SD TRAITÉ BE LIIYPOCUONDKÎE
qu'on ne saurait prendre de trop grandes précautions pour ne pas s'en laisser imposer. Oui sans doute la faiblesse, l'atonie , ou l'asthénie réclame les toniques ; mais avant d'en adopter l'administration il faut bien distinguer la nature ou la cause de cette atonie pour lui appliquer le remède convenable, le tonique approprié.
La faiblesse se trouve liée à tant de causes , qu'il est bien difficile de pouvoir l'isoler pour en faire un principe à part et essentiel. Presque toutes les maladies inflammatoires et fébriles, malgré toute leur exagération vitale , dépriment les forces et causent la faiblesse. Ici l'atonie n'est que relative et subordonnée. Elle n'est point essentielle , quelque grande qu'elle soit. Elle forme une catégorie nombreuse , la plus nombreuse même. Voilà pourquoi Brown et Broussais ont été si différents sous ce rapport. Le premier voyait l'asthénie presque partout, tandis que le second ne voyait qu'irritation. Bien que ce dernier eût raison dans le fond , il a trop exagéré sa doctrine en identifiant toutes les irritations , toutes les inflammations, et en ne voulant pas reconnaître les mille modifications qui les distinguent et qui en font autant d'êtres à part ; et surtout en regardant l'inflammation comme toujours la même à toutes les périodes , sans s'apercevoir , ou plutôt sans vouloir convenir , que chaque moment lui imprimait un caractère nouveau, un mode différent, et que l'inflammation du huitième jour ne ressemblait pas à l'inflammation du premier jour. Il ne voulait pas comprendre que l'excitation prolongée, après avoir produit d'abord une faiblesse par oppression des forces ou par dérivation sur l'organe malade , finissait par déterminer une faiblesse réelle, une atonie essentielle, soit parce que l'excès d'éréthisme avait usé la vie ou ses agents en les dé- ])ensant trop vite , soit parce que, pendant la durée de la maladie, l'économie entière a souffert de deux manières, et par viciation de ses liquides et de ses solides, et par privation de ses éléments nutritifs réparat(;urs. Mais indépendamment de cette cause multiple , la faiblesse en reconnaît d'autres , qui pour être moins fréquentes n'en sont pas moins réelles. Tau-
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toi ce sera un vice bien manifeste dans les humeurs , et surtout dans le sang et la Ijmphe , comme dans la chlorose , dans le scorbut et dans les scrofules, et quel([uefois dans certaines cachexies plus faciles à reconnaître qu'à apprécier. Tantôt la faiblesse sera dépendante des organes même de la vie. Il y a faiblesse, on voit que la vie s'use , sans qu'on puisse accuser aucun organe, aucun appareil d'être physiquement malade. Tout le mal gît dans le système ou appareil qui est chargé de porter l'irritation vitale à tous les organes , par conséquent dans le système nerveux : et comme ce système est double, la faiblesse sera différente selon celui dont elle procédera. De plus^ il ne faut pas croire que cette faiblesse elle-même soit identique , elle présente une foule de nuances ou de modifications qui peuvent être rapportées à deux classes , en se renfermant dans la distinction dichotomique de sthénieet d'asthénie. En effet on voit bien souvent que la faiblesse dépend des désordres nerveux qu'on peut rapporter à l'excitation, tandis que bien souvent aussi on ne rencontre qu'une prostration essentielle , une asthénie idiopathique qui ne tient qu'à un défaut patent d'innervation. Si nous paraissons donner notre assentiment à cette dernière distinction , c'est tout simplement pour adopter des groupes plus faciles à établir , et non pour les présenter comme l'expression d'un fait démontré. Rien en effet n'est plus variable et plus bizarre que les causes nerveuses de la faiblesse. Ce sont autant de modifications distinctes qui sont même susceptibles de se transformer d'un instant à l'autre, de façon que ce qui paraît excitation un moment , devient débilité le moment suivant. C'est un vrai Protée tout-à-fait insaisissable. Mais en voilà bien assez pour faire voir que la faiblesse, reconnaissant des causes bien différentes et même bien opposées , ne pouvait pas être la même dans tous les cas , et que par conséquent il était impossible d'établir une médication tonique générale. Les évacuations sanguines et tout le cortège du traitement antiphlogistique seront toniques en combattant Vinflammation qui occasionnait la faiblesse , comme une potion calmante en dissipant une colique atroce qui brisait les forces.
