X. TRAITEMENT HYGIÉNIQUE
L'hygiène a quelquefois joué un très-grand rôle dans le traitement de l'hypochondrie. Nous avons déjà vu toute l'importance du moral. L'exercice a joui de son côté d'une faveur non moins grande, et presque toujours il a été associé au traitement moral. Quant aux autres points de l'hygiène, il est bon de les surveiller et de les faire coïncider ; mais aucun n'a servi de base exclusive à une méthode curative. 11 ne sera pas cependant inutile d'en dire quelques mots.
De l'exercice.
L'emploi de l'exercice dans le traitement de l'hypochondrie remonte à la plus haute antiquité : ces voyages, ces jeux, ces fêtes en sont une preuve. Asclépiade en avait inventé de toutes sortes, et Galien recommande beaucoup les exercices, et surtout ceux qui exercent le corps tout entier et récréent l'esprit. Sydenham préférait l'exercice du cheval à tous les autres. Joseph Frank semble accorder plus de confiance au noble jeu du billard. Tous les modernes le conseillent à l'envi ; il n'en est pas un qui n'ait insisté sur son utifité. Mais tous ne sont pas d'accord sur ses effets ; tous en conséquence ne le conseillent pas dans le même but. « Pour qu^ l'exercice puisse produire tous les bons effets qu'on en attend, dit F. Hoffmann, il faut le faire
634 TRAITÉ DE t'HYPOCHONDEIE.
dans un air calme et serein, de peur que le dommage que le froid extérieur causerait au malade, ne l'emportât sur les avantages qu'il peut en retirer ; il ne doit pas être violent, mais modéré, et il faut le continuer jusqu'à ce qu'on se sente modérément échauffé. Il faut encore avoir soin de diminuer la masse des humeurs, et de tenir le corps aussi libre qu'il doit l'être, de peur qu'il ne jette le sang dans une agitation trop violente. L'exercice, de quelque espèce qu'il soit, surtout celui du cheval ou du carrosse, ne vaut rien immédiatement après le repas, parce que les sueurs qu'il cause ne font que rendre les flatuosités plus incommodes. Le moment le plus convenable pour le faire, c'est le matin, après qu'on a quelques tasses de thé ou de quelqu'autre infusion, ou l'après-midi, après que la digestion est faite. » Il ne lui reconnaît, du reste, qu'une action fortifiante sur le corps entier et sur chaque organe en particulier. Telle est aussi la manière de voir de la plupart des auteurs. Pour eux, l'exercice est un tonique, un fortifiant. Quelques auteurs, fidèles à leur doctrine cérébropathique et psychologique, n'y ont vu qu'un moyen de distraire, de dissiper l'imagination en fixant l'attention ; ils n'en ont fait en conséquence qu'un auxiliaire du traitement moral. Cependant ils en reconnaissent tous les bienfaits, et ils le conseillent beaucoup. De quelque manière qu'on en explique l'action, on est d'accord sur le point d'utilité ; et la confiance qu'on lui accorde va si loin qu'il paraît être quelquefois le seul moyen de traitement de l'hypochondrie. Un coup d'oeil sur l'action physiologique de l'exercice nous expliquera la cause de la différence d'opinions entre les auteurs, et nous fera connaître au juste tout ce qu'il est capable d'opérer, tout ce qu'on peut en attendre et en obtenir.
L'exercice est un des plus puissants modificateurs de l'économie. Il consiste dans le mouvement général ou partiel du corps, au moyen de la contraction simultanée ou successive d'un nombre plus ou moins considérable de muscles. Lorsqu'il est pris avec modération, il tonifie et répare les forces. Il a, dit Falrct, l'avantage de répartir convenablement les forces de la
vie, de détourner les idées habituelles en établissant des rapports nouveaux, ou de contraindre le cerveau au repos en produisant une fatigue générale. C'est le contraire s'il est pris avec excès. L'étude des phénomènes qui accompagnent la contraction musculaire et qui lui succèdent, va nous fournir l'explication de ces deux faits et de leur conséquence.
