‹ Traité complet de l'hypochondrieChapitre 31 sur 40 · VI. MÉDICATION ÉVACUANTE · texte numérisé non relu

VI. MÉDICATION ÉVACUANTE

Nous réunissons sous cette dénomination toutes les médications qui agissent sur l'économie en provoquant des évacuations abondantes , évacuations par le haut ou vomitive , évacuation par le bas ou purgative , évacuation par les sueurs ou

HISTOIRE ÏIIÉIIAPEUTIQDE. S9.1

Jiaphorcsc. Nous n'y comprenons pas la diurèse, parce que nous n'avons pas connaissance qu'aucun auteur ait fait de cette évacuation une méthode de traitement de l'hypochondrie. Nous n'aurons donc à examiner que les trois premières.

Médication vomitive.

L'hypochondrie , comme nous l'avons vu , ayant subi dans le temps du règne de l'humorisme le joug de l'influence des saburres et des différentes viciations de la bile , il était naturel qu'elle en subît les conséquences thérapeutiques et qu'elle fût traitée par les vomitifs , afin de débarrasser l'estomac , le foie et toute l'économie de ces matières peccantes , cause de la maladie. L'état des voies digestives dans le plus grand nombre des cas semblait encore favoriser cette opinion : dérangement de l'estomac , état d'inquiétude et de malaise des régions épigastrique et hypochondriaque , gonflement et tension de ces ré^ gions, nausées , envies de vomir , éructations , flatuosités , langue souvent chargée ou saburrale , perte d'appétit , mauvaise digestion ; il y en avait bien assez pour fournir l'indication des vomitifs. Bien souvent en effet ils produisaient un soulagement momentané. Toutes ces raisons et les doctrines régnantes avaient fait introduire la médication vomitive dans le traitement de l'hypochondrie. Mais personne n'a imité la fureur de Terenzoni : il voulait qu'on fit vomir tous les hypochondriaques , dans tous les cas et à plusieurs reprises. Selon lui, ce n'est qu'en rejetant toute la matière saburrale qui cause la maladie , qu'on peut la guérir. La plupart des auteurs veulent qu'on y prépare les malades par des boissons délayantes , afin de détacher les saburres et de les disposer à se laisser mieux évacuer. Hoffmann surtout, sans les proscrire entièrement , recommande de n'en user qu'avec beaucoup de sobriété , et de n'employer jamais que les plus doux , tels que l'ipécacuanha uni aux yeux d'écrevisse. Quoique la plupart des auteurs , tout en partageant ses craintes et sa prudence , admettent la possibilité et quelquefois la nécessité de l'administration des vomitifs, il en est beaucoup aussi qui,

Ô94 TRAITÉ DE LÏIYPOGHOKDSÏE.

à rexêmplé de Pôrac et de Broussais , les proscrivent complètement. Apprécions ces deux opinions.

L'action vomitive de l'estomac ne peut être déterminée que par des agents incitateurs qui provoquent la contraction de ses fibres musculaires , de manière à leur faire expulser par l'œsophage les matières que contient l'organe. Cet agent doit donc être un irritant. Il agit de deux manières , selon qu'il est porté dans l'estomac lui-même ou sur quelque autre organe. Dans le premier cas , et c'est le plus ordinaire , le médicament agit sur la membrane muqueuse gastrique d'abord , et secondairement sur la fibre ftmsculaire. Il produit sur la membrane une sur-excitation locale bien manifeste et qui se révèle par une sécrétion mucoso-séreuse abondante. Cette incitation sécrétoire s'étend ordinairement à l'organe biliaire , et sollicite une sécrétion et une évacuation de bile quelquefois énorme. On no peut pas supposer que le liquide qui est rendu par le vomissement provienne des seules boissons ingérées dans l'estomac, ni de la seule quantité qui aurait pu s'y accumuler auparavant; car après une, deux évacuations copieuses et avec des efforts qui annoncent que l'estomac s'est vidé entièrement , vous en faites rejeter encore des quantités considérables en provoquant des vomissements nouveaux; à coup sûr alors, il a fallu qu'une sécrétion plus active ait fourni à ces nouvelles évacuations. Mais cette action des vomitifs sur la membrane muqueuse n'est pas aussi irritante, par conséquent pas aussi dangereuse qu'on a voulu le dire. D'ailleurs l'excitation locale qui est produite, n'est-clle pas combattue par l'efict même de cette sécrétion sollicitée ? ne peut-on pas la regarder comme un flux artificiel critique , qui juge et enlève l'irritation , si tant est qu'il y ait irritation? n'est-ce pas ainsi qu'il faut même expliquer les bons effets des vomitifs dans l'embarras gastrique muqueux on bifieux , et dans une foule de subirrilations gastriques, véritables élals presque inflammatoires que cette surexcitation thérapenliqiie dispose à la résolution , qu'achève la sécrétion critique (pi'cUc détermine. Celt<^ modification opérée par les votiiitifs n'(>sl donc point une irritation inflammatoire ,

HISTOIRE THÉRAPEITTIQI-E. '^)0o

une inflammation ; car rinllammation arr^îtc et supprime les isécrétions au lieu de les augmenter. Quoi qu'il en soit , l'émétique fait rejeter toutes les matières muqueuses , séreuses, bilieuses et tous les produits d'une sécrétion viciée que les anciens appelaient les saburres ; sous ce rapport ils sont véri:tablement utiles. Ils le sont doublement , puisque d'une part ils évacuent ces viscosités et autres fluides incommodes, et que d'autre part ils modifient la membrane muqueuse et les voies biliaires et qu'ils peuvent ainsi les ramener à leur type normal.

Le second effet des vomitifs se passe dans la fibre musculaire de l'estomac. Que ce soit par sympathie ou par absorption , cela ne nous importe guère. Que cette fibre soit suffisante pour opérer le vomissement , ou qu'il lui faille l'aide des muscles abdominaux , comme nous le croyons , cela ne change en rien la l|uestion pour nous , seulement nous rejetons l'opinion erronée qui transforme l'estomac en une vessie inerte qui ne fait que céder à là pression des parois abdominales.

Lorsque le vomitif est déposé sur une autre surface que sur la muqueuse gastrique , ou lorsqu'on sollicite le vomissement par la titillation de la luette , le premier effet d'excitation locale n'existe pas , il ne peut pas , en conséquence y avoir provocation d'une sécrétion gastro-hépatique ; il n'y a et il ne peut y avoir qu'expulsion des matières renfermées dans l'estomac. Il ne peut pas y avoir non plus cette modification de la membrane muqueuse qui, en changeant son état morbide contre un autre mode artificiel et passager, est en conséquence plus facile à guérir. Que le médicament soit absorbé , comme nous avons tout lieu de le croire, pour aller agir directement sur la fibre musculaire, ou qu'il agisse sympathiquement , comme lorsqu'on irrite la luette , cela ne fait rien à notre sujet. Si de cette manière le vomitif n'irrite pas l'estomac , il ne produit pas non plus cette modification salutaire de là membrane et cette sécrétion critique abondante. Malgré ces avantages réels des vomitifs dans les cas dont nous venons de parler , il

o96 TRAITÉ DE l'hYPOCUONDRIE.

ne faut pas croire qu'il en soit toujours ainsi. Souvent l'excitation qu'ils déterminent est trop vive , trop forte pour ne pas laisser des traces fâcheuses. Souvent aussi on les porte sur un estomac dont on n'avait pas pu bien apprécier les dispositions morbides , et qui se trouve plus irrité déjà qu'il ne le paraissait. Quoique les gastrites réelles soient beaucoup plus rares qu'on ne l'avait cru dans ces derniers teiîîps , elles existent encore assez souvent. Plus souvent encore un point seulement de l'estomac est plus irrité , plus enflammé que les autres, mais ce point n'est pas assez étendu pour bien se traduire ; il se laisse masquer par des signes équivoques qui en imposent et qui le font méconnaître. Il est souvent bien plus difficile qu'on ne le pense de bien diagnostiquer les maladies de l'estomac , de bien différencier leurs symptômes , aussi on ne saurait recommander trop de précautions et de prudence pour bien préciser le véritable caractère de la maladie , et encore plus pour ne pas s'exposer à administrer intempestivement un remède qui peut devenir nuisible. Nous ferons encore une dernière remarque relative à l'action de l'émétique sur la membrane muqueuse gastrique , c'est que non seulement il ne convient pas lorsqu'il y a inflammation et irritation trop vive , mais encore lorsque la fibre est sècbe, lorsqu'il n'y a pas cet amas saburral qui tapisse l'estomac cl qui protège en quelque sorte sa paroi interne de l'action directe du remède.

Ce n'est pas seulement par l'évacuation des matières et par la surexcitation de la membrane muqueuse que les vomitifs agissent sur l'estomac , et consécutivement sur l'économie. Dans le moment où s'opère le vomissement, il se ftiit une sorte de concentration vitale sur l'estomac. L'état de malaise dans lequel il se trouve provoque les plus grands efforts et détermine dos angoisses extraordinaires et voisines de la lypothimie. L'économie entière se ressent de cet état indicible de malaise , et y participe autant qu'elle le peut. Les forces sont anéanties et les contractions du ctenr diinimient prodigieusement d'intensité et de fréquence , elles tombent <|uel(juefois à 30 ou 40 par mi-

HISTOIUE TIIJiRAPEUTJQL'E. 597

nute. Le malade semble mourir ou tomber en défaillance à chaque instant. Le pouls est quelquefois à peine sensible. Cet état se prolonge autant de temps que l'estomac reste sous l'influence du vomitif et surtout du tartre slibié; mais aussitôt que cette influence se dissipe , le pouls reprend le caractère qu'il avait auparavant, sauf les modifications que doivent lui imprimer les changements qui sont survenus , pendant ce temps , dans l'état pathologique 'dul malade. Cette action secondaire del'émétique a jusqu'à ce jour été mal expliquée. Les uns, avec Rasori, y ont vu une action déprimante du remède sur le cœur et ses contractions , et ils en ont fait un contrestimulant de la circulation. D'autres y ont vu une action calmante ou sydérative générale du système nerveux, pendant laquelle la maladie inflammatoire ou autre perdait de son intensité , et marchait plus sûrement à la guérison. Mais en y faisant bien attention , en faisant une analyse bien exacte de ce qui se passe , on voit que les phénomènes qui ont lieu , sont les mêmes absolument que ceux qu'on observe dans une indigestion. Non , le tartre stibié n'est point un modérateur de la circulation; non , il n'est point un sédatif du système nerveux; ces deux phénomènes ne sont que la conséquence de l'action qu'il exerce sur l'estomac , et qui le met dans un état d'angoisses qui appelle à lui toutes les forces de l'économie pour lui aider à se débarrasser , et qui suspend ainsi momentanément la vie presque entière dans le cœur et partout. Que cet effet devienne à son tour cause de quelques améliorations dans l'état pathologique de certains organes et surtout dans la péripneumonie , nous le reconnaissons , parce que nous avons eu cent fois l'occasion de le constater. L'importance du sujet et la manière vicieuse dont on interprète l'action du tartre stibié nous a entraîné dans cette longue diversion ; cependant elle devenait nécessaire , parce que de cette manière nous pouvons nous rendre mieux compte de la manière dont les vomitifs agissent sur l'estomac dans l'hypochondrie et des effets qu'on doit en attendre.

