V. TRAITEMENT DES COMPLICATIONS
Toutes les maladies peuvent se développer et marcher avec l'hypochondrie ou pendant sa durée. Toutes par conséquent
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peuvent la compliquer. Quoique le traitement de ces maladies présente alors des nuances bien tranchées avec celui qui leur est applicable dans les cas ordinaires, parce qu'il faut toujours le modifier sur la disposition pathologique dans laquelle se trouve l'hypochondriaque , ce n'est pas de cette manière que nous devons envisager les complications. Elles nous présenteraient un cadre qui embrasserait la pathologie toute entière , tandis que nous ne devons regarder comme complications, que les maladies qui s'unissent et se combinent à l'hjpochondrie de manière à marcher avec elle et à en modifier le caractère et le traitement , et non ces maladies passagères ou intercurrentes ou épisodiques, qui se présentent comme en passant, qui parcourent leurs périodes avec la même régularité, et qui n'éprouvent de l'hypochondrie que les modifications qu'elles subiraient de la part d'une constitution éminemment nerveuse. De cette manière , nous réduisons singulièrement le nombre des complications , et nous ne parlerons que de celles qui sont les plus fréquentes et qui ont le plus ûiké l'attention.
Celle qui se présente en première ligne est Vhystérie. Elle est si commune , en Angleterre surtout , que nous avons vu qu'elle avait été la cause de l'erreur dans laquelle Sydenham et avec lui beaucoup d'autres auteurs étaient tombés, en confondant les deux maladies ; nous en avons cité un exemple (Obs. XXV\ La nature nerveuse des deux affections fait que le traitement présente beaucoup d'analogie. Cependant l'hystérie nécessitera qu'on insiste davantage sur l'emploi des antispasmodiques surtout dans le moment des crises. Ces deux maladies se guérissent ordinairement à la fois. C'est par les mêmes moyens hygiéniques et moraux qu'on devra chercher à calmer l'imagination malade , ou à substituer un sentiment à un autre , ou bien à faire satisfaire une passion malheureuse en conseillant le mariage , comme le fit Hoffmann dans sa neuvième observation.
La mélancolie est la maladie qui se combine ensuite le plus intimement a l'hypochondrie. Cette complication n'est pas rare: nous en avons cité deux observations ( XXIIF et XXIV^ ).
Quelques auteurs ont môme confondu les deux maladies , et le célèbre Lorry est de ce nombre. Le traitement moral devra jouer le plus grand rôle, et il devra Hre dirige conformément à la direction intellectuelle de la vésanie raélancobque. Ce n'est plus un malade qui veut des remèdes pour guérir , c'est une tête égarée qui se laisse le plus souvent entraîner au dégoût de la vie que lui inspire le monde et qu'entretiennent et accroissent ses souffrances. Les difficultés sont plus grandes , l'esprit du malade est plus difficile à manier et demande plus de tact et de persévérance , plus de versatilité dans ses ressources. Les indications thérapeutiques sont du reste les mêmes , mais on aura plus de peine à y conformer le malade. Il sent ses maux , il les exagère et s'en effraie , mais il veut rarement faire quelque chose pour les combattre. Il s'indigne même des conseils qu'on lui donne , et le médecin n'est le plus souvent qu'un misérable charlatan. Il ne faut pas cependant désespérer tout-à-fait , le succès vient quelquefois dédommager le médecin de ses peines. Rousseau nous a offert un exemple de ces deux états dans les deux périodes de sa vie. D'abord hypochondriaque , il lit les livres de médecine , il veut des remèdes pour guérir , il fait même le voyage de Montpellier pour consulter Fizes. Il devient mélancolique : alors il se sépare de tout le monde ; tout le chagrine , tout lui est ennemi , et il finit comme finissent bien souvent les mélancoliques. Yoilà pourquoi nous dirons que Tibère et Louis XI ne furent jamais qu'hypochondriaques. Ils ne cessèrent de vouloir vivre , de demander la santé et la vie à tous les moyens médicaux et religieux , peu leur importait , pourvu qu'ils pussent vivre.