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Pour bien s'entendre et ne pas s'exposer à des erreurs thérapeutiques toujours graves , il faut donc réduire la médication tonique aux seuls cas de faiblesse essentielle , par défaut d'innervation et encore à celle qui provient de certaines viciations humorales; , dans lesquelles l'expérience a démontré l'utilité des toniques.
D'après cette manière d'envisager la question , il est facile de déterminer l'action de la médication tonique ; tout remède qui tendra à relever les forces , à redonner du ton aux organes ou à la fibre sera un tonique. Tout tonique devra donc exercer une action excitante , puisqu'il doit relever le ton , ranimer les forces ; mais pour opérer cette action excitante les toniques agiront , selon les circonstances , les uns sur la fibre même , sur les solides , les autres sur les fluides viciés. Voilà donc qui ferait déjà étabUr deux classes de toniques proprement dits. Cette distinction n'est point illusoire , elle est fondée sur la pratique et sur l'expérience. On sait tout ce qu'on a heu d'espérer des préparations ferrugineuses dans certaines viciations du sang comme dans la chlorose. Tout puissant dans cette maladie, le fer est nul ou même nuisible dans d'autres faiblesses, tandis que le quinquina , par exemple , en triomphera et se montrera impuissant contre la chlorose. Indépendamment de cette distinction , il ne faut pas perdre de vue que les autres causes des affections atoniques étant très-nombreuses , il faut varier les toniques, parce que chacune réclame ou doit réclamer celui qui lui est le mieux approprié, et qui en outre est le plus en harmonie avec la constitution particulière et idiosyncrasique de chaque malade. Il faut bien se garder aussi de confondre les toniques et les excitants , l'action fortifiante et l'action stimulante ; quoi qu'ils puissent être employés quelquefois les uns et les autres dans différentes circonstances, et même alternativement, ce ne sera jamais indistinctement et sans y avoir mûrement réfléchi.
En faisant à l'hypochondrie l'application de ces principes, il nous sera facile de comprendre comment les toniques de toute espèce ont pu tour à tour être employés. La faiblesse est évi-
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dente dans rhYpoclioadrie. Mise sur le compte, tantôt de la viciation des humeurs et du sang qui fournit les esprits, tantôt de la faiblesse et de la mobilité nerveuse de Tissot, elle a dû toujours exiger l'emploi des toniques ; aussi ils ont quelque temps fait la base du traitement de riijpochondrie, et, après les évacuants, ils ont été les remèdes les plus employés. Mais ils ont varié suivant les idées théoriques qu'on se faisait de la maladie. Ainsi les martiaux ont, en général, joui de la plu grande et de la plus longue confiance ; les amers, et surtout le quinquina, ont eu aussi leur tour à plusieurs reprises ; et enfin les aromatiques, comme la cannelle, ont eu aussi leur temps et leur vogue. On voit que chacun de ces moyens répondait à quelque idée théorique qui le faisait préférer. Chacun a pu compter des succès ; mais aucun ne pouvait et ne devait réussir dans tous les cas , voilà pourquoi ils ont successivement et alternativement subi le même sort d'éloges et de réprobation. Mais en nous interdisant toute vue systématique exclusive, nous pourrons comprendre que chacun d'eux peut, dans des cas bien déterminés, rendre des services positifs. Il faut pour cela savoir choisir celui qui convient, et parce qu'il aura réussi dans une circonstance, ou parce