L'hypochondrie ne présente pas , ou du moins presque ja^

598 TRAITÉ DE l'hTPOCHONDRIE.

mais , cet état saburral dans lequel nous avons vu que les vomitifs étaient avantageux. Si un embarras gastrique , en se prolongeant et en devenant chronique , l'occasionne quelquefois , cela est bien rare, et même alors de nouvelles modifica" lions vitales lui font, ordinairement perdre son caractère ; si toutefois il le conservait et si un embarras gastrique bien prononcé se manifestait , il n'est pas douteux qu'alors le vomissement deviendrait avantageux. Mais qu'on ne s'y trompe pas, l'embarras gastrique, chez les hypochondriaques est plus rare qu'on ne l'a cru. Il ne faut pas confondre avec lui cette inappétence , ces flatuosités , cette pesanteur , cette dyspepsie qu'on remarque si souvent chez eux , ces phénomènes ne sont point ici l'indice des saburres ; ils sont le simple produit du malaise de l'organe digestif. L'erreur est facile à commettre , nous ne saurions trop avertir de se tenir en garde contre elle. Car ordinairement dans l'hypochondrie la fibre est sèche , les sécrétions sont peu abondantes , et l'estomac , plus vide que gorgé de sucs, ne présente à l'action des vomitifs qu'une surface que rien ne garantit de leur action directe , de l'irritation qu'ils viennent produire, pas même une sécrétion muqueuse qui n'a lieu que difficilement : nous ne saurions trop le répéter , la sécheresse de la fibre par défaut de sécrétion est un des caractères dominants de l'hypochondrie et il ne peut que rendre le plus souvent nuisible l'emploi des vomitifs. Il n'est pas moins important de bien choisir le vomitif le plus convenable. Lorsqu'on en aura reconnu la nécessité, c'est au plus doux qu'on donnera la préférence. Sous ce rapport , c'est l'ipécacuanha qui devra la mériter le plus souvent.

C'est sans doute pour éviter les graves inconvénients auxquels exposent les vomitifs que beaucoup d'auteurs ont, dans ces cas , donné la préférence aux absorbants, et quelques-uns en ont obtenu de si bons effets , qu'ils sont allés à en exalter les vertus au point de leur attribuer une action spécificiue contre l'hypochondrie. Ceux qui ont le plus joui de cette faveur sont les pierres ou yeux d'écrevisse, la magnésie, le magistère 4c Bismuth , la nacre , de perle la poudre du marquis , le

UISTOIKE ÏIIÉRAPEUTIQUE. 699

îîUre purifié , l'anibrc préparc , le tartre vitriolé , Varcanum tluplicalum et quelque peu de casloréum. La poudre de hali a surtout été vantée par Valescus de Tarente, Sennert et autres; eu voici la composition : ly Epithynium § B, pierre d'azur, agaric 9jj, scammonée 9j, girofll. gr. 30. — pulvérisez. On en donne de 2 à 3 scrupules dans quelque eau ou sirop convenable. Sennert fait observer qu'avant de l'administrer il faut bien humecter le corps , parce qu'elle est très-dessicative.

Rlédiraion purgative.

Les mêmes raisons humorales qui ont conduit les médedecins à employer les vomitifs contre l'hypochondrie , ont aussi inspiré dans les purgatifs une confiance qui s'est longtemps soutenue. Aux humeurs viciés se joignait , pour corroborer cette confiance et leur emploi , une constipation opiniâtre, que Ton croyait d'autant plus nécessaire de combattre , qu'elle affecte et tourmente beaucoup les malades. Quelques auteurs en ont fait la base unique du traitement. Le plus grand nombre en a fait précéder l'administration par des moyens propres à détacher et adoucir les matières humorales , afin d'en faciliter l'expulsion. Beaucoup les ont associés aux toniques ou à quelques autres remèdes qui avaient pour but de fortifier en même temps la fibre ou de ramener la masse des humeurs, le sang, à un état plus satisfaisant. Les uns, en petit nombre, ont conseillé les purgatifs les plus violents, et leur emploi continuel jusqu'à la guérison. iEtius, Burnet, Rivière, Robinson, Sennert sont de ce nombre; Schebbeare aussi veut qu'on les administre presque sans interruption. Le plus grand nombre ne les conseillent que rarement et pour tenir le ventre libre, et encore font-ils la recommandation expresse de n'administrer que les purgatifs les plus doux. Primerose, Anginius, Rodéric à Castro , etc., insistent sur la plus grande prudence et la plus scrupuleuse réserve dans leur administration. Johnson les proscrit absolument , parce qu'il en voit tous les jours les ravages dans un pays où l'on abuse tant du calomel et de la médecine noire. C'était l'opinion d'Hoffmann , et Tissot ne conseillait

600 TRAITÉ DE l'hYPOCHONDRIE.

que la casse , la manne et l'huile de palma christi. « Quoique le premier soin du médecin , dit Fr. Hoffmann , consiste à entretenir le corps libre , il doit bien prendre garde cependant de ne point irriter la maladie par l'usage des purgatifs drastiques, des préparations de scammonée et de jalap ; car ces remèdes excitent des spasmes violents dans les intestins, agitent extraordinairement les humeurs , détruisent toujours davantage le ton des parties , et laissent après eux une constipation beaucoup plus opiniâtre. Un tempérament faible et délicat ne peut soutenir de trop fortes doses de sels neutres ; il se trouvera mieux des aliments laxatifs , des lavements et des préparations de manne et de rhubarbe. Les pilules polychrestes balsamiques qui contiennent de l'aloès , ne conviennent pas à tous les malades , et il est dangereux d'en faire un trop fréquent usage , surtout lorsqu'on n'est pas naturellement disposé au flux hémorrhoidal , et qu'on n'a pas eu soin auparavant de diminuer la surabondance des humeurs : car elles irritent l'intestin rectum , excitent des ténesmes , et rendent la stagnation et la sécheresse beaucoup plus grandes qu'elles n'étaient auparavant. Mais lorsque la maladie est entretenue par la suppression d'un flux menstruel ou hémorrhoïdal , ces pilules sont d'une utilité singulière , lorsqu'on en use tous les mois pendant plusieurs jours consécutifs. Mais il faut le plus souvent , les mêler avec une quantité convenable de poudre nitreuse précipitante. Il suffit souvent , lorsque les premières voies sont surchargées de crudités, de donner des pierres d'écrevisse ou des coquilles préparées , qui s'unissent avec l'acide de l'estomac , forment un sel neutre quelque peu amer , qui excite les intestins à se décharger des excréments qu'ils contiennent ; au moins produisent-elles de bien meilleurs effets que la magnésie , qui , lorsqu'elle ne rencontre aucun acide , ne fait que picoter l'estomac et les intestins. La manne fatigue certains hypochondriaqucs, augmente leurs (latuosités, et excite des nausées que le vomissement accompagne quelquefois; alors il faut s'en abstenir et chercher du soulagement dans les lavements et la yhubarbe. » Tissot n'est pas moins prudent et sage dans ses

tonseiis. Il ne se dissimule pas que , dans quelques cas , les purgatifs, quoique bien doux. , dégagent des vents et laissent beaucoup d'irritation. Il a vu plusieurs fois qu'en aidant leur action avec la simple eau fraîche , au lieu de toutes les boissons tièdes qu'on prend ordinairement après les purgatifs , elle était plus prompte , plus abondante , et plus aisée. « Un grand écueil à éviter , dit-il , ce sont les sollicitations des malades ; les faux mouvements des nerfs de l'estomac et des intestins occasionnent des dégoûts , des nausées , des vomissements , des rapports , des gonflements , des douleurs qu'ils attribuent à un besoin de purger , et pour lequel ils demandent continuellement à l'être ; il est souvent très-difficile de faire entendre raison aux plus sensés sur cet article , et il n'y a que la fermeté du médecin qui puisse les sauver ; mais cette fermeté ne doit être ni générale ni aveugle , il ne faut pas perdre de vue que les embarras des premières voies peuvent être une cause très-forte de maux de nerfs qui ne se guérissent point sans purgatifs , et qu'une trop grande fixité à n'en point ordonner a souvent nui à plusieurs malades , et en a forcé d'autres à recourir à des purgatifs pris au hasard, ou des mains des charlatans, plus dangereux souvent que le hasard, et qui les ont guéris ; ce qui en perd un très-grand nombre d'autres. » Pome ne partage point cette sage réserve , il les proscrit sans exception, et beaucoup de modernes l'ont imité. Jos. Frank, malgré sa grande prudence, ne laisse pas que d'en conseiller plusieurs ; il recommande surtout l'extrait alkalin de jalap.

Les purgatifs exercent sur le tube digestif une double action, analogue à celle des vomitifs sur l'estomac. Par leur contact ils provoquent une sécrétion plus abondante d'humeurs intestinales , et ils solUcitent les contractions péristaltiques de la couche musculaire. Leur action est donc irritante ; mais c'est une irritation spéciale , qui le plus souvent ne ressemble en rien à l'irritation topique, par exemple des sinapisme s sur la peau , et qui trouve , dans cette abondante sécrétion , la crise de cette irritation et un obstacle à l'inflammation , que pourrait quelquefois déterminer l'afllux ou la congestion sanguine

602 TRAITÉ DE l'hYPOCHONDRIE.

qui en est la conséquence , et elle délivre l'intestin de la présence de matières saburrales et fœcales qui étaient fort incommodes. Déjà sous ce rapport les purgatifs peuvent présenter quelquefois de l'avantage ; mais d'un autre côté on ne perdra pas de vue qu'ils agissent sur une longue surface d'autant plus irritable , que , dans l'hypochondrie , la fibre est plus sèche , et les sécrétions moins abondantes. Quoique moins prononcé que dans le vomissement, le phénomène de la dépression des forces se fait sentir pendant toute la durée de l'action du purgatif , d'autant plus qu'elle opère plus énergiquement. D uis les cas de superpurgation , ic pouls devient aussi petit , aussi imperceptible , que dans le vomissement. Ce sont les mêmes angoisses , le même anéantissement , le même refroidissement glacial des membres, en un mot tous les phénomènes de la concentration pathologique des forces vitales sur l'intestin, et de la part active que l'économie entière prend à sa souffrance. Cette dépression , cette sydération des forces , n'est donc point un controstimulus , comme le veulent les Rasoriens , elle n'est point non plus une action sédative des purgatifs sur le système nerveux , comme l'ont avancé quelques modernes. Elle n'est qu'une dépendance momentanée et passagère de l'état d'angoisses dans lequel les intestins sont plongés, et ce qui le prouve , c'est que tout rentre dans l'ordre normal , à mesure (jue l'action purgative cesse. Ces effets ne sont pas les mêmes toujours ; ils varient beaucoup suivant le purgatif employé , isuivant sa dose et suivant les prédispositions de la personne purgée. Ce qui fait qu'il n'est pas indifférent d'employer indistinctement les purgatifs. L'étude de leur action différente indiquera la nécessité d'un choix, et l'étude de l'état du malade et de la maladie déterminera le choix ; mais c'est à h matière médicale à tracer ces détails.

