHOKDIUE.
Il paraît cependant que dès la plus haute antiquité il était appliqué en amulette dans une foule de cas que nous ne saurions déterminer aujourd'hui. Il fut peu employé dans le moyen-âge et en quelque sorte abandonné à la pratique des charlatans, des magiciens et des sorciers. Ce ne fut qu'en 1763 qu'il sortit de l'oubli et du dédain dans lequel il était tombé. L'abbé Lenoble, physicien habile, l'en tira en imaginant des aimants artificiels, des batteries et des baguettes aimantées qui eurent une grande vogue, et qui guérirent quelquefois les maux de dents. De là aux autres névralgies il n'y avait qu'un pas, et ce pas fut franchi : l'aimant devint le remède antialgique le plus puissant. On onnaît le savant et consciencieux rapport qu'Andry et Thouret furent chargés de faire à ce sujet, et les conclusions favorables qu'ils déduisirent des expériences de Lenoble et des leurs. Ces expériences, reprises et répétées cent fois à l'étranger comme en France, par Kumpel, Unzer, Deimann, Harsu, Marcellin, Halle, Laennec, Alibert, Cayol, Chomel, Récamier, Lebreton, etc., ont confirmé la vérité de la plupart des observations publiées par Andry et par son collaborateur. Ainsi il ne peut pas rester de doute sur les vertus de l'aimant, il enlève les douleurs et jes spasmes, ou, si Ton veut, les névroses et les névralgies. Il est donc antispasmodique doux, parce qu'il ne cause jamais de désordre, jamais de secousse, jamais de sur-excitation dangereuse. Mais là se borne son rôle lorsqu'il réussit ; il n'a par lui-même aucune action, aucune influence sur l'imagination malade. De façon qu'il peut, comme calmant et antispasmodique, être employé dans les cas où il y a spasmes et douleurs ; mais il ne détruira pas le germe, le principe de la maladie. La douleur, le spasme sera calmé, mais la modification qui constitue l'hypochondrie persistera. Cependant il peut se faire ici, comme pour les autres calmants, que la cessation d'une douleur pénible favorise le retour à l'état normal, à la santé. C'est sans doute ainsi que les choses se sont passées dans les cas de guérison d'hypochondrie qu'ont rapportés les auteurs, et dont Luncau de Boigermain dit avoir été témoin, par l'emploi des aimants de Lenoble. îl peut encore se faire que l'imagina-
lion du malade soit vivement frappée de la puissance du magnétisme et des promesses solennelles qu'on lui fait, pour peu qu'on accompagne l'application du métal d'un mystérieux appareil. Nous connaissons trop les faiblesses de l'esprit humain, surtout quand il est malade, pour ne pas croire à la puissance d'un peu de jonglerie sur l'imagination. Si donc il peut réussir quelquefois, il échouera le plus souvent, et il ne peut pas être donné comme un remède de l'hypochondrie.
Du magnétisme animal et du somnambulisme.
Pendant que Lenoble et Kumpel s'occupaient consciencieusement des eflfets de l'aimant et des moyens de les multiplier et de les rendre utiles, Mesmer en étendit la sphère d'action à l'univers entier, et, bâtissant un système imaginaire et absurde, il y soumit les êtres vivants, l'homme surtout. Tl enveloppa sa doctrine de tout le prestige du charlatanisme le plus habile. Peu goûté en Allemagne, il se réfugia à Paris, où les baquets magnétiques eurent bientôt une grande vogue. Leur puissance magnétique sur l'homme malade fut le prétexte, la jonglerie fut le moyen, et la friponnerie fut la fin de ce grand œuvre. Les effets magnétiques positifs étaient nuls ou presque nuls ; mais l'influence sur l'imagination fut très-grande, et elle procura plusieurs guérisons bien avérées ; à mesure que le charlatanisme, mieux apprécié, fut moins couru, il perdit son prestige et ses cures s'évanouirent avec lui. Si les baquets de Mesmer se reproduisaient sous une autre forme, s'ils étaient accueillis avec le même enthousiasme, on les verrait encore produire les mêmes effets. Et parmi les affections nerveuses qu'ils soulagent on compte l'hypochondrie, qui pourra en recevoir l'influence favorable et même en être complètement guérie, ainsi qu'on en cite des observations. On voit que c'est en agissant sur le système nerveux par l'imagination que le mesmérisme peut exercer 'juelques effets sur les maladies nerveuses. Or cela ne suffit bas toujours, parce que l'imagination n'est pas la seule cause M la seule source des affections nerveuses. Il ne peut donc p aS
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être donné pour un remède certain et constant de l'hypochondrie, quoi qu'en aient pu dire les prosélites de cette remarquable jonglerie.