Lorsque le muscle se contracte, ses fibres, durcies et rapprochées, chassent le sang des vaisseaux interstitiels, il retourne en plus grande quantité et plus rapidement dans les veines ; c'est ce que savent tous ceux qui pratiquent la phlébotomie. Il y retourne aussi beaucoup plus noir que lorsque les muscles sont en repos. Ce phénomène, que j'ai démontré autre part, tient à la contraction musculaire elle-même, qui consomme dans cet acte une plus grande quantité de son principe rubéfiant et vivifiant. De cette manière, le muscle a besoin de recevoir une plus grande quantité de sang, puisqu'il en chasse davantage, et il fait un appel qui établit sur lui une sorte de fluxion qui devient plus tard, si l'exercice est continuel ou alterné avec modération, la cause de l'augmentation de son volume. Le sang, ainsi chassé plus vite et plus noir, retourne rapidement au cœur, qui le chasse à mesure au poumon pour y être revivifié. Ainsi la circulation et la respiration augmentent de rapidité. L'hématose demande une plus grande quantité du principe vivifiant de l'air, du pahulum vitœ. De cette double cause dépendent l'essoufflement et l'anhélation qu'éprouvent les personnes qui se livrent à un exercice soutenu et un peu violent, puisqu'il y a à la fois plus de sang qui revient et qu'il est plus noir. Cette conversion plus grande du sang rouge en sang noir est une véritable déperdition, puisque le sang ainsi désartérialisé^ n'est plus propre à entretenir la vie. Il lui faut faire des réparations nouvelles pour remplacer les pertes que le sang plus noir est obligé de faire en plus grande quantité. Aussi la perspiration pulmonaire devient-elle plus abondante et plus chargée d'acide carbonique, suivant les expériences d'Allen, de Pepys et de Jurine. La transpiration cutanée est également augmentée. Le besoin de réparer ces pertes se fait sentir , l'éco-
636 TRAITÉ DE l'hYPOGHONDRIE.
nomie appelle de nouveaux sucs ; l'estomac sollicite fait sentir davantage le besoin de la faim, et il acquiert une force et une activité digestives plus considérables. Cette restauration plus active du sang le fait arriver plus rapidement toujours artériel aux organes ; de là une augmentation générale de la chaleur animale, et pour chacun une sur-excitation plus grande, un accroissement d'activité, et une exécution plus prompte de ses fonctions. Tel est l'enchaînement physiologique de toute cette succession de faits observés et constatés ; mais assez mal expliqués jusqu'à ce jour. De cette augmentation d'activité dans les fonctions par l'abord d'un sang plus riche et plus rapide, résulte l'augmentation des sécrétions et une nutrition beaucoup plus active. Cet accroissement de nutrition, caractérisé par le volume plus grand qu'acquièrent les organes, est surtout remarquable pour les muscles qui sont en exercice. En cela ils subissent la loi commune à tous les organes, qui tous se développent davantage par l'exercice de leurs fonctions, pourvu que cet exercice ne soit pas poussé à l'excès. Que l'on compare les membres grêles d'un homme qui est condamné au repos avec les jambes développées du danseur ou les bras nerveux du boulanger, et l'on verra l'immense différence qui les sépare. Dans cet examen nous n'avons rien dit encore de l'influence de l'exercice sur l'imagination et sur le système nerveux, et cependant cette influence n'en est pas moins réelle et puissante ; mais elle tient à une autre cause. Pendant l'exercice l'organe de l'intelligence envoie aux muscles leur incitation nerveuse et il en dirige la contraction ; il ne peut plus se livrer aussi bien aux autres actes intellectuels. Il y a une sorte de révulsion opérée par l'action musculaire. Pendant qu'il agit, l'hypochondriaque songe moins à ses maux, caresse moins ses idées favorites ; c'est pour lui une trêve passagère. En outre^, l'exercice un peu prolongé produit la fatigue, et la fatigue provoque le sommeil. C'est donc encore un moment de repos que la nature vient lui offrir. L'on conçoit qu'en soutenant et en multipliant ainsi l'exercice, il puisse déjà de celte manière opérer une puissante influence sur l'organe d<' l'intelligence et sur l'imagination.
Voilà pourquoi les personnes qui sont livrées à des exercices corporels habituels et constants, comme les cultivateurs, les crocheteurs, etc., présentent si peu d'hypochondriaques. Outre cette action directe de l'exercice sur l'imagination, il agit encore sur elle d'une manière secondaire par le moyen des nerfs, dont il modifie la sensibilité. C'est un fait bien reconnu que cette sorte d'antagonisme qui existe entre les deux fonctions principales des nerfs, la sensibilité et la mobilité. Lorsque l'équilibre est rompu, l'une des propriétés s'accroît au détriment de l'autre. Si la sensibilité devient excessive , la force musculaire diminue d'autant, comme on peut s'en assurer en comparant la sensibilité et la faiblesse de nos dames de la ville avec la force et l'impassibilité des femmes de la campagne. Lors donc que, d'après cette loi, on augmentera par l'exercice la force musculaire, on diminuera d'autant la sensibilité nerveuse. Enfin l'augmentation d'embonpoint que procure l'exercice contribue aussi à diminuer la sensibilité. C'est un axiome presque général, que celle-ci augmente ou diminue selon que l'embonpoint diminue ou augmente.
