‹ Traité complet de l'hypochondrieChapitre 34 sur 40 · III. TRAITEMENT DES SYMPTÔMES DOMINANTS · texte numérisé non relu

III. TRAITEMENT DES SYMPTÔMES DOMINANTS

n me semble entendre un cri de réprobation s'élever contre ce titre. Ils sont passés, me dira-t-on, les temps où le médecin faisait la guerre aux symptômes sans s'inquiéter des organes lésés, où il courait après l'ombre pour négliger la maladie ellemême. Ce titre seul est un anachronisme, c'est un pas rétrograde. — Un mot d'explication devient nécessaire, afin de n'effaroucher personne. Les efforts que nous avons faits pour trouver les organes lésés et le mode de la lésion dans l'hypochondrie, prouvent suffisamment que nous n'avons point l'intention de séparer les maladies de leurs agents, et de nous renfermer dans les abstractions du vitalisme. Nous admettons la toute-puissance de ce principe, mais nous l'admettons en tiers avec les tissus et les liquides. Il y joue un rôle bien important, mais ce rôle ne serait rien sans les instruments. Chaque maladie se traduit à nos sens par ^des signes appréciables. Sans eux la maladie n'existerait pas pour nous, elle ne serait rien. Nous devons donc faire la plus grande attention à tous les signes, symptômes et phénomènes de la maladie. Non seulement ils la font reconnaître, ils lui donnent l'existence ; mais ils en révèlent encore les phases différentes et les modifications nombreuses. Or, suivant ces phases, suivant ces modifications, tel ou tel phénomène, tel ou tel symptôme sera plus intense et dominera les autres. Cette ombre, si l'on veut, de la maladie ne sera rien par elle-même ; mais, résultat ou effet patent de l'état de souffrance de l'organisme ou d'un organe, il décèle cette souffrance. De façon qu'en attaquant cette manifestation, c'est réellement l'organe malade qu'on attaque. Si donc nous nous servons de cette expression, c'est, comme on le voit, pour désigner un état dominant, une modification spéciale de l'organe malade; c'est pour éviter des périphrases, des circonlocutions toujours embarrassantes. Ainsi quand nous dirons, par exemple, traitement de la douleur, la douleur ne sera que l'expression de l'état pathologique du nerf qui la fait ressentir. Il y a plus, dans

une maladie aussi essentiellement nerveuse que l'est l'hypochondrie, les désordres sympathiques sont fréquents et nombreux, et souvent assez graves. En général, symptômes et sympathies, tout disparaît à mesure que le traitement général réussit, à mesure que l'affection essentielle avance vers sa guérison. Malheureusement il n'en est pas toujours ainsi : il y a sauvent des désordres sympathiques ou des phénomènes assez intenses pour nécessiter des soins particuliers. Les connaître, les distinguer, apporter à chacun le remède qui lui convient, voilà la science du vrai médecin. Mais cette médication spéciale ne fera jamais perdre de vue le traitement général ; elle sera une indication à part, et rien de plus. Il ne faudra pas croire avoir combattu la maladie en calmant une douleur, un spasme, une palpitation ; elle restera la même. Cependant le malade, délivré du mal qui le torturait momentanément et qui seul faisait son supplice, est soulagé, il se croit môme en voie de guérison. Vous pouvez profiter de cette circonstance favorable pour agir sur son moral, et lui persuader de plus en plus que sa maladie n'a rien |de grave ni d'alarmant, puisqu'on a pu triompher aussi facilement des accidents qui l'avaient si fort effrayé. Quoique ces phénomènes aient tous une origine commune, et qu'ils soient tous l'effet de la viciation anormale des deux systèmes nerveux, ils ne sont pourtant pas les mêmes. Ils sont, comme la maladie elle-même, excessivement bizarres et variés. Ils ne sont, au reste, que les phénomènes que nous avons étudiés en faisant l'histoire pathologique de la maladie ; seulement nous ne les regardons comme devant mériter une attention particulière dans le traitement que lorsqu'ils sont exagérés assez pour tourmenter péniblement le malade. Nous n'essayerons donc point d'établir leur division en phénomènes ou symptômes qui appartiennent au système nerveux cérébral, et en ceux qui appartiennent au système nerveux ganglionaire. Nous renvoyons à cette classification, et nous allons les examiner successivement à mesure qu'ils se présenteront. Rappelons, avant d'aller plus loin, que ces accidents, loin d'empêcher le traitement îjénéral, exigent, au contraire, leur combinaison

