I. TRAITEMENT DE l'hYPOCHONDRIE SIMPLE OU I.ÉgÈeE
C'est de cette hypochondrie que Baglivi a dit qu'il était facile de la guérir : sanari tamen soient facile. Les exemples de guérison n'en sont pas rares : les auteurs en citent beaucoup.
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Ils doivent encourager et nous faire espérer de réussir comme eux en marchant sur leurs traces. Nous allons exposer les préceptes les plus propres à faire atteindre ce but. En général le traitement sera très-long; il faut que le médecin le sache et s'y attende , afin qu'il ne se décourage pas aux premiers obstacles qu'il rencontrera. Il faut qu'il s'arme d'une volonté forte et à toute épreuve , qu'il sache prendre tout le temps qui sera nécessaire , et surtout qu'il ne s'attende pas à réussir avec une seule méthode ou un remède ; il doit les connaître tous et passer par gradation et successivement des uns aux autres. Que de tact , de finesse , de pénétration , d'habileté et de mesure il faut qu'il apporte dans ses relations !
Le premier soin du médecin est de chercher à captiver la confiance du malade. Sans elle tous ses efforts seront impuissants. Or pour y parvenir , il faut qu'il commence lui-même par s'armer d'une grande patience, afin d'écouter cent fois ses dits et redits ; il faut surtout qu'il ait une grande connaissance du cœur humain , pour descendre dans les replis les plus secrets de malades aussi changeants ; il faut enfin qu'il soit doué d'une grande habitude de manier la parole , d'une certaine éloquence douce et persuasive , qui subjugue et entraîne le malade , tantôt en combattant adroitement ses raisons , tantôt en s'en servant comme d'un point d'appui. « Un médecin , a dit Fontenelle, a presque aussi souvent affaire à l'imagination de ses malades , qu'à leur poitrine ou à leur foie ; et il faut savoir traiter cette imagination , qui demande des spécifiques particuliers. Un simple anatomiste peut se passer d'éloquence, mais un médecin ne le peut guère. L'un n'a que des faits à découvrir et à exposer aux yeux; mais l'autre , éternellement obligé de conjecturer sur des matières souvent douteuses , l'est aussi d'appuyer ses conjectures par des raisonnements assez solides, ou qui du moins rassurent et flattent l'imagination effrayée : il doit quelquefois parler presque sans autre but que de parler , car il a le malheur de ne traiter avec les hommes que dans le temps précisément où ils sont plus faibles et plus enfants que jamais. Cctt» puérilité de
la maladie règne principalement dans le grand monde , et surtout dans une moitié de ce grand monde qui occupe plus les médecins , et qui a souvent plus besoin d'être amusée que guérie. Mais en général, s'il n'a pas le don de la parole, il faut presque qu'il ait en récompense celui des miracles. » Il doit en outre apporter avec ses malades un ton d'aisance et de gaieté, qui établisse entre eux une sorte de familiarité et d'intimité qui ajoute encore à l'attachement que le malade doit vouer à son médecin. Mais en cela comme en tout , il ne faut point dépasser les bornes. Autant un air riant , de la bonne humeur et des paroles douces seront reçus favorablement ; autant , un air évaporé , une gaieté folle , offusqueront le malade qui les prendra pour une preuve du peu d'intérêt qu'il inspire , et du peu d'attention que le médecin apporte à son mal. Il l'abordera donc avec cette sérénité joyeuse qui annonce le calme et le contentement et qui , en se peignant sur la physionomie , se communique au malade toujours si habile à en interpréter les moindres mouvements , les plus petites nuances d'expression. 11 l'écoutera avec patience. Il lui laissera faire cent fois la peinture de ses maux. Il se gardera bien d'élever le moindre doute sur leur réalité. Le malade en éprouve les sensations ; elles sont bien réelles. Il faut donc abonder, au moins au commencement , dans son sens , paraître bien persuadé de toute l'étendue de ses souffrances , le plaindre et les partager en lui témoignant la part qu'on prend à sa cruelle position. L'hypochondriaque naturellement soupçonneux , devient bientôt indocile et se révolte contre toutes les objections qu'on veut faire à ses idées et à ses croyances. La raillerie, l'ironie, le doute même le mettent en fureur. Il faut donc, comme le conseille Cœlius Aurelianus , employer les compliments , les approbations bienveillantes , et surtout la flatterie, le plus puissant des talismans pour subjuguer les hommes. Il faut bien se garder surtout de les traiter jamais d'hypochondriaques , de malades imaginaires ; ils sont si accoutumés à se voir traiter ainsi, qu'ils sont portés à croire que le médecin partage cette opinion. Il ne dira donc rien qui puisse
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légitimer ses craintes , il ne dira aucune parole à double sens. Il évitera même de leur dire qu'ils s'écoutent trop ou qu'ils ont le cerveau malade. Qu'il adopte , comme je le fais , une explication vraie , qui place le mal dans l'affection réelle du système nerveux , et qui de là va retentir partout où le malade éprouve des sensations nouvelles. De cette manière , il sera toujours le même , il ne pourra jamais varier , et il évitera de se contredire , ou de paraître donner des explications différentes les unes des autres. Ce qui n'échapperait pas au malade , qui est si attentif à tout ce qu'on lui dit sur son état , qui pèse si bien chaque parole, et qui interprète et commente sans fin le sens de chaque phrase.
Lorsque le médecin a gagné la confiance de son malade , ce qui n'est pas toujours le plus difficile, tout n'est pas fait; son rôle devient plus difficile et plus épineux. Avec quelle prudence il devra faire servir l'ascendant qu'il aura acquis sur le malade pour lui faire subir un traitement convenable , sans perdre sa confiance ! avec quelle adresse il faudra lutter quelquefois contre ses idées et les combattre ! Il les chérit , il se plaît à les caresser en les méditant sans cesse , en les tournant et les retournant dans tous les sens. Dire au malade de chasser ces idées et de tranquilliser son moral , voilà un conseil très- bon et très sage ; mais il est plus facile à donner qu'à suivre , et ce serait ne pas connaître l'esprit hypochondriaque que de s'y tenir. Il faudra user de toute sa supériorité et de son influence pour le ramener peu-à-peu à des idées plus justes , plus exactes sur son état. Il n'affectera jamais une autorité absolue , ni un despotisme trop grand , contre lequel le malade se soulève ; il n'emploiera que l'empire de la raison, de la dignité et de la politesse. Comme l'a dit Platon ; « Le médecin doit persuader avec prudence , jamais commander. »
Les soins de persuasion et les conseils du médecin ne pourront pas être les mêmes pour tous : ils varieront à l'infini , selon une foule de circonstances , qu'il importe de bien connaître et d'approfondir , parce que de leur connaissance dépend le choix du moyen et les succès du traitement. Quelle étude pour
le médecin 1 et cependant elle est indispensable. Comment arriver à bien connaître son malade, dans tout ce qui le concerne , dans tout ce qui peut avoir sur lui quelque influence ? Comment apprécier son tempérament et ses mille maux , ses caprices , ses habitudes , ses bizarreries , ses alTections , ses dégoûts , ses études, ses occupations, ses maladies antérieures ? Ce ne peut être qu'en se liant avec lui par les nœuds d'une amitié réciproque , qui favorise ces découvertes dans les épanchements confidentiels qu'elle inspire. C'est avec cette connaissance première , que le médecin marche d'un pas plus ferme dans le plan qu'il s'est tracé , parce qu'il sait que le langage qui convient à l'un ne peut pas convenir à l'autre. Il sait que les discours qu'il tient aujourd'hui devront peut-être changer demain. Un des premiers soins sera d'inpirer le désir et le vouloir de guérir : ce sera un grand pas fait vers la guérison , ce sera presque le commencement de la santé ; parce qu'avec ce vouloir bien soutenu , le malade se conformera mieux aux conseils qui lui seront donnés. Mais que le médecin ne se permette jamais , comme le conseillent quelques auteurs et entr'autres Jos. Frank , de déclarer hautement que ses craintes sont sans fondement. Qu'il use encore moins de supercherie, pour arriver à ce but , ainsi que l'ont aussi conseillé quelques auteurs. Car la fraude étant reconnue ferait succéder à l'erreur un sentiment qui serait pire , comme l'a si bien démontré Chicoyneau. On évitera avec beaucoup de soin de l'entretenir de choses tristes , désagréables et chagrinantes. On éloignera toutes les nouvelles affligeantes , surtout lorsqu'elles peuvent avoir quelque rapport avec l'objet de sa maladie. On aura encore l'attention scrupuleuse de ne rien dire en sa présence qui puisse le choquer , ou lui rappeler quelque objet pénible. On évitera de parler bas devant lui : ces chuchotements le tourmentent beaucoup ; il croit y voir des mystères sinistres qui le regardent et qu'on veut lui cacher. Par la même raison on lui interdira la fréquentation des malades et surtout des hypochondriaques.
Lorsqu'on aura à traiter un homme doué d'une sensibilité
émoussée , ou affaibli au moral comme au physique , ou d'une intelligence médiocre et lourde , le médecin aura moins de ménagement à garder : il pourra user d'une sorte d'autorité , donner à sa parole un ton plus grave , et lutter avec plus de franchise en sens contraire de la direction vicieuse de ses idées.