Cette action multiple de l'exercice sur le système nerveux et sur l'imagination nous explique les bons effets qu'on peut en obtenir dans l'hypochondrie et la faveur dont il a joui. Les auteurs sont d'accord à cet égard. S'ils ont varié quelquefois, c'est sur l'espèce d'exercice auquel ils donnaient la préférence. Quoique tous les exercices agissent d'une manière analogue sur le corps, leur action n'est cependant pas tout-à-fait identique, ce qui suffit pour justifier le choix et la préférence. L'exercice qui met en jeu tous les muscles à la fois, ou l'exercice général, agit bien différemment que l'exercice auquel suffit la contraction de quelques muscles , ou l'exercice partiel. L'exercice en plein air ne produit pas non plus les mêmes effets que l'exercice dans un appartement renfermé. Enfin, l'exercice avec déplacement, exercice passif, présentera aussi ses effets particuHers, qui varieront encore lorsqu'il se combinera avec l'exercice actif pour constituer l'exercice mixte. On sent que les détails relatifs à chacun d'eux en particulier, quoi-
que bien importants, ne peuvent pas trouver leur place ici ; ils n'appartiennent qu'à un traité d'hygiène. Tout ce que nous pouvons faire, c'est de prévenir que tous les hypochondriaques ne s'accommodent pas également de l'exercice. Il en est qui en éprouvent des effets réellement fâcheux ; mais il ne faut pas se rebuter trop tôt : avec un peu de courage, et en commençant par un exercice léger, pour augmenter peu à peu, on arrivera le plus souvent à triompher de cette difficulté, surtout en choisissant le mode de mouvement d'abord le moins pénible. Presque toujours la répugnance du malade et sa faiblesse le font lasser bien vite, et, malgré cette lassitude, il ne faut pas craindre de le continuer et de le pousser ordinairement jusqu'à un peu de fatigue. La persévérance sera couronnée de succès. Parmi les occupations, le travail de la terre, ce noble et viril travail, convient le mieux pour maintenir les forces et pour les ranimer ; l'homme énervé s'y retrempe. Une profession manuelle, comme la menuiserie, peut offrir aussi de grandes ressources. Il est d'autres malades qu'un exercice fatiguera toujours, et qui se trouveront bien d'un autre. Il faudra donc consulter le goût et les dispositions de chacun. Il faudra même ne pas s'opiniâtrer à faire persister dans le même exercice ; il sera bon d'en changer quelquefois. Cette variation aura le double avantage d'agir d'une manière différente sur le physique et de fournir une application ou une distraction nouvelle à l'imagination. C'est donc au médecin à bien étudier l'état physiologique et pathologique de son malade, et à bien choisir l'exercice dont les effets seront le mieux adaptés à cet état ; car il faut bien se convaincre aussi que chacun de ces effets peut nécessiter une gymnastique spéciale, et qu'il n'est pas indifférent de conseiller indistinctement de l'exercice. Ainsi l'hypochondriaque doué d'un tempérament lymphatique, ou dans un état d'atonie anhémique remarquable, exigera d'autres moyens que l'hypochondriaque à constitution nerveuse, à fibre irritable et délicate; et celui-ci encore en exigera de différents, s'il est associé à une tête artistique. Dans ce dernier, il faudra distinguer aussi l'artiste musicien, dramatique, peintre, compositeur,
HISTOIRE TUÉKAPEUTIQUE. 639
poêle, etc. Chacun demandera des nuances dans sa gymnastique. Aux premiers conviendront les exercices de tout le corps : la marche, la promenade, la danse, la course, le saut, la chasse, l'escrime, les différentes sortes de lutte, de pancrace, pugilat, disque ; la natation dont nous ne saurions assez faire l'éloge, à cause de ses nombreux avantages; les jeux de palet, de boules, de quilles, du volant et de la balle ; le noble jeu du billard, dont les avantages précieux, sans doute, ont peut-être été un peu exagérés. Aux seconds malades conviendront plus particulièrement les exercices passifs, tels que la promenade en voiture, la navigation, la litière, la chaise à porteur, l'escarpolette, le ballon, etc. Dans cet exercice, le corps immobile est transporté en totalité ; il ne ressent aucune fatigue, aucune lassitude de la contraction musculaire ; mais il éprouve les bons effets du changement des courants d'air, et des sortes de secousses ou commotions qu'occasionnent quelquefois les mouvements du véhicule. Chacun de ces moyens a reçu des éloges mérités et quelquefois exagérés, telle a été surtout la navigation. Chacun d'eux peut se combiner avec un exercice plus ou moins actif de la part de la personne qui s'y livre. Alors il peut réunir les deux avantages et présenter les conditions de l'exercice mixte, que les auteurs semblent avoir trop exclusivement restreint à l'équitation. Il est vrai que l'exercice du cheval en réunit seul et nécessairement toutes les conditions. Non seulement le corps est transporté en totalité, plus ou moins rapidement et avec des secousses plus ou moins grandes, et qui activent la circulation abdominale suivant l'espèce de marche du cheval, mais le cavalier est dans un état de contraction musculaire presque générale et presque constante ; et surtout il détourne l'attention du malade, circonstance à laquelle Sauvages et CuUen ont accordé beaucoup d'importance. Aussi l'équitation est l'exercice quia mérité le plus d'éloges depuis Socrate, Antyllus, ^Etius, Avicenne, Oribaze, jusqu'à Sydenham, Hoffmann, Méad, Lorry, et tous les auteurs modernes sans exception. Aucun exercice n'est, en effet, plus capable de fortifier le corps et de distraire l'imagination ;, double but qu'il n'est pas si facile d'atteindre.