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avec lui, en tenant compte surtout des différents états d'éréihisme ou de faiblesse dans lesquels se trouve le malade, et qui par conséquent exigeront quelques modifications dans les moyens employés. Ainsi on leur associera les distractions, l'exercice, les jeux, les voyages, les toniques, les évacuants, les saignées, les sangsues, etc., selon l'indication. C'est ici que la médecine morale, toute seule, échouerait infailliblement dans le plus grand nombre des cas. Celui qui voudrait s'y tenir ferait preuve d'une grande prévention ou d'un aveuglement inconcevable. Il est de toute nécessité de recourir en môme temps aux moyens pharmaceutiques.

Le premier symptôme qui se présente est cette exaltation de la sensibilité cérébrale portée jusqu'à la douleur. Toutes les parties du corps peuvent en être le siège ; mais elle ne mérite d'être prise en considération que lorsqu'elle s'est fixée sur un organe important , tel que l'estomac , le cœur , les intestins et la tête. Partout , le caractère , comme la violence de ce phénomène, varie infiniment , ainsi que les accidents auxquels il donne lieu. Tantôt elle est permanente et continue, souvent elle est périodique et régulière ou irrégulière , d'autres fois elle ne se développe que lorsque des circonstances morales ou physiologiques la provoquent. A l'estomac, elle prend le nom de gastralgie, et elle s'accompagne souvent de spasmes ou de crampes. Dans les intestins, elle constitue des coliques, des iléus nerveux, des miserere, avec tout leur cortège. Au cœur, c'est une cardialgie quelquefois si aiguë qu'elle gêne et suspend la respiration, ou produit des menaces de syncope, des irrégularités dans la circulation. A la tête, elle produira tantôt le clou hystérique, tantôt une sensation de douleur pulsative, de douleur térèbrante, de cercle qui presse la tête comme un étau, etc. Quelque nombreuses que soient ces variétés, elles partent toutes d'un même principe;, d'une exaltation vicieuse de la sensation cérébrale. Elles doivent donc être toutes attaquées par des moyens analogues, par des calmants administrés à l'intérieur et à l'extérieur, et quelquefois par des révulsifs plus ou moins actifs. Ainsi dans la gastralgie, gastrodynic^

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avec ou sans crampes, on se trouvera bien de toutes les boissons énioUientes et tempérantes^ des potions calmantes simples ou compliquées, des calmants, anodyns, narcotiques, etc., administrés en pilules, teinture, etc. L'opium et ses différentes préparations tiennent le premier rang ; tels sont l'extrait d'opium, les sirops diacode ou de karabé, les sirops de morphine et de codéine, le laudanum de Sydeuham, les gouttes noires de Rousseau, le blac-drop. L'hydrochlorate de morphine, associé à l'extrait de datura stramonium et donné en pilules de cinq centigrammes d'extrait sur un d'hydrochlorate, m'ont paru posséder une vertu calmante instantanée très-puissante. Avant d'aller plus loin, je ferai une réflexion relative à l'emploi des opiacés. Ces médicaments diminuent les sécrétions et occasionnent ou augmentent la constipation. Comme elle est une des conditions les plus ordinaires de l'hypochondrie, on doit craindre de l'augmenter encore et de la rendre opiniâtre et plus ennuyeuse. Cette considération mérite qu'on en tienne compte dans l'administration de ces remèdes, et exige qu'on en soit très-sobre. Outre les opiacés, la pharmacie nous fournit encore un grand nombre de remèdes qui tous peuvent devenir trèsavantageux dans différentes circonstances, et qu'il est bon d'avoir à sa disposition, afin de les varier toutes les fois qu'ils cessent d'agir ou que l'estomac semble le demander. Ainsi nous avons l'extrait de belladone, l'extrait et le sirop de jusquiame, celui d'aconit napel, de ciguë ; le cyanure de potassium, l'acide hydrocyanique, jouissent parfois d'une efficacité remarquable. Quoique le remède soit là appliqué directement sur le mal, il ne réussit pas toujours, et quelquefois même il réussira moins bien que si on l'administre par une autre voie (1). Ainsi on les

(t) Voici la recette de l'emplâtre que Dehaeit employait avec luut de succès ; j^. Diabotanum 50,

m, 1 hre, j

Camph

Baume du Pérou q. s.

Mêlez et étendez sur une peau pour l'appliquer sur l'épiyaslre. On le reiiou velle chaque fois (ju'il loiube.