Du magnétisme de Mesmer est sorti le magnétisme animal. Cette autre jonglerie vingt fois terrassée par la science , la raison et les faits , relève de temps en temps une tête plus amusante et plus ridicule que dangereuse. Nous ne nierons pas cependant les effets que peuvent produire les passes et autres grimaces magnétiques sur une personne d'une constitution nerveuse très-prononcée , hystérique ou hypochondriaque. Dans ce sommeil magnétique des forces, le système nerveux entier est compromis , et l'influence qu'il en reçoit peut apaiser des spasmes et des douleurs , comme il peut en faire naître ou exagérer ceux qui existent, elle peut aussi modifier l'imagination et l'exaspérer ou la ramener à son type normal chez les hypochondriaques. Nous concevons la possibilité de la chose, on cite des faits de guérison. Cependant nous n'en connaissons point de vraiment avérés. Ainsi, nous ne regarderons pas ce magnétisme , même dégagé de tout l'attirail du charlatanisme, comme un moyen sur lequel on doive compter contre l'hypochondrie. Nous pensons au contraire qu'il peut bien plutôt lui devenir nuisible.
Si nous gardons une sorte de réserve à l'égard du magnétisme , il n'en sera pas de même à l'égard du somnambulisme, dans lequel nous n'avons jamais vu que des fripons et des dupes , et quelquefois de ces imaginations burlesques qui veulent fixer l'attention du public et faire parler d'elles à tout prix. Ces voyages lointains sans bouger de dessus sa chaise , ces devinations, ces transpositions des sens, etc., sont des farces imaginées pour amuser les oisifs et attraper les sots. Il peut cependant se faire qu'un être faible ethypochondriaque vivement {•revenu en faveur de cette coupable jonglerie en éprouve quelques bons effets ; mais alors c'est parce qu'il aura été dupe lui-même de son imagination et de sa créduUté , et non parce qu'il en aura reçu une influence réelle.
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De l'éicclricilé.
Il eût été bien étonnant que l'électricité n'eût pas été appelée à jouer un rôle important dans la thérapeutique. Un fluide aussi généralement répandu dans l'univers, tenant en quelque sorte tous les mondes et tous les êtres sous sa domination , manifestant ses effets sur les corps bruts , comme sur les corps organisés , devait inspirer la pensée que son action puissante sur les corps vivants , devait être d'un grand secours contre les maladies. Si l'on doit s'étonner , c'est qu'on ne lui ait pas emprunté plutôt la puissance de ses effets. Ce n'est que vers le milieu du siècle dernier , après les nombreuses expériences des physiciens et surtout de NoUet , Priestley et Franklin , que Jalabert , Sauvages , Dehaen , firent connaître les bons effets qu'ils en avaient obtenus contre la paralysie et la danse de saint-gui , et en rendirent l'usage abusif, ce qui la plongea dans l'oubli et le dédain , d'où Franklin la tira en même temps, que Bertholon , Mauduyt , et plus tard Sigaud de Lafond, en étendirent l'application aux corps organisés en général et à l'homme en particulier , en santé comme en maladie. L'électricité ftit de nouveau presque une panacée. Cependant les meilleurs observateurs ont remarqué ses effets , surtout dans les maladies nerveuses. L'abus qu'on en fit nuisit à la vérité même, et l'électricité, comme beaucoup de moyens dont l'action ne saurait être assez précisée, éprouva de nouvelles vicissitudes. Elle paraissait oubliée lorsqu'elle sembla renaître sous une autre forme , parce que les moyens de la développer étaient différents. C'est du galvanisme que nous voulons parler. Aussitôt que la découverte en fut faite , les savants du premier ordre , tels que de Humboldt , Halle , etc. , s'en occupèrent. Ils obtinrent des effets surprenants. La thérapeutique s'en empara et en fit l'application aux affections nerveuses. Les résultats furent très- variés. Cependant il y en eut de positifs surtout contre les paralysies. Mais tout ce qui revêtait la forme nerveuse devint longtemps du ressort de cette nouvelle électricité. Aujourd'hui ces deux moyens, électricité et galvanisme, ne jouissent