GiO TRÂÏTÉ DE L'iîYPOCIIONDRÏEi
Ce que nous avons dit précédemment suffit pour faire comprendre comment il agit ; de plus longs détails seraient, non pas inutiles, mais déplacés. Nous ne pouvons que le recommander de tout notre pouvoir, laissant au médecin le soin d'indiquer Tespèce de marche qui conviendra le mieux au malade. Il ne faut s'y livrer que trois ou quatre heures après le repas.
Nous avons dit qu'un des grands avantages de l'équitatioii était d'unir la distraction de l'imagination à l'exercice du corps. De là nous conclurons avec Galien, qu'on devra préférer les exercices qui réuniront ce double avantage. Yoilà pourquoi la danse, la chasse, l'escrime, la natation, le billard, le volant devront mériter la préférence. Voilà pourquoi on cherchera à occuper l'attention par quelques moyens dans les exercices qui paraissent les plus propres à laisser le malade livré à lui-même. Ainsi, lorsqu'on le fera promener en voiture, on lui mettra les guides du cheval.à la main, afin de le forcer à diriger son attention sur la conduite de son char. S'il est dans un navire ou une barque, on lui confiera une rame ou le gouvernail, ou quelqu'autre emploi, qui, en fixant son attention, puisse le distraire de ses pensées attristantes. Il faudra le faire tenir sur le pont, ou le placer dans un bateau découvert, afin qu'il puisse découvrir au loin les objets qui se présentent, et jouir du plaisir que lui causeront ces sensations sans cesse renouvelées.
Quel que soit l'exercice auquel on se soit livré, s'il a été pénible ou un peu violent, Nenter fait une recommandation qui mérite d'être conservée, c'est de ne pas rentrer de suite dans le repos. Cette transition brusque peut devenir, en effet, bien fâcheuse.
C'est aussi comme exercice que nous dirons un mot de la phonation, ou des différents exercices des organes de la voix, auxquels Cclse et Cœlius Aurelianus conseillaient d'avoir recours. Dans cet exercice les muscles du tronc entrent presque tous en contraction, et produisent en conséquence les effets des contractions musculaires. L'action des poumons donne en outre plus d'activité à la circulation, et en entraîne toutes les conséquences. Aussi, pourvu que cet exercice ne soit pas poussé trop
HISTOIRE TnÉRAPEUTIQUE. G^l
loin, il ne pourra cfu'étrc avantageux, suivant son goût et ses facultés. On engagera donc le malade à parler ou à lire à haute voix, à déclamer, à chanter, ou à jouer de quelque instrument à vent. Ces divers exercices réunis produisent le double avantage de la contraction musculaire et de l'application de l'intelligence. Ils pourront, en conséquence, être souvent conseillés avec fruit. M. Amoros a eu l'heureuse idée de créer des gymnases spéciaux dans lesquels il réunit tous les moyens propres à exercer le corps, à le fortifier, et à combattre ainsi les maladies des nerfs et de l'imagination. Ses exercices sont admirables et soutenus par le chant ou le rythme cadencé , qui agit également pour détourner l'imagination. Le médecin philanthrope voit tout le parti qu'il peut tirer de ces gymnases modernes contre l'hypochondrie, et il doit regretter qu'on n'en fasse pas un usage plus étendu. Il serait, par exemple, facile d'établir quelques-uns de ces moyens de gymnastique dans la maison du malade, ne fût-ce que la cloche sans battant qu'Addisson avait tant de plaisir à tirer, parce qu'elle lui obéissait dans le plus profond silence.