qu'il répondra à la théorie générale que nous nous faisons des maladies, il ne faut pas en faire une panacée et l'appliquer à tous les cas ; nous le verrions bientôt échouer où un autre aurait triomphé. Nous comprenons donc que le même tonique ne peut pas être employé toujours; nous comprenons encore mieux, d'après l'analyse physiologique que nous avons faite de la maladie, que le tour des toniques soit infiniment plus rare qu'il ne Fait paru autrefois. Toutefois, nous admettons que les toniques pourront quelquefois être administrés avec avantage. Mais avant de s'y décider, que le médecin ne s'en laisse point imposer par la faiblesse apparente ; qu'il n'oublie pas que la mobilité et l'irritabilité nerveuses sont ordinairement si grandes, qu'on ne saurait trop se défier de leur emploi ; qu'il examine bien aussi l'état de la circulation, une artère dure et tendue, trop de plasticité dans le sang, en contre-indiquent l'emploi. Sarlout qu'il
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ne perde pas de vue les dispositions dans lesquelles se trouvent les voies digestives ; leur éréthisme fréquent sera bien souvent un obstacle à leur administration. C'est en prenant toutes ces précautions, c'est en apportant la plus grande attention dans l'usage des toniques, qu'on pourra en obtenir de bons effets. Il faudra quelquefois savoir insister sur leur administration, malgré quelques mauvais effets qu'ils pourraient produire d'abord; il faudra savoir enfin les suspendre à temps, ou même les supprimer complètement. Il sera bon de les faire, le plus souvent, précéder par l'usage des émollients et des adoucissants, comme le pratiquait Raulin. Ou bien enfin, on pourra, avec Viridet, les associer et les combiner avec les humectants, les délayants et les bains. De cette manière, en redonnant du ton à l'économie, en redonnant du ressort au système nerveux, on pourra obtenir une modification thérapeutique qui dissipera la modification morbide qui constituait la maladie, et l'on obtiendra ainsi la guérison. Mais il ne faut pas se le dissimuler, ces cas seront bien rares. Aussi ne faut-il guère compter sur les toniques comme antihypochondriaques ; ils n'exercent aucune influence directe sur la maladie. Il ne faut leur demander que ce qu'on peut en exiger, que ce qui est dans leurs attributions.
Des martiaux.
De tous les toniques, les martiaux ou chalibés sont ceux qui ont été le plus généralement employés. Ils ont dû réussir bien des fois ; car ils ont reçu les plus grands éloges de la plupart des médecins les plus distingués. Roderic à Castro, Teranzoni, Sydenham se louent beaucoup de leur emploi. C'était la limaille qu'ils administraient de préférence. Werlhoff, Schebbeare en font le plus grand cas ; ce dernier les unissait aux aromates. Sennert, Rivière, Chesneau, Boerhaave rendent le témoignage le plus flatteur en faveur de leurs effets. Cependant ils ne réussissent pas toujours, et leur administration banale et intempestive a pu les rendre souvent nuisibles. C'est sans doute ce qui a porté Viridet et surtout Raulin à en condamner l'usage. Ce dernier, pour justifier Sydenham des éloges qu'il donne