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donnera avec avantage en lavements ; on les appliquera en topiques de toutes les façons sur l'épigastre et même sur le bas du dos^ cataplasmes, fomentations, frictions^, onguents^ emplâtres faits avec ces différents extraits, la thériaque^ etc. Je ferai observer que, pour être plus sûr de bien réussir^ il ne faut pas craindre de forcer les doses. Un gramme d'extrait thébaïque^ par exemple, réussira où quelques centigrammes avaient échoué pendant plusieurs jours. Pour rassurer ceux qui auraient quelque frayeur de doses aussi élevées^ je dirai que de cette manière je n'ai jamais vu produire le narcotisme, quoique la douleur fût calmée. Cette médication topique offre encore l'avantage d'agir beaucoup moins sur l'intestin et de ne pas augmenter la constipation. La plupart de ces moyens^ et surtout Fhydrochlorate de morphine^ peuvent être encore administrés par la méthode endermique. Les effets en sont prompts et bien marqués ; mais il faut se tenir sur ses gardes : car le narcotisme est souvent la conséquence de doses un peu trop élevées^ et je l'ai vu deux fois devenir mortel^ par l'imprudence des malades. Lorsque les calmants et les antispasmodiques sont insuffisants, on a vu réussir les révulsifs appliqués sur l'épigastre, tels que les vésicatoires volants , le cautère actuel bien peu prolongé , le moxa , les caustiques.

Si la douleur est dans les intestins , c'est encore aux mêmes moyens qu'on aura recours. Dans le cas ou les coliques seraient occasionnées par la constipation ou par la présence de matières bilieuses ou saburrales, on aura recours aux minora tifs, et surtout au tamarin , à la casse , à la manne , à l'huile d'amandes douces , etc. On insistera également sur l'administration des lavements. Les bains aussi seront d'une grande utilité.

Dans la cardialgie on combinera les calmants avec les antispasmodiques. Les préparations cyaniques , l'assa-fœtida , le musc et tous les emplâtres calmants semblent mériter la préférence par leur action plus spéciale.

Enfin dans les douleurs de tête, on ne pourra recourir ([u'aux mêmes moyens calmants et révulsifs, en surveillant bien attentivement l'action des narcotiques. C'est à cause de

leur action sur l'encéphale qu'on leur préférera bien souvent la thridace , les préparations cyaniques , la valériane seule ou combinée , etc. On ne se fait pas d'idée combien , dans ces cas , les applications opiacées un peu chargées sont efficaces. On aide leur effet par l'emploi des bains de pieds chauds et révulsifs ou calmants , des cataplasmes et des fomentations sur les membres inférieurs , et par les lavements aloétiques. Les poudres ([''asarum , de valériane , etc. , employées comme sternutatoires , ont quelquefois réussi à guérir des maux de tête opiniâtres. C'est pour atteindre le même but de révulsion qu'on prescrira quelques purgatifs et le calomélas surtout, et qu'on appliquera à l'anus et à plusieurs reprises , deux ou trois sangsues à la fois , afin de ne pas agir trop vivement sur le système nerveux , qu'il ne faut jamais perdre de vue. Il en sera de même des vésicatoires volants et autres irritants placés autour de la tête.

Quelle que soit , en un mot , la partie du corps qui devienne le siège d'une douleur un peu vive , il faudra toujours la combattre , d'abord afin d'en prévenir les effets fâcheux sur le système nerveux et sur l'imagination , et en second lieu pour calmer et soulager le malade : car nihil molestât sicut dolor , et comme l'a encore dit l'oracle de Cos : divinum opus est sedare dolor em.

Quoiqu'il n'y ait rien d'aussi commun que les spasmes dans l'hypochondrie , et que pour les combattre , on n'ait besoin que de traiter la maladie elle-même , il en est cependant quelques-uns qui sont si intenses , qui affectent des organes si importants et dont le trouble de la fonction peut être si grave , que nous ne saurions nous dispenser d'en parler en particulier. De ce nombre sont le vomissement, les palpitations, les syncopes, une gêne asthmatique de la respiration et le hoquet.

Lorsque le vomissement tient à l'irritation directe de l'estomac , M. Barras le regarde comme le phénomène nerveux le plus opiniâtre. Nous ne partageons pas tout-à-fait son opinion. La médication doit être toute adoucissante et calmante. Elle sera la même en conséquence que celle de la gastralgie.