Des voyages.
C'est avec raison que les voyages ont été recommandés par les auteurs. Réunissant la condition de l'exercice du corps à la distraction de l'imagination^ ils seraient le premier moyen et le plus utile. Un de leurs principaux avantages consiste dans l'impossibilité de se livrer à une étude assidue , de se renfermer en soi-même et de se concentrer dans la pensée , et surtout dans l'éloignement d'objets pénibles et chagrinants qui, au logis , se présentent sans cesse à la vue. L'action continuelle et forcée du système musculaire , la distraction de la pensée par la succession et la variété des objets tendent à rappeler l'équilibre des forces motrices et sensitives et à diminuer l'anomalie de l'imagination. Une irrésistible puissance appelle l'œil , détourne la pensée , calme la douleur et l'ennui , sans secousse et sans elTort , et par des distractions plus variées , plus agréables et plus vives , fait goûter un plaisir , qui répand
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le calme dans le sang et les nerfs , mieux qu'un baume consolateur. Comme le corps , l'esprit a besoin de changer de place quand il est malade. Un changement de climat et d'air peut produire les plus heureux effets. Tout y concourt , la variété des pays , l'espoir de la guérison , la diversité des aliments , le changement de sensations habituelles , l'air continuellement nouveau qu'on respire , qui baigne et qui pénètre le corps , les liaisons passagères , les usages différents , les petites passions qui naissent de ces occasions , la liberté dont on jouit , tout cela change , bouleverse , détruit les sensations et les habitudes malades. Baglivi a dit : Jvenit morbos peregnnatione desinere, qui antea nuUi medicamini cedehant. Déjà longtemps auparavant Hippocrate avait dit : In morbis longis solitrn mutare. En cela il ne faisait que rendre en style aphoristique k pratique de ces pèlerinages dont nous avons déjà si souvent parlé. Galien , Reid et tous les bons observateurs en ont montré les bons effets. Comment en effet les voyages n'auraient-ils pas été puissamment recommandés , puisque aux avantages que nous avons signalés , ils joignent tous ceux de l'exercice. Aussi les résultats varieront-ils un peu suivant qu'on voyagera à pieds , à cheval , en voiture ou par eau.
Les détails dans lesquels nous sommes entrés en parlant de ces différents exercices ne nous permettent pas d'y revenir. Cependant nous ne pouvons pas nous dispenser de dire quelques mots en particulier des voyages de mer.
Gilchrist surtout leur donne toute sa confiance : bien longtemps avant lui , Aristote en avait exalté la salubrité ; mais les bons effets qu'ils leur attribuent , sont souvent compensés par la monotonie d'une existence toujours uniforme , par l'obligation de respirer l'air renfermé pendant le mauvais temps , par l'inaction du corps , le mauvais régime et l'air humide de la mer. « Le seul moyen , dit M. Réveillé-Parise , de remédier à ces inconvénienls est d'engager le malade à exercer le corps le plus que possible. J'ai guéri un hypochondriaque de cette manière. — (Jue vous aviez bien raison , me dit-il ensuite , j'avais emporté un Sénèque avec moi , mais quel pauvre méde-
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dn de l'ûmc et du corps , en comparaison du travail des pompes et du cabestan ! »
Un des effets le plus remarquables de la navigation est le mal de mer. Ce vomissement singulier produit des évacuations et des secousses violentes qui agissent sur toute l'économie, et qui ne contribuent pas peu à en changer l'état pathologique par les modifications qu'il lui imprime. Mais c'est dans les hypochondries avec gastralgie, embarras gastrique et saburres, que ce mal passager sera le plus .utile. Ne serait-ce pas sortir de nos limites que de tracer les différences que présente la navigation suivant qu'elle aura lieu en pleine mer ou le ,1ong des côtes , dans une mer plutôt que dans une autre , sur un lac , une rivière , etc.