Mais lorsque la sensibilité est exquise , que la moindre sen^ sation fait tressaillir le malade , et que son imagination en reçoit une impression à chaque instant renouvelée , qui la torture, l'exaspère et la trompe sur sa valeur réelle, le rôle du médecin devient plus difficile. Il faut qu'il approuve les idées du malade et qu'il s'identifie avec elles pour pouvoir les diriger. C'est là qu'il mettra en usage tous les moyens d'une douce et habile éloquence pour l'amener à son but. C'est là qu'en ayant l'air d'analyser l'affection que croit avoir le malade , il cherchera les moyens de lui inspirer quelque doute sur sa réalité , et de le faire passer du doute à la persuasion , en démontrant l'intégrité de l'organe et de sa fonction , et en plaçant le siège des phénomènes extraordinaires qu'il éprouve , sur le compte de ses nerfs irrités , et de leur réaction sur le reste de l'économie. C'est là qu'il faut savoir se plier aux vieilles exigences et aux mille formes anormales du caractère de son malade. Il sera même ^quelquefois impossible d'adopter une conduite uniforme , il faudra souvent la plier aux bizarreries de l'imagination et avoir l'air d'en changer. Mais dans toutes les modifications qu'il fera subir à ses conseils , le médecin aura bien soin de ne jamais rien dire qui puisse être contraire à ce qu'il aura dit précédemment. Le malade attentif remarquerait ces contradictions , les commenterait et en tirerait des conséquences nuisibles à son état et bien souvent à la confiance qu'il avait dans son médecin. «C'est en traitant des maladies de cette espèce, dit Baglivi, que le médecin doit s'élever au-dessus de de lui-même ; quels que soient les conseils qu'il donne , quels que soient les médicaments qu'il propose, il doit le faire avec une telle dextérité , avec une telle audace d'expression , que le malade , retrouvant de la patience, reprenant de la sérénité, ne
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doiilc plus des bons résultats do sa mcdicalion. Je puis à peine exprimer combien les paroles d'un médecin , peuvent avoir d'inlluence sur l'issue de ces affections , en agissant sur l'imagination des malades. Un médecin , en effet , fort de son éloquence , habile dans l'art de persuader , verse dans l'âme de ses malades tant de confiance pour sa doctrine , et ajoute par ses paroles, tant d'efficacité aux médicaments, qu'il peut obtenir plus de succès à l'aide des remèdes les plus insignifiants , que tel autre médecin plus instruit , mais faible , mou , et en quelque sorte énervé , sous le rapport de l'élocution , avec les médicaments les plus précieux. »
Les professions qui disposent le plus à l'bypochondrie , sont celles qui exercent le plus l'imagination et l'intelligence. Aussi les artistes, les musiciens, les peintres^ les hommes d'études et de sciences , en tenant leur cerveau sans cesse préoccupé de l'objet de leurs études et de leurs travaux , en exaltent et en pervertissent les actes et avec lui ceux du système nerveux. Un corps fragile et souffreteux se joint aux jouissances et aux lumières surhumaines, commel'ombre suit le corps ; notre organisme n'est point à l'épreuve des sensations fortes, des émotions enivrantes et d'un travail d'esprit sans repos. La perte de la santé est la première et la plus douloureuse des amertumes de la gloire. Peut-on alors relever un tel état d'épuisement , rendre de la force à des corps exténués , ranimer des cadavres ? Cette classe de la société la plus favorisée en apparence , paie le plus souvent bien cher les fumées de la gloire. Comme ces hommes de capacité et de progrès sont les véritables bienfaiteurs de l'espèce humaine et que leurs œuvres appartiennent à la postérité autant qu'à la race présente , ils ne sauraient inspirer trop d'intérêt . Le médecin ne saurait prendre trop de précaution pour les guérir. Ce sera pour lui la tâche la plus difficile et la plus épineuse : car rien n'est plus difficile à persuader que la tète volcanisée et malade d'un artiste. La prééminence intellectuelle qui les distingue disparaît trop souvent dans leur maladie. Impatients de guérir, il en négligent les moyens et laissent leurs maux s'aggraver , ou bien ils op-
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po!>ont aux sages conseils du médecin, des raisonnements et des sopliisnies , qui rendent leur conviction bien ditlicile , une t'ois que leurs opinions sont arrêtées. N'importe , il ne faut poiut perdre courage, et muni des sages conseils que lenr donne M.Rc^ veilk^Parise,il marchera à son but avec cette ferme persévérance que le succès couronnera. Sans les désillusionner complètement sur leurs espérances et leurs succès , il faudra leur peindre les caprices , l'ignorance et les injustices de Tespèce humaine , atiu de modérer leur ardeur et de les prémunir contre les revers et les insuccès qu'ils peuvent éprouver. Il faudra autant quepossihle les éloigner du tourbillon de la politique , atmosphère brûlante qui achève bien souvent de dévorer la frêle existence du penseur. Il ne faudra jamais perdre de vue l'état de sur-excitation et de susceptibilité de leur système nerveux , afin d'en éloigner tous les stimulants internes et externes , physiques et moraux , atiu de ne point s'en laisser imposer par cette ftiiblesse apparente et fallacieuse qui semble exiger les fortifiants, dont cependant elle s'irrite. Le meilleur de tous les remèdes serait de suspendre totalement l'exercice de la pensée ; mais comme la chose nVst pas toujours possible, parce que l'aiguillon de la gloire, le ver rongeur de la célébrité, est un despote qui n'abandonne pas facilement sa proie, il faut s'appliquer au moins àbieu les diriger. Ce sont eux qu'il faut surtout guérir de Tamour de lire les livres de médecine, dans lesquels ils croient bien souvent puiser la science de leur traitement et de leur guérison, pour n'y trouver que l'accroissement inévitable de leurs maux. Il faut donc ne les laisser s'occuper que des travaux les moins pénibles, les plus agréables. Il ne faut pas les exposer à éprouver les rigueurs de l'amère critique, en leur taisant renfermer leurs productions dans le cercle de leurs amis, qui tous donneront des éloges mérités ou au moins commandés par la nécessité cl l'indulgence ; il faudra les entourer d'illusions, multiplier ces pavots de Vûme et en être prodigue ; leur représenter leurs ouvrages transmettant à la postérité leur nom et leur gloire, et les faisant vivre éternellement. ^lais le rêle du médecin de\ieut encore plus délicat et plus sublime lorsque, aux
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tourmcînts d'une im igination qui l'ôpuisc, son malade est en proie à l'infortune et à l'injustice, et lutte héroïquement contre la maladie, la misèn; et le génie abattu. Avec quel art il faut faire sentir que pour triompher de tous les obstacles, que pour parvenir à la gloire; désirée, il doit avoir de; la santé, que sans elle il ne pourra pas mettre fin aux travaux qui doivent assurer son rang dans la postérité, qu'il doit donc se soigner et guérir. Que le malade, entraîné par l'ardeur brûlante du travail qui fait sa vie, subjugué par cette puissante et sublime pensée de ne pas mourir tout entier, veuille encore travailler sans relâche et nous retracer cet emblème d'un flambeau brûlant par ses deux bouts, sa santé, épuisée par le mauvais état de ses nerfs et de son cerveau, s'oppose à l'exécution de ses vastes projets, fait avorter ses plus profondes conceptions, arrête l'élan du génie et la production de ses chefs-d'œuvre. « La thérapeutique morale, dit M. Réveillé-Parise, est, pour les gens de lettres, les artistes et les savants, en un mol, pour tout homme qui pense et médite, celle qui convient par excellence. Chez eux tout part souvent de l'imagination, tout émane de ce foyer de conflagration. Dirigez bien le conducteur, et vous obtiendrez de merveilleux effets. Dolores fiunt in sensu et in intellectu, rien de plus profondément vrai que cet axiome. Toutefois le précepte est aisé à énoncer, mais l'application en est souvent bien difficile. Car remarquez que le médecin a toujours affaire à des hommes d'esprit, maniant avec art le raisonnement, souvent le sophisme, et par cela même difficiles à convaincre. » Qu'on impose donc au malade de ne jamais travailler trop longtemps dans son cabinet, qu'il sache que ce long travail de l'intelligence, en excitant son organe, épuise les forces physiques, et achève de consumer le corps dans lequel l'harmonie et l'équilibre n'existent plus entre les deux forces physique et morale. Qu'il donne donc souvent du repos à son imagination, ou du moins qu'il alterne ses occupations avec des objets qui soient étrangers à la nature de ses occupations. Qu'il ne se mette jamais à travailler après le repas : la digestion en souffre, la fonction dérangée habituellement entraîne l'altération de son
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organe, les gastralgies s'y joignent et viennent compliquer la maladie. Qu'il ne prolonge pas non plus ses travaux trop avant dans la nuit. Il devra prendre un sommeil convenable, et chercher souvent de la distraction. Et, comme le mal ne se dissipe pas aussi promptement qu'on le désirerait, il faut qu'il se résolve à s'observer sans cesse, à se réduire à une vie toute de précaution pendant longtemps. La santé d'aujourd'hui ne lui donne point de garantie pour celle de demain. Elle se compte par jours et par heures ; la moindre cause peut l'altérer. Or, comme il est difficile de bien distinguer celles qui peuvent aider ou nuire, et de balancer leurs avantages et leurs inconvénients, il ne doit courir aucune chance, il doit les éviter toutes, parce qu'elles peuvent toutes et toujours être nuisibles. Elles sont d'autant plus dangereuses et plus redoutables que la sensibilité, plus ménagée, plus choyée, a rendu le système nerveux plus impressionnable, plus susceptible et plus exigeant. Les sujets déjà valétudinaires ou déjà épuisés par des excès d'étude ou autres, et les personnes avancées en âge, ne sauraient trop redoubler de précautions. Il faut alors ne plus compter sur soi, mais compter avec soi.
Un des ressorts puissants que le médecin pourra faire jouer contre l'hypochondrie, quelle qu'en soit la cause et la nature, ce sont les passions, cette fièvre des esprits, comme les appelle Boerhaave, ce tyran de toutes les facultés de l'âme, qui les asservit et les fait tourner toutes à son accomplissement, quelles que puissent en être d'ailleurs les conséquences fâcheuses. Aussi leur puissante influence sur l'économie n'est que trop connue. Elles courent dans toutes les veines, s'attachent à tous les nerfs, s'insinuent et se glissent dans tous les organes. Il n'est donc pas étonnant qu'elles agitent si violemment et causent des ravages si grands. C'est ce qui a fait dire à Champfort que les passions faisaient vii^re l'homme, et que la sagesse le faisait durer. Il appelait vivre se tourmenter pour acquérir de la renommée. On a pensé que des eflets aussi puissants sur l'organisme ne pourraient pas être sans influence contre l'hypochondrie. On est ainsi parvenu à substituer une passion moins
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dangereuse à l'état pathologique de l'intelligence, et par suite du système nerveux. On a môme vu la secousse morale que produisait un bouleversement complet de fortune, concentrer tellement l'attention du malade qu'il se trouvait guéri, parce qu'il oubliait ses maux. Il faudra, pour atteindre ce but, étudier plus que jamais la direction d'esprit du malade, et voir de quel côté on pourra la faire tourner pour en tirer parti. Chez l'un vous réussirez à lui inspirer les sentiments de philanthropie secourable, l'amour de la gloire, une noble ambition, la passion des études. Chez un autre, vous ferez naître le goût du jeu ou d'un jeu, la passion de la chasse, des voyages, etc. Une fois que vous aurez éveillé la passion, vous aurez obtenu une grande partie de la cure. Pendant que l'esprit sera occupé de l'objet qui le préoccupe, il ne pensera pas à ses maux, son imagination, plus calme de ce côté, ne réagira plus sur le système nerveux d'une manière désagréable, et, au lieu d'exaspérer les phénomènes qui existent, elle en tempérera la vivacité par le calme qu'elle apportera dans la mobilité nerveuse. Cette méthode substitutive des passions était connue des anciens, qui ont su en tirer de grands avantages. Quelques-uns, avec Louyer-Villermay et J. Frank, ont blâmé l'amour; d'autres, avec TEtius, l'ont conseillé. Les uns et les autres ont raison, suivant la manière dont on l'envisage. Si l'on veut entendre cette passion dans toute sa fureur et avec tous ses excès, oui, sans doute, on proscrira l'amour. L'acte vénérien, trop souvent répété, aurait inévitablement l'inconvénient d'augmenter à la fois la faiblesse et la mobilité nerveuse, et de réagir ainsi sur l'organe de l'intelligence. Mais cet amour du sentiment, cet amour platonique qui s'établit entre deux personnes qui s'estiment, et dont le bonheur est de se voir et de s'aimer, et de jouir du plaisir de la présence de l'un avec l'autre, cet amour n'a rien de nuisible ; au contraire, il élève l'âme, il la détourne de ses idées noires en fixant son attention sur un objet digne de son attachement, et qui sait habilement l'occuper toujours, sans permettre à son imagination de recevoir une impression aussi vive des sensations multipliées qui lui arrivent.