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L'acide prussique , quelquefois la liqueur anodine d'Hoffmann , m'ont paru avoir de bons résultats. La potion anti-émétique de Rivière est souvent bien efficace ; elle me l'a paru encore davantage en la préparant de la manière suivante : Dans une fiole n° 1 on verse , eau distillée , 60 grammes , sirop diacode , 25 grammes et bicarbonate de potasse , 1 gramme ; et dans une autre , n° 2 , on place suc du citron , 30 grammes , eau distillée et sirop de sucre , 30 grammes. On prend la fiole n** 1 , et de suite après celle n" 2. On peut encore employer la potion de Boerhaave , quoiqu'elle soit plus désagréable et peut-être moins certaine. Le moyen qui m'a paru le plus avantageux, dans ces cas , et que j'emploie le plus ordinairement , c'est de prendre trois ou quatre fois par jour une tasse d'eau gazeuse dans laquelle ou aura ajouté yne cuillerée à café de sirop diacode ou de sirop de morphine. Ici encore les médications topiques endermique et dérivative pourront produire de très bons effets. J. P. Frank s'est très-bien trouvé de l'assa fœtida et de l'extrait d'aconit et de valériane à l'intérieur , des moxa sur la région épigastrique , des bains prolongés et des repas pris pendant le bain. M. Barras cite plusieurs observations , dans lesquelles le vomissement fut arrêté par la magnésie. Mais si avec le vomissement , il y a un état de faiblesse extrême , si le sujet est lymphatique, ou si le phénomène est purement sympathique et que l'estomac ne soit point dans un état de sur-excitation , alors on poura recourir avec avantage aux toniques et aux antispasmodiques ; tels seront la limonade frappée de glace, l'eau de menthe , l'éUxir de la Grande-Chartreuse, les amers et surtout le vin d'absynthe ou de quinquina ; le café , l'extrait de quina uni à la rhubarbe , l'écorce de simarouba et la racine de Colombo paraissent avoir très-bien réussi à plusieurs praticiens. Whytt s'est bien trouvé des eaux de Spa, dePyrmont et deBath. Le docteur Carter a obtenu de très-bons effets de l'extrait de fleurs de souci. Toutes ces variations dans les conseils prouvent qu'il ne faut s'attacher à aucun remède spécial , ({u'il faut les varier souvent et (juclquefois même faire succéder les toniques aux calmants et tucc versa.

Nous ne parlerons pas de quelques autres névroses dont l'estomac peut devenir le siège, tels que la malacie, le pica, l'anorexie , la dyspepsie , la boulimie : elles se présentent rarement, le plus souvent d'une manière fugace , il est facile de se faire une idée de la manière de les combattre.

Le hoquet devient quelquefois si pénible cbez les hypochondriaques , qu'il est indispensable de le combattre par tous les moyens les plus convenables. Louyer-Yillermay a réussi bien souvent à l'arrêter avec un verre de vin de Malaga. Plus souvent encore on le fait cesser en excitant fortement l'attention , ou en causant une surprise , une frayeur. S'il résiste à ces moyens , la glace , la potion de Rivière , les potions calmantes et antipasmodiques ; l'opium et surtout le musc pourront être employés avec succès. Si enfin le hoquet se montre rebelle encore , les dérivatifs sur l'épigastre et surtout le cautère objectif seront d'une grande utilité , alors aussi quelques toniques pourront convenir. S'il affectait une sorte de périodicité intermittente bien prononcée , les préparations de quinquina auraient la préférence , avec la précaution de les administrer à haute dose pendant la rémission.

Les palpitations deviennent quelquefois si fortes et si pénibles qu'on est obligé de recourir à différents moyens pour les dissiper. Les préparations cyaniques tiennent le premier rang. La digitale ne leur cède guère : on peut surtout lui associer l'hydrochlorate de morphine ; cette combinaison nous a procuré maintes fois des succès inespérés. Viennent ensuite tous les autres calmants et antispasmodiques dont on peut se servir avec avantage : tels sont le castoréum, le musc, l'éther, la corne de cerf succinée. Les odeurs aromatiques , les applications calmantes et antispasmodiques sur la région du cœur ; les plaques aimantées, pourront trouver aussi l'occasion d'être utiles, de même que les dérivatifs sur la région cardiaque. S'il y avait quelques signes de pléthore , comme cela arrive souvent , on devrait débuter par une saignée convenable ou par l'application des sangsues, principalement s'il y a suppression de règles ou d'hémorrhoïdes. Comparelli se loue beaucoup de la valériane sauvage , du quin-

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quina et de l'écorce d'oranges , donnés séparément ou combinés ensemble , soit en poudre , soit sous la forme d'électuaire.