Les effets consécutifs de la purgation , lorsqu'elle a évacué cosivenablement les intestins , sont un sentimenl de soulagement , d(î légèreté et de bien-être. Mais elle n'a été admiiiislrée (jue dans l'intention de combattre la conslipalion , la sécheresse intestinale augtneiiti! aj)rès la sécréliou anormah; (jiii a été

HISTOIRE TUÉKAPEUTIQCE, 603

provoquée , et une constipation plus opiniâtre en est la conséquence. Si , pour la combattre sans cesse , on renouvelle trop souvent les purgatifs , on irrite de plus en plus le système nerveux en irritant l'intestin , on augmente la faiblesse en renouvelant trop souvent la déperdition abondante qu'entraîne la sécrétion intestinale, qu'on a comparée avec juste raison à la saignée : car elle peut souvent en tenir lieu et la remplacer. Enfin la constipation devient de plus en plus opiniâtre.

D'après toutes ces considérations , il est évident que les purgatifs ne peuvent jouer dans l'hypochondrie qu'un rôle très-secondaire. Ils ne peuvent pas la combattre par révulsion : l'bypochondrie n'est point une maladie fluxionnaire , qu'on puisse ainsi résoudre ou dissiper en lai imprimant une direction lluxionnaire accidentelle sur l'intestin. Ils ne peuvent pas la combattre en modifiant l'état pathologique de l'économie , de manière à changer la modification hypochondriaque : car le plus souvent l'usage répété des purgatifs irrite et trouble l'action nerveuse, et pervertit ses fonctions. Il est cependant une circonstance dans laquelle les purgatifs peuvent offrir de l'avantage , c'est lorsque l'encéphale est le siège d'une modification pathologique, d'une congestion, etc., qui a été la cause de la maladie hypochondriaque. Alors les purgatifs dérivent sur la surface intestinale : ils opèrent sur cette cavité une direction fluxionnaire, qui détruit celle qui se faisait sur l'encéphale ; et ils ramènent ainsi plus de régularité dans les fonctions cérébrales, intellectuelles et nerveuses. Ils peuvent encore être efficaces pour la cure complète , dans les cas où un véritable état saburral des intestins serait la cause delà maladie; mais cette circonstance est si rare aujourd'hui, qu'on ne peut que rarement compter sur leur efficacité. Ainsi les purgatifs ne peuvent point être regardés comme des remèdes antih y pochondriaques. Ils ne peuvent le plus souvent que venir provoquer un peu de soulagement , en faisant cesser momentanément la constipation qui tourmente les malades et qui est une de leurs préoccupations continuelles. Encore faut-il alors n'y revenir qu'avec la plus grande prudence , choisir les moins irritants et

604 TRAITÉ DE l'hYPOCHONDRIE.

ne pas lesrépcter trop souvent. Ils peuvent encore être de quelque utilité, lorsque le malade est hémorrhoïdaire et que le flux est supprimé; alors l'huile de ricin, les aloétiques surtout produisent une excitation à l'anus qui contribue à ramener les hémorrhoïdes ; mais il faut en faire un usage prolongé , et l'on voit combien d'inconvénients sont attachés à ce moyen. La grande réserve que nous recommandons dans l'administration des purgatifs , ne se rapporte qu'à Fhypochondrie ; car nous le déclarons avec franchise, on en est beaucoup trop avare en France , où les craintes exagérées de l'école du Yal-de-Grâce les ont fait regarder comme des moyens incendiaires , l'on se prive ainsi d'une médication toute puissante, et qui dans bien des cas procure des résultats dont le charlatanisme ne profite que trop souvent, parce qu'il se laisse entraîner à des abus toujours nuisibles. On a reconnu que les purgatifs étaient plus rarement utiles dans l'hypochondrie que dans la manie et même la mélancolie. Ce fait que nous adoptons , parce qu'il est vrai , est facile à expliquer, il tient à ce que dans ces deux dernières maladies le cerveau seul est affecté , et que les purgatifs opèrent une sorte de révulsion , tandis que dans la première , le système nerveux aussi est malade, et qu'il en reçoit plus d'irritation, sans révulsion.

Médication sudoiifique.

Les sudorifiques n'ont pas joui d'une aussi grande faveur que la plupart des autres médications. Cependant lorsque Sanctorius fit ses belles expériences sur la transpiration cutanée et ses effets sur le corps humain , Fracastor et la plupart des médecins des 16^ et 17^ siècles embrassèrent ses opinions avec assez de prédilection, employèrent les boissons diaphorétiques, et donnèrent la préférence à la tisane des quatre bois sudorifiques, qui jouit longtemps d'une grande faveur. Cette médication devait envelopper aussi l'hypochondrie dans sa domination , et quelques médecins , entre autres Warandœus , les ont employés et recommandés peut-être avec trop d(5 chaleur, lîévillon veut aussi qu'on ramène la transpiration, et il la regarde tomme le but unique auquel doive tcndn^ la médecine, il y fui

mSTOIKE TirÉUAPEUÏJQUE. 605

conduit par son observation personnelle , dans laqucll<! il dit n'avoir été guéri , que lorsqu'après six mois d'hypochondrie il parvint à rétablir , au moyen de l'électricité , une transpiration abondante qui s'était supprimée. Sans doute la diaphorèse a dû produire de bons effets , lorsqu'il y avait suppression de transpiration comme chez Révillon, ou comme chez le sonneur dont nous avons parlé. Mais cela suffit-il pour en faire une méthode générale de traitement.

La diaphorèse offre une médication excitante spéciale de la peau. En conséquence , pour la produire il faut des médicaments qui excitent d'abord le système nerveux ganglionaire , pour aller secondairement exciter la circulation et l'appareil exhalant cutané. Tel est l'effet des boissons dites sudorifîques , et presque toutes les infusions théiformes prises chaudes jouissent de cette propriété , avec quelques autres sudorifiques spéciaux. La diaphorèse peut encore être provoquée par un exercice violent et svirtout par le calorique condensé sur la personne au moyen de couvertures chaudes , ou de bains de vapeurs. La sudation est donc le résultat d'abord d'une excitation générale , et ensuite d'une activité de sécrétion plus grande des exhalants cutanés. Elle porte au dehors un liquide aqueux abondant qui est fourni par le sang appelé et poussé en plus grande quantité à la peau. Ce liquide se dépouille d'une grande partie de sa sérosité , qu'il remplace incontinent , il est vrai , par les boissons qui sont avalées. La diaphorèse agit donc de deux manières sur l'économie , sur les solides , au moyen de l'excitation , et sur les humeurs au moyen de la soustraction d'une grande quantité de sérosité. Par le premier effet elle produit une excitation générale qui peut d'abord irriter le système nerveux et plus tard le fatiguer , le lasser , l'énerver. Par le second elle enlève sans cesse au sang une partie de l'un de ses éléments. Le sang le répare bien dans l'absorption des boissons aqueuses ; mais dans cette succession rapide d'évacuation et d'absorption , mettant sans cesse en rapport avec l'économie un fluide nouveau , il doit nécessairement puiser partout les particules saines ou pathologiques qui

éÙS TKAITÈ DE l'hTPÔCHONDBIE.

s'y trouvent , et devenir ainsi le véhicule de certains principes morbifiques pour les éliminer. Car , en thérapeutique il faut, comme en pathologie , être humoriste aussi bien que solidiste , parce qu'il y a de l'un et de l'autre dans les maladies , et qu'il faut combattre l'un et l'autre aussi en thérapeutique. Or voilà pourquoi la diapborèse est surtout avantageuse dans certaines affections réputées humorales , ou dans lesquelles existe ou est présumé exister un principe morbide que le solidisme seul ne peut pas expliquer , comme le rhumatisme , les dartres , la syphilis chronique, les suppressions de transpiration , etc. Voilà pourquoi elle est souvent la crise naturelle ou artificielle d'une maladie aiguë , en produisant une vaste révulsion à toute là i&urface cutanée.

Dans cette double manière d'envisager l'action des sudorifiques , y a-t-il quelque chose qui soit applicable à l'hypochondrie et qui doive en amener la guérison. La peau est sèche , il est vrai ; mais cet état n'est qu'un effet de la maladie. Ce sera un bien de lui redonner de la souplesse , de ramener la transpiration ; mais ce n'est pas tout ; il y a bien autre chose dans l'hypochondrie. Les sudorifiques excitent le système nerveux ; mais ce système , n'est pas dans un état de débilité idiopathique , elle n'est que relative ; son mode pathologique est , comme le disait Tissot , la mobilité , et comme nous le disons avec Sydenham , l'ataxie , l'irrégularité. Or cette modification irritative de la diapborèse pourra-t-eîle dissiper , neutraliser la modification nerveuse hypochondriaque? non assurément. Ou bien cela n'aura lieu que dans les cas rares où la suppression de transpiration aurait , comme chez Révillon, été la cause de la maladie. De plus , la transpiration prolongée ou réitérée affaiblit beaucoup, et nous savons déjà combien la faiblesse est ennemie des nerfs et de leurs maladies. L'hypochondrie enfin offre-t-clle une maladie humorale , dans laquelle un principe délétère quelconque ait besoin d'être éliminé avec la sueur. Nos recherches sur la nature de la maladie ne nous en ont point fait reconnaître. Cependant il est des circonstances dans lesquelles le rhumatisme chronique ,

înSTOîaii; THÉHAPH'JTIQUK. 6f>f

îa jçoutic , une dartre répercutée , etc. , peuvent l'avoir occasionnée , et dans lesquels , par conséquent , la sueur longtemps continuée , peut devenir une voie d'élimination. Ainsi la médication sudorifiqive peut convenir dans quelques circonstances bien rares; mais elle ne peut jamais faire une méthode générale de traitement.

VTI. MKDICATION RÉVULSIVE ET PERIVATIVE.

Nous englobons les médications révulsive et dérivative , parce que la manière d'agir des modificateurs qui la produisent est à peu de chose près la même. Ils ont pour but de déplacer l'état fluxionnaire d'un organe , en opérant une direction fluxionnaire sur un point, éloigné dans la révulsion, et rapproché dans la dérivation. Nous ne confondons pas pour cela ces deux médications et nous ne les regardons pas comme identiques. Nous savons trop que , par exemple , dans les maladies du cerveau, il n'est pas indifférentd'agir par révulsion ou par dérivation. Mais dans l'un et l'autre cas , c'est toujours un déplacement qu'on opère ou qu'on veut opérer , et qui plus est , ce sont les mêmes agents qui sont employés. Cette double médication a fort peu été conseillée comme spécifique , comme moyen exclusif de guérison. Aussi nous n'aurons que peu de chose à en dire. Il est bien entendu que nous ne devons point parler , dans cet article , des révulsions de sécrétions obtenues par des médicaments internes qui provoquent la salivation , le vomissement , la purgation , les sueurs, la diurèse : nous ne devons nous occuper que des révulsifs et dérivatifs topiques qui agissent localement sur la partie même sur laquelle ils sont appliqués. Les uns produisent la simple rubéfaction , les autres la vésication ; quelques, uns font développer des pustules , plusieurs désorganisent les tissus en les cautérisant. Ces modifications différentes dans }'action des révulsifs , sont toutes des modes d'un principe unique d'action , de l'irritation. La durée de leur action n'est pas moins variable : les rubéfiants n'ont qu'une action vive , mais passagère ; les vésicants agissent , la plupart , plus Jen-

^i08 TRAITÉ DE L'HYPOCnONKRIE.

lement ; mais ils laissent une surface dénudée , qu'on peut faire suppurer plus ou moins longtemps. Les escarrotiques produisent une déperdition de substance , qui laisse une plaie reposant sur le tissu cellulaire et devant suppurer loRgtemps ; tels sont les cautères en général , auxquels nous assimilerons les sétons, à cause de leurs effets secondaires. Les agents révulsifs sont donc tous des irritants : tous agissent sur un tissu très-sensible , la peau ; tous par conséquent exercent une action puissante qui mérite la plus grande attention. Les irritants instantanés et passagers ne conviennent que dans les cas où une maladie constitue une modification récente et peu profonde dans un organe, ou des phénomènes accidentels, également récents. Les irritants stables , comme les cautères et les sétons , ne peuvent être opposés qu'à des maladies chroniques , qui ont , depuis longtemps , exercé leur influence sur l'économie et qui sont en quelque sorte devenues constitutionnelles , en modifiant lentement la manière d'être d'un ou de plusieurs appareils , ou qui ont occasionné dans un organe un travail morbide , une direction fluxionnaire qui marche lentement et dont l'issue est douteuse.