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que d'une faible confiance. On en parle plus qu'on ne les emploie. Cependant ils ne sont pas complètement abandonnés, et il est toujours des médecins qui les conseillent contre différentes affections du système nerveux et avec des effets variables , comme maladie nerveuse. L'hypochondrie a quelquefois aussi été soumise à l'influence du fluide électrique. Les auteurs en citent quelques faits de guérison. Je ne l'ai jamais conseillé dans cette maladie. Cependant une de mes malades y a été soumise et s'en est bien trouvée. M'"*" C... , aimable et jolie , d'une constitution assez nerveuse , était singulièrement contrariée d'uu teint couperosé qui , depuis quatre ans , avait résisté à tous les moyens employés. Elle en avait conçu un chagrin qui l'avait rendue sujette à plusieurs accidents nerveux et à des craintes sur la véritable cause de ces accidents. En un mot , l'hypochondrie était imminente. On lui parla de l'électricité pour sa couperose. Elle vint me demander mon avis. Je lui dis que cela ne ferait rien à cette affection ; mais qu'elle en obtiendrait de bons effet pour ses nerfs. Ce que j'avais prédit arriva. Les spasmes nerveux furent dissipés en deux mois de temps , son imagination fut plus calme , et ses feux à la face restèrent les mêmes. Ici l'électricité a combattu l'affection nerveuse , et par elle le commencement de l'hypochondrie. Elle n'a exercé aucune influence sur l'imagination : car le calme moral ne s'est rétabli qu'à mesure que le calme nerveux s'est opéré. Depuis ce moment il n'y a plus ni spasme , ni maux de nerfs , ni exagération de ces sensations , ni idées noires. îl est vrai que sa couperose a été beaucoup amendée par différents moyens et surtout par l'usage des eaux d'Uriage , ce qui est pour elle un grand sujet de satisfaction. Quoique nous n'ajoutions pas une grande importance à ce fait , cependant , il nous prouve que l'électricité et ses différents modes peuvent être utiles dans l'hypochondrie, en calmant d'abord les accidents nerveux et par suite le désordre de l'imagination , de telle ;orte que la cure [)eut être radicale , lorsque la maladie est toutj -fait nerveuse , et surtout lorsque la névrose paraît tenir à cet hat d'alon'e si exdté par queh[ues auteurs.
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On n'attend pas de nous que nous entrions dans les détails sur les différentes manières d^administrcr l'électricité, et encore moins sur les effets différents que peuvent produire l'électricité positive et l'électricité négative , pour en déduire leur emploi dans des maladies nerveuses analogues, et dans lesquelles l'une de ces électricités conviendrait plutôt que l'autre, selon qu'on aurait du fluide nerveux ou électrique animal à soustraire, ou à ajouter. Nous ne ferons qu'une seule recommandation , c'est de se défier des secousses violentes électriques, elles peuvent faire beaucoup de mal. Nous dirons aussi que ce stimulant puissant nerveux paraît convenir, plutôt lorsque les nerfs sont dans un état de faiblesse et d'atonie voisin de la paralysie , que lorsqu'ils sont dans un trop grand état d'érétbisme. Alors surtout on n'administrera que l'électricité en bain.
De la musique.