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aux préparations martiales, va jusqu'à l'accuser de ne l'avoir jamais employé. Cette inculpation est un peu forte contre un praticien aussi attentif que l'était Sydenham. Ce qui prouve qu'il en connaissait bien tous les bons et mauvais effets, c'est qu'il avertit déjà qu'il ne convient pas dans toutes les circonstances. Il le préférait aux autres toniques, parce que, dans sa manière de juger l'état du sang-, il le croyait le plus propre à agir sur lui et à en corriger la disposition qui détermine l'ataxie des esprits. Sir Robinson met aussi des restrictions aux éloges qu'il lui donne, et il pense qu'il ne convient pas toujours. En général, les Anglais ont plus vanté les préparations de fer, et les Français les ont plus vivement condamnées. Cela ne tiendrait-il point à la différence de la constitution plus lymphatique des Anglais, et plus nerveuse des Français? Nous ne pouvons résister au désir de placer ici un passage de Frédéric Hoffmann, parce que nous y trouvons toute la sagesse et toute la profondeur qui le caractérisent : « Les remèdes chalibés passent pour être excessivement efficaces dans l'hypoctiondrie ; mais s'ils sont salutaires quand on les donne à propos, on peut dire aussi qu'il n'y a rien de plus préjudiciable que de les employer inconsidérément sans avoir égard au temps ni aux autres circonstances dans lesquelles le malade peut se trouver. Lorsque les spasmes sont violents, les viscères obstrués, le malade constipé, les humeurs surabondantes et les premières voies surchargées de crudités, il faut en user avec modération, si l'on ne veut pas que la maladie dégénère en cachexie. Après qu'on a apaisé les spasmes et diminué la masse du sang, ils sont d'une utilité singulière en ce qu'ils facilitent les excrétions ; mais il faut les donner dans une quantité suffisante d'un liquide délayant, et seconder leur effet par un exercice convenable. Ceux qui ne peuvent pas se rendre aux eaux minérales peuvent substituer des bouillons préparés avec des racines apéritives et avec la teinture de Mars de Zwelfer, et les employer avec le suc de pomme et de coing ; mais ils doivent les prendre à doses convenables et les cesser fréquemment. »
Les préparations martiales sont toniques , en ce sens qu'elles
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agissent principalement sur le sang , qu'elles vont le revivifier en le reconstituant dans quelques-uns de ses principes qui ont diminué leur action est donc purement chimique. Par ce véhicule ils vont reporter la vigueur et l'excitation dans toute l'économie. Leur action est donc plutôt générale que locale. Aussi ils n'irritent pas les organes avec lesquels ils sont mis en contact. Ils paraissent môme jouir quelquefois d'une propriété calmante : car bien souvent ils ont réussi à calmer des névralgies et môme des gastralgies avec plus de sûreté que les autres calmants et antispasmodiques. Cependant nous partageons la prudence de Robinson et d'Hoffmann, et nous recommanderons de bien faire attention à l'état de l'estomac , lorsqu'on voudra en faire usage. On comprend maintenant tout le parti qu'on pourra en tirer dans les cas où î'hypochondrie sera liée à une constitution détériorée , cacochyme , lymphatique et avec un sang appauvri. On voit qu'alors le fer pourra rendre des services importants, parce qu'en redonnant au sang , et par suite à l'économie des qualités plus vitales , il rendra aux nerfs plus de force , diminuera leur mobilité et opérera ainsi beaucoup de bien , sans pourtant mériter d'être regardé comme un spécifique de I'hypochondrie.
Nous ne devons pas faire mention des doses , des préparations et du mode d'administration des martiaux ;, nous dirons seulement qu'on fera bien de se conformer , au moins à son début , à la méthode de quelques anciens , et de les associer d'abord à quelques aromates ou amers, tels que la cannelle, la gentiane , la salsepareille , la rhubarbe , etc.
Du quinquina.