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C'est principalement lorsque l'hypochondrie est liée à une passion malheiireuse qui exerce encore ses ravages, que l'ulilité d'une substitution de passion se fera mieux sentir. Alors il y a, ou du moins il peut, il doit y avoir une véritable substitution. C'est ce que nous avons vu dans le sujet de notre XXY*^ observation, chez lequel nous sûmes faire naître à propos l'amour maternel le plus grand, et arrêter ainsi les progrès d'une hypochondrie effrayante. C'est ce que Louyer-Yillermay a vu chez une mère qui, désolée de la mort de ses enfants, s'acheminait à une hypochondrie fatale, et qui en fut guérie aussitôt que, devenue enceinte par les conseils de son médecin, elle ressentit les premiers signes de sa grossesse. Lorsque l'hypochondrie n'est point liée à une passion malheureuse, l'effet de la passion artificielle ne peut être regardé que comme moyen de diversion ou de distraction. Heureux, mille fois heureux, celui qui, au milieu de l'adversité, ou dans les tribulations d'une passion malheureuse, conserve un ami sûr, dans le sein duquel il puisse déposer sans contrainte toutes ses inquiétudes, toutes ses souffrances ! Il tirera de sa bouche des paroles douces et consolantes qui, en tombant sur son cœur, y ramèneront le calme, la sérénité et la joie. Plus heureux encore l'auteur malheureux et malade qui trouvera dans cet ami un admirateur de ses œuvres délaissées ! il lui devra la santé. Un poète qui était dans ce cas consulte son médecin, qui trouvant la cause du mal, le prie de lui lire une pièce de vers de sa composition ; il la trouve belle, et la fait Hre encore et relire une troisième fois, en s'émerveillant à chaque lecture. Il avait mis le doigt sur le mal et il le guérit. C'est ainsi qu'il faut savoir deviner l'amourpropre froissé, sonder la plaie secrète du cœur, découvrir le trait qui l'a percé, afin d'y apporter le remède. Cette science est bien plus difficile que ne le pense le vulgaire, qui fait consister toute la médecine dans l'administration de drogues matérielles, qui ne sont pourtant ici que d'une bien faible ressource. Ce sont des paroles de consolation qu'il l'aut. C'est en atténuant les critiques, en éteignant les souvenirs d'un passé rempli d'amertume, en ranimant les espérances d'un avenir plus heureux,
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tju'on versera un baume vraiment sédatif dans un cœur ulcéré.
Il est un point que les auteurs ont peut-être trop négligé, c'est le parti qu'on peut et qu'on est souvent obligé de tirer de la profession des malades. Ils ne sont pas tous dans la position de pouvoir suivre les conseils que le médecin leur prescrit . La fortune, un commerce, un atelier, un emploi s'y opposent trop souvent. Il faut alors savoir se plier aux circonstances, et quelquefois même savoir les faire tourner au profit du malade. Vous le chagrineriez, vous ajouteriez à ses maux, si vous alliez lui conseiller d'abandonner une profession qui le fait vivre, un emploi qui lui assure son avenir. Entrez, au contraire, dans les détails de ses occupations, dirigez-les de manière à ce qu'elles lui servent tout à la fois d'exercice et de moyen de distraction. L'homme qui travaille a son attention fixée sur son ouvrage, sur ses opérations de commerce, et pendant ce temps il songe moins à ses maux, il les sent moins, il en éprouve moins de réaction. Et surtout faites-lui aimer son état, il le fera avec plaisir. Il est des circonstances où la maladie, occasionnée par une passion malheureuse, ne peut être guérie que par la satisfaction de cette passion, lorsqu'elle est possible. Que] tact il faut alors pour, nouvel Erasistrate, découvrir les secrets d'un autre Antiochus, et pouvoir y apporter le remède. Toutes les fois qu'on le pourra, on conseillera donc le mariage qui, selon Oribase, Arétée et plusieurs médecins et philosophes, est le vrai spécifique de l'amour. Les remèdes n'y peuvent rien : Nullis amor est medicahilis herbis. Mais combien de prudence il faut dans ces conseils !
De toutes les passions qui conduisent à l'hypochondrie, la plus fréquente, celle aussi qui est la plus difficile à surmonter, est la jalousie. On ne saurait donc trop user de toutes ses ressources pour en triompher. Aucune n'est plus funeste à l'homme en santé et à l'homme malade. Tout sera mis en usage ou pour diminuer les motifs de jalousie que peut inspirer celui qui en est l'objet, ou pour le présenter comme digne seulement du plus profond mépris, ou enfin pour occuper fortement l'esprit à d'autres objets.
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C'est pour arriver au même but de distraction qu'on cherchera tous les moyens d'en procurer au malade. Les spectacles, les fêtes de toutes les façons seront avantageux, si toutefois le malade ne leur oppose pas une répugnance insurmontable. Alors il faut y suppléer par une société bien choisie de personnes qui puissent plaire au malade par leur caractère, leur goût et leur conversation. Car il faut éviter de laisser le malade seul et livré à ses propres réflexions. Lecamus regarde alors comme bien avantageuse la société des femmes, dont l'âme est, en général, si compatissante. Les longues visites sont toujours fatigantes ; il faut qu'elles se renouvellent souvent, et que chacun apporte sa narration ou son conte. Il faut que, sans affectation, on évite de parler au malade de ses maux ; et lorsqu'il en parie, il faut bien se garder de lui parler du mieux qu'il éprouve et de sa prochaine guérison. Il faut se contenter de le plaindre et l'entretenir de toute autre chose. C'est par ce moyen que j'étais parvenu à rétablir une dame, dont j'ai cité l'observation intéressante dans mon Mémoire sur l'asthénie. Au reste, ces conversations varieront à l'infini, et c'est au médecin qui 'dirige le malade à juger de la nature des objets sur lesquels elles doivent rouler. Elles seront toujours gaies et joyeuses et propres à dérider le front. Elles iraient même jusqu'à provoquer le rire que la chose n'en serait que mieux. Alberti, Rommelius, Cammerarius, Pechlin, Roy, ont tous fait mention de l'efficacité du rire dans l'hypochondrie, et en ont fourni des exemples de guérison remarquables. Il est facile, en effet, d'en comprendre les bons effets sur l'économie, autant sur le moral que sur le physique, par son action physiologique sur les poumons, l'estomac, le cœur, et consécutivement sur le reste de l'économie, au moyen des modifications apportées <à la fois dans la digestion^ l'hématose et la circulation. C'est principalement à table que l'esprit enjoué peut le mieux se développer. Il ne faudra donc pas craindre de convier son malade à ces repas où la franche gaieté provoque l'attention et la joie des convives^ au lieu de le laisser s'isoler et manger seul à sa table. 11 faut, comme le dit Georget, l'empêcher de
vivre trop en lui-même. Les prccaulions que nous recommandons pour distraire l'imagination seront prises encore avec plus de sévérité pour empêcher que le malade éprouve aucune de ces émotions vives qui^ en troublant le calme de l'àme^ produisent chez les hypochondriaques des effets si fâcheux. Il sera donc essentiel de bien veiller à ce que le malade ne reçoive aucune nouvelle fâcheuse^ surtout après le repas ; car alors la nouvelle serait encore plus nuisible. Par la même raison^ on éloignera la visite des personnes désagréables ou qui inspirent de l'aversion ou de l'antipathie au malade.
Un moyen de distraction sur lequel le médecin doit compter beaucoup , c'est la lecture. Combien n'avons-nous pas vu de malades ne trouver de répit à leurs maux que dans les moments qu'ils consacraient à cette occupation ! 3Iais il ne faudra pas permettre la lecture de toutes sortes de livres. Il faudra sévèrement interdire les livres trop sérieux et surtout les livres de médecine. Il ne faudra donc composer sa bibliothèque que de livres agréables et gais , de romans propres à exciter le rire , de pièces de comédies et de vaudevilles , etc. Il ne faudra pas permettre au malade de lire trop tôt après le repas , ni de lire trop longtemps , ou de prolonger la lecture trop avant le soir. Il ne devra pas non plus lire à haute voix , surtout pendant longtemps , cet exercice finit par être trèsfatigant et par agir sur les nerfs d'une manière pénible.
C'est encore dans le même but de distraction qu'on engagera le malade à assister au théâtre , mais seulement à la représentation de pièces gaies et amusantes.
Entre autres bons conseils Louyer-Yillermay s'est montré profond moraliste dans les suivants : Intéressez l'amour-propre ou plutôt le sentiment de l'honneur ; envoyez le médecin hypocondre pour arrêter les ravages d'une épidémie meurtrière ; confiez à un jeune compositeur la musique d'un poème intéressant , à un artiste l'exécution d'un grand ouvrage , à un savant une entreprise scientifique importante , etc. ; présentez au courtisan morose les appas de l'ambition ; enfin chargez l'avocat en proie au même mal , d'une cause importante , de
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la défense d'un illustre accusé. Tous ces moyens de diversion sont éminemment utiles ; mais ce n'est pas un ou deux de ces moyens , une ou deux tentatives , qui peuvent rétablir de suite l'économie , c'est leur concours , leur continuité. On peut même essayer de consoler le malade en lui démontrant les avantages des affections nerveuses qui le préserveront de beaucoup d'autres maladies.
Quand on a épuisé toutes les ressources de la distraction et de la philosophie , il en est encore une dans les secours de la religion. Elle est bien souvent le ressort le plus capable d'agir sur l'imagination et sur le cœur. Sauvages et George Cheyne en ont déjà proclamé les bienfaits sur une âme embrasée de l'amour divin. On peut donc l'appeler à son aide et s'en servir comme d'un levier puissant pour ranimer l'espérance , calmer le désespoir et ramener la paix dans un cœur rempli d'orages et de frayeurs. Mais que le médecin sache apporter ici la plus grande réserve. Il ne saurait trop peser ses paroles. Il ne faut pas qu'il sorte ou qu'il paraisse sortir du rôle de médecin , pour jouer celui de ministre de la religion. Ce ministère qui ne lui appartient pas , gâterait tout , aussitôt que le malade s'en apercevrait , et cela ne pourrait pas tarder. Qu'il laisse au ministre des autels le droit de dire au malade ces paroles puissantes : allez en paix , vos péchés vous sont remis. Si les médecins savaient tout le bien qu'elles produisent , ils en tireraient souvent plus d'effets que des meilleurs remèdes thérapeutiques.
Si enfin tous ces moyens sont impuissants , le médecin , prudent et philosophe ne pourra-t-il pas recourir à quelque stratagème ingénieux , lorsque surtout l'hypochondrie présente les caractères d'une sorte de monomanie , en ne roulant que sur un point , que sur une idée mensongère ? Le succès que Zacutus a obtenu dans deux circonstances doivent l'encourager. Un hypochondriaque s'imaginait qu'il avait toujours froid et qu'il ne pouvait guérir qu'en se jetant dans le feu. Zacutus le fit envelopper d'une peau de mouton , qu'il arrosa d'un peu d'esprit de vin. Il y fit mettre le feu , et le malade
enveloppé de flammes fut guéri. Un personnage puissant était tourmenté par l'idée que la miséricorde de Dieu ne lui pardonnerait jamais ses péchés. Zacutus fait , pendant la nuit , descendre un ange dans la chambre du malade , avec toute la pompe céleste : il lui annonce que la colère du Très-Haut est apaisée , et que sa miséricorde lui a remis tous ses péchés. Il fut guéri. Mais ces supercheries ne pourraient pas réussir avec tout le monde , on sent combien de prudence il faut pour y recourir. C'est ainsi que Tulpius , jEtius , Boerhaave , Brion , etc. , ont été quelquefois dans le cas d'y avoir recours , en paraissant d'abord abonder dans le sens de la monomanie des hypochondriaques , qui croyaient avoir des jambes de verre ou de cire, la tête coupée , des grenouilles dans le ventre ou autres animaux ; qui se croyaient morts , qui craignaient d'inonder l'univers en urinant , etc.
