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chondrie, une chose frappe d'abord les yeux. Trois ou quatre traités se disputent les honneurs de la suprématie. Chacun en particulier semble avoir tout dit. Cependant ils se font réciproquement leur procès avec une amertume qui s'écarte quelquefois de cette sage modération que commande la seule recherche de la vérité. Chaque auteur émet une opinion^ et il la soutient avec ardeur : cela est naturel. Lorsque la vérité s'est montrée à quelqu'un, ou du moins, lorsqu'il pense l'avoir trouvée, rien ne doit l'arrêter; il doit la publier et la mettre au grand jour ; c'est un devoir. La retenir dans la crainte de susciter des susceptibilités ou de blesser un auteur qu'on estime, serait une coupable timidité : le médecin ne doit jamais perdre de vue cette. antique maxime : arnicas Plato, magls arnica veritas. Mais en émettant son opinion avec toute la force et toute l'énergie nécessaires, il ne s'écartera jamais des formes d'urbanité que les hommes se doivent entre eux, et que les savants ont droit d'exiger plus que personne, à cause des peines sans nombre et souvent ardues que leur ont coûtées leurs travaux. C'est principalement en réfutant les opinions, quelque erronées qu'elles paraissent, qu'il faut mettre en pratique cette sage réserve. Les injures ne sont pas raison, a-t-on dit depuis longtemps. Si elles mettent un moment les rieurs de leur côté, le sens froid vient bientôt faire retomber sur eux les sarcasmes que ces aristarques intolérants se sont permis envers des confrères estimables.
En établissant ces règles de conduite dans la cri-
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tique^ nous traçons les principes qui nous guideront dans ce travail^ parce que nous aurons bien des opinions à combattre^, bien des hypothèses à réfuter. La chose ne peut pas être différemment, FAcadémie en fait une obligation tacite aux candidats : car elle n'aurait pas soumis à un nouvel examen une question sur laquelle quatre opinions différentes sont émises avec conviction par leurs auteurs, tous les quatre hommes du plus grand mérite. Elle a donc jugé que ces opinions pouvaient tenir à une interprétation vicieuse des faits, ou plutôt à la manière d'envisager la question, et à la facilité avec laquelle on fait ensuite plier les faits à cette manière de voir préconçue. Comment, en effet, en serait-il autrement, lorsqu'on voit l'un faire tout dépendre des facultés intellectuelles, l'autre placer tout dans l'organe de ces facultés, d'autres en faire une phlegmasie chronique ou une névralgie de l'estomac, et un autre enfin y trouver une névrose générale? Voilà pourtant où en sont arrivés les auteurs les plus modernes, ceux dont les ouvrages sont justement estimés. Cette divergence d'opinions, véritable anarchie médicale, ne se borne pas à des théories oiseuses et de simple curiosité : elle étend son influence sur le traitement en le basant sur la nature présumée de la maladie. De telle façon qu'on soumettra le malade à une médication systématique qui pourra être avantageuse quelquefois et d'autres fois nuisible. Nous n'en doutons point : c'est parce que l'Académie a senti ce grave inconvénient, et qu'elle a voulu y remédier en appelant des efforts qui pus-
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sent harmoniser en quelque sorte ces opinions différentes, ou en trouver une solution plus vraie et plus satisfaisante, qu'elle a mis au concours la question suivante :
« L'histoire physiologique et pathologique de l'hypochondrie. »
Elle ne pouvait pas choisir une question qui fût plus propre à lui faire atteindre ce but, et en même temps qui répondit mieux aux intentions de l'infortunée martyre des affections nerveuses, M™^ de Civrieux, qui a fondé le prix.
Voilà un sujet immense : l'histoire physiologique et pathologique de l'hypochondrie. Il embrasse l'histoire entière de cette maladie singulière. Il est encore, malgré tout ce qu'on a fait, un des plus grands problêmes de la pathologie, un aliment aux discussions les plus actives, et dont le terme n'est peut-être pas encore prochain. C'est une monographie qu'il faut faire pour traiter convenablement cette question. En effet, ces deux mots .physiologique ci pathologique s'étendent à tout ce qui se rapporte à la maladie; car il serait impossible d'en séparer un point auquel ne pourrait pas s'appliquer ou la physiologie ou la pathologie de l'hypochondrie. Il semblerait d'abord que le traitement pourrait en être écarté. Cependant il est en quelque sorte le complément ou le corollaire de la physiologie. Tout y est physiologique. Il n'y a pas de maladie qui nécessite une étude plus approfondie et de la modification organique, et de l'action des moyens pharmaceutiques et hygiéniques sur l'organisme,