11 n'est pas indifférent de voyager dans un climat , dans une contrée, plutôt que dans un autre. On envoie les malades de préférence dans le midi , parce qu'en général , comme on l'a dit , la chaleur est amie des nerfs. Cependant , comme c'est dans le midi qu'on observe un plus grand nombre de maladies nerveuses , et qu'on n'en rencontre presque point dans le nord , le médecin examinera si le système nerveux de son malade a besoin d'être tonifié ou calmé, avant de le décider pour un pays plutôt que pour l'autre. Il tiendra compte aussi des vicissitudes atmosphériques plus grandes que l'on rencontre dans quelques pays méridionaux. Ainsi, le séjour de Marseille ne peut qu'être nuisible à cause de la fréquence de son mistrao qui , en bouleversant l'atmosphère^ bouleverse aussi le système nerveux du malade. C'est pour cette raison que M. Barras condamne d'une manière trop générale les voyages et les changements de contrées. Au reste , ce n'est pas une chose toujours facile que de bien savoir décider la volonté d'un hypochondriaque , et surmonter les obstacles que ses caprices y apportent. Il est même quelquefois nécessaire de ne pas lui faire connaître le véritable but de son voyage , en le motivant sur des prétextes d'affaires ou d'objets relatifs à ses goûts, à ses talents et à ses études particulières. Mais uneTois qu'il est parti , il faut seconder l'action morale du voyage par des récréa-
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lions de tous genres , par tout ce qui peut exciter la curiosité, intéresser et distraire , par la recherche des sites les plus riants et les plus variés , ou des accidents les plus pittoresques de la nature , comme en Suisse ou dans le haut Dauphiné. Quel est celui qui n'aimerait à parcourir des pays qui furent le théâtre de grands événements ? La terre est couverte de souvenirs mémorables. Rome et l'Italie , Athènes et la Grèce inspirent toujours le plus vif intérêt. C'est dans ces pays et dans tous ceux qui attestent leur grandeur passée , qu'on doit préférablement voyager , puisqu'ils offrent l'avantage de nourrir l'esprit , et celui de faire naître des sensations d'autant plus agréables qu'elles intéressent. Le moral, ainsi affecté par tout ce qui exalte les sentiments, communique au physique des effets salutaires ; et le malade , au milieu de cet heureux concours de circonstances , en oubliant son mal recouvre la santé.
Ainsi , les voyages agissent par l'influence de l'exercice , par celle du climat et par celle du moral. Nous voyons en conséquence de quelle utilité ils peuvent être dans le traitement de l'hypochondrie, combien ils peuvent en favoriser la guérison. On ne saurait trop les conseiller. Cependant nous n'en ferons point une panacée. Il est des hypochondries qui résisteront à leur bienfaisante action. Il en est même qui n'en éprouveront que de mauvais effets. On éprouvera ces insuccès principalement dans certaines hypochondries constitutionnelles et dans celles qui sont secondaires. Il ne faut pas perdre de vue non plus qu'il n'est pas possible de conseiller les voyages à tous les malades. Bien souvent celai qui pourrait y retrouver la santé se trouvera dans une position de fortune qui ne lui permettra pas d'y songer.
Nous avons mis fln à la longue énumération des moyens qui ont été préconisés contre l'hypochondrie. Elle est trop longue , sans doute , quoique nous en ayions supprimé un grand nombre, qui nous ont paru trop insignifiants pour mériter une mention particulière, ou qui peuvent se rattacher sans peine à quelqu'une des médications que nous avons étudiées. On nous
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reprochera peut être la longueur des détails dans lesquels nous sommes entrés sur l'action physiologique et thérapeutique de chaque médication ou médicament. Ce travail qui manquait en grande partie à la science , nous a paru d'autant plus important , qu'il nous semhle aplanir bien des difficultés. Il nous donne la raison des motifs qui ont dirigé les praticiens dans l'adoption d'un remède ou d'une médication. Il nous fait voir comment il agit sur l'économie 'de l'hypochondriaque, et par conséquent tout le bien qu'on peut en espérer , tout le mal qu'on a à en redouter , et dans quelles ^circonstances il est applicable , de là nous pouvons tirer une conclusion à laquelle nous sourions avec satisfaction. Aucune"des doctrines, aucun des médicaments qui ont été préconisés , n'est aussi erroné , aussi absurde que se sont plu à le proclamer , beaucoup d'auteurs surtout parmi les modernes. Chacun , par son mode d'action a pu et a dû produire de] bons^effets , au moins dans certains cas. Nous pouvons, en conséquence de notre analyse^ voir le parti que nous pourrons en tirer quelquefois , et dans quelles circonstances il pourra nous prêter son assistance. Ces détails nous présentent encore un avantage, c'est de nous dispenser d'y revenir lorsque nous tracerons le plan méthodique du traitement de l'hypochondrie. Sans ces préliminaires , nous eussions été obligé d'interrompre à chaque instant la marche de notre indication