On se conduira de même dans certains cas de crampes qui se font sentir dans la région du cœur et même partout ailleurs. Mais on insistera davantage sur l'emploi des bains.

Quelques malades sont sujets aux syncopes. Elles ne se traitent pas différemment que dans les cas ordinaires , par les odeurs fortes , l'eau froide , etc. Si elles sont l'indice d'une trop grande faiblesse , on cherchera à relever les forces , moins par les toniques que par un bon régime que l'on fera suivre avec la plus grande prudence.

On voit quelquefois certains hypochondriaques éprouver une gêne de respiration comme asthmatique, une sorte de suffocation qui les fatigue beaucoup et qui est tantôt permanente et tantôt paroxystique. Si elle devient trop grande , il faut la combattre, et pour cela les moyens qu'on emploie contre l'asthme nerveux, sont aussi ceux auxquels on aura recours. Les préparations opiacées , la belladone , le datura stramonium et surtout le musc , les préparations cyaniques, l'assa-fœlida, le castoréum , la gomme ammoniaque conviennent, soit qu'on les donne seuls , sous différentes formes ^ soit qu'on les combine ensemble de différentes manières. Ce que le datura stramonium, par exemple , n'aura pas produit en extrait ou en potion , il le produira quelquefois étant fumé en cigarrette. Ce que la morphine, l'assa-fœtida et la gomme ammoniaque n'auront pas obtenu séparément, elles pourront l'obtenir par leur combinaison. Ce seraient les mêmes moyens qu'on emploirait s'il y avait une toux vive et opiniâtre. Dans l'un et l'autre cas, nous avons quelquefois réussi à calmer les accidents de l'appareil respiratoire par l'administration de l'émétique et des purgatifs surtout.

Si les hypochondriaques dorment quelquefois convenablement et même beaucoup , plus soment encore ils éprouvent une insomnie opiniâtre qui les fatigue et qui ne contribue pas peu à entretenir ou mêm : à exaspérer \\ maladie , en laissant

trop longtemps l'imagination du malade seule et livrée à ellemême pendant la monotone obscurité de la nuit, Que cette insomnie soit le résultat direct de l'atonie nerveuse , ou qu'elle soit occasionnée par une sorte d'explosion qui se fait sentir dans la tête chaque fois que le malade s'endort , ou par des vertiges , des éblouissements , des tintements , des bruits de courants d'air , ou ce vague pénible désigné sous le nom àHvresse hypochondriaque , elle doit être combattue et les moyens sont toujours les mêmes. Un peu de sirop de morphine , de karabé , de codéine, une pilule de cynoglosse, une décoction de tête de pavot , une infusion de fleurs de sureau , etc., réussissent quelquefois. Mais on ne saurait être trop en garde contre leurs effets sur le tube digestif relativement à la constipation qu'ils peuvent rendre plus opiniâtre , et qui elle-même est bien souvent la cause de l'insomnie. On ne les administrera donc à l'intérieur qu'avec la plus grande réserve ; mais on peut les employer en topiques de toutes les façons et à hautes doses autour de la tête, aux tempes, sur le front, derrière les oreilles et dans leur conduit, etc. Ainsi on fera sans crainte, usage des emplâtres et des onguents d'opium. J'en ai souvent obtenu de très-bons effets , et toujours sans inconvénient. Il en est de même des différentes teintures et laudanum , dont on peut faire des frictions sur différents points de la tête. L'eau-de-vie camphrée , l'eau de Cologne, l'eau de mélisse, l'éUxir de la Grande-Chartreuse, le baume de fioraventi , de muscade , l'essence de girofle , la teinture de cannelle , etc. , pourront encore être employés en frictions avec avantage dans ces circonstances. Il n'est pas besom de dire que lorsque l'insomnie dépend d'une cause particulière, telle que douleur , spasmes , constipation , etc. , c'est cette cause qu'il faut combattre.