D'après cette manière de voir, il est bien évident que les rubéfiants et les vésicants ne peuvent être d'aucun avantage dans l'hypochondrie. Ils peuvent tout au plus trouver quelquefois une occasion d'utilité contre certains épiphénomènes passagers. Dans l'hypochondrie en effet , la modification du système nerveux est telle , qu'elle ne peut recevoir des irritants cutanés qu'une dose de sur-excitation nuisible. Jamais cette sur-excitation n'opérera une modification qui puisse anéantir ou diminuer la modification hypocondriaque. D'ailleurs , leur action peu durable ne leur donnerait pas le temps d'agir assez pour lutter contre un état morbide toujours chronique. Elle ne peut donc qu'être nuisible. Si pour opérer un effet plus durable, on pensait devoir les réitérer souvent, afin de prolonger leur action et la rendre en quehiue sorte chronique , on ne ferait qu'exagérer la mobifilé, l'ataxic nerveuse, en augmentant l'irritation. Il faut donc les repousser coinraemoyens anlihypochondriaques.

UÏSTOIRE ÏUÉRAPEUTIQUE. 609

Les cautères et les sétons exercent par leur durée une action chronique qui s'accommode très-bien avec la chronicité de la maladie. Cette manière d'agir pourra les rendre précieux dans l'hypochondrie consécutive ou secondaire , dans Thypochondrie qui aura été occasionnée par une maladie bien caractérisée d'un organe quelconque , le cerveau , l'estomac , le foie , etc. Alors la longue suppuration qui s'établit produit , sur le point suppurant , une fluxion qui détourne avantageusement la fluxion pathologique qui s'opérait sur l'organe malade , et la résolution en est la conséquence. Si alors l'hypochondrie n'est pas encore constitutionnelle , ne trouvant plus dans la maladie de l'organe un aliment qui l'entretienne , elle se dissipe avec efle. Mais il n'en est pas ainsi lorsque. la maladie est constitutionnelle , soit primitivement , soit consécutivement : il n'y a point alors d'organe fluxionné , l'économie entière est malade , parce que le système nerveux est malade et vicié partout. On peut même craindre que l'excitation permanente , quoique légère , de l'émonctoire n'agisse encore d'une manière défavorable sur un système nerveux aussi affecté. Ces circonstances ont porté Comparetti à les condamner d'une manière absolue. M. Barras en fait autant. Cependant il y a des circonstances où, dans cette hypochondrie même , les cautères et sétons pourront être utiles , sinon en éliminant un principe morbide , sinon en opérant une révulsion , du moins en apportant dans le système nerveux une modification , qui change son état pathologique , et peut-être aussi en occupant , pour ainsi dire, l'imagination et le système nerveux, d'une sensation nouvelle, d'une action diff'érente de celle à laquelle ils sont en proie. Ce n'est que de cette manière qu'on peut expliquer les bons eff'ets quelquefois obtenus. Je fus consulté, il y a 18 mois, par M. F..., dont l'hypochondrie était constitutionnelle. Avide de remèdes, il en avait beaucoup employé. J'échouai également avec les calmants , la dissipation , l'exercice et les voyages. Les nerfs et l'imagination étaient toujours dans le même état. Je lui conseillai l'application d'un cautère au bras. Depuis ce moment , son imagination est plus calme , il peut mieux s'oc-

610 TKxVÏTÉ DE l'sIYPOCUOKDRIE.

cnper, ses nerfs le fout oioins souffrir, en un mot , sa maladie est supportable. C'est une amélioration bien grandie auprès do ce qu'il était. Il l'attribue au cautère , et je suis disposé à le penser comme lai. Cependant Guill. Rondelet ( Chap. 41 , liv. I , pact. ) les a employés avec succès comme dérivatifs sur la suture coronale ; mais il faut , dit-il , les entrenir longtemps , afin que l'os en ressente l'impression.

Si l'emploi des irritants cutanés exerce une action plus que douteuse sur l'hypochondrie dans le plus grand nombre dos cas , il n'en est pas de même lorsque la maladie est due à la suppression de quelque exutoire ou de quelque suppuration ou autre affection cutanée chronique. Alors ils sont indispensables et le plus promptement possible. Leurs bons effets ne sauraient être douteux. En rétablissant l'exutoire supprimé , ils enlèvent à l'économie la cause morbide qui en viciait les actes nerveux , et ceux-ci reviennent à leur état naturel. Tous les auteurs sont d'accord sur ce point , et Tissot rapporte un exemple de succès. C'est encore ainsi qu'il faut comprendre l'action de la transpiration qu'on appelle aux pieds ou sur quelques autres parties du corps.

VIII. DE QL'ELQl'ES MOYENS QUI N'APPARTIENNENT EXCLUSIVEMENT A AUCUNE MÉDICATION.

Nous avons cru devoir réunir dans un article séparé quelques moyens qui ne nous ont pas permis de les classer dans aucune des médications dont nous nous sommes occupé : tels sont les eaux minérales , les bains , et le trépan.

Des caiix minci hIcs.

L'usage dos eaux minérales chaudes ou froides remonte à la plus haute antiquité. Los vestiges et les ruines d'anciens établissomonts auprès dos sources le prouveraient de reste , si les traditions et les écrits ne nous en avaient pas conservé le souvenir. De tous temps aussi ollo»; ont été consacrées au traitement dos maladies norvousos, o( priuoi|)aloniont do l'hypochotidrie. Il est vrai que leur emploi fut à peu près oublié ou

HISTOIUE THÉRAPEUTIQUE. 611

abandonné pendant le long sommeil de l'esprit humain dans les siècles de barbarie du moyen-âge. Les pratiques superstitieuses, les arcanes et les recettes polypharmaques tinrent lieu de tout. Mais à mesure que les études sérieuses vinrent remplacer les spéculations tout hypothétiques par des connaissances plus positives , les eaux minérales reprirent faveur , et quelques établissements devinrent à la fois la source de nom!)reuses guérisons , et le rendez-vous des oisifs de l'Eu' rope. Sennert regarda les eaux minérales , comme le moyen le plus efficace pour désobstruer le foie et la rate , qu'il faisait le foyer de l'hypochondrie. Montanus les approuva dans quelques circonstances : il leur attribua une vertu d'élection qu'elles sont bien éloignées d'avoir ; car il voulait qu'elles se fixassent davantage dans l'estomac et les lieux affectés , pour ne faire que passer par les autres viscères sans s'y arrêter. Telle fut aussi la pensée de Lazare Rivière. Fr. Hoflmann compte beaucoup sur leurs bons effets , mais avec cette sage réserve qui caractérise toujours en lui le praticien consommé. Il ne faut les prendre , dit-il , ni trop longtemps , ni en trop grande quantité , ni indistinctement. On doit s'y préparer par les évacuations des premières voies. On préférera les eaux chaudes , et surtout celles de Charlesbade pour les français et les personnes d'une habitude lâche et spongieuse , ou qui sont affligées de spasmes violents , et si on leur fait prendre les eaux minérales froides , il faut les chauffer. Pour ceux qui sont d'une constitution sanguine , phlegmatique et robuste , les eaux froides de Schwalbac , d'Egra , et de Pyrmont , conviendront mieux. Quant à ceux qui sont d'une habitude plus ferme , plus agile et d'un tempérament bilieux , il leur convient d'user de celles de Seltz , de Spa , de Toenstad , et de Wildungen. Sauvages les conseille principalement dans l'hypochondrie pituiteuse , et il donne la préférence aux eaux sulfureuses de BagnèreSjde Luçon etdeBagnols. Dans son admirable traité des maladies chroniques traitées par les eaux de Barrège, etc., Bordeu dit avoir vu plusieurs hypochondriaques se trou\!er très-bien de leur usage. Il cite entr 'autres un jeune

(Îi2 TRAITK f>E l'hYPOCHOXDPJE.

anglais , qui éprouva les meilleurs effets de l'administration de ces eaux en bains et à l'intérieur. Il a observé que ceux à qiii elles causent une grande chaleur dans les entrailles guérissent radicalement s'ils persévèrent dans leur usage , et que ceux qui ne sont pas guéris , sont au moins soulagés. Après une juste appréciation de l'action différente des eaux sur l'économie dans les maladies nerveuses, ïissot conseille principalement celles dont il fait la quatrième classe sous le nom d'eawa; simples; telles que celles de Pfeffers , de Slangen-Baden, de Bains^ de la source dite d'alun à Aix-en-Savoie , et celles qui sont légèrement composées de Plombières , de Lucques , de Luxeuil , de Pize, etc. Mais il ne veut pas qu'on les prenne indistinctement, et il exige de grandes précautions dans le choix des eaux et dans leur administration : car il a vu de graves accidents survenir par l'emploi d'eaux mal ordonnées. Il recommande la même prudence au sujet des eaux froides , salines , sulfureuses, martiales, etc., lorsqu'on juge à propos d'y envoyer les malades. Hufeland attribuait de nombreux succès aux eaux d'Aix-la-Chapelle.

C'est à cause de leur administration inopportune et mal dirigée et des accidents qui en sont la conséquence , que plusieurs auteurs les ont regardées avec juste raison comme trop actives , et comme propres à exaspérer l'affection nerveuse et consécutivement l'état intellectuel et moral , jusqu'au point de le faire passer à la manie.

Si nous consultons les nombreuses monographies dont nous sommes chaque jour encombrés sur les eaux minérales , nous trouvons dans la plupart les bons effets que chaque eau en particulier produit contre l'hypochondrie.

Pour bien juger la valeur de ces opinions différentes, pour bien apprécier surtout la vertu des eaux minérales dans cette maladie et les effets qu'on doit en espérer, il importe d'analyser leur action sur l'économie. Or, cette action est complexe et multiple, si l'on peut dire ainsi. En effet , non-seulement les eaux agissent sur les tissus vivants par leur administration intérieure, et sur le moral par tous les moyens hygiéniques dont

mSTOIRE THÉRAPEUTIQUE. 613

elles sont accompagnées; mais leurs effets varient beaucoup aussi scionla température, le mode d'administration et une foule d'autres combinaisons que nous ne pouvons pas étudier ici, et qui peuvent justifier toutes les vertus en apparence opposées que leur trouvent leurs panégyristes. Cependant la 'plupart des auteurs pensent qu'elles ne conviennent pas toujours et que lorsqu'on les juge nécessaires, le choix n'est pas indifférent.