De toutes les complications celle qui vient le plus souvent s'associer à l'hypochondrie , est sans contredit la gastralgie; que celle-ci ait été cause ou effet , elle se rencontre presque toujours : le dérangement de l'estomac dans l'hypochondrie est un état gastralgique. C'est au D"" Barras qu'on doit le plus beau travail sur ce sujet. Il démontre ce qu'on savait déjà , et il le prouve par de nombreux exemples , que le premier soin est de rétablir l'estomac. C'est à ce but que doivent tendre tous les
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efforts du médecin. Tant que la gastralgie persistera , elle entretiendra rhypochondrie , elle en est l'aiguillon incessant. Il a su faire marcher de front le traitement hygiénique et le traitement moral , et quoiqu'il semble proscrire l'emploi des médicaments, il conseille cependant les calmants et surtout le sirop de morphine, qui ont le double avantage de calmer les douleurs et les spasmes de l'estomac et de favoriser le sommeil. Mais il s'élève avec force contre l'emploi des stimulants et des aromatiques. Le point sur lequel il Insiste avec le plus de soin et avec juste raison , c'est sur le régime alimentaire , parce qu'il est souvent le seul traitement qu'on puisse employer. Il a toujours observé qu'une légère alimentation était plus avantageuse, même dans le cas d'inappétence , qu'une diète absolue , excepté dans les cas rares de grande irritation. Il veut en conséquence , avec Schmidtmann , qu'on apporte le plus grand soin dans le choix des aliments. ïl veut qu'on s'abstienne des substances alimentaires qui débilitent et rafraîchissent trop , et qu'on proscrive également tous les mets de difficile digestion, tous les mets échauffants ou irritants et tous les mets mucilagineux et venteux. C'est entre ces deux classes d'aliments qu'il faut choisir : en conséquence, il veut qu'ils soient nourrissants et toniques sans irriter , et pris dans la classe des substances animales , les viandes , les gelées , des poissons légers et non gras , des œufs , des huîtres , des farineux tels que le pain de gruau , la biscote de Bruxelles, le riz , l'arrow-root , la farine de blé de Turquie (1) ; les soupes maigres , le chocolat, le café au lait , le sucre, les fruits, les légumes (2). II
(1) Les farineux qui conliennenl beaucoup de mucilage, eomme le salep, le tapioca, sont généralemeot nuisibles et plus indigestes.
(2) « Les cerises, les poinuies, le raisin, les groseilles, les fraises, les framboises, etc., sont généralement contraires, à cause du mucilage qu'ils contiennent. Parmi les légumes, on peut faire usage de la carolle, de la betterave, des salsifis, de l'asperge, des cardons, de l'artichaut, des haricots verts, de la chicorée et même des épinards et de la laitue, moyennant qu'ils soient au gras ou au sucre; mais les haricots blancs, la fève de marais, les poids, le navet, les concombres, le melon, et les choux principalement, doivent élre rejetés. » M. Barras con-
s'élève avec beaucoup de force contre les écarts de régime , et des faits nombreux en démontrent les fâcheux effets. En même temps il convient de l'impossibilité de tracer un régime alimentaire uniforme pour tous les malades , et même pour chaque malade. Les bizarreries et les caprices de l'estomac gastralgique exigent des modifications , non seulement pour chaque individu , mais à chaque instant pour le même malade. C'est là un point bien important et qu'on ne saurait trop surveiller. Le médecin ne doit point craindre de descendre aux détails les plus minutieux. Non seulement c'est un moyen d'agir sur l'imagination d'un malade qui veut qu'on s'occupe de lui et de toutes ses bizarreries sensitives ; mais c'est aussi le seul moyen de ramener à son état normal un estomac vicié qui est tout à la fois complication et cause entretenante. En thèse générale on donnera la préférence aux aliments qui sous un petit volume nourrissent sans stimuler : ils sont le premier et le meilleur secours. Il nous serait impossible d'entrer ici dans tous les détails qu'exige le traitement de la gastralgie. Je ne puis que renvoyer pour cela au savant traité du docteur Barras. On y trouvera tout ce que le praticien peut désirer. C'est l'ouvrage le plus pratique qui ait paru dans ces temps modernes. Tant que l'état d'éréthisme persiste , il faudra s'en tenir aux adoucissants , tels que l'eau panée , les bouillons de poulet , de veau, de grenouille , le petit lait , le lait et surtout le lait d'ânesse , et à quelques hypnotiques , tels que les sirops de codéine , de morphine , de karabé, de jusquiame , les pilules de cynoglosses, les gouttes noires de Rousseau, l'eau de laurier cerise , et l'emploi dermique et endermiqne de la morphine à haute dose. Mais une fois que cet éréthisme est calmé , il ne faut pas trop insister sur ces moyens et encore moins sur les
damne d'une manière trop absolue le lait, à moins qu'il ne soit pris froid et à la glace. Comme tous les moyens, il ne réussit pas toujours. Il éprouve le sort qu'un estomac névrosé et capricieux réserve à tous. Ses raisons ne nous ont pas convaincu, parce que bien souvent nous en avons obtenu les meilleurs effets. Cela tiendrail-il au climat ou à la qualité différente du lait de Paris et de celui de Jjjon?