Les hypochondriaques se sont bien souvent fait des habitudes d'occupation du corps ou de l'esprit qui entretiennent la mobilité nerveuse et les illusions de l'intelUgence. Il faut les étudier, car elles ne sont pas moins variées que les passions. Il faut voir celles qui sont réellement nuisibles^ et les combattre par tous les moyens jugés convenables ; mais avec tous les ménagements qu'une bonne sagesse inspirera. Il faut surtout ne procéder que lentement et par gradation. Il serait dangereux d'en brusquer la suppression. Il en est au moral comme au physique^ ce n'est que peu à peu qu'on pourra faire perdre l'usage trop abondant du vin, du café, etc. (1). Il est aussi des habitudes que la raison et la prudence doivent nous flaire respecter^ lorsque l'économie y est faite et s'est identifiée avec elles, au point de ne pouvoir plus s'en passer sans s'exposer à détruire l'harmonie des fonctions.
(1) Fr. Borgia, général des jésuites, était arcoutumé à boire beaucoup de vin ; pour s'en corrig-^r, il jeta chaque matin dans sa larjje coupe une goutte de cire, et en assez peu de temps sa sobriété fut remarquable. Pour arriver an même résultai, M. Réveillé-Parise fil dessiner dans la tasse de son malade une petite échelle graduée, et il ne descendait d'un degré que quand il était parfaitement accoutumé au degré supérieur.
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Ces moyens d'agir sur l'imagination et sur le système nerveux ne sont pas les seuls. Leur action est plus directe , il est vrai ; mais le plus ordinairement elle ne suflît pas , elle a besoin d'être secondée par une foule d'autres , parmi lesquels Vexercice lient le premier rang. Il est le plus puissant diverticulum des forces sensitives et intellectuelles sur les forces motrices. Xous savons déjà quels sont les bienfaits que nous devons en attendre , nous les avons longuement fait connaître ; ce qui nous dispense maintenant d'entrer dans aucun détail sur leurs effets. Les malades y apportent la plupart beaucoup de répugnance , mais il faut savoir la vaincre , soit par le raisonnement , soit par l'ascendant qu'on e5:erce sur eux, soit enfin par ruse et par des voies détournées dont ils ne peuvent pas se douter. Quoique ils puissent convenir tous , il est un choix à faire , et ici la sagacité du médecin Téclairera, en lui faisant comparer l'état du malade , ses dispositions et ses goûts , avec le genre d'exercice qui lui sera le mieux adapté. A l'un , il faudra des exercices violents , propres à secouer le corps ; à l'autre , il faudra des exercices plus doux , comme la promenade à pieds , à cheval , ou en voiture : à quelques-autres on ne pourra d'abord que prescrire des exercices manuels de distraction. Il ne faut jamais perdre de vue que l'exercice doit , autant que possible , réunir la double condition d'agir sur le moral et sur le physique. On choisira donc de préférence ceux qui atteindront le mieux ce double but ; car ils sont les meilleurs instruments d'énergie , de plaisir et de santé. Cependant , autant que faire se pourra , on donnera la préférence aux exercices qui se font en plein air, à la campagne , par exemple à l'horticulture , parce qu'ils réunissent à leur action directe le bienfait de procurer un meilleur air , et celui du changement et de la variation des objets ; et pour ne pas en détruire les bons effets , il faudra que le malade en s'y livrant ne soit jamais seul , car dans la solitude son esprit retourne à ses réflexions accoutumées , le trop penser le tue , et il perd une partie du bien que lui procurerait la promenade. Il ne s'y livrera après le repas qu'avec modération. De cette manière , il favorise et active la digestion ,
et devient , comme le dit un savant , un second estomac. ^Nfais il faudra craindre de troubler celte fonction par de trop g^rands mouvements. Aussi les exercices violents ne doivent-ils pas être faits immédiatement après le repas. Il poussera l'exercice jusqu'à une lassitude légère , qui nécessite le besoin du repos et favorise le sommeil. Au-delà il causerait des douleurs musculaires qui rendraient plus difficiles les opérations intellectuelles , troubleraient le sommeil , et augmenteraient lirritation nerveuse et cérébrale. Il n'y aurait point d'inconvénient à ce qu'il provoquât une douce transpiration. Sanctorius , Hoffmann , Révillon , nous ont appris combien elle était avantageuse.
Lorsque la saison ou d'autres circonstances ne permettront pas de faire usage de l'exercice en plein champ , on y suppléera par tous les moyens' que la gymnastique met à notre disposition, et que peuvent lui offrir tous les jeux de sociétés , qui , à un faible exercice , il est vrai , joignent l'avantage d'occuper et de distraire. Il faut faire en sorte d'occuper le malade , et comme il ne serait pas possible de le condamner à se li>Ter sans répit au même exercice , on les variera et on les fera succéder les uns aux autres , de manière à ce qu'ils se servent réciproquement de moyen de délassement, et que par eux l'attention soit toujours occupée et détournée de ses idées habituelles. On choisira , autant que possible , les exercices qui offrent en même temps l'agrément et le plaisir : tels seront l'équitation, la chasse , les boules , le billard , le volant , la danse , etc. On ne négligera rien pour qu'ils soient pris dans un local agréable par sa disposition matérielle ou par ses décorations. Il n'est pas indifférent de choisir un temps convenable. L'impressionnabilité du système nerveux , l'influence qu'il reçoit des vicissitudes atmosphériques , ne permettent pas de conseiller un exercice violent dans les moments d'orage , et lorsque c'est le vent du midi qui souffle. Il de- >ient alors mauvais , suivant la remarque de Sanctorius. Ce grand médecin fait aussi la recommandation bien importante de ne pas manger de suite après un exercice un peu violent. La
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digestion se ferait mal , et le malade en souffrirait. Toutes sortes d'exercices ne conviennent pas indistinctement dans toutes les saisons. Toutes choses égales d'ailleurs , l'exercice sera moins violent pendant les grandes chaleurs de l'été que pendant le froid rigoureux de l'hiver. Suivant la saison encore , la natation , la chasse , les herborisations , les courses géologiques lui offriront des ressources successives. On ne négligera pas les bienfaits qu'on peut obtenir d'une conversation agréable , vive et animée , surtout pendant la promenade. On obtiendra enfin de très-grands avantages de la musique au physique et au moral. Elle est un ressort bien puissant pour agir sur l'imagination et sur le système nerveux. Mais ici on distinguera ce qui regarde le compositeur , l'artiste , l'homme d'intelligence et de génie , dont il faut modérer et diriger les occupations intellectuelles , et le simple amateur qu'on veut distraire en lui faisant entendre la musique ou en lui faisant exécuter quelques airs , et en choisissant ceux qui paraissent lui être le plus agréables.
Nous avons dit combien les voyages pouvaient être avantageux, nous ne saurions en conséquence trop les recommander. Ptïais il ne faut pas se borner à les conseiller indifféremment , il faut choisir le mode de transport et le lieu du voyage, d'après le goût et l'état du malade. Il ne faudra point le laisser se placer solitaire au fond d'une voiture bien suspendue , et emmener avec lui ses idées les plus noires au milieu de pays déserts , sans intérêt et sans souvenirs. Il est indispensable aussi de s'occuper du climat qui convient le mieux au malade , selon l'état de sa fibre et de sa constitution. D'après ce principe on enverra passer leur hiver dans le midi , les hypochondriaqucs à fibre sèche et irritable , et dans le nord ceux qui ont la fibre molle et détériorée , et qui ont besoin d'être tonifiés. C'est de cette manière qu'on pourra corriger même artificiellement l'influence des saisons et la rendre avantageuse. Car il n'est pas possible de les changer , ou d'en arrêter le cours ; et tout le monde connaît leur action différente sur le corps. On a beaucoup (ïxagérc les avantages des pays froids pour la longévité. Il est
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bien reconnu aujourd'hui qu'on trouve plus de centenaires dans les pays chauds.
L'état de salubrité de l'air et ses qualités physiques entrent pour beaucoup dans l'action qu'exercent les localités sur le corps de l'homme ; aussi devra-t-on faire la plus grande attention pour chercher les conditions sanitaires de l'air les plus favorables. Cependant cela ne suffit pas toujours , comme l'a remarqué Lorry. Il faut que l'air , quelque pur qu'il soit , possède en lui des qualités qui s'harmonisent avec la susceptibilité du malade , avec son idiosyncrasie. L'air le plus sain peut agiter le malade et rembrunir ses idées. Alors il faut sans balancer faire changer d'habitation et de localité. Cette précaution a quelquefois suflTipour favoriser la guérison. M.Réveillé-Parise en exalte les bons effets et avec raison. Les moyens artificiels imaginés pour suppléer aux douceurs des contrées , ne réussissent que bien imparfaitement.
Il n'est pas inutile non plus de s'occuper de l'habitation du malade. Si la chose est possible on l'étalilira à la campagne , au moins pendant l'été , afin que le malade puisse s'y livrer plus facilement à tous les exercices qui peuvent se faire en plein air , et jouir ainsi de ce double avantage du bon air et de la gymnastique. On choisira une exposition riante et pittoresque , qui ne soit ni dévorée par le soleil brûlant du midi, ni contristce par le vent froil du nord. Cependant cette dernière exposition pourra être avantageuse aux hommes lymphatiques et affaiblis par des maladies antérieures. Il convient aussi que la maison soit d'un aspect gracieux qui flatte la vue , que son intérieur soit bien distribué et commode , que les appartements soient décorés sinon avec luxe , du moins avec goîit : car rien n'est plus propre à inspirer des idées tristes , à favoriser leur développement , qu'un appartement sombre et délabré. Dans ce choix même , il ne faut pas croire pouvoir le faire à perpétuité. On n'oubliera pas que l'excessive mobilité nerveuse exige à chaque instant de nouvelles sensations , et que pour les produire , il faut des changements dans le domicile comme dans les autres objets. Il sera donc le plus souvent nécessaire de chan-
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ger quelquefois de logement. Dès le moment qu'un appartement déplaît , il ne peut plus que nuire au malade , il ne faut pas balancer , il faut le lui faire quitter autant que la chose est possible. Ou bien il faut en changer les dispositions , les agréments , afin de les mettre en harmonie avec les goûts et les caprices du malade , afin d'agir ainsi sur son physique et sur son moral , en renouvelant ainsi ses impressions. Quelque part qu'il soit , on aura toujours soin de l'entourer de personnes agréables au physique et d'un caractère gai , jovial , actif, et toujours dévoué. Cette influence est souvent bien puissante pour faire oubUer les chagrins , pour chasser les idées sombres ; et quelquefois aussi elle peut aller jusqu'à une sorte d'imitation bien avantageuse : l'exemple est si contagieux!
Cependant le climat et l'habitation les plus sains et les plus agréables n'ont pas toujours autant d'influence sur le malade , qu'en aura le pays natal , quoique beaucoup moins salubre. Le corps de l'homme s'est , pour ainsi dire , identifié avec le sol qui l'a vu naître , avec l'air qu'il a respiré dans son enfance . Il suflîra bien souvent d'envoyer le malade dans le foyer de la maison paternelle , pour le voir revenir bien vite à la santé : nous avons pu constater cette influence plusieurs fois. Nous avons vu des personnes recouvrer la santé et le calme de l'esprit auprès de leurs dieux pénates , les perdre lorsqu'elles s'en éloignaient, et les y retrouver encore à plusieurs reprises. Lors donc qu'on le pourra , on donnera la préférence au hameau , à la chaumière qui ont reçu les premiers soupirs , qui ont vu les premiers jeux du malade.