Parmi les phénomènes qui tourmentent le plus les malades , les vents qui se développent dans l'estomac sont au premier rang. Ils sont le produit ordinaire de l'état vicieux de cet organe , et ils deviennent à leur tour la cause des mauvaises digestions. Ils sont si fatigants qu'on a toujours cherché à les combattre. Pour cela on a employé avec plus ou moins de succès différentes pou-

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fîros absorbantes, telles que la magnésie , le magistère de bismuth , l'ivoire , les yeux d'écrevisse , le sel d'absynthe , l'eau de cbaux , le savon , les écailles d'huîtres , etc. La chimie a voulu blâmer cette multiplicité de moyens; mais la chimie ne tient jamais assez compte de la vie , et par conséquent des effets bien différents que produisent ces substances. Nous le disons parce que nous l'avons vu , les effets qu'opère la magnésie ne sont point ceux qui résultent du sel d'absynthe. Notre estomac, et surtout un estomac malade est doué d'une sensibilité bien différente que les creusets du chimiste. Comme Whytt le remarque très-sagement , cet état de l'estomac et des intestins indique souvent de l'éréthisme , les calmants et surtout les opiacés seront les remèdes les plus efficaces , et il a obtenu de très-bons effets d'une mixture faite avec l'esprit éthéré de térébenthine et de laudanum , de pilules d'opium et d'assa fœtida , et de teinture de castoréum. Il a vu souvent alors les emplâtres calmants et les frictions avec les liniments carminatifs produire de bons effets ; il employait surtout un mélange de baume anodin de Batrus , d'huile de muscade , et d'huile de menthe. Comme aussi ces flatuosités dépendent assez souvent d'une modification atonique de l'estomac , on a quelquefois associé avec avantage ces poudres absorbantes , à quelques toniques , tels que le cachou , la rhubarbe , la cascarille , la muscade , la cannelle , le Colombo, la camomille, la menthe et les carminatifs, anis , fenouil , coriandre, pinprenelle, le quinquina même, les ferrugineux , et surtout à l'emploi de quelques eaux minérales, salines ou ferrugineuses. Un régime analeptique et même rendu tonique par un peu de bon vin sera le plus convenable. Le plus souvent le calme qu'on obtiendra ne sera que passager , les gaz se reproduiront. Pour les dissiper complètement, il faut guérir la maladie elle-même , il faut rétablir l'estomac dans son état normal , et pour cela , il faut se conformer au traitement que nous avons indiqué.

De tous les phénomènes , celui qui est peut-être le plus constant , le plus opiniâtre et le plus désagréable pour le malade , c'est la constipation. On ne saurait donc trop s'empresser

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fie la conihattrc par tous les hiOyens k'S plus convenables , boissons laxatives , nourriture tempérante et relâchante , et peut-être plus souvent tonique , à cause de la faiblesse de l'intestin , enfin les lavements laxatifs et toniques. Il est inutile de répéter ici tout ce que nous avons dit à ce sujet , nous ne ferons qu'insister sur la nécessité de ne pas donner des lavements trop émollients et trop souvent renouvelés , dans les craintes d'ajouter une nouvelle faiblesse à la fibre contractile du gros intestin , et d'augmenter ainsi la disposition à la constipation. Ce point est de la plus grande importance. On ne saurait trop distinguer ces deux états de constipation par éréthisme et par atonie. Aussi il vaut mieux des lavements d'eau froide que ceux d'eau tiède. Whytt a obtenu souvent de très-bons effets de l'usage de pilules préparées avec Faloès et le calomêlas. On a réussi quelquefois à combattre la constipation par des frictions sur l'abdomen , par les suppositoires simples ou purgatifs. Lorsque ces moyens pourront suffire , ils mériteront la préférence, parce qu'ils n'irritent pas les intestins , et que leur action n'est que momentanée. On peut même la faire servir de révulsif, dans le cas où ïe foie , l'estomac seraient affectés ou engorgés. La graine de moutarde blanche à quelquefois très-bien réussi.

Dans quelques circonstances , l'hypochondrie s'accompagne d'une sensation de froid si grande que Sauvages a cru devoir en faire une espèce à part sous le nom à'Jlgide. L'exercice , les frictions , les bains chauds, les bains de vapeurs tempérés, (et peut-être l'hydrosudopathie ) , les boissons théiformes un peu diaphoritiques sont les moyens qui conviennent pour remédier à ce phénomène grave.

Nous devons borner à ce petit nombre l'examen des symptômes dominants de l'hypochondrie : ce que lïous avons dit suffira pour guider les praticiens dans les cas qui pourraient avoir été omis. Et il ne nous a pas paru convenable d'y faire entrer , à l'exemple de Louyer-Villermay et de J.-P. Frank , une foule d'autres indispositions qui n'appartiennent point à l'hypochondrie , comme phénomènes.

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