Ainsi les eaux minérales agissent de deux manières , sur les organes et les tissus et par leur action directe ou médicale, et sur le moral parles circonstances hygiéniques dont elles sont entourées.

Leur action médicamenteuse sur l'économie n'est pas douteuse ; nous avons chaque jour de trop fréquentes occasions de la constater , pour conserver la moindre incertitude. Quoique nous n'admettions pas , dans chacune d'elles , une action spéciale aussi bien déterminée que le pensent les malades et même beaucoup de médecins , cependant nous avons pu remarquer bien des fois , que cette croyance n'était pas dépourvue de tout fondement , et qu'il n'était pas en conséquence indifférent de conseiller une eau quelconque. Le principe minéralisateur est en petite quantité , il est vrai , dans les eaux : mais on en boit eu grande quantité , et ce principe ainsi bien divisé , bien dissout , est plus facilement absorbé et transporté dans le torrent de la circulation , ainsi présenté à tous les tissus , il les pénètre mieux , s'identifie mieux avec sa fibre , avec ses molécules organiques, il exerce une action plus intime sur elles, il vient plus sûrement en modifier la vie , et changer d'une manière avantageuse son état morbide. Cette action est d'autant plus certaine et plus efficace, qu'elle s'opère lentement. La molécule minérale a le temps de se combiner , de s'organiser en quelque sorte avec la molécule organique. Ainsi cette action , plus lente que les secousses violentes qu'opérerait le même principe médicamenteux administré à plus haute dose et à doses plus concentrées , est aussi beaucoup plus durable. Ce n'est pas seulement pendant que le buveur ou le baigneur est aux eaux , qu'il en éprouve les effets, il les ressent pendant deux et même trois mois après qu'il a cessé de les boire. Que ne doit-on pas

614 TRAITÉ DE l'hYPOCHONDRIE.

déjà attendre d'une médication qui renouvelle, pour ainsi dire, l'économie entière ? Combien aussi son influence ne doit-elle pas être puissante sur le système nerveux et consécutivement sur l'imagination !

L'influence hygiénique qu'exerce tout l'entourage des eaux minérales , et surtout la manière de les administrer n'est pas moins puissante sur le système nerveux , et pas moins propre à en favoriser les effets. Le bon air dont on y jouit , l'exercice auquel on est presque forcé de prendre part , la nécessité de se lever matin pour aller prendre les bains et boire les eaux , les repas réglés , la nourriture choisie et convenable , les distractions qu'on y trouve, l'oabli de toute affaire , de tout sujet de tracasserie ou d'ennui, sont déjà des circonstances hygiéniques bien puissantes , et qui toutes agissent sur l'économie et principalement sur le système nerveux et sur le moral. C'est même à cette action, que beaucoup d'auteurs, entr'autres M. Réveillé- Parise, font l'honneur de tous les bons effets qu'où obtient aux eaux prises sur les lieux. Sans contredit , elle y est pour beaucoup ; mais elle ne fait pas tout. Nous regardons sa coopération , comme bien efficace ; mais nous ne croyons point qu'elle puisse suffire , et qu'on puisse obtenir les mêmes effets de ces seules conditions hygiéniques sans la participation des eaux , comme beaucoup d'auteurs ont voulu le dire. Nous ne croyons pas non plus que les eaux minérales naturelles puissent produire le même effet loin de la source ; non-seulement parce qu'elles ne peuvent pas y être administrées de la même manière , ce qui est déjà un point bien important ; mais parce qu'elles perdent de leurs qualités physiques et sans doute chimiques. Les médecins des eaux minérales ne cessent de le répéter ; et on les accuse d'y être trop intéressés pour bien mériter la confiance. Tls ont pourtant raison. Voici ce qui m'est arrivé l'été dernier. J'avais envoyé un malade aux eaux ferrugineuses de Charbonnières , à deux lieues de Lyon. Il y passa huit jours. Cet éloignement de ses affaires le contrariait Ix'aucoup. II revint et m'apporta deux cruches d'eau qu'il avait remplies lui-même, l'une à l'ancienne source, l'autre à la

nouvelle. ïl voulait par là in'eii<,^a|^er à lui permettre de les prendre chez lui en les Taisant venir, Ll les goûta , et, ne leur trouvant plus la saveur qu'elles avaient sur les lieux , il fut le premier à conclure que leur action devait être bien différente , et il repartit.

Il résulte de tout ce que nous venons de dire , que les eaux minérales prises sur les lieux peuvent offrir de grands avantages par leur action sur Téconomie et par leur influence sur le moral. C'est au médecin à juger le parti qu'il peut en tirer. C'est à lui à bien faire le choix de celles qui seront le mieux adaptées à l'état des malades. En général les plus douces seront les meilleures , et il ne faudra jamais les administrer avec trop d'énergie. Il faudra en conséquence savoir les modérer , les mitiger , les suspendre à propos. 11 ne faudra pas compter sur des effets certains. Aujourd'hui les bains feront du bien , demain ils fatigueront; aujourd'hui quelques verres d'eau soulageront , demain ils deviendront nuisibles. Il ne faut pas toujours assujetir les hypochondriaques à l'observation régulière de Tadminstration des eaux , il faudra la varier autant que la maladie est-elle-mcme variable. Par la même raison il est impossible de déterminer à priori l'eau minérale qui conviendra le mieux , parce qu'il est impossible de calculer les bizarreries du système nerveux, et les irrégularités de la sensibilité. Les eaux qui auront fait du bien une année, feront du mal une autre année. C'est à la sagacité et quelquefois à une sorte d'inspiration du médecin qu'il faut s'en rapporter , excepté dans les cas où on aurait à craindre un engorgement viscéral , alors la nature et le siège de cette altération décideront le choix de J'eau minérale.

Des bains.

Les bains ont toujours été placés au nombre des moyens les plus propres à diminuer l'irritation des nerfs et à combattre plusieurs des causes qui peuvent l'entretenir. Aussi ont-ils presque toujours été recommandés dans Thypochondrie. Hippocrate en avait déjà remarqué les bons effets. Arétée , Celse, Galien , Cœlius Aurelianus , Alexandre de Trallos les recom-

616 TRAITÉ DE l'hYPOCHONDRIE.

mandèrent aussi. Ils furent ensuite négligés et même oubliés comme remèdes pendant longtemps. Ce ne fut qu'au XYP siècle qu'on en recommença l'usage , et depuis ils n'ont pas cessé de faire une partie plus ou moins essentielle du traitement de l'hypochondrie. Hoffmann dit qu'ils conviennent beaucoup ; mais surtout lorsque l'hypochondrie est compliquée avec un tel degré de mélancolie, qu'elle fait craindre la manie ou la fureur: que les bains chauds d'eau douce sont de tous les remèdes ceux qui procurent le soulagement le plus infaillible : que rien n'a plus d'efficacité pour relâcher les spasmes et pour rétablir la circulation du sang , que ces bains, auxquels on peut joindre l'usage des eaux minérales froides , la saignée de pieds et quelquefois une évacuation de sang par le nez. Raulin et Lorry en ont constaté les bons effets. Il est vrai que Boerhaave, Whytt et Cheyne n'en piarlent pas , et qu'ils semblent par leur silence autoriser ceux qui les proscrivent. Mais il faut faire attention que, d'une part , ils se laissèrent dominer par l'opinion de Pison sur la laxité de la fibre nerveuse , et que, d'autre part , Whytt et Cheyne exerçaient en Angleterre où les bains tièdes étaient si peu en usage , qu'ils passèrent pour une nouveauté lorsque Percival le premier se mit à les conseiller. Selon Maret, le bain tiède relâche autant que possible les solides ; il atténue, édulcore, et délaie. Le bain tiède calme les nerfs, dit Tissot , il assouplit les solides , épanouit la peau|, et y appelle plus de vie , il ouvre les pores et favorise la transpiration , enfin il introduit dans l'économie un principe aqueux émollient qui modifie le sang et son action sur les solides. Il fait surtout ressortir la réaction qu'exerce la peau sur tous les autres organes au moyen de ce consensus , de cette harmonie sympathique qui la met en relation avec tous. Mais personne n'en a porté l'usage aussi loin que l'a fait Pome , qui s'est frayé dans leur emploi, une route qu'aucun de ses devanciers ne lui avait apprise. 11 en fit presque la panacée et le spécifique de l'hypochondrie. 11 y faisait rester le malade deux , trois , quatre el jusqu'à huit ou dix heures, en s'y accoutumant peu à peu. Le plus ordinairement , il faisait plonger le malade

niSTOIRK THERAPEUTIQUE. 617

dans l'eau un peu fraîche , et il la laissait se réchauffer par la chaleur du malade ; il la faisait quelquefois renouveler peu à peu pour empêcher sa trop grande élévation de température. Mais pour obtenir une semblable résignation du malade , il fallait comme Pome , en faire une méthode sévère, une condition sine quânon ; il fallait, comme lui, rester auprès du malade pendant son bain. Quel est le praticien qui pourrait s'assujettir ainsi ? Du reste , il les associait à son eau de poulet. Depuis lors les médecins n'ont pas cessé de les conseiller comme trèsgrand tempérant du système nerveux , et par conséquent comme l'un des moyens les plus utiles dans l'hypochondrie ; excepté toutefois l'école moderne physiologique qui n'y voyant aucune action sur l'intelligence , leur accorde peu d'importance , sans oser toutefois les condamner entièrement. Beaucoup de médecins trouvent encore dans leur action une circonstance qui favorise l'administration des autres remèdes , en disposant les tissus à mieux les absorber , et surtout à en recevoir mieux les impressions. Cette opinion n'est pas dépourvue de fondement, et elle peut en rendre l'application très-utile. Le bain tiède ou modérément chaud gonfle , blanchit et dissout , pour ainsi dire l'épiderme, que le frottement enlève alors facilement ; il tuméfie beaucoup aussi le derme et le ride dans quelques parties ; le corps tout entier acquiert aussi plus de volume , parce que ses tissus se tuméfient , et peut-être aussi parce que les fluides se dilatent. Indépendamment de ces effets physiques du bain sur le corps , il en produit de physiologiques ou vitaux bien manifestes. La sensibilité de la peau est diminuée ou calmée si elle était exaspérée ; il en résulte une sensation agréable ou de bien être qui , par consensus sympathique se fait sentir partout , même à l'intérieur. La contraction et la force musculaires sont diminuées, la circulation est ralentie (1), de même que la respiration ; et l'activité des fonctions

(1) Celle diminulion de la circulation lient à un calme direct produit par 1 action sédative de l'eau licde sur les nerfs ; mais elle dépend aussi de ce que, dans le bain, l'immobilité ne permet pas aux muscles de se contiacler et

6Î8 TRAITÉ DE l'hYPOCHONDKIE.

intellectuelles semble aussi s'affaiblir. Lorsque dans quelques minutes , le bain calme la plus grande irritation ; ce n'est ni au relâchement de la fibre , ni à la dilatation du sang , ni à l'augmentation de la transpiration , qu'il faut l'attribuer , c'est uniquement à la cessation de l'irritation nerveuse. De façon que, malgré l'analogie qu'on a voulu trouver entre l'action émolliente du bain et celle des boissons , il y a cette différence de l'action locale et directe de l'eau sur la sensibilité de la peau ; c'est ce qui explique pourquoi si souvent les bains calment mieux les spasmes et les douleurs internes , que ne le font les calmants et les antispasmodiques. Cette action de la peau sur l'intérieur va quelquefois si loin pour l'estomac, qu'on a vu des gastralgies intenses résister à tous les remèdes , et céder à l'usage de quelques bains. On a même vu des personnes ne pouvoir digérer qu'à l'aide des bains et dans le bain. C'est à Marcard qu'on est redevable des recherches les plus minutieuses sur l'action physiologique des bains sur l'économie. Il n'a pas oublié de faire remarquer la double action du bain tiède sur le système nerveux : l'une émolliente , adoucissante , due au liquide aqueux ; l'autre vraiment calmante , due à la température , au calorique doux , véritable ami des nerfs.