Vouloir essayer de prouver les effets de la musique sur l'homme , serait aujourd'hui aussi inutile que de vouloir prouver que l'homme communique sa pensée par la parole. L'un n'est pas plus contesté que l'autre. De tous temps cette influence a été remarquée. De tous temps aussi les peuples en ont fait usage. Déjà dans la plus haute antiquité , chez le peuple le premier pohcé peut-être , chez les Egyptiens , nous trouvons les pèlerinages des malades aux temples des divinités sanitaires, accompagnés de tous les exercices et de tous les agréments qui pouvaient apporter quelque influence sur l'économie souffrante , et nous savons que les chants et la musique tenaient le premier rang parmi les moyens de distraction. Nous ne devons point chercher à démontrer , par son antiquité et par son usage , retrouvé chez tous les peuples , que la musique est naturelle à l'homme , et qu'elle n'est point chez lui un simple et pur art de l'imitation du chant des oiseaux , puisque partout et dans toutes les classes , tous les rangs de la société , l'homme chante pour calmer ses maux , pour supporter sa misère , pour soulager sa fatigue , pour s'animer au combat. Les instruments ne sont venus qu'après et successivement ajouter
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à cette mélodie première et naturelle . Nous ne devons point non plus nous occuper de la différence de la musique chez les différents peuples , ni chercher la cause de cette différence dans leur organisation et dans leur sensibilité modifiée par les climats. Nous ne pouvons pas cependant nous dispenser de faire observer que les habitants des pays chauds, ayant une délicatesse plus grande, ont aussi une oreille et une voix plus musicale et plus harmonieuse , et que plus sensibles à la musique , c'est chez eux qu'on en remarque les effets les plus frappants. L'histoire nous a conservé une foule de traits de la puissante influence de la mélodie sur l'homme, pour animer et calmer les passions; depuis les histoires fabuleuses d'Amphion et d'Orphée, jusqu'aux merveilles qui se passent chaque jour sous nos yeux^ aux sons des Grétry, desRossini, des Meyerden, desBethoven, au son de notre tambour et de notre musique guerrière. Elle nous a conservé aussi des faits très -remarquables de son influence sur les maladies, autant aiguës que chroniques; mais ceux qui seuls peuvent nous intéresser sont ceux qui se rapportent à ses effets dans les maladies nerveuses, et surtout dans les affections hypochondriaques et mélancoliques. Qui ne sait que David calmait les accès de noire hypochondrie de Saiil avec les sons mélodieux qu'il tirait de sa harpe? Si nous en croyons Koeler et Serao, le tarentisme ne serait qu'une sorte d'hypochondrie à laquelle étaient sujets les habitants du midi de l'Italie, et que l'on guérissait à l'aide de la musique, pratique fort ancienne et croyance bien accréditée dans ces contrées^ puisque déjà on la recommandait contre la morsure des vipères et des scorpions de la Fouille. Ne savons-nous pas aussi que Philippe V, plongé dans l'hypochondrie la plus désespérante, dut le rétablissement de sa raison à la musique savante de Farinclli? Mais c'est dans Robinson, Lorry, Albrecht, Tissot, Roger, etc., qu'on peut lire de nombreux exemples de ces effets remar(juables. C'est dans les sons mélodieux et dans la nature des airs que se trouve toute la vertu de la musique, et non dans de prétendues émanations que les sons transporteraient de l'instrument à l'oreille, comme l'a prétendu J. B. Porta, qui
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imagina sa musique panacée,, en prétendant donner aux sons les vertus médicatrices dont jouissaient les plantes avec lesquelles il faisait fabriquer les instruments ; sorte de mystification médicale qui aurait dû ne jamais sortir de l'histoire de l'incomparable Pantagruel.
Ce n'est point comme musiciens, c'est tout simplement comme médecins que nous devons apprécier les effets de la musique sur le corps humain. Sous ce rapport, nous devons y distinguer deux choses essentielles : le son musical ou de l'instrument, et l'air ou la mélodie. Le son est très-différent, selon l'instrument qui le produit, non seulement selon qu'il est à corde ou à vent; mais encore selon chacun d'eux en particulier. Cette distinction est bien importante, car il y a des personnes qui ne peuvent pas supporter les instruments à vent, et d'autres, au contraire, qui en font leurs délices, et vice versa. Première conséquence, il faudra bien choisir l'instrument qui sera le plus à la convenance du malade. Par le son qu'il produit, l'instrument agit sur l'ouïe, consécutivement sur l'encéphale, et par réflexion sur tout le système nerveux