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mucilagineux , on plongerait l'estomac dans un état de débilité qui rendrait la maladie plus grave encore, ainsi que l'a vu souvent M. Barras. Il faut leur associer progressivement et de temps en temps, et même leur substituer quelquefois des toniques doux , des amers et quelques spiritueux. La glace a bien des fois réussi, seule ou râpée avec du sucre. L'eau froide sera quelquefois très-avantageuse ; l'eau de Seltz , les eaux de Saint-Galmier , de Fougues, de Chateldon , les eaux ferrugineuses , soit en mangeant , soit dans l'intervalle des repas , ne seront pas moins utiles. Les préparations ferrugineuses, surtout les extraits et les sirops de gentiane , de quina , les conserves de rose , d'aulnée , l'assa fœtida, le fiel de bœuf et quelques gouttes de bons vins généreux d'Espagne , de Malaga, de Madère , ou de nos vins muscats de France les mieux choisis , des vins de Bordeaux, seront aussi d'une utilité manifeste, pourvu qu'on apporte la plus grande réserve et la plus grande prudence dans leur emploi, comme dans celui de tous les remèdes, surtout avec un régime tonique , et qu'on sache les suspendre à temps (1). Les poudres dites absorbantes de magnésie , de bismuth , d'écrevisse, d'huître, etc., peuvent souvent être conseillées avec avantage , dans les cas surtout où la gastralgie est accompagnée d'une sécrétion muqueuse et séreuse abondante. Pour les rendre plus toniques on peut leur associer les poudres de muscade , de cannelle, de Colombo, de cascarille ; la poudre aérophore très-usitée en Allemagne (2); ou les remplacer par le corail et la pierre calaminaire : et on en fait prendre de
(1) (( On connaît les mauvais effets du vin blanc dans les maladies nerveuses. Les vins rouges du Midi, étant riches en principes alcooliques, excitent trop l'estomac; tandis que la bière, le cidre et l'eau pure ne l'excitent pas assez, et le remplissent de vents, à moins qu'ils ne constituent la boisson habituelle des mulades. »
(2) Voici la composition de cette poudre :
Pr, Carbonate de soude . . 1, Acide taririque .... 1,50
Sncrc blanc 1 ,
Faites dessécher à une douce chaleur, mêlez et conservez dans un vase foimé.
temps en temps et surtout avant le repas , une pincée dans un peu de bouillon ou d'e^m sucrée , ou tout autre véhicule. C'est ainsi que nous avons obtenu de très-bons effets du sulfate de quinine , dont nous faisons mettre quelques centigrammes dans une cuillerée de lait, et surtout de lait d'ànesse, que les malades prennent le matin. Enfin il est des cas rares dans lesquels les vomitifs et les purgatifs trouveront le moyen d'être utiles. M. Barras en cite plusieurs observations, tout en avertissant de bien se tenir en garde contre leurs effets plus souvent nuisibles, surtout du tartre stibié. Rien , au dire de M. Barras , n'est aussi pernicieux dans la gastralgie que le traitement antiphlogistique. «Car , dit-il, je dois un grand nombre de guérisons qui ont paru surprenantes , à l'abus qu'on fait aujourd'hui des antiphlogisliques.