En faisant l'application de ces effets physiologiques à l'Iiypochondrie , il est aisé de comprendre tout le bien que les bains peuvent opérer , et les circonstances dans lesquelles ils doivent être rejetés. Lorsqu'il y aura agitation grande, sensations pénibles variées , raideur très-grande de (a fibre , spasmes ou grandes dispositions aux spasmes , les bains ne pourront qu'être avantageux. Ils seront au contraire nuisibles, lorsqu'il y aura une trop grande faiblesse , ou quelques dispositions scrofuleuses ou cachectiques séreuses, il est bon de savoir encore que bien souvent , malgré les apparences les plus

<le convertir ainsi en saiij^ noir une aussi grande quantité de sang; de fnçon que, lovcnanl plus rouge aux poumons, il a l)('S()in d'une moins grande oxv:;éiKiiion. Do là lu lenteur plus grande de ces deux l'oncliinis.

IIlSTOmE TUÉRAPEUTIQUE. G19

favorables à l'administration des bains , il y a des circonstances inexplicables , véritables idiosyncrasies pathologiques , qui rendront le bain toujours nuisible à certains bypochondriaqucs, ou qui ne le rendront nuisible que dans certains cas , bien que les dispositions paraissent toujours les mêmes. Ces faits sont fréquents et viennent confirmer ce que nous avons dit sur la bizarrerie ou l'ataxie nerveuse de l'hypochondrie.

Pour obtenir des bains tièdes toute Futilité dont ils sont capables , il ne suffit pas de prescrire un bain , il faut, chez les hypochondriaques , entrer dans tous les détails nécessaires pour les faire prendre convenablement. Il faut en fixer la température, entre 28 et 35° + 0. en choisissant le degré qui peut être le plus agréable. Il importe aussi d'indiquer l'heure à laquelle on doit les prendre. En général , c'est à jeun , parce qu'alors l'économie a fait toutes ses déperditions, les vaisseaux sont vides ou moins pleins ; ils appellent des sucs réparateurs , l'absorption est beaucoup plus active à cette heure là. Cependant chez lec personnes trop faibles, on peut déroger à ce principe, parce qu'elles ne pourraient pas supporter les bains à jeun. On peut les leur faire prendre quelques heures après du lait, du bouillon ou un potage. Il est encore une heure favorable , c'est le soir , lorsque le malade va se coucher : il se met au fit en sortant du bain , et il en conserve mieux ou prolonge davantage tous les bons effets. On fixera la durée du bain , en se conformant aux habitudes et à la force du malade. Il faut savoir éviter les craintes de Raulin , qui veut qu'on ne les prenne que de trois quarts d'heure aune heure , et les excès de Pome , qui les fait prolonger huit , dix , douze et même vingt-deux heures : une heure et demie ou deux heures paraissent suffisants. Il faut au reste en étudier les effets sur le malade lui-même , à mesure qu'il les prendra. Il vaudrait mieux les réitérer et en prendre deux par jour , que de les prolonger trop longtemps.

Le hain frais , resserre les tissus et condense les liquides , de façon qu'il y a diminution de volume du corps. Il donne plus de fermeté et de rigidité à la fibre. Il produit sur la peau

620 TRAITÉ DE l'hYPOCHONDEIE.

une sensation de fraîcheur , qui amène une sorte d'horripilation et même de frisson , qui cesse en prolongeant le bain , parce que le corps s'y accoutume. La fraîcheur qu'il sent lui est même agréable ; elle lui donne plus de force , plus d'agilité , elle amène plus tard une réaction cutanée et générale , qui annonce la sur-excitation. Le bain frais devient un tonique, et surtout quand il est pris dans les grandes rivières et les lacs , où l'on peut lui associer l'exercice de la natation. Pome s'en louait beaucoup. Tissot les croit aussi très-avantageux , lorsqu'on a à traiter une personne faible , à fibre molle et lymphatique ou scrofuleuse. Il leur donne la préférence sur la plupart des autres toniques. Ces bains doivent être pris à jeun ou bien longtemps après le repas , dans la crainte de troubler la digestion.

Le bain froid produit une sensation de constriction si vive , si puissamment tonique, que l'économie ne pourrait qu'en éprouver les plus mauvais effets si elle était prolongée. Il faut les proscrire dans le traitement de l'hypochondrie. La plupart des auteurs et entre autres M. Barras sont de cet avis ; à moins que le malade ne soit lymphatique et ne conserve assez de forces pour les supporter , les bains froids , même les bains de mer , lui feront plus de mal que de bien ; s'il a surtout de la peine à se réchauffer , s'il grelotte longtemps du froid , les bains, au lieu de ranimer l'organisme, l'affaibliront davantage. Une nouvelle manière de les administrer , constitue une méthode de traitement qui nous arrive d'Allemagne sous le nom d'hydrothérapie , ou d'hydrosudopathie. Le bain ou l'application froide n'est pas prolongé. D'une part, il occasionne des réactions puissantes à la peau et dans l'appareil de la circulation ; d'autre part, il soustrait une certaine dose de calorique intérieur , et diminue d'autant cet élément des fluxions dans les organes malades. On obtient des merveilles avec cette thérapeutique allemande, on en conçoit la possibilité. Mais on conçoit en même temps la possibilité de quelques accidents. Cependant au milieu des réactions qu'elle opère, des sueurs qu'elle détermine , l'hydrothérapie donne encore plus de ton à

HISTOIRE TIIÉRAPEUTIOUE. 621

la fibre , plus de force de résistance. Pourrait-on en tirer que'ques avantages dans l'hypocliondrie ? Dans quelques cas, oui; on le conçoit; mais non dans tous les cas. L'expérience semble devoir inspirer de la confiance dans ce moyen. Les annales de la médecine publient déjà plusieurs cures étonnantes procurées par son emploi. Le déplacement, le voyage y sont pour quelque chose sans doute , mais les effets de la médication doivent y être pour beaucoup. Quelques médecins en attribuent les résultats , principalement à la reaction vive qui se fait sentir à la peau et par elle sur l'économie.

Le hain chaud produit une sur-excitation générale qui anime la circulation, fait suer les personnes, et leur cause une sensation de chaleur très-pénible , qui ne nous permet pas d'en faire l'application à l'hypochondrie. Ce serait ici le cas de parler des hains de vapeurs, qui agissent sur l'économie et par leur température élevée , et par les substances médicamenteuses , qu'ils portent volatilisées sur la surface du corps.

Nous ne nous occuperons pas des hains d'eaux minérales , ni des hains de mer (1), malgré les services qu'on peut en espérer dans quelques circonstances, parce qu'ils ne peuvent pas être proposés comme des moyens spéciaux de guérir l'hypochondrie. Il en est de même des hains de sahle , hains de marc de raisins , bains de chaleur, etc.

Le hain d'air mérite une attention plus spéciale. Je l'ai vu , dans l'établissement si savamment dirigé par M. Pravaz, donner' du ton sans sur-esciter , sans irriter. Il me paraît en conséquence promettre les plus heureux effets dans les cas d'hypochondrie avec débilité , anhémie , cachexie séreuse. Ces avantages me paraissent d'autant plus précieux qu'ils ne sont accompagnés d'aucune crainte.

Des lavements.

La constipation presque toujours opiniâtre dont les hypo-

(1) Déjà Celse eu avait reconnu les bons effets chez les cachectiques, cachecticos nataliomariiimajuval. Et, parmi les modernes, M. Réveillé-Paiis a ditqu'/i ri) a pas de plus puissant moyen d'excitation vitalf.

622 TRAITÉ DE l'hYPOGHONDRIE.

chondriaques sont tourmentés , a fait recourir à tous les moyens propres à la combattre. Parmi eux, les lavements tiennent le premier rang. En général on ne leur a fait jouer qu'un rôle subalterne , celui de combattre un épiphénomène. Cependant quelques partisans de l'école de Stahl en ont fait la base du traitement en les associant aux sangsues, parce que, plaçant l'origine et le siège de la maladie dans la veine porte, ils ont voulu l'attaquer à sa source. Cette exagération n'a pas été partagée. Quoiqu'on ait donné beaucoup d'éloges à l'usage des lavements,et qu'on en ait constaté l'utilité dans la plupart des cas , ils ne sont pas toujours aussi avantageux qu'on pourrait se le promettre. Il y a des personnes et surtout des femmes qui s'en trouvent trèsmal ; cette particularité est une des bizarreries qu'on rencontre assez souvent dans l'hypocbondrie. Mais faut-il pour cela les proscrire comme l'a fait M. Barras , parce qu'il s'en était mal trouvé ? Une proscription aussi absolue émanant de quelques faits ne saurait être adoptée ; elle priverait trop souvent les malades d'un puissant moyen de soulagement. Lorsqu'ils fatiguent il faut savoir ne pas insister , ou bien, comme le recommande Hoffmann , il faut savoir y revenir quelquefois , et surtout en varier la composition. Ce qu'un lavement avec la décoction de mauve , ne fera pas , il le fera avec l'huile , ou avec le bouillon de tripes , ou avec l'eau simple , etc. Il faut étudier la sensibilité spéciale du rectum , comme on étudie celle de l'estomac. Sauvages conseillait de les varier. Il ne voulait pas qu'on se bornât à les donner laxatifs , il pensait qu'il fallait, surtout dans l'hypochondric pituiteuse , leur faire succéder ou plutôt les alterner avec les lavements préparés avec les substances amères , aromatiques , etc. , mais personne ne leur a donné de plus grands éloges que Michael Alberti.

Pour comprendre la cause des opinions un peu différentes qui ont été émises sur les bons ou mauvais effets des lavements, il suffit d'en étudier l'action. Les lavements émollients et à une température tiède, surtout lorsqu'ils sont pris sous un volume considérable , distendent l'intestin , relâchent sa fibre déjà trop faible pour expulser les matières (ju'elle laisse amas-

IIISTOIKE THÉRAPEUTIQUE. 623

scr dans le gros intestin. La couche musculaire, ainsi relâchée, ramollie , perd de son ressort; la force contractile s'aflaihlit davantage ; et au bien ôtre d'une évacuation momentanée , succède une constipation de plus en plus opiniâtre : voilà précisément la cause qui peut rendre les lavements nuisibles dans rhjpochondrie ; car il ne peut pas être question ici des précautions relatives aux heures de la journée ou des repas. Dès lors on conçoit la nécessité de ne point trop insister sur les lavements relâchants , surtout donnés à grande eau. A l'avantage passager d'entraîner quelques scybales qui obstruaient le gros intestin , succéderait une plus grande disposition à l'atonie et à la constipation. Il faut, au contraire, leur donner quelques qualités toniques ou laxatives. Souvent la température froide les rendra plus efficaces que tous les autres moyens. Quant aux médicaments laxatifs , purgatifs , amers , toniques ou excitants , c'est à la matière médicale qu'il faut les demander ; c'est à la disposition dans laquelle se trouve le malade à fournir l'indication.