C'est pour seconder l'influence des climats et des saisons, et bien souvent pour lutter contre elles , que le médecin ne négligera point de porter son attention sur le vêtement de son malade. Il se conformera dans ses conseils aux lois générales de l'hygiène. Monlanus regarde comme indispensable de prémunir la poitrine on la tenant couverte d'une peau de vautour , qu'on peut remplacer par toute autre espèce de peau préparée. Beaucoup de médecins insistent , pour cette raison , sur la nécessité de porter de la flanelle surtout en hiver. Peut-être le médecin
no f('ra-(-i! pas mal do fairo sorvir rha])illenionl d'un mojcn do distraclion , surtout si c'ost uno fomnio , on lo rendant plus décent et plus agréable, do manière à flatter l'aniour-propre et la coquetterie. Nous le répétons , rien ne doit être négligé. Il faut savoir faire tourner les plus petites choses à l'avantage du malade. Il suflit quelquefois de changer prudemment sa manière de vivre.
Le système nerveux cérébrospinal a été jusqu'à présent l'objet presque exclusif dos préceptes d'hygiène que nous avons donnés pour concourir au traitement de l'hypocondrie. Quelques-uns ont eu pour but l'appareil de la locomotion , la plupart sont relatifs à l'état de l'imagination et à la sensibilité nerveuse. C'est pour compléter ce qui nous reste à dire sur ce sujet , que nous ferons la recommandation expresse d'éviter au malade toutes les sensations physiques trop vives. Une lumière trop grande , des bruits trop forts ou discordants , certaines espèces de musique ou d'instruments , des odeurs pénétrantes ou certains aromates , les impressions trop vives et trop brusques du froid et de la chaleur ne peuvent que fatiguer et exaspérer le système nerveux, etréagir consécutivement sur l'imagination. Mais en voulant éviter les trop fréquentes et trop violentes secousses de la puissance sensoriale , prenons bien garde de ne pas tomber dans un excès opposé. N'allons pas enfermer nos hypocondriaques dans des appartements à peine éclairés , tellement isolés et tellement clos , que jamais ni lumière ni bruit ne pénètre jusqu'à eux. Il en résulterait que les sens deviendraient beaucoup plus délicats et plus impressionnables , et que le cerveau ne pourrait plus supporter l'action des moindres impressions sensoriales , sans en être désagréablement et péniblement affecté. Le mal en serait augmenté. Les règles que nous avons tracées précédemment serviront à nous faire éviter ces deux extrêmes.
Nous avons signalé les mauvais effets des veilles prolongées et leur influence fâcheuse sur le système nerveux. Nous devons donc à plus forte raison les proscrire chez les hypocondriaques qui ont déjà l'imagination et les nerfs si malades. C'est
07 2 TKAITÉ DE l'hIPOCHONDRIE.
principalement chez les hommes de lettres , qu'il faut user do tout son empire pour leur faire renoncer au travail du soir , aux méditations de la nuit. La célébrité après laquelle ils courent a déjà été la cause de leur maladie , elle l'entretiendra et l'aggravera s'ils persistent dans ces occupations nocturnes , quelque prétextes d'habitudes , d'inspiration, de calme delà nuit qu'ils puissent y apporter. Il faudra donc faire coucher le malade pour se reposer et pour dormir. Il faudra le faire coucher de bonne heure, pour le faire lever matin , s'il le veut. Pendant le sommeil l'imagination et le système nerveux cérébral se reposent. Us éprouvent une suspension, une trêve à leurs maux. Ce calme momentané , intermittent si l'on veut , ne peut qu'être favorable. Il faut donc le prolonger le plus qu'on peut et chercher à le provoquer par les moyens les plus convenables; nous savons combien l'insomnie souvent habituelle des hypocondriaques les tourmente et exaspère leurs maux. D'ailleurs , pendant le sommeil les fonctions nutritives ou ganghonaires semblent mieux s'exécuter , et leur influence ne peut qu'ajouter aux bons effets directs qu'en reçoit le système nerveux cérébral. Il parait plus salutaire lorsque le malade dort sur le côté gauche .
En tête des fonctions qui sont indépendantes de l'appareil cérébrospinal , ou qui ne lui sont liées que d'une manière moins directe , nous trouvons la digestion. Combien de questions importantes se rattachent à ce vaste sujet , autant sous le rapport de la question en elle-même que sous celui des aliments ! Pour le traiter d'une manière complète , il nous faudrait entrer dans une foule de détails qui auraient bientôt dépassé les bornes que nous impose la nature de notre travail. Personne n'a traité cette question d'une manière aussi satisfaisante que le docteur Barras : cela se comprend. Dans l'hypochondrie les fonctions digestives sont presque toujours dérangées , c'est un des caractères les plus dominants. Elle est en outre bien souvent occasionnée par la gastralgie , et plus souvent encore elle se complique avec elle. De façon que véritablement le régime aHmentaire qui convient à l'un , convient à l'autre aussi. Mais dans l'un comme
dans l'autre peut-on tracer ce régime avec la précision presque mathématique qu'on serait en droit d'exiger ? En nous reportant à tout ce que nous avons dit de la maladie , la chose nous paraît impossible , et tous les efforts de M. Barras pour y réussir nous confirment dans cette pensée : car il est obligé à chaque instant de conseiller à un malade ce qu'il avait précédemment proscrit , ou de lui défendre ce qu'il avait conseillé. Ces particularités ne nous présentent rien d'étonnant , lorsque nous nous rappelons que nous avons signalé avec beaucoup de soin toute la bizarrerie et l'ataxie de l'éconoinie et de l'estomac. Cette remarque avait déjà été faite par Joseph Frank qui a vu des estomacs repousser la nourriture animale, et supporter très-bien les substances végétales , tandis que d'autres présentent les conditions inverses. Nous allons plus loin et nous disons , parce que nous l'avons vu , que bien souvent le même estomac refuse la nourriture dont il se trouvait bien la veille , et digère à merveille celle qui le fatiguait. Bien souvent aussi il repousse les aliments les plus -légers pour digérer les plus indigestes. Les anciens avaient déjà dit : l'aliment qu'on digère est toujours le meilleur. En thèse générale , on voit qu'il faut déjà consulter les dispositions particulières , l'idiosyncrasie pathologique, les caprices de l'estomac, et qu'il ne faut pas adopter une alimentation unique pour tous les malades, ni même pour le même malade. Cependant autant que la chose sera possible, on ne changera pas trop souvent le régime , les sensations nouvelles et multipliées qu'occasionnent des mets nouveaux et trop variés ne peuvent qu'être nuisibles à un estomac névrosé. Il est utile de le faire manger en compagnie, les aliments sont trouvés plus agréables , surtout s'ils viennent d'une cuisine étrangère , et la distraction qu'on en éprouve favorise la digestion. On cherchera autant que possible une nourriture qui soit du goût du malade. En général elle sera simple et proportionnée à l'exercice qu'on prend, autant au moins qu'aux forces de l'estomac. On n'oubliera pas que cette débilité est ordinairement très -grande surtout chez les hommes de lettres ou d'études , ainsi que l'avaient déjà signalé Hippocrate, Lancisi,
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Ramazziui , Pinicelli , Révillon , Rivinus , etc. , et que l'ont confirmé Tissot, Louyer-Villermay, MM. Dubois (d'Amiens), Barras , Réveillé-Parise , etc. , ce qui depuis bien longtemps leur a fait donner ce précepte , devenu axiome : Qui enim sapienliœ operam daturus , cum, opportet esse victam tenuem. Alexandre de Traites avait si bien connu les avantages d'un bon régime, qu'il déclare en avoir obtenu plus de succès que des médicaments : Quod pîerosque potiùs victu quàm medicamentis sanaverim. Aussi les littérateurs n'ont pas de plus grand ennemi que leur mauvais estomac. Les aliments doivent être variés souvent , l'estomac des hypochondriaques se lasse bientôt d'une nourriture babituelle et uniforme. Pour l'heure des repas il faut , en général, se conformer aux habitudes et aux dispositions de l'estomac. L'un ne pourra manger et digérer que le matin , un autre^^le soir. Il en est même qui éprouvent dans la nuit un besoin extrême de manger , qu'ils sont obligés de satisfaire. îl serait donc impossible de donner à cet égard des préceptes bien précis. Cependant , il faut autant que possible faire éviter de prendre un repas trop copieux le matin, etencore plus le soir avant le sommeil , il vaudrait mieux se priver du souper ou ne faire qu'une légère collation. Frédéric Hoffmann , Lecamus , Tissot , Louyer-Villermay , insistent beaucoup sur la nécessité de ne soumettre le malade qu'au régime le plus doux ; Lecamus et Tissot exagèrent peut-être un peu les bons effets d'une diète purement végétale , en s'appuyant de la toute-puissante influence de ce régime alimentaire sur le caractère des peuples qui y sont soumis et des individus qui en font usage. Tous les estomacs ne la supportent pas également bien ; il en est même qui en sont cruellement tourmentés. Ainsi quoiqu'elle puisse être très-avantageuse , on ne peut pas l'admettre d'une manière banale et exclusive. Nous l'adoptons, mais sans proscrire des aliments plus solides , et tirés du règne animal. Nous ne défendons que l'usage des mets trop échauffants , des viandes noires , des substances venteuses et de diflicilc digestion'; telles seront le salé, le gibier, les pâtisseries, les haricots , les truffes, les marrons , etc. Encore à cet égard, com-
bien il faut apporter de restriction ! Nous l'avons déjà dit bien souvent , l'estomac partage toutes les bizarreries de la maladie , dans ses goûts , comme dans ses facultés. Et il faut toujours consulter l'un et l'autre. Aujourd'hui il repoussera une substance qu'il appétait hier, demain peut-être il ne pourra pas supporter l'aUment qu'il digérait si bien la veille. Il faut bien connaître ces anomalies afin d'écouter un peu le cri de la nature et la tolérance gastrique , et de ne point s'opiniâtrer dans une méthode unique. Il y a même des individus chez lesquels la susceptibilité du ventricule est si grande , qu'ils ne peuvent supporter aucune nourriture pendant plusieurs semaines et même pendant plusieurs mois. Nous en avons vu plusieurs observations , et nous en avons cité une (Obs. XÏI). Comparetti avait déjà cité des cas de ce genre d'abstinence presque complète. Il ne faut jamais forcer la nature. Il vaut mieux ne prendre que fort peu d'ahment qui soit digéré , qu'une grande quantité qui ne léserait pas : car , ainsi que l'a dit le père de la médecine , ce n'est pas ce qu'on mange qui nourrit , c'est ce qu'on digère. Aussi une petite quantité de nourriture bien digérée alimente plus qu'une grande quantité mal élaborée. Malgré cette difficulté de tracer un régime alimentaire uniforme et précis , nous dirons cependant , qu'il faut toujours le rendre autant que possible doux et nourrissant ; on conçoit les raisons de cette recommandation, dans une maladie oii il y aà combattre tout à la fois une susceptibilité nerveuse extraordinaire , une faiblesse plus ou moins grande. Nous pensons donc que le malade doit prendre sa nourriture dans le règne animal et dans le règne végétal à la fois , autant que le puisse permettre l'état de son estomac. Parmi les viandes, la volaille est ce qui lui convient le mieux ; ainsi il pourra faire usage du poulet , de la poularde , du chapon, de la poule, du pigeon, et des oiseaux gibiers, tels que le faisan, la perdrix, la grive, le francolin , l'alouette, l'ortolan , le becfîgue , et autres petits oiseaux de plaine , de bois et de montagnes. La viande de boucherie ne lui sera point interdite, pas même le bœuf , ainsi il pourra user du veau , de l'agneau , du chevreuil , du mouton. Il pourra même se per-
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mettre quelquefois le lapin , le lièvre , le cerf, le chevreau , le daim et autres gibiers. Mais on apportera la plus grande attention à l'assaisonnement et au mode de préparation. Ces viandes peuvent être arrangées bouillies et rôties. Il en est quelques-unes , comme le bœuf, le pigeon, qu'on ne permettra guère que bouillies. Quoiqu'il faille en général interdire les condiments échauffants, nous n'en faisons cependant pas un objet de proscription absolue. Ce que nous défendons rigoureusement c'est l'usage habituel, c'est l'abus; c'est alors qu'ils deviennent échauffants et nuisibles. Pour cela encore il faudra consulter l'état et les dispositions du malade et son estomac. Les œufs frais , à la coque surtout, sont une nourriture agréable et d'une digestion facile. Il en est de même du lait et de tous les mets auxquels il peut s'associer. La plupart des poissons fournissent une alimentation légère et de facile digestion, excepté leurs œufs. Cependant, comme ils disposent quelquefois un peu à la flatulence, il est bon de les manger au commencement du repas avant les autres mets , afin que ceux-ci viennent donner plus de ton à l'estomac , plus d'activité à la digestion, et ne donnent pas aux gaz le temps de se former. On choisira de préférence les poissons de rivière et ceux d'une taille médiocre , tels que les truites, les brochets, les perches, les goujons, les tanches , etc. Les grenouilles conviennent également très-bien. Les huîtres seront presque toujours d'un usage utile et agréable : elles seront même nécessaires, dans certains cas de complication avec la gastralgie atonique. L'écrevisse , l'escargot sont moins avantageux ; on en fera'pcu d'usage. Quoique les végétaux conviennent presque tous , il ne faut pas en faire une règle générale. Ainsi on interdira les légumes et les herbages venteux , tels que les pois , les haricots , les choux , etc. Cependant les purées pourront convenir. Les herbages auxquels on donnera la préfth-ence sont les épinards , l'oseille , la bette , la carotte, la laitue , la chicorée blanche , l'ortie , la bette rouge , le haricot vert , l'asperge , la courge, la pomme de terre , l'ognon , le porreau , etc. Les fruits de bonne qualité conviennent tous , tels sont la cerise , la prune , le raisin , la pêche , les poires
fondantes , beurrés et autres , les pommes douces, surtout les pommes cuites , les figues fraîches , les amandes douces , les pistaches, les pommes de pin , les fruits desséchés et cuits, etc. Il est une classe de fruits , qui, dans les saisons chaudes , peut être bien avantageuse , ce sont les fruits acides , oranges , citrons , limons , groseilles , framboises. Les panades , les potages gras ou maigres , le chocolat (1), le café d'orge ou de gland au lait, plutôt qu'à la crème , conviennent encore.