thérapeutique , pour entrer dans l'examen de chaque acte que les médicaments seraient susceptibles de produire. Si donc ils ont allongé la matière d'un côté , ils nous permettront de la raccourcir de l'autre. A près cet exposé, nous eussions peut-être pu , à l'exemple de Tissot , nous arrêter et laisser le praticien prendre et choisir les moyens qu'il trouverait les plus convenables. Mais en le livrant ainsi à luimême , nous lui aurions donné la peine de faire un travail que nous voulons lui éviter en le lui présentant tout fait. Nous pensons lui rendre ainsi un service réel : car la mobilité capricieuse du système nerveux dans l'hypochondrie en fait un chaos où il est déjà bien difficile de se reconnaître , et dans lequel il devient plus difficile encore de faire l'application du
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remède conTenable , si l'on n'a pas un guide qui nous éclaire et nous conduise. Quand on songe combien les purgatifs , les toniques , les calmants , etc. , peuvent faire de bien ou de mal, selon qu'ils sont bien ou mal administrés , on ne saurait trop se tenir sur ses gardes avant de se décider , on ne saurait trop s'empresser de saisir les indications qui nous sont tracées dans un ordre méthodique. C'est d'après ces principes et avec cette persuasion d'être utile , que nous allons exquisser un plan de traitement aussi méthodique que l'état de la science nous permet de le donner. Il ne sera pas sans doute toujours aussi efficace que nous le désirerions. Mais que cette disette d'un traitement souverainement spécifique ne nous fasse pas tirer cette conséquence désolante , qu'il n'y a pas de remède possible contre l'hypochondrie. Ne désespérons de rien; la médecine marche et s'enrichit chaque jour de nouvelles applications thérapeutiques. Le hasard suffit quelquefois : il a fait découvrir le quinquina contre les fièvres intermittentes par l'ignorant Indien , il peut aussi faire trouver un modificateur de l'économie qui dissipe l'hypochondrie.
Article ÏII,
Traitement méthodique.
Si dans toutes les maladies le médecin doit apporter la plus grande attention dans l'administration des remèdes , ce sera daiis l'hypochondrie, encore plus que dans aucune autre , qu'il devra s'armer d[e plus de précaution et de prudence , parce qu'il n'en est pas une qui présente une mobilité nerveuse aussi grande , qui revête des formes aussi différentes , qui reconnaisse des causes aussi nombreuses. En envisageant cette multiplicité d'objets dont il faut sans cesse tenir compte , on n'est pas étonné du grand nombre de traitements qui ont été proposés , et des luttes apparentes qui se sont établies à ce sujet. Cela tient, comme nous l'avons dit, à ce que l'esprit humain, préoccupé e pensée , soumis à une opinion préconçue ,
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sacrifie tout à son idole , à sa théorie , et étend ainsi , en la généralisant, son idée à toute la maladie, tandis qu'elle n'était que l'expression d'un point souvent très-limité, dans lequel on aurait du la restreindre pour rester dans le vrai. Il faut donc se garder de ces généralisations théoriques , dans lesquelles on prend la partie pour le tout , afin , comme le dit Sennert, de ne pas s'exposer à nuire d'um côté, en cherchant à soulager de l'autre. Aussi ce praticien signale avec énergi^e les difficultés du traitement , et l'état de perplexité dans lequel elles doivent tenir le médecin. En nous élevant ainsi contre les abus et les inconvénients des théories ou des systèmes ; nous n'avons point l'intention de les proscrire indistinctement. Nous en reconnaissons les avantages dans la coordination méthodique des faits , qui soulage notre mémoire en nous les présentant dans un cadre qui nous permet de les embrasser d'un coup-d'œil. Nous voulons seulement prémunir contre cette soumission aveugle qui les introduit partout , coge inlrare , et qui est la source de tant de mécomptes. Nous voulons que le praticien surtout ait sa doctrine , puisqu'il en faut une ; mais qu'il ne s'en laisse point dominer. Qu'il prenne pour lui cet axiome devenu proverbial dans l'antiquité : Laidem haheto , dummodo te Lais non haheat. Les remèdes qu'on a conseillés sont immenses ; mais on ne doit pas s'en servir indistinctement sous le vain prétexte qu'ils ont été préconisés par d^ auteurs estimables. Ayons-en une grande provision à notre disposition; mais au milieu de cette abondance , sachons choisir , sachons même nous en passer s'ils ne sont pas nécessaires : Plura hic hahes , ut pauca seligas , disait Combalusier. Dans le choix que nous ferons , laissons-nous guider par toutes les circonstances dans lesquelles se trouvent l'individu et la maladie. De combien de choses en effet il faut tenir compte : l'âge , le sexe, lo tempérament , la cause , la localité , la saison , la position sociale, les complications , etc.! Ces difficultés qu'on n'a pas toujours pu surmonter , ont bien souvent fait décréditer des remèdes d'une efficacité éprouvée dans certains cas, parce qu'en les administrant avec une confiance aveugle dans toufe.