Après les martiaux , le quinquina est le tonique qui a joui de la plus grande faveur contre I'hypochondrie. Sydenham est le premier qui l'ait conseillé , et depuis il a été imité de presque tous les médecins qui ont traité des maladies nerveuses , parce ([u'ils lui trouvaient l'action d'un tonique puissant et non d'un tonique excitant et volatil. Mais s'il convient dans les cas de Oiiblessc ci lorsqu'il y a (ju(;lqu<^s apparences d'intermittence
dans les accidents , il ne faut pas en conclure qu'il réussira toujours , et en faire , à l'exemple de quelques auteurs , un remède universel des nerfs. Lorsqu'il y a un stimulus à détruire , le quinquina , en augmentant l'action des vaisseaux et des nerfs , peut , sans détruire la cause , augmenter la réaction et aggraver tous les accidents. Aussi lîaulin ne le donne qu'après l'usage des émollients : plutôt , dit-il , il crispe. Pome le redoute encore plus et il le proscrit généralement. Nous pouvons nous rendre compte de cette différence dans les opinions , en songeant que les effets des remèdes ne sont pas les mêmes dans les différentes localités, parce que les malades , doués de constitutions et de tempéraments différents , impriment un caractère différent aux maladies. Ainsi le quinquina a pu et dû réussir à Sydenham , en Angleterre , ou la fibre , molle et lymphatique, a besoin d'être tonifiée. Dans le nord de la France, il a déjà exigé de la part de Raulin des moyens palliatifs et adoucissants , pour en rendre l'action simplement tonique. Tandis que dans le midi , il doit être , d'après la remarque de Pome , trop excitant pour une fibre sèche et irritable. Nos préceptes ne sauraient donc être absolus ; il faut toujours les rapporter à la localité où l'on observe : scrïbo in aère romano. Voilà pourquoi , suivant les circonstances de lieux et de personnes , on l'associe quelquefois aux adoucissants et aux bains avec Viridet , Lorry et Tissot ; d'autres fois , avec Rosa et Sydenham , on le donne pur et à haute dose ; d'autres fois aussi , on le prescrit pour combattre quelques mouvements périodiques dans la marche des accidents. En général tous les auteurs s'accordent à recommander de bien tenir compte de l'état de l'estomac.
Ainsi l'action du quinquina a été en général assez bien appréciée. Reconnu tantôt utile , et tantôt nuisible , il ne doit point ces différences apparentes de résultats à une action différente et variable dans l'économie , son action est uniforme , il ne les doit qu'aux différentes nuances de la maladie , et aux états différents dans lesquels le malade peut se trouver.. En effet le quinquina agit directement sur les tissus eux-mêmes ,
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sur la fibre de l'économie , qu'il tonifie et raffernùt. Il agit d'abord localement sur l'estomac ou toute autre partie sur laquelle il est appliqué , et consécutivement bientôt sur le reste de l'économie , soit par une sorte de réaction sympathique , que l'économie entière ressent ; soit en modifiant le sang , et sans le reconstituer , en donnant à sa fibrine plus de fermeté , plus d'activité vitale , qui lui fait présenter aux organes un modificateur tonifié et tonique. Le ijuinquina agit donc principalement sur les tissus , et d'une manière moins sensible , moins chimique sur les liquides. Il est simple tonique. Cependant si l'on porte sa dose trop haut , ou si on le continue trop longtemps , il peut exagérer son action sur les tissus , et principalement sur l'organe avec lequel il est en contact , et produire ensuite une sur-excitation fâcheuse , dont le système nerveux cérébral a le plus à souffrir. Ces effets seront bien plus sensibles encore si on l'administre chez des sujets à fibre irritable , et surtout sur ceux dont l'estomac est déjà trop irrité ou même phlogosé. On comprend d'après cela pourquoi il a pu s'attirer alternativement le blâme ou la louange , et avec quelle prudence il faut le prescrire , si l'on veut en obtenir seulement les bons effets qu'il promet comme tonique , et non comme antihypochondriaque. Il pourra donc être utile dans les cas où la faiblesse est réelle, et non le résultat d'une affection organique. Il pourra même alors quelquefois amener la guérison en détruisant ainsi la cause qui entretenait la mobilité nerveuse , et par suite l'hypochondrie. C'est à la sagacité du médecin à puiser dans la matière médicale les doses , les formes et les combinaisons qui conviennent le mieux.