Le choix des boissons dont le malade doit faire usage pendant le repas, n'est point une chose indifférente. Aussi a-t-il fixé l'attention de la plupart des praticiens remarquables. Mais , ainsi que le dit Frédéric Hoffmann, il est impossible de prescrire rien de fixe. Il est des malades qui ne veulent ou ne peuvent rien boire. La petite bière convient aux uns , l'eau froide aux autres , à quelques-uns une infusion amère et aromatique > telle que la camomille , à quelques autres le petit-lait , ou même le lait différemment coupé. 11 en est qui se trouvent très-bien des eaux de Seltz, de Chateldon, de Saint-Galmier. S'y il a des souffrances trop grandes de l'estomac, le malade ne boira pas froid. Hoffmann et Joseph Frank conseillent assez volontiers les vins généreux de Graves , du Rhin , de Bordeaux , et même vers la fin des repas les vins doux d'Espagne , de Chypre, ou le vin amer d'absynthe. Ce conseil peut convenir aux constitutions froides et lymphatiques de l'Allemagne ; mais il serait en général nuisible en France et dans le Midi. C'est par la même raison que nous condamnons l'usage de la liqueur à la fin des repas , même de l'élixir balsamique recommandé par Hoffmann
(1) Nous D*avons pas cru devoir indiquer les différentes espèces de chocolat, cl les cas spéciaux où chacune méritera la préférence. On choisira celui qui aura été dépouillé le plus que possible de tout aromate et de sa partie buiyreuse. Les chocolats au saiep et au lait d'amande réussissent mieux lorsqu'il y a un violent érélhisme nerveux du canal digestif. Les personnes très-nerveuses retirent plus d'avantages du chocolat antispasmodique à la fleur d'oranger. Le chocolat ferrugineux, réussira très-bien dans les cas d'alonie ou de faiblesse anémique. Il en est de même du chocolat à l'osmazône. Au reste, il y a des personnes qui s'en trouvent très-bien, et d'autres qui ne peuvent pas le supporter.
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comme le meilleur carmi natif. Nous approuvons à plus forte raison le blâme de M. Joseph Frank del'usage ou sont les russes et les polonnais de prendre la liqueur même avant le repas. Les estomacs des constitutions nerveuses du Midi ne s'accommoderaient pas de cet usage. Nous serons moins exclusif pour le café et quelques autres boissons aromatiques^ telles que le thé. Ils peuvent favoriser la digestion ; mais il faut en être bien sobre ; nous savons combien ces boissons agissent sur les nerfs, combien elles les excitent et combien elles peuvent en conséquence augmenter la mobilité , l'atonie nerveuse. Si l'habitude ou le besoin les rend nécessaires , on les prendra bien légères et en petite quantité. Elles peuvent favoriser la transpiration. Sous ce rapport elles seront plus convenables en hiver. On pourra de préférence conseiller au malade quatre ou cinq pastilles de Yichy après le repas. Ce moyen favorisera au moins autant la digestion , et il n'en présente aucun des inconvénients ; car il n'irrite point l'estomac et ne fatigue pas les nerfs. Joseph Frank conseille aux hypochondriaques de boire lorsque la digestion est finie, une grande quantité d'eau froide, comme un spécifique, pour augmenter les forces chez les pléthoriques. Ce conseil peut être bon , il peut même combattre le développement des flatuosités ; mais rien de trop, comme le remarque avec juste raison Hildenbrand. Ces réflexions nous conduisent naturellement à ne point admettre un régime alimentaire unique. Il devra varier , non-seulement selon chaque individu dans la même localité ; mais encore dans les différentes régions , dans les différents climats. II sera plus végétal , plus adoucissant, plus humectant dans les pays chauds ; plus animal, plus tonique , plus excitant dans les pays froids. Il en sera de même pour les habitants de la plaine et des lieux bas et humides, et pour ceux des montagnes et des pays secs et élevés. Les saisons détermineront un choix analogue , en faisant correspondre l'élé aux pays chauds et l'hiver aux pays froids. Il n'est pas besoin de donner la raison physiologique de l'action du froid et de la chaleur sur l'économie cl sur l'estomac, pour expliquer celle préférence, elle est trop connue.
Malgré le ridicule que les dernières écoles solidistcs de Pinel et de Broussais ont répandu sur les humeurs , elles n'en continuent pas moins à jouer un rôle bien important dans l'économie. Sans en compter quatre-vingt mille , comme le faisait le célèbre Sanctorius, sans nous jucher avec lui pendant trente ans dans sa balance comme un nouveau Simon-Stylite, pour apprécier avec exactitude les acquis et les pertes de la transpiration, nous devons les admettre puisqu'elles existent, et nous occuper avec beaucoup d'attention du soin de les maintenir dans un état satisfaisant en en dirigeant les sécrétions et excrétions. Si la bile paraît se sécréter trop abondamment , circonstance toujours fâcheuse chez les hypochondriaques , parce que ce liquide devient une cause d'irritation, on cherchera à en modérer la sécrétion trop active , en tenant le malade à un régime plus végétal , et surtout à l'usage des fruits acides et du raisin, et en lui faisant prendre les boissons acidulés du citron , de l'orange, de la groseille. Si malgré ces moyens , la surabondance de la bile et des saburres persiste , on aura recours à l'emploi de quelques évacuants ; mais on le fera avec beaucoup de ménagement , sans perdre jamais de vue l'état d'irritation , dans lequel se trouvent si souvent l'estomac et les intestins. Nous savons déjà combien une douce transpiration est favorable à l'hypochondriaque dont la peau a une si grande tendance à se dessécher. On cherchera donc , comme on dit , à pousser à la peau soit par un exercice convenable , soit par quelque boisson théiforme. Si la peau est en sueur , c'est alors qu'il faut bien se garder d'arrêter cette sécrétion. Autant elle peut être favorable , autant la suppression en serait préjudiciable. Non-seulement elle pourrait aggraver les accidents hypochondriaques , mais elle pourrait déterminer une maladie secondaire dangereuse. L'évacuation des selles est une des excrétions les plus importantes à diriger. Nous savons avec quelle opiniâtreté la constipation persiste , dans l'hypochondrie. Nous ne saurions donc trop recommander de la combattre , soit en soumettant le malade à un régime alimentaire et à des boissons plus relâchants, soit en prescrivant quelquefois des laxatifs ou de légers mino-
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ratifs, soit le plus souvent en administrant des lavements laxatifs ou un peu toniques ; nous insistons sur ce dernier point, parce que , nous l'avons dit, la constipation habituelle des hypochondriaques amène une faiblesse et un relâchement de la fibre musculaire intestinale, que les lavements émollients entretiendraient et augmenteraient. Les évacuations de l'urine réclament aussi la plus sévère attention. Il faut assujètir le malade à uriner fréquemment ou du moins à ne pas rester plus de six heures sans satisfaire à ce besoin. L'oubli à cet égard, en favorisant une distension trop grande et habituelle des fibres musculeuses de la vessie amènerait leur faiblesse , leur atonie et consécutivement la rétension d'urine , qui viendrait encore ajouter à toutes les souffrances du malade et fournir une nouvelle pâture à son imagination déjà si avide de préoccupations morbides. Les viciations de la sécrétion urinaire en qualité et en quantité en plus ou en moins du liquide, tiennent à des causes pathologiques qu'il ne nous appartient pas d'étudier ici. La seule remarque que nous puissions nous permettre , c'est d'en favoriser le cours par le régime végétal et humectant, autant qu'il sera convenable aussi sous d'autres rapports.
De toutes les déperditions celle de la liqueur spermatique est la plus importante. Elle emporte avec elle une partie de la vie. Il n'en est aucune qui produise dans l'économie des effets aussi remarquables et aussi graves. La tristesse qui accompagne ordinairement le coït semble être un avertissement donné par la nature de se défier de ses douceurs. Aussi les philosophes et les médecins , n'ont-ils jamais cessé de prêcher la continence. Déjà Celse avait signalé les inconvénients de l'amour chez les personnes nerveuses : quitus enirn nervi dolent , semper Fenus inimica. Et cette remarque s'est confirmée par l'observation de tous les siècles. Voilà pourquoi Pythagore interrogé sur le temps le plus opportun pour s'adonner aux plaisirs de l'amour, répondit : toutes les fois qu'il te paraîtra convenable de supporter une grande perte. Aussi les médecins se sont-ils accordés pour recommander aux hypochondriaques la plus grande modération dans les plaisirs de Vénus. Quelques-uns môme
ont voulu les leur interdire complètement , parce que la modération môme n'est pas sans danger ; elle fait passer facilement de la satisfaction du besoin à l'abus, et de l'abus à l'excès : ils pensent qu'il est plus facile de renoncer tout-à fait que de se modérer. Cette proscription totale nous paraît une exagération et nous nous rangeons du côté de la modération. On apportera encore plus de réserve et de sévérité dans les conseils , lorsqu'il s'agira d'un homme de lettres, d'un artiste. Si à l'exaltation nerveuse que produit le travail intellectuel , il ajoute l'excitation aphrodisiaque, on conçoit tout le mal qu'il se fera.