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il s'en est rencontré dans lesquels ils ne convenaient pas. C'est donc faute d'avoir pris toutes les précautions pour dévoiler toutes les nuances de la maladie et le remède qui leur est adapté , que le traitement de l'hypochondrie est si incomplet dans la plupart des auteurs. Il en est peu qui aient su se placer à ce point de vue élevé qui leur permît d'envisager l'ensemble et la totalité de la thérapeutique de l'hypochondrie. Cependant c'était le seul moyen d'arriver à donner un plan de traitement méthodique et complet. Pour atteindre ce but , nous nous sommes animé , autant que nous l'avons pu de l'esprit de cette méthode, nous nous sommes dégagé de toute idée préconçue , nous avons cherché à voir toute la maladie et ses nombreuses variétés et rien que la maladie. Ce ne sont pas les remèdes et les conseils qui manquent. Tout a peut-être été dit ; mais , si les anciens ont été trop médicastres , les modernes ne le sont peut-être pas assez et ils laissent beaucoup à désirer. Ils ont tracé avec vérité le traitement intellectuel et la grande part qu'il doit avoir dans la cure de la maladie ; mais trop de négligence ou de mépris pour les remèdes pharmaceutiques , rend leurs idées souvent vagues , flottantes et incertaines et laisse voir de grandes lacunes. C'est donc moins à créer de nouveaux remèdes ou une nouvelle méthode que nous nous appliquerons , qu'à rassembler et à coordonner les préceptes qui se trouvent épars dans les auteurs , afin qu'il en jaillisse , comme de lui-même un plan de traitement plus méthodique , plus lumineux et plus utile. C'est tout ce qu'il est possible de faire dans l'état actuel de la science , nous ne pouvons donc pas avoir la prétention d'indiquer des moyens certains de guérir l'hypochondrie. Pour ne point s'exposer à se fourvoyer , comme l'ont fait tant d'autres , on se rappellera sans cesse que l'hypochondrie n'est pas une maladie d'un appareil seulement ou d'un organe , qu'elle n'est pas plus une cérébropathic , qu'une névropathie ou une gastralgie, qu'elle n'est point une inflammation, point une irritation , point une asthénie ; qu'elle est une modification anormale , ataxique des deux systèmes nerveux , dans laquelle les conditions les plus
différentes et quelquefois les plus opposées existent simultanément ou se succèdent alternativement. De cette manière la théorie de l'intelligence ou de son organe , des nerfs , de l'irritation, ou de la faiblesse , n'absorbera pas toute l'attention, et n'égarera point. On tiendra un compte égal des circonstances dans lesquelles l'affection intellectuelle domine et exige l'attention presque exclusive du médecin , et de celles dans lesquelles la maladie , étant subordonnée à l'état physiologique et pathologique des systèmes nerveux et des organes , exige qu'on remédie d'abord aux désordres de ceux-ci pour voir se dissiper avec eux l'état intellectuel qui en est la conséquenee. L'ataxie n'adopte rien exclusivement , ne proscrit rien absolument. Elle reconnaît et elle explique pourquoi les adoucissants réussissent chez un malade et échouent chez un autre, pourquoi les toniques éprouvent la même vicissitude, pourquoi le même remède fait du bien aujourd'hui et du mal le lendemain. Elle nous avertit ainsi de ne point nous opiniâtrer par esprit de système dans l'adoption d'une méthode ou d'un remède unique. Au milieu de toutes ces difficultés , voici l'ordre dans lequel nous avons cru devoir présenter le traitement méthodique le plus propre à ne rien omettre : Il est divisé en sept articles principaux qui présenteront successivement les différents points de traitement , l"du premier degré de l'hypochondrie , 2° de l'hypochondrie chronique ou constitutionnelle , 3" des causes , 4" des symptômes dominants, 5° des complications, 6° des rechûtes, 7" de la prophylaxie. Cet ordre n'est point nouveau , c'était celui qu'avaient déjà suivi en partie Zacchias et ensuite Whytt , et surtout Louyer-Villermay et J.-P. Frank , nous l'adoptons parce qu'il nous paraît le plus naturel.