Schmidtmann a , dans son traité de la Cardialgie , émis des opinions semblables et sur le caractère de la maladie et sur son traitement. On ne peut lui reprocher que d'avoir trop insisté sur les toniques actifs , qui peuvent convenir en Allemagne mieux qu'en France .
Les révulsifs et les dérivatifs sont plus souvent nuisibles qu'utiles. Il n'est pas nécessaire de dire que ces moyens n'excluent aucun de ceux que nous avons conseillés contre l'hypochondrie. Il sera , au contraire , très-avantageux de leur associer les bains , les exercices , les distractions , les voyages , etc. Rien n'est plus commun que de voir les altérations organiques des différents viscères de l'abdomen venir compliquer l'hypochondrie . soit qu'ils en aient été cause , comme cela arrive souvent , soit qu'ils en aient été l'effet , ce qui n'est pas moins fréquent. De toutes ces altérations , la gastrite chronique paraît avoir été rencontrée le plus souvent dans ces derniers temps. Malgré la confiance que nous inspirent les auteurs qui ont fait cette remarque , nous pensons que cette complication n'est pas aussi fréquente qu'ils l'ont cru, et que^ dans leur préoccupation systématique , ils ont bien souvent confondu la gastrite chronique avec la gastralgie , et même avec de simples phénomènes nerveux et gastriques. Quoiqu'il en soit ,
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toutes ces maladies de même que toutes celles qui peuvent compliquer l'hypochondrie ont chacune leur traitement particulier. Dans l'impossibilité de le tracer ici d'une manière convenable , nous nous dispenserons d'en rien dire. La seule réflexion que nous nous permettrons c'est que, dans l'emploi des antiphlogistiques^ fondants, résolutifs, évacuants, et autres remèdes qui conviennent pour combattre ces complications , il est bien essentiel de tenir compte toujours de l'état nerveux de l'hypochondrie, afin de ne pas s'exposer à l'exaspérer par des moyens inopportuns.
La syphilis, la phthysie pulmonaire, les anévrismes du cœur, les scrofules ne nous paraissent pas avoir avec l'hypochondrie des liaisons plus intimes qu'avec les autres maladies. Elles peuvent venir la compliquer sans doute , mais alors c'est au praticien habile à savoir faire marcher de pair le traitement des deux maladies , et à ne jamais rien faire qui puisse nuire à une machine aussi frêle que celle de l'hypochondriaque.
On a vu quelquefois des sueurs abondantes venir compliquer l'hypochondrie. Quoique cette complication soit assez rare, elle n'en est pas moins très-grave lorsqu'elle existe , parce que cette évacuation abondante épuise le malade et l'énervé de plus en plus. Le plus souvent elles sont liées à une maladie organique , une fièvre consomptive , qu'il faut d'abord combattre. Mais lorsqu'elles sont indépendantes de ces causes, on cherchera à les arrêter ou du moins à les diminuer par l'emploi des toniques légers , et surtout par . un régime analeptique et fortifiant convenable. Tissot vante beaucoup les eaux de Selz coupées avec le lait écrémé. Nous avons réussi plusieurs fois avec le sucre de Saturne, l'agaric blanc , la racine de colombo , soit ensemble , soit séparément. Mais pour réussir il ne faut point prescrire ces substances avec trop de timidité. Par exemple, le sucre de Saturne à la dose de cinq à dix centigram. comme il est ordinairement conseillé, échoue presque toujours : je n'en donne jamais moins de quarante à cinquante centigrammes par jour, et j'en ai retiré tous les bons effets que j'en altendais. Jamais je n'en ai vu résulter aucun inconvénient.
Je ne reviendrai pas non plus sur ce que nous avons dit du rhumatisme et de la goutte. Ces deux maladies, la première surtout, compliquent assez souvent l'hypocbondrie ; mais nous ne ferions que répéter ce que nous avons dit plus haut.