Nous venons de faire une bien large part aux préceptes hygiéniques d'après lesquels le médecin doit se conduire ; mais nous ne craignons point de le dire , ils ne suffisent pas , il faut souvent leur associer des médicaments. On les a trop négligés, disons mieux, trop décriés dans ces derniers temps. On s'est trop laissé aller à la pensée que l'hypochondrie n'était qu'un dérangement de l'esprit, une monomanie , une affection cérébrale. En limitant ainsi la maladie , on n'en a vu que la moitié ; on a dû en conséquence n'en traiter que la moitié. On a de cette manière tout-à-fait négligé l'affection nerveuse , et cependant , comme nous l'avons vu , elle n'est pas moins réelle que l'affection cérébrale et intellectuelle , elle n'en demande pas moins les secours de la médecine , et c'est à la thérapeutique à les lui fournir. Le malade souffre , il sent des douleurs , il éprouve des spasmes , il voit là une maladie dangereuse , et elle a lieu de lui paraître telle , puisqu'elle affecte les organes de la vie. Il veut en conséquence en être traité , et il réclame les secours de l'homme de l'art. Celui-ci ne peut donc pas et ne doit pas décliner sa compétence, il doit traiter le malade qui invoque ses lumières. Il mettra, s'il le veut en première ligne , les moyens hygiéniques , parce qu'ils exercent la plus grande influence sur le système nerveux ; mais il ne s'en tiendra pas là , il aura recours en même temps aux prescriptions thérapeutiques qui lui seront inspirées par les dispositions particulières dans lesquelles se
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trouvent les malades. Il ne doit pas oublier non plus que , lors même qu'il jugerait tout remède pharmaceutique physiquement inutile , il devrait encore y recourir , parce que le malade en veut , il les demande , il les sollicite. Il sent son mal , il veut en guérir et ne voit que les remèdes pour arriver à ce but. Les lui refuser , ce serait lui laisser croire qu'on ne connaît pas son mal, puisqu'on ne sait pas le traiter; vous perdriez sa confiance , et il la reporterait sur des médicastres ou des charlatans qui , par ignorance ou par cupidité, abuseraient de sa crédule confiance dans l'action des remèdes, pour lui prodiguer quelquefois les plus contraires à sonétat et aggraver ainsi sa maladie ; même alors, il faudra lui en prescrire^ ne fût-ce que pour satisfaire et calmer son imagination et faire ainsi de la médecine morale avec des remèdes. Il est bien entendu que ce ne seront alors que des remèdes tempérants , bien doux et insignifiants que le médecin prescrira. Cependant ne poussons pas trop loin cet esprit de scepticisme ; que la prévention ne nous fasse pas regarder comme tout-à-fait sans action une potion tempérante que nous administrerons. Elle calme réellement l'irritation nerveuse , et par elle va bien souvent calmer, tempérer la fougue, l'exaltation de l'imagination.
Puisque nous reconnaissons la nécessité de prescrire des remèdes ou du moins la possibilité de produire du bien avec eux, quels sont donc les médicaments à l'aide desquels nous pensons devoir opérer ces effets avantageux? Les réflexions que nous avons faites en traitant en particulier de chacun des moyens qui ont été préconisés contre l'hypochondrie peuvent nou^ fournir la réponse.
Nous savons que cette maladie consiste dans une certaine modification des deux appareils nerveux , que cette modification, n'est ni l'inflammation , ni l'irritation , ni l'atonie exclusive , qu'elle est un peu de tout cela quelquefois , mais pas toujours ni constamment : qu'elle est , en un mot, une modification spéciale , qui imprime aux actes qui dépendent de ccs deux systèmes nerveux un caractère d'anomafie, de bizarrerie , ou d'atonie qui ne permet d'assimiler cette maladie à aucune
autre. Or, comme dans ces anomalies il y a bien souvent des phénomènes qui paraissent tenir à quelqu'une de ces grandes modifications , il n'est pas étonnant que beaucoup de médecins lui aient rapporté la maladie tout entière , et que partant de cette idée générale, ils aient admis un traitement analogue, qui dès lors ne devenait vicieux que par sa généralisation. Voilà pourquoi les méthodes antiphlogistiques , calmantes , antispasmodiques , toniques , évacuantes , etc. , ont pu jouir toutes d'une grande faveur , et ont dû la perdre dès le moment qu'en les généralisant on les exposait à de graves mécomptes. Il n'y a et il ne peut donc pas y avoir de méthodes exclusives du traitement de riiypochondrie , parce que la maladie étant une anomalie , une ataxie ne peut pas se plier à son exigence univoque; multiforme, elle veut un traitement multiforme aussi. Nous l'avons démontré , aucun remède n'est hypochondriaque proprement dit : il peut avoir son utilité dans quelques circonstances ; mais il faut chercher et trouver ces circonstances. On n'en doit pas moins s'occuper de l'état nerveux, et lui opposer les remèdes qui sont connus pour agir plus particulièrement sur les nerfs , en leur imprimant une modification thérapeutique qui puisse détruire la modification pathologique dont ils sont aflfectés.
Dans les cas ordinaires , l'affection du système nerveux, quoique bizarre ou ataxique, se manifeste par une sorte de mobilité et de susceptibiUté qui la rapproche beaucoup de l'irritation; voilà pourquoi il convient, en général, de tenir le malade à l'usage des boissons adoucissantes de veau, de poulet, de grenouille, de mauve, d'orge, de violette, etc., et des potions tempérantes et calmantes. Cette médication simple et humectante a l'avantage d'agir physiologiquement sur l'économie, et en particulier sur le système nerveux, soit en mettant en contact avec ce dernier des substances douces qui calment et qui modèrent son irritabilité, soit en introduisant dans le sang des molécules également tempérantes, qui en corrigent les mauvaises dispositions, et qui vont avec lui se présenter à tous les tissus modifiés par la maladie , et modérer leur éréthisme
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ataxique. C'est par la même raison que le lait, et surtout le lait d'ânesse, le petit-lait, etc., procureront de très-bons effets, lorsque d'ailleurs aucune disposition individuelle ne les contreindiquera. En réunissant ces moyens aux conseils hygiéniques précédemment exposés, on marchera d'un pas d'autant plus assuré vers le but qu'on se propose, que chacun d'eux peut séparément produire des effets déjà bien avantageux. En attaquant ainsi la maladie à la fois au physique et au moral, on sera bien plus sûr de triompher. Cependant ce ne sera pas l'affaire d'un jour : les guérisons brusques et spontanées qu'on obtient quelquefois sont bien rares. Il faut s'armer de patience et persévérer longtemps. Or, comme^ d'une part le malade se lasse bientôt d'un remède dont il n'obtient pas des effets rapides, et que d'autre part la monotonie d'une boisson uniforme accoutume l'estomac, le lasse et le dégoûte bientôt, il est indispensable d'en changer quelquefois. Souvent même, à la place de ces tisanes fades il convient d'en substituer qui soient un peu sapides, et qui produisent sur cet organe une impression plus vive, telles que les boissons acidulés, aromatiques, amères. C'est au médecin à juger de leur opportunité et de la durée de leur administration. Différentes eaux minérales trouvent aussi leur place dans ces cas, surtout lorsqu'on peut les aller prendre sur les lieux.
Les bains seront toujours une partie essentielle du traitement, à moins que le malade ne puisse pas les supporter. On les fera prendre tièdes, ou chauds, ou frais, selon les dispositions de l'indivtda ; ils agiront d'autant mieux qu'on les prolongera davantage. Il conviendra bien souvent aussi de les rendre médicamenteux par l'addition de substances calmantes, légèrement stimulantes et analeptiques. On pourra bien des fois suppléer aux bains par les applications topiques. Combien de bons effets on a obtenu souvent de longs cataplasmes, de fomentations sur différentes parties du corps, d'onguents et d'emplâtres ! Leur action sur les nerfs est trop connue pour y insister. Tout le monde sait combien de soulagement ils apportent à des parties souffrantes ou tourmentées par des spasmes.
On peut en conséquence leur donner des qualités plus ou moins énergiques par l'addition de différentes substances calmantes et antispasmodiques. On pourra^encore obtenir de très-bons effets des ventouses. Il en est de même des frictions pratiquées sur les différentes parties du corps, soit avec la main, soit avec une brosse, soit avec la flanelle ou^tout autre linge lin. Ilippocrate en a^ait déjà apprécié les bons effets, et, depuis lui, tous les grands maîtres en ont constaté l'action sur la peau, sur les viscères profonds, sur la transpiration, sur la circulation et sur le système nerveux ; mais Asclépiades et Alphonse de Santa- Cruce en ont préconisé les avantages beaucoup plus que personne. Elles excitent légèrement le système nerveux, activent la circulation capillaire et consécutivement la circulation générale, rappellent la chaleur et favorisent la transpiration insensible. Elles sont donc toniques : elles conviennent chez les personnes faibles, lymphatiques, à chairs molles. Elles seraient nuisibles chez les pléthoriques ; de même que si on les pratiquait sur le ventre, lorsque l'estomac et les intestins sont remplis d'aliments, parce qu'elles troubleraient la digestion. Elles réussissent mieux le matin à jeun, parce qu'alors les vaisseaux sont plus désemplis et le pouls moins vite. On peut les rendre médicamenteuses et leur donner ainsi plus d'activité. « Les frictions, dit Tissot, sont plus utiles aux personnes faibles, lâches, à celles qui vivent d'aliments visqueux, qu'à celles qui sont fortes, fermes, qui ont un régime plus léger et plus digestible; les femmes, les vieillards cacochymes sont ceux qui en ont le plus besoin. Elles sont plus nécessaires quand on vit dans l'inaction que quand on fait de l'exercice : l'automne, l'hiver, le printemps, les temps pluvieux, nébuleux, les rendent plus nécessaires que l'été ou les saisons chaudes et sèches. Elles sont plus nécessaires dans les pays froids et humides que dans ceux qui sont secs. Dans les lieux marécageux et malsains, elles peuvent prévenir les effets de l'insalubrité de l'air. » Malgré ces éloges, les frictions ne peuvent jamais être qu'un moyen accessoire et tenir un rang secondaire. Leur action bien appréciée ne permet pas d'en faire une méthode exclusive.
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Galicn, Piquer, Lorry et M. Barras les rejettent. Il en sera de même du massage, qui se rapproche beaucoup des frictions par ses eflfets, et qui paraît agir plus spécialement sur les muscles et sur les organes profonds.
Le médecin ne saurait apporter trop d'attention à l'état du malade et de ses organes, pour bien se diriger dans le choix des moyens à employer ; et surtout il ne perdra jamais de vue les voies digestives. Il se rappellera tous les caprices névralgiques de l'estomac, afin de bien saisir l'indication de chaque modification, et de ne pas s'exposer à le tonifier mal à propos, et à devenir ainsi cause d'irritation phlegmasique de cet organe, et consécutivement de l'intestin, du foie, etc. Il prendra bien garde encore au désaccord complet qui règne quelquefois entre l'état névralgique de l'estomac et celui de l'intestin; car alors ce qui convient à l'estomac nuit à l'intestin, et ce qui est utile à l'intestin est nuisible à l'estomac. Que de sagacité, de prudence et d'attention il faut pour ne point se fourvoyer, pour bien choisir les moyens qui seront utiles et s'abstenir de ceux qui pourraient nuire I C'est ici bien souvent une médecine de tâtonnement et d'inspiration qu'il faut faire : il est impossible d'entrer dans tous les détails qu'exigeraient les maux mille fois variés de cet état névralgique de l'estomac et de tous les organes. Mais il n'en est pas de même de certaines dispositions générales sur lesquelles en conséquence nous allons nous permettre de donner quelques préceptes.