Ce n'est donc point en vertu de sa propriété fébrifuge ou antipériodique , que le quinquina agit dans l'hypochondrie. Cette propriété ne doit pas cependant être dédaignée , elle peut rendre quelquefois le remède encore plusprécieox ; c'cist lorsqu'il se manifeste des phénomènes qui reparaissent avec une sorte de périodicité régulière, et qui, en tourmentant le malade, exaspèrent chaque jour davantage l'érélhisme nerveux. 11 les arrêtera et en préviendra ainsi les conséquences. Il ne faut pas
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confondre ces sortes d'cxacerbalions morbides avec celles qui seraient le résultat de l'ennui , du lourracnt que se fait le malade aux approches de certaines époques diurnes , ou de reflet de son isolement et de la solitude. Ici le quinquina ne ferait rien , il pourrait même être nuisible. C'est à l'imagination qu'il faut s'adresser , c'est le moral qu'il faut traiter. Cette vertu antipériodique peut-elle donner au quinquina quelque prise sur l'hypochondrie qui aiîecte une sorte de périodicité ou d'intermittence dans ses retours ? nous ne le pensons pas. Cependant si une hjpochondrie se manifestait par des sortes d'accès peu durables et assez rapprochés , alors il pourrait prévenir le retour de ces accès, en le donnant à dose convenable , assez longtemps et en temps opportun. C'était aussi la pensée de Sauvages. Mais ces cas ne peuvent se présenter que bien rarement.
De quelques autres toniques et excitants.
Les toniques aromatiques peuvent convenir quelquefois. Ils sont plus stimulants que le quinquina et agissent davantage sur le système nerveux. Ainsi ils pourront lui être préférés dans les cas d'atonie par défaut ou faiblesse d'innervation. Comme cette manière de voir a été un moment presque généralement adoptée , cela nous explique la grande faveur dont ils ont joui pendant un temps ; et comme aujourd'hui c'est l'opinion inverse qui est le plus accréditée , cela nous explique aussi pourquoi ils sont tombés dans le discrédit. Mais en ne généralisant rien d'une manière absolue , en accueillant tous les faits et tels qu'ils sont , il nous est facile de comprendre quand et comment ils pourront être utiles.
Parmi les toniques aromatiques , la cannelle tient le premier rang. Elle a été beaucoup vantée et elle mérite de l'être. Mais elle demande plus d'attention encore dans son administration que le quinquina, parce qu'elle est plus stimulante. Elle convient , quand à la faiblesse de la fibre se joint la lenteur du pouls qui annonce un grand défaut d'innervation.
Vient ensuite Vangélique , préconisée la première fois par
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Camérarius , et ensuite par Schenkius qui la mariait avec la zédoaire et la regardait comme le vrai spécifique des vapeurs. Hoffmann en a fait aussi beaucoup de cas. Cependant elle contient une certaine àcreté qui doit inspirer beaucoup de réserve et de prudence.
L'écorce d'orange , recommandée aussi par Hoffmann , a joui également de quelque faveur. Elle est un cordial agréable. Mais elle contient une huile essentielle très-abondante , qui , en s'attachant aux parois de l'estomac , peut agir longtemps sur elles et les irriter à la manière des huiles volatiles. De sorte que ce n'est encore qu'avec beaucoup de prudence qu'on doit l'employer.
Sans avoir joui des honneurs de la spécificité , beaucoup d'autres plantes aromatiques y auraient le même droit et pourraient trouver l'occasion d'être avantageusement prescrites : telles sont les semences d'unis, de coriandre, de fenouil, les sommités de camomille , de marjolaine , dorigan , de menthe poivrée, la. mélisse , la.bétoine, etc. , dont par conséquent nous nous dispenserons de parler plus longuement. H en est de même du thé et du café , qui sont vantés par les uns et repoussés par les autres. îl est certain qu'ils exercent sur le système nerveux une action stimulante bien prononcée. Il faut donc être bien attentif pour maintenir l'harmonie entre cette action et la mobilité nerveuse. Quoique les effets nuisibles du thé aient été exagérés par quelques auteurs , je partage cependant leuis craintes , parce que je l'ai vu nuire bien des fois , et je ne saurais recommander trop de prudence sur son emploi.
Parmi les toniques amers, le trèfle d'eau a joui d'une certaine confiance que lui avait acquise Viridet ; parce qu'il en avait vu l'infusion prise à la dose de six verres par jour , guérir un hypochondriaquc. Quoiqu'il n'ait pas soutenu sa réputation , il peut être quelquefois utile , de même que la mille-feuille , la raénianlhe , le chardon bénit, la quassia amara, l'écorcc de simarouba , le fiel de bœuf et les différents éUxirs stomachiques et viscéraux.