cérébral. Que le son soit aigre ou discordant d'une manière absolue ou seulement d'une manière relative, la sensation pénible qu'il produit sur le nerf acoustique porte son impression désagréable à l'encéphale ; celui-ci, ainsi affecté, fait retentir cette impression dans tout le système nerveux, et lui fait partager le malaise qu'il en éprouve. Ce fait n'a pas besoin d'explication, ni d'autres preuves, il n'est personne qui ne l'ait éprouvé cent fois et qui ne puisse s'en rendre compte. Que le son, au contraire, soit doux, suave et mélodieux, il fait sur l'oreille une impression agréable qui est transmise au cerveau, qui en éprouve un bien-être qu'il fait partager aussi à tout le système nerveux sur lequel il reflète, pour ainsi-dire, cette sensation de plaisir, si bien en harmonie avec son état normal. Ainsi le son n'exerce par lui-même aucune influence sur l'imagination ; il n'agit sur elle que par une sorte de retour ou de réflexion des sens sur elle. Elle jouit à son tour de l'état de bien-être et de satisfaction auquel ils sont livrés. On comprend déjà comment la musique peut par elle-
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môme apporter de si grands changements dans l'imagination et dans le moral des personnes, en agissant primitivement sur le système nerveux et consécutivement sur l'organe de l'intelligence et sur l'imagination. Mais ne perdons pas de vue que dans ces effets de l'instrument tout est relatif à l'individu. Il est des oreilles qui seront plus réjouies au son du tambour, de la cornemuse ou du fifre, que d'autres aux sons moelleux du piano, du violon ou de la harpe. Vair et la mélodie sont, comme nous l'avons dit, bien différents du son* Cela est si vrai que, tout en tirant les mêmes sons du même instrument, vous produirez des effets bien différents, selon l'air et l'harmonie avec lesquels vous arrangerez ces sons. Le son ne cesse pas d'agir sur le système nerveux ; mais en même temps la modulation agit sur Tàme ou sur l'imagination, et l'élève, la transporte, l'agite, la passionne, la soulève ou l'abat, suivant qu'elle est le produit d'un air martial ou d'un air doux, suivant qu'elle est^ comme le disaient les anciens, effectuée selon les rhythmes phrygien ou lydien, dorien ou éolien. Ainsi la mélodie, en passant toujours par l'organe de l'ouïe, va directement à l'organe de l'intelligence et à l'âme, et les effets qu'elle produit sur celle-ci se réfléchissent ensuite sur le système nerveux, qu'ils agitent ou calment à son tour. Elle agit donc en sens inverse du son. Il y a encore une distinction à faire relativement à l'harmonie. Il ne faut point confondre ce qui tient à l'air proprement dit, à cette mélodie en quelque sorte naturelle, qui agit sur tous ceux qui ont de l'oreille, avec cette harmonie factice et artistique dans laquelle la sublimité de l'art se fait remarquer bien plus par des diflicultés surmontées que par la mélodie du sentiment, et qui ne peut être appréciée, jugée et bien sentie que par un artiste lui-même, ou par un amateur accoutumé à analyser, note par note, un «ir qu'on exécute. On voit maintenant comment on pourra utiliser la musique dans le choix des airs qu'on voudra faire servir à calmer un hypochondriaque. Il faudra choisir ceux qui sont le plus de son goût, qu'il affectionne le plus, qui peuvent eu conséquence le mieux ramener son imagination à son rhylhmc normal; car il ne faut pas
croire que les airs gais soient toujours ceux qui doivent le mieux réussir. Le lourd et monotone Ranz des vaches, et le plus lourd encore God save the Jcing, résonneront aussi agréablement à l'oreille du Suisse et de l'Anglais, qu'à celle du Français le F'ive Henri IF ou Allons enfants de la patrie, et qu'à celle de l'artiste les plus beaux morceaux de Mosart ou tout autre célèbre compositeur.
La thérapeutique pourra donc tirer un grand parti de la musique dans le traitement de l'hypochondrie. Pour cela elle ne doit jamais perdre de vue qu'elle a à choisir tout à la fois et l'instrument et l'air qui sont le plus en harmonie , le plus en rapport avec les dispositions naturelles , les goûts et les habitudes du malade. Ce n'est que de cette manière qu'il pourra en tetirer de bons effets. Toutefois, ne nous faisons point illusion ; malgré cette double action de la musique, d'une part sur le système nerveux , d'autre part sur l'imagination , il est impossible de compter sur elle , comme un moyen sûr de guérir la maladie , comme un antihypochondriaque certain. Si nous l'envisagions ainsi , nous nous exposerions à de trop fréquentes déceptions. Elle pourra guérir quelquefois ; mais le plus souvent elle ne sera qu'un auxiliaire plus ou moins puissant , plus ou moins efficace.