Pourrions-nous nous dispenser de parler du scorbut , lorsqu'on en a fait une cause si puissante de l'hypocbondrie , qu'on est allé , comme nous l'avons dit , jusqu'à confondre ces deux maladies , et lorsqu'on voit , encore aujourd'hui , Joseph Frank nous avertir de bien faire attention à la tendance de l'hypocbondrie à dégénérer en scorbut ? Ce qui nous porterait à penser que cette dégénérescence se montre plus souvent dans certaines localités, par exemple en Allemagne, que dans d'autres , par exemple , en France. Lors donc que, chez certains sujets et dans certaines conditions hygiéniques , cette complication se rencontrera , il faudra ne rien négliger pour la combattre. On n'oubliera pas que le scorbut veut des toniques , l'état nerveux exige ordinairenient des adoucissants. Dans le choix des moyens les pins convenables à ces deux états , on cherchera donc bien à ne rien faire qui puisse nuire d'un côté , pendant qu'on veut être utile de l'autre. Il faut pour cela tenir compte de toutes les conditions pathologiques et physiologiques dans lesquelles se trouve le malade. Il faut surtout démêler le véritable état de sa constitution naturelle et acquise. Il importe encore de s'assurer si le scorbut a agi sur l'économie de manière à déterminer l'hypocbondrie par ses longues souffrances , ou s'il n'est venu que secondairement la compliquer. On sent combien le traitement devra présenter de modifications , selon chacune de ces dispositions physiologiques , pathologiques et idiopathiques. C'est donc à combiner avec discernement les moyens les mieux adaptés à chaque état du sujet, que le médecin devra s'appliquer. Il ne se bornera pas à savoir que , dans le scorbut , on prescrit les bouillons antiscorbutiques, apéritifs , adoucissants, les bains sabns, les eaux minérales, les vins généreux, un régime fortifiant. Administrés indistinctement et sans égard aux causes, ces secours n'opèrent point , ou opèrent mal , la maladie s'empire et les symptômes
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augmentent d'intensité. Si l'on ne traite plus que ceux-ci , comme cela n'arrive que trop souvent, les malades tombent dans la langueur, l'atrophie, le tremblement et un marasme qui se termine souvent par l'hydropisie.
« Il faut se défier d'un état morbide , dans lequel tombent certains hypochondriaques , qui revêt quelques caractères du scorbut, et qui ne l'est point. Les antiscorbutiques aggravent cet état , et il ne faut l'envisager et le traiter que comme une cacochymie. Cet état peut être originel et venir de parents qui transmettent ainsi à leurs enfants les germes de maladies humorales dont ils ont été affectés dans leur enfance. Il dépend aussi et le plus ordinairement : 1° de digestions viciées et d'un mauvais régime longtemps continué ; 2" d'un dérangement dans la sécrétion de la bile ; voilà sans doute pourquoi il se produit souvent après de longs chagrins; 3" de veilles prolongées ; 4° de transpirations dérangées , comme on le voit souvent dans les airs malsains , après une vie trop sédentaire, ou après des veilles trop longues.
« Ce n'est qu'en faisant attention à ces causes , et en cherchant à distinguer quelle est la véritable , qu'on peut se flatter de guérir cette disposition , qui , si on la laisse s'invélérer , altère les solides mêmes et ensuite ne se déracine presque jamais complètement. Par tout ce que j'ai dit, on doit comprendre que c'est en rétablissant les digestions , en faisant couler la bile , en observant un régime doux , et en facilitant la transpiration qu'on peut se flatter de guérir.
« On comprend pourquoi souvent le lait, souvent les bouillons adoucissants et mucilagineux , souvent les bains tièdes font beaucoup de mal, quelquefois beaucoup de bien. Si l'on emploie les adoucissants pendant que la bile coule mal , si l'on ordonne des bains tièdes dans un temps où il y a des amas dans les premières voies , et où les solides ont déjà perdu leurs forces, ils nuisent. Quand on a rempli les deux premières indications , les adoucissants et surtout le lait d'ànesse réussissent très-bien. S'il n'y a point de faiblesse, les eaux minérales acidulés douces opèrent de très-bons eflcts , surtout si on les joint
aux. bains frais ; tandis que les eaux minérales fortes irritent quelquefois à un point étonnant. »
J'ai cru devoir citer dans son entier ce passage de- Tissot ^ parce que je n'ai trouvé nulle part ailleurs si bien indiqué cet état scorhutoïde qui se joint quelquefois à i'hypochondrie , et parce qu'il renferme les préceptes d'un praticien observateur.