Si le sujet est d'une constitution sanguine, si quelque héraorrhagie habituelle a été supprimée, si une évacuation sanguine a été omise, et que les accidents de la pléthore soient manifestes, il faudra recourir à la saignée, et en proportionner la quantité et la répétition à l'état du malade, aux exigences de sa polyémie. Malgré les succès qu'on dit avoir obtenus par des saignées abondantes, nous ne saurions recommander trop de prudence et de réserve sur l'emploi de ce moyen. Bien souvent une saignée excessive gâtera tout le bien qu'on aurait obtenu d'une saignée modérée, en augmentant la faiblesse et exaspérant la mobilité nerveuse. On proscrira sévèrement tous les
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stimulants cérébraux, café, liqueurs, vin pur, etc., pour s'en tenir aux seules boissons tempérantes.
Lorsque la constitution est délicate et frêle, on tiendra le malade à un régime à la fois doux et succulent, à quelques toniques ou stomachiques doux, à un exercice modéré; car une trop grande fatigue épuiserait les forces.
Si le tempérament est nerveux, sec et irritable, on donnera la préférence aux adoucissants, aux délayants, quelquefois aux antispasmodiques et même aux opiacés à faibles doses, tels que les gouttes de Rousseau, le blac-drop, les sirops de morphine ou de codéine^ etc. Les bains tièdes conviendront beaucoup aussi; mais il faudra bien se garantir des bains froids, des bains de rivière et des bains de mer. Il ne devra jamais non plus insister trop longtemps sur les calmants et encore moins sur les aromatiques.
Au tempérament bilieux on opposera les acidulés, les délayants, les laxatifs, les fruits aigrelets, les raisins, un régime végétal, les chicoracées, les bains tièdes aussi.
Le tempérament lymphatique et les sujets faibles et débilités réclament les martiaux, les viandes rôti<^s, le bon vin, quelquefois pur. Les amers, le quinquina, la gentiane, la cascarille, l'aulnée, l'élixir amer alkalisé, et tous les toniques, leur conviennent également. On doit surtout favoriser leur action par l'exercice, les frictions sèches, un air vif et salubre, une température douce ou froide, les voyages et les eaux minérales ferrugineuses.
Nous répéterons enfin qu'il est des idiosyncrasies ou dispositions individuelles qui sont telles que, malgré la constitution ou le tempérament apparent, les unes se trouvent bien de ce qui nuirait à d'autres, et que plusieurs seront fatiguées de ce qui calmera les autres, ou éprouveront des effets tout contraires à ceux que le médicament a l'habitude de produire. Il est même des personnes qui se trouveront mal d'une substance qui les avait saulagces d'autres fois, et qui pourra les soulager plus tard. Aussi les anomalies de cette maladie ne permettent presque jamais de pouvoir prononcer à priori ce qui convien-
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dra ou ce qui ne conviendra pas. Il est ici, plus que dans aucune autre maladie, permis d'essayer beaucoup de choses, et il ne faut jamais ni s'opiniâtrer sur l'emploi d'un remède, ni en proscrire aucun. Il faut souvent en changer et passer de l'un à l'autre. Souvent une substance qui jouit de vertus beaucoup moins efEcaees sera supérieure à une autre qui est douée de vertus héroïques.
Est-il besoin de rappeler au médecin qu'il est encore des circonstances individuelles qui doivent faire modifier, au moins momentanément les indications curatives? Ainsi le médecin fera toujours la plus grande attention à l'époque des règles et de la grossesse, à l'âge de puberté, et surtout à l'époque critique de la femme. Pourraîl-il surtout ne pas se tenir en garde sur les différences que le sexe imprime au caractère de la maladie ? Combien la mobilité nerveuse et intellectuelle plus grande de la femme exige d'attention pour la combattre sans l'offenser I
Nous devons enfin prévenir encore le praticien de se tenir en garde contre les influences que peuvent exercer sur l'action des remèdes la température, la saison, le climat et certaines localités. Il doit savoir qu'il n'est pas indifférent d'administrer un remède ou un autre dans ces différentes circonstances. Il n'oubliera pas que les pays chauds, l'été ou une température élevée exigent les remèdes doux et tempérants, les bains, le régime végétal, les fruits, les acides^ parce que l'état névralgique est plus développé : les fonctions bilieuses et digestives éprouvent aussi des modifications qui ont leurs exigences. Dans les pays froids, au contraire, pendant les rigueurs de l'hiver ou dans les abaissements prolongés de température, les médicaments toniques et spiritueux seront plus convenables, le régime sera plus substantiel, plus animalisé, l'exercice sera plus actif, plus pénible, les bains seront moins tièdes, on pourra même les prendre à la russe ; les frictions et les massages pourront surtout être bien avantageux. Enfin, dans les cfimats tempérés, comme la France, les médicaments devront varier comme la température et les saisons, et suivant les localités. On pourra
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tnoîns adopter une médicalion générale et uniforme ; il faudra la modifier suivant la localité et même d'un instant à l'autre, suivant la température ou l'état atmosphérique. Nous recommandons toutefois de ne passer, autant que possible, d'une médication à l'autre que par degrés, dans la crainte que l'estomac et l'intestin ne puissent pas supporter sans danger ce passage brusque ; il faut les accoutumer peu à peu au contact des nouveaux remèdes. Cette recommandation est applicable surtout lorsqu'on substitue les médicaments toniques aux adoucissants. Il faut se défier aussi de l'alternative systématique de ces remèdes, conseillée par quelques auteurs. Ce traitement à bascule ne réussit peut-être jamais. Il faut toujours que les changements qu'on fait soient motivés par l'état des organes et du sujet. Qu'on n'oublie jamais non plus que la dose des remèdes n'est point indifférente, et qu'il faut se défier des fortes doses. L'action plus ou moins vive du médicament peut guérir ou aggraver, selon que l'usage en est opportun. L'emploi modéré des calmants, des adoucissants, des antiphlogistiques, des toniques, des antispasmodiques, peut faire beaucoup de bien, tandis que leur emploi immodéré peut entretenir la maladie et la rendre plus rebelle. On se tiendra surtout en garde contre les stimulants : les premières doses favorisent les fonctions digestives en remédiant à l'atonie ; mais qu'on ne s'en laisse point séduire : caries doses suivantes altèrent ces fonctions en produisant l'éréthisme.
II. TRAITEMESt DE l'hYPOCMONDRIE CBRONIQUE ET «CONSTITUTIONNELLE.
A mesure que l'hypochondrie a vieilli, l'état intellectuel a pris une prédominance plus grande, il s'est davantage identifié avec l'économie, et il est en conséquence devenu plus opiniâtre. L'affection nerveuse n'a pas diminué pour cela ; elle a fait les progrès que nous avons signalés plus haut. De façon que le malade n'éprouve presque plus de répit ; ses nerfs sont toujours en souffrance, et son imagination toujours occupée de ses maux réels et de ceux qu'elle se crée. La maladie cependant reste la
CydO TRAITÉ DE l'uYPOCHONDRIÉ.
mOiiie ; elle n'a point changé de nature ; mais, devenue plus longue, elle a modifié l'organisation entière et elle a fait une véritable constitution hypochondriaque. Cette disposition avancée peut arriver dans les cas mêmes où l'affection est le résultat d'une cause accidentelle, et chez les personnes qui s'y trouvaient le moins disposées ; mais elle sera bien plus facile et plus profondément enracinée, chez les individus qui déjà naturellement étaient doués d'une mobilité nerveuse très-grande et d'une imagination vive, singulière et bizarre. La maladie alors offre beaucoup plus de difficultés ; mais elle n'exige pas un traitement opposé ou même différent. Seulement elle sera plus rebelle et les moyens employés ne deviendront guère que palliatifs. Or, la maladie devant durer longtemps, peut-être autant que le malade, il faudra savoir en ménager l'emploi, afin de pouvoir y revenir aussi souvent qu'il sera nécessaire de remédier à de nouveaux accidents, de s'opposer aux progrès du mal. Malgré cette perspective attristante, malgré le peu d'espérance de succès que l'on ait, il ne faut pas désespérer entièrement et renoncer à tout traitement méthodique et curatif. L'histoire de l'art nous fournit quelques exemples de guérison, même à cette période. Ils suffisent pour'nous encourager et soutenir notre zèle. Mais en même temps on ne se dissimulera pas les difficultés qu'on aura à surmonter et le temps qu'il faudra consacrer. Ce sont les mêmes moyens auxquels il faudra recourir. Mais il faudra beaucoup plus d'adresse encore dans leur administration. Le malade, si souvent trompé, si souvent leurré par des promesses mensongères, devient plus difficile à se laisser persuader, plus prompt à se lasser, et plus disposé à changer de médecin et à renoncer aux remèdes. Combien d'art et d'habileté il faut alors pour soutenir sa confiance et la conduire de moyens en moyens pendant une éternité! Le moral surtout exige beaucoup plus d'attention. Il faut s'occuper davantage de le tromper en \v traitant en quelque sorte à son insu. Il ne faut plus avoir l'air de rien Aûrc pour sa guérison. Le malade la croit impossible. Il faut, sous différents prétextes, détourner son imagination, lui faire faire de l'exercice, lui faire prendre quel-
quos aliiîionls, lui fairo enlropreiidre quelque occupation. Mui;^ il faut à tout cela n'apporter aucune importance thérapeutique. II faut que le malade ne se doute pas que Ton cherche ainsi à le guérir. Pour cela il est bien essentiel que tout ce qui l'entoure seconde parfaitement les vues du médecin, qu'aucun mot imprudent ne vienne trahir le plan qu'on a adopté, qu'aucune personne indiscrète ne vienne révéler au malade ce qu'on fait pour lui. Un instant détruirait le labeur de plusieurs mois. Quelque amélioration que le malade ait déjà obtenue dans sa position, gardez- vous de le lui dire; gardez- vous surtout de lui dire qu'on l'a obtenue à son insu. Au lieu de se prêter à vos intentions et de hâter sa guérison, il ne verrait dans ce stratagème qu'une mystification dont son esprit aurait été la dupe, et son amour-propre offensé lui ferait prendre en aversion tous ceux qui ont trempé dans ce complot. Il n'accorderait plus de confiance à personne, et sa résolution bien arrêtée serait inébranlable : car rien n'est plus Opiniâtre et plus entêté qu'un hypochondriaque avancé. Vous croyez avoir triomphé de ses idées, parce que vous l'avez réduit au silence. Désabusez-vous. Il s'est tu, parce qu'il ne savait que vous répondre, et non par conviction ; il garde sa pensée, il la caresse et la nourrit. Elle fait partie intégrante de son èiistenëe. Il faut entraîner le malade à des distractions mentales et corporelles malgré lui et sans qu'il s'en doute. Il faut le faire passer de l'une à l'autre avec beaucoup d'adresse. Il faut en conséquence lui en créer sans cesse de nouvelles, et les lui faire arriver naturellement et sans préparatif. Les plaisirs et les remèdes qui semblent être le fruit de quelque préméditation le fatiguent et souvent le révoltent. Aussi quand on entreprend la cure d'un semblable malade, prudence et persévérance.
Si pourtant on pouvait vaincre la résistance du malade, l'électricité, administrée longuement et sans secousses, nous paraît devoir être ici de plus d'efficacité que les autres moyens, et nous accorderions encore plus de confiance à l'hydrothérapie, dont nous avons apprécié la puissante action modificatrice sur l'économie et sur les systèmes nerveux et cutanés en particulier^
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