M. Barras a obtenu des succès marqués de l'infusion de gland
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de chènc. Nous avons aussi tiré de grands avantages de l'infusion de ce fruit torréfie et moulu comme le café.
Il eût été bien étonnant que l'action puissante de la noix vomique sur la moelle épinière et le système nerveux en général , n'eût pas engagé les médecins à en faire l'application à l'hypoclïondrie. Ce remède héroïque était employé , il y a près de deux cents ans , dans presque tous les cas où on l'emploie aujourd'hui; il est plusieurs fois tombé en désuétude, à cause sans doute de ses nombreux insuccès , et peut-être aussi des dangers qu'elle fait quelquefois courir au malade. Enfin dans ces derniers temps elle a été préconisée de nouveau par M. Fouquier , et ensuite par MM. Bretonneau , Husson , Tanquerel , etc. , contre la paralysie , et ils en ont fait sous ce rapport une conquête pour la thérapeutique. Buchner , et après lui Juughans l'ont prescrite avec beaucoup de succès contre l'hypochondrie. Thébésius en a obtenu un soulagement marqué dans un cas de délire hypochondriaque périodique. Elle n'a pas moins réussi à Bruyn , médecin hollandais. Tout ce que nous avons dit au sujet des toniques et des stimulants est applicable à la noix vomique. Ce n'est point sur l'estomac que son action délétère se fait sentir , c'est sur le système nerveux spinal. Aussi cette substance ne peut rencontrer que de bien rares circonstances dans lesquelles elle poisse convenir, et encore alors n'est-ce qu'à doses infiniment petites qu'on peut se permettre de la donner.
Le docteur Baven , en Angleterre , a employé avec beaucoup de succès la teinture de colchique. Ce médicament est tonique et stimulant , il est à présumer que c'est à cette double vertu qu'il a dû ses succès. Peut-être aussi a-t-il réussi , parce qu'il a été donné à des malades chez lesquels l'hypochondrie était liée à la goutte comme conséquence ou comme complication ; état que Sydenham avait déjà bien apprécié, et que Barthez a su mieux développer en nous représentant ces constitutions arthritiques, qui sont en quelque sorte imprégnées du vice ou de la diathése goutteuse , et qui en impriment un cachet spécial à toutes les affections qui surviennent , et par
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prctlilectionà l'hypochondrie. Ce n'est en conséquence guère que dans ces cas qu'on devra compter efficacement sur l'emploi du colchique en teinture ou autrement.
L'or potohle conseillé avec succès par Zacutus Luzitanus à un de ses malades , ne paraît pas avoir été employé depuis.
Nous ne saurions mieux terminer cet article sur les toniques qu'en empruntant à Tissot le passage suivant : « En général il faut être très-attentif à n'ordonner les toniques que quand ils sont évidemment indiqués ; et quand ils le sont , on se détermine entre les toniques sans âcreté , entre les amers, et entre les aromatiques , d'après les circonstances particulières tirées du tempérament , des symptômes , de l'effet des autres remèdes. Mais quand on est une fois déterminé sur le genre, le choix devient souvent assez indifférent entre plusieurs espèces de ce genre. En vanter quelques-uns trop exclusivement aux autres , est une erreur ; les employer toutes indistinctement en est une autre : on doit en général se choisir dans chaque genre un petit nombre des espèces les plus fortes , et se borner à celles-là à moins de quelques circonstances particulières. Je finirai par une observation importante : les toniques développent assez promptement leurs effets ; on voit d'abord ce qu'on doit en attendre. S'ils ne soulagent pas au bout de peu de jours , c'est ordinairement une preuve qu'il faut changer de méthode et ne pas s'opiniàtrer à suivre un même traitement, dont l'abandon est quelquefois le seul moyen de guérir. Il faut bien de l'amour-propre et une conviction bien forte de son infaillibilité pour poursuivre constamment des méthodes dont les effets nous démontrent l'insuffisance et souvent les dangers. »