Tout ce que nous avons dit de la musique instrumentale s'applique en entier à la musique vocale. Si le chant plait au malade , il faudra non seulement choisir la voix la plus agréable et surtout celle qui peut lui plaire le plus, mais encore les chants et les airs qui peuvent lui faire le plus de plaisir et qu'il aime le plus. On peut se faire aisément une idée de toute la puissante influence qu'on pourra ainsi exercer sur l'imagination et sur le système nerveux de l'hypochondriaque. Mais le guérira-t-on par ce seul moyen? La chose est trop douteuse pour que nous devions le présenter pour autre chose qu'un moyen accessoire et auxiliaire.
Nous n'avons étudié la musique jusqu'à présent, que comme un moyen pharmaceutique pénétrant dans le corps par les sensations qu'il produit. Il nous reste à dire un mot de la
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musique oxécutéc par le malade iui-même. Lorsqu'il sera musicien , lorsqu'il saura jouer d'un instrument , ou lorsqu'il aura de la voix pour chanter , on fera très-bien de l'engager à exécuter lui-même les morceaux qui lui plairont. Il joindra ainsi un exercice agréable à une sensation agréable aussi et il en retirera un double avantage. Cet exercice offre même cela de plus avantageux que beaucoup d'autres , c'est que sans être fatigant , il fixe l'attention , il l'applique tout entière à son sujets et la détourne ainsi de ses souffrances habituelles et de ses idées noires (1). Mais il faut prendre garde de ne pas dépasser le but qu'on se propose. Pour cela il faut éviter l'excès : car à côté du bien se trouve bien vite le mal. Il ne faut donc pas chercher à inspirer au malade une passion trop grande pour cet art. Car on ne perdra pas de vue qu'elle exerce une action toute de sensation , et que tout ce qui est sensation et surtout sensation un peu vive et délicate porte facilement sur les nerfs , comme on dit. Or dans une maladie où le système nerveux et ses sensations viciées jouent un si grand rôle , on ne saurait trop prendre garde aux médications qui agissent sur lui. Si le malade s'y livrait avec fureur , il faudrait donc modérer son ardeur et lui donner du repos ou l'alterner avec quelque autre occupation ou distraction , surtout s'il porte sa passion et son goût jusqu'à vouloir composer lui-même. Nous savons trop combien les imaginations artistiques s'énervent et s'épuisent par une composition trop assidue , trop longue , trop soutenue chez les personnes en bonne santé , pour ne pas en redouter à plus forte raison les effets chez des malades qui ont déjà l'imagination et les nerfs en si mauvais état. Ainsi modération et point d'excès. Rien ne prouve mieux la vérité de ce que nous disons que ce qui vient
(1) Roderic à Castro a dit : Le voyageur chante pour supporter pins facilement io8 fatigues du voyage ; la musique adoucit l'ennui du prisonnier dans son cachot, et le matelot se livre à la symjihonie pour chasser le craintes de la mer. D'où vient aussi le proverbe : « Ceux qui portent un fardeau en chantant sentent moins du fatigue, n Le peuple russe chante eu faisant presque tout ce qu'il lait.
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de se passer dans plusieurs hôpitaux d'aliénés en France. Les bons effets de la musique sur quelques aliénés firent penser qu'en en étendant l'application au traitement général de l'aliénation mentale, on ramènerait plus facilement ces intelligences déréglées. Ce projet tout philanthropique a été mis à exécution dans plusieurs hôpitaux d'aliénés. Quelques apparences de succès encouragèrent la propagation de ce moyen et l'on espéra avoir trouvé le remède presque infaillible. On en connaît les résultats et les déceptions qu'ils ont produites. Je crains que ces insuccès ne fassent abandonner ce mode de traitement avec autant de facilité qu'on l'avait reçu et préconisé avec enthousiasme. Pourquoi faut-il donc que l'esprit de l'homme, toujours extrême , ne sache presque jamais s'arrêter aux choses vraies et rien qu'à elles? A cause de ces revers , on va peut-être rejeter et proscrire un moyen qui bien étudié et mieux appliqué peut devenir la source de guérisons certaines dans bien des cas. Il suffit seulement de savoir qu'il ne guérit pas toujours , et qu'il faut non seulement bien choisir , mais ne pas s'opiniâtrer et vouloir forcer des obstacles pathologiques et idiosyncrasiques insurmontables.