Du trépan.

Le trépan a été conseillé par quelques auteurs. Voici à quelle occasion. Joan. Rhodius^, Obs. 43, cent. ï, assure que Jules Casserius , de Plaisance, chirurgien etanatomiste fameux, ouvrit , en présence de Jean Prévost, le crâne à un jeune homme de 30 ans , qui fut guéri de ses vapeurs hypochondriaques , aussitôt que le cerveau eut de l'air. Guill. Rondelet, chapitre 41 , liv. L pract., nous dit que l'idée du trépan vient de ce qu'une femme , depuis longtemps hypochondriaque, tomba sur la tête , se fractura le crâne , et perdit beaucoup de sérosité par la plaie , ce qui la guérit. Il pense que le trépan peut en effet guérir , en donnant issue aux vapeurs noires et aux humeurs séreuses contenues dans le cerveau. Les éloges que ce& deux auteurs donnent en conséquence au trépan , comme moyen de guérison , sont un peu suspects. Nous pensons que les théories humorales des vapeurs qui s'élevaient vers la tête y ont eu la plus grande part , aussi nous nous dispenserons

624 TRAITÉ DE l'hYPOCHONDRÎE.

d'en discuter la valeur et l'utilité. Pouvons-nous sérieusement rappeler ici les prétentions de certains cranioscopes , qui pensent pouvoir guérir les passions , les manies et Fhypochondrie, en allant , à l'aide du trépan , attaquer l'organe ou la protubérance qui est le siège de la maladie ?

Faut-il accorder à certaines applications topiques, emplâtres, onguents , liniments , cataplasmes , fomentations , etc., toute la confiance que paraissent y avoir eue quelques auteurs , et les regarder comme propres à guérir radicalement l'hypochondrie ? Faut-il croire à la puissante action que Barbette attribue à son emplâtre de camphoratum soporatum ? compterons-nous mieux sur les vertus de V emplâtre antispasmodique de Fabricius ah aquapendenie appliqué sur les hypochondres? Le baume de vin mêlé à deux, parties d'eau de la reine de Hongrie, méritera-t-il mieux notre confiance? L'accorderons-nous davantage à Vemplâtre opiacé de thériaque de StoU , placé sur l'épigastre ? Nous trouverons-nous mieux des fomentations multipliées de Lazare Rivière , du cérat opiacé , de l'onguent rosat, de là pommade antialgique, du baume sédatif, etc.? Tous ces moyens externes peuvent produire de bons effets ; mais leur action est limitée. Elle se borne à calmer une douleur locale , un spasme partiel : et cette action n'est elle-même que passagère. On conçoit pourtant que le calme d'une dou-

• leur ou d'un spasme peut exercer sur l'économie une puissante influence ; que le calme , quoique local , réagira en bien d'une manière générale , d'abord par son action directe sur le système nerveux, et en second lieu en faisant cesser un mal dont la réaction ébranlait tout l'arbre sensitif et portait le trouble

M partout. Nous pensons même que ces topiques ne limitent point leur action première au lieu même de leur application , et que bien souvent ils exercent en outre sur l'économie entière une action directe , résultat de l'absorption de quelques particules du remède, qui, ainsi transportées partout, vont partout porter avec elles le calme dont elles ont la propriété. Ces considérations suffisent pour indiquer tout ce que peuvent opérer de bien ces applications. Elles peuvent calmer certaines douleurs,

HISTOmE TFIÉBAPEUTIQUE. 625

^t voilà tout. Lorsque ces douleurs cl spasmes sont le piiéiiomène dominant de la maladie , elles peuvent procurer un grand soulagement , et môme coopérer à la guérison ; mais elles ne sont qu'un mode d'administration des calmants dont elles sont les véhicules. Elles ne sont point antihypochondriaques.

Nous n'avons pas songé qu'on pût placer au nombre des médications antihypochondriaques , les boissons et tisanes , parce qu'elles ne sont qu'une forme de remèdes et non une classe douée de propriétés identiques ou analogues. Tous les médicaments adoucissants , calmants, antispasmodiques, toniques, excitants , etc. , peuvent être administrés sous la forme de tisane, en les étendant âahi une grande quantité d'eau , qui est ainsi le véhicule. Elles ne peuvent par conséquent pas former une médication ni un spécifique contre l'hypochondrie. La tisane acquiert la vertu de la substance avec laquelle elle est faite. Il y a donc autant de médications différentes opérées par les tisanes, qu'il y a de substances médicamenteuses propres à être administrées sous cette forme. Sans leur attacher beaucoup d'importance comme médication , nous ne pouvons cependant nous dispenser de faire observer que , chez les hypochondriaques , il y a souvent une telle paresse d'estomac , un tel dégoût pour les boissons , qu'il est impossible de les faire boire beaucoup , des doses très-modérées les fatiguent , et rendent la digestion plus difficile et plus pénible. D'un autre côté la fibre sèche et irritable des tissus semble exiger de grandes quantités de liquide , pour s'humecter , se détremper, s'assouplir pour ainsi dire. C'est au praticien à bien combiner ces' sortes d'antagonisme , afin de choisir la voie la plus convenable. Il faut aussi qu'il se souvienne que l'estomac , dans ses caprices , refuse quelquefois un jour et reçoit un autre jour , et surtout que sa répugnance pour une boisson peut ne pas avoir lieu pour une autre , et qu'il faut ne pas se rebuter trop vite , et en essayer plusieurs , jusqu'à ce qu'on ait rencontré celle qui est la mieux adaptée à la disposition de'

cet organe.

628 TRAITÉ DE L'riYPOrTIONDKlE.

JX. TRAlTtMENT MORAL.

L'état de dérangement dans lequel se trouve l'imagination des hypochondriaques a dû fixer de tout temps l'attention des médecins. De tout temps ils ont dû chercher les moyens de dissiper ce dévergondage de la pensée , et de ramener l'intelligence à son état normal. Déjà nous avons vu que dès la plus haute antiquité , époque où la médecine était pauvre de remèdes , la médication morale était la seule employée , et pour cela on avait recours à tous les moyens propres à frapper l'imagination et à distraire par des images riantes , par des scènes agréables. Longtemps ce fut la seule méthode curative ; rien n'a jamais été plus philosophiquement conçu, on ne peut rien trouver de mieux coordonné. Pour rendre plus puissante l'influence de cet appareil extérieur sur l'imagination , Hippocrate et surtout Galien , savaient avec quel soin il fallait s'emparer de la confiance du malade , pour corriger , modifier et diriger ses passions , lorsqu'elles étaient vicieuses et cause de la maladie , et même pour en faire naître qui pussent contrebalancer , neutraliser et détruire celles sous l'influence desquelles l'imagination pervertie se maintenait dans cet état. Ils avaient surtout bien apprécié toute l'influence du régime , du climat , de l'exercice, etc. (1). A mesure que la médecine s'enrichit et s'encombra de remèdes , à mesure surtout que les

(I) 1! y a près d'un siècle qu'un médecin hollandais fit un établissement consacré aux liypochondiiaques et aux mélancoliques, et dans lequel il fil revivre une partie de la méthode de l'antique Égyple. Il logeait très-bien les malades, les nourrissait avec délicatesse ; il étudiait leurs goûts, leurs caprices, et s'empressait de les satisfaire. En un mot, il les traitait avec toute la douceur et la générosité imaginables, pourvu qu'ils ne fissent nullement mention de leur maladie. Mais s'avisaieut-i!s de jiarler seuicmeul de l'objet de leur délire, il n'était plus le même hontnie : furieux, impitoyable, il armait son bras nerveux de fortes courroies, ei en cliargeail de coups les épaules du malade indiscrel. Il ne meltait fin à celte «ruelle flagellation que lorsque les maladeis cessaient de se plaindre do leur maladie. Un Iraitemenl aussi énergique devait remonter l'imagination des lijporhoiidriaqucs et leur rendre la sanlé; mais il ne devait pas attirer beaucoup de malades, ni donner une longue existence à rétablissement.

Histoire thérapeutique. 627

théories et les doctrines se multiplièrent, l'hypochondrie dut subir le sort commun de toutes les autres maladies et plier sous le joug de la doctrine et de son remède. Elle dut recevoir l'attaque de tous les modificateurs que la théorie opposait aux causes prochaines morbides qu'elle avait admises. A mesure que l'omnipotence de ces modificateurs de l'économie et de ses vices fut mieux accréditée, le traitement moral perdit de son influence , et pendant une longue série de siècles , il ne fut presque plus rien. A peine les auteurs font-ils quelque légère mention d'éviter les causes de tristesse et de chagrin. Il reprit peu à peu son ascendant , lorsque l'économie de l'homme mieux étudiée , fit mieux comprendre la vie , en faisant connaître les fonctions et le rôle du système nerveux et l'influence de l'organe de l'intelligence. Chaque jour démontra de plus en plus qu'on avait eu tort de ne voir que des organes et des humeurs dans le corps , et qu'il y avait aussi une partie spirituelle qui ne devait pas être oubliée. Elle n'exigea point d'abord un traitement moral exclusif ; mais peu à peu elle a pris un tel développement, qu'aujourd'hui elle efface complètement la matière , et elle concentre sur elle toute l'attention , elle commande un traitement moral exclusif, elle veut seule être l'objet des moyens employés ; elle fait proscrire irrévocablement toute médication pharmaceutique. Telles sont , comme nous l'avons vu, les opinions soutenues par les auteurs qui, dans ces derniers temps se sont occupés avec le plus de fruit de l'hypochondrie , et entr'autres de Lecamus , de Georget , et de MM. Falret , Voisins, Dubois d'Amiens, Barras , Réveillé-Parise , et Micbéa. Les anciens , dit-on , avaient le tort d'avoir de la tendance à donner la préférence aux| agents pharmaceutiques sur les éléments empruntés au domaine de l'âme. Avant de penser à l'esprit , ils songeaient au corps s avant de songer à rétablir l'harmonie du premier , ils s'efl'orçaient d'expulser l'humeur attrabilaire qui occasionnait le désordre du second. Mais prenons-y garde. En condamnant cet exclusivisme des anciens , les modernes ne sont-ils pas tombés dans l'exclusivisme opposé? A force de proscrire le traitement pharmacologique , n'ont-ils pas

G28 TRAÎTÉ DE l'hYPOCHONDEÎE.

commis une erreur plus grande et plus grave ? car les anciens ne proscrivaient pas le traitement moral. La plupart mêm(i s'en sont beaucoup aidés. La destinée de l'homme serait-elle donc de marcher toujours d'erreurs en erreurs ? Ne peut-il donc en éviter une que pour tomber dans l'autre? N'échappct-il donc jamais à Charibde que pour faire naufrage dans Scilla? Cette condition de l'esprit humain ne trouve malheureusement que trop souvent son application. Trop limité et à la fois trop avide de connaître , il saisit un point , l'étudié, s'y concentre , lui rapporte tout et en fait son univers ; sans tenir compte des autres conditions de l'objet de ses études , ou sans avoir le temps de les étudier , elles lui échappent , et son œuvre est incomplète , parce qu'elle a généralisé une partie seulement de son sujet. Un autre aperçoit les vices de cette généralisation , il étudie la question sous le point de vue négligé , le généralise à son tour , et ne tient plus compte de l'autre point qa'il réduit même au néant. Rarement se place-t-on dans une région assez élevée pour voir , sans prévention , sans influence préconçue, l'objet de son étude, pour le contempler dans toute son étendue et par toutes ses faces , et ne pas en prendre une partie pour le tout. Ces réflexions désolantes sont applicables en entier à l'étude du traitement derhypochondrie.On solidistes, ou humoristes , ou spiritualistes , ou vitalistes , les auteurs n'ont en général vu de lésion , que celle qui avait rapport à la doctrine qu'ils avaient adoptée , et ils ont proscrit toutes celles qui s'en éloignaient. Il ne se sont presque jamais souvenus que le corps était composé de trois choses inséparables , les contenta, les continentia , et Vimpetum facens, ou du moins ils n'en ont guère tenu compte. Voilà pourquoi chaque doctrine peut avec juste raison critiquer les autres doctrines , puisqu'elles prêtent toutes le flanc à la critique.

En étudiant l'étiologie de la maladie, nous avons vu l'étroilc liaison qui unissait le moral au physique , nous avons apprécié toute l'influence de l'un sur l'autre. Nous avons vu par quel enchaînement l'imagination et l'intelligence arrivaient à pervertir les actes de l'encéphahî et du système nerveux. Eh bien !

cette influence qui en santé a pu produire la maladie , se conserve toute puissante pendant toute sa durée. Peut-être même a-t-elle acquis plus d'empire , et la maladie n'est-elle si rebelle , que parce que les organes physiques sont trop soumis aux caprices d'une imagination déréglée , que rien ne peut corriger. C'est donc en vertu de cette liaison intime que le moral tient îe physique sous sa dépendance. Or , que l'esprit malade soit préoccupé de maux imaginaires qu'il se crée sans cesse et qui enfantent les mille souffrances que le malade ressent , ou que , torturé par des sensations douloureuses sans cesse renaissantes , il travestisse ces douleurs ou les exagère , toujours est-il vrai qu'alors , agité , troublé et malade , il réagit péniblement sur son organe et sur le système nerveux , entretient et exaspère l'état d'éréthisme et de désordre vital dans lequel ils se trouvent. Si donc, par tous les moyens qui ont été si sagement indiqués par les auteurs et par les philosophes , on parvient à s'emparer de l'imagination du malade , on comprend , dans l'une et l'autre hypothèse , les avantages immenses qu'on pourra en retirer. Dans le premier cas , si la maladie n'est pas constitutionnelle, si elle est le produit de grands chagrins, ou de violentes passions contrariées , ou de grandes déceptions sociales , le calme qu'on apporte dans l'imagination passe dans le système nerveux. Or celui-ci , qui n'était devenu malade que par l'in- (îuence de l'imagination souffrante , n'en recevant plus de cause permanente de viciation , se calme aussi n'éprouve plus de réaction , et peu à peu rentre dans son état normal. Alors sa guérison est complète , et elle l'a été par la seule influence du moral. Lorsque la maladie est constitutionnelle , lorsqu'elle a été la conséquence , non de causes morales accidentelles , mais d'une marche lente et progressive d'une organisation physique et morale malheureuse , d'un moral de tout temps bizarre et chagrin , non seulement le médecin aura moins de prise sur l'imagination de son malade ; mais celle-ci exercera une influence moins efficace sur un système nerveux mal organisé et ([ui trouve dans lui la cause de ses souffrances et de ses anomalies successives , parce que l'organisation ne se refait pas

630 TRAITÉ DE l'hYPOGHONDRIE.

ainsi , et qu'il faut ici , pour ainsi dire , la refaire. Cependant , en calmant le moral , son action excitante sur le physique est modérée et elle n'opère plus autant ces réactions nerveuses si pénibles. Si on ne guérit pas la maladie , on la rend au moins plus supportable. Lorsqu'enfîn l'hypochondrie est consécutive à une lésion nerveuse primitive ou consécutive elle-même , lorsqu'elle n'est survenue qu'à la suite de longues souffrances physiques et nerveuses que l'imagination exaspérée a fini par exagérer et par travestir , le moral aura moins d'influence aussi que dans le premier cas ; mais il en exercera toujours beaucoup. Car , bien que malade par une cause physique , l'imagination n'en réagit 'pas moins sur le physique à son tour. Si donc on parvient à la calmer , on préviendra cette cause de réaction ; et , en supposant que les douleurs nerveuses persistent , elles ne recevront plus cette cause de sur-excitation , elles se trouveront plus calmes , et à leur tour elles réagiront moins vivement sur l'imagination. Et si , pendant la durée de la maladie , les douleurs nerveuses ou autres maux se sont dissipés , et qu'il ne reste que cette mobilité , cette ataxie nerveuse qui caractérise l'hypochondrie , alors le calme moral peut devenir plus avantageux , il peut , comme dans le premier cas , amener la guérison ou du moins y concourir beaucoup et la rendre plus facile.

Dans cet examen physiologique de l'influence du moral sur le physique , nous n'avons jamais parlé que du système nerveux , sans préciser lequel ; il est évident que c'est le cérébro-spinal que nous avons eu en vue , parce que c'est sur lui d'abord qne se fait sentir l'influence du moral. Il ne faudrait pas conclure de là que cette influence ne s'exerce que sur ce système , et qu'elle n'a aucune prise sur les actes morbides émanés du système ganglionaire :car elle s'y fait sentir avec non moins d'énergie. Il est vrai qu'elle n'est pas directe , qu'elle n'est que secondaire; mais elle n'en 'est pas moins réelle et puissante. Est-il besoin , pour s'en convaincre , de rappeler les liens nombreux qui unissent la vie cérébrale àMa vie ganglionaire? les réactions multipliées qu'elles exercent l'une sur l'autre? cette

UISTOIRB THÉRAPEUTlQlTIî. 631

association harmonique qui existe entr'elles , et qui en fait un tout indivisible? cette tendance commune à un même but , qui décèle le moi physiologique? Aussi à mesure que le calme renaît dans le système nerveux cérébral , il s'étend au système ganglionaire et à ses actes : les irrégularités de la circulation deviennent moins grandes et moins fréquentes , les sécrétions se régularisent mieux , la digestion est moins troublée et la nutrition se fait mieux. De cette manière on voit que tous les actes vitaux qui avaient été compromis reçoivent plus ou moins directement l'influence favorable du moral , et qu'on ne saurait , en couséquence , trop chercher à le diriger convenablement pour en obtenir le plus grand bien possible. Deux voies se présentent pour atteindre ce but: V les discours philosophiques. Comme il y a plus de gens de génie et de lettres hypochondriaques , que de stupides et d'ignorants , ils peuvent se laisser gagner par la force des raisons qu'on leur alléguera. On aura beaucoup fait , si on peut leur persuader que leur ma-^ ladie est curable ; qu'il sied mal à l'homme de se plaindre sans cesse au lieu de supporter courageusement les maux légers qui altèrent sa santé. 2*^ Les moyens de diversion moraux ou physiques. Ainsi on créera quelques affaires au malade dans son commerce , par un procès , par quelque entreprise , quelque conciliation. On fera naître en lui quelque passion assez vive pour l'occuper , fût-ce même la jalousie ou l'amour, comme le conseillait déjà iEtius. On le soumettra à tous les exercices dont il sera question plus loin. Si l'on parvient à le distraire on aura beaucoup fait : car l'hypochondriaque qui oublie ses maux , est bientôt guéri. Mais un point bien essentiel , c'est qu'en fortifiant le corps et l'esprit , on écarte soigneusement tous les moyens qui pourraient détruire les bons effets qu'on obtient. Et surtout qu'on interdise la lecture des livres de médecine, et la fréquentation des commères, des maniaques, dos mélancoliques : ils gâteraient tout. Sanctorius prétend avec quelque raison , que rien ne contribua davantage à faire naître la gaieté , qu'une perspiration bien réglée. Quoique nous n'ajoutions pas à cette idée fixe de cet auteur la même

importance que lui , on ne saurait cependant se conformer trop exactement à ses préceptes diététiques et gymnastiques.

De grandes difficultés se présentent donc dans cette médecine de l'esprit , surtout lorsqu'il s'agit de calmer des passions malbeureuses , d'extirper des chagrins exagérés par la susceptibilité nerveuse. Le cœur alors n'est pas aussi facile à pénétrer et surtout à consoler , qu'on le croit généralement. On n'a pas de l'espérance et du contentement par ordonnance de médecin. D'ailleurs , combien de difficultés à surmonter pour remplir cette tâche épineuse î Pour agir sur un homme que dévore la soif inextinguible de son avenir , ou qu'attèrent des malheurs, des déceptions ou des chagrins sans nombre ; pour changer ses habitudes , pour éteindre ses souvenirs et lui inspirer de nouveaux goûts , il faut un tact , un zèle plus qu'humain , auxquels doivent concourir tous les entourages du malade.

Ces considérations nous démontrent , il est vrai , toute la puissance que le moral exerce sur le physique , et tout le bien qu'on peut se procurer par son influence ; mais elles nous révèlent en même temps les limites de cette puissance , et elles la renferment dans ses véritables attributions. Elles nous font pressentir tout ce que nous devons espérer et attendre de son secours , et tout ce qu'elle laisse encore à faire. De cette analyse physiologique il résulte que l'influence du moral, toujours puissante , peut suffire quelquefois à opérer la guérison ; mais qu'elle ne suffit pas toujours toute seule , et qu'alors même elle est d'un grand secours , elle aide puissamment l'action des autres moyens. En conséquence on ne saurait trop se pénétrer de la nécessité d'agir sur le moral du malade : on ne saurait trop étudier son caractère , ses goûts et ses passions , pour s'en emparer en quelque sorte et les diriger convenablement. C'est là que le rôle du médecin devient , chaque jour , plus diflicilc et plus épineux pour celui qui est bien pénétré de toute la grandeur et de toute la dignité de son ministère. Il faut qu'il connaisse bien tous les replis du cœur humain pour arriver à connaître le caractère fantas(jue de son malade et à le subjuguer ; et pour en venir là il iàut qu'il développe une

HISTOIRE ÏIIÉRAPEUTIQUE. 633

éloquence bien flexible. C'est là que l'on connaît tout le prix (l'une éducation première bien dirigée et d'une étude approfondie de l'esprit humain. Les avantages du traitement moral sont incontestables , mais ils ont été exagérés par quelques auteurs , lesquels ont voulu en faire la panacée , le spécifique de l'hypochondrie. Reconnaissons son utilité et ses services , accueillons-les avec empressement au lieu de les repousser par esprit de système. Ne manquons jamais de mettre en usage tout ce qui sera le plus propre à nous le faire diriger ; mais n'oublions pas non plus qu'il ne suffit pas , et ne négfigeons pas l'emploi des autres moyens qui peuvent être aussi de quelque utilité.

Page 1