‹ Traité complet de l'hypochondrieChapitre 7 sur 40 · XVJ AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

XVJ AVANT-PROPOS

sur leur juste appréciation. C'est parce que son fondateur a été à la fois le premier observateur et le premier raisonneur. Il ne s'est montré ni dogmatiste, ni praticien exclusif. Ce qui le prouve encore mieux, c'est que toutes les doctrines, tous les systèmes qui ont opéré quelques révolutions en médecine, ont toujours invoqué les faits, et que ce n'est que sur eux qu'ils peuvent s'appuyer pour devenir, comme le dit Laromiguière , le chef-d'œuvre de l'esprit humain, c'est-à-dire un bon système. Pour accomplir cette œuvre, il ne suffit pas d'avoir des sens exquis pour bien voir, [bien entendre, bien toucher toutes les modifications d'une maladie, de faire, comme on l'a dit, un travail de manœuvre ; il faut avoir surtout un jugement sain pour bien apprécier les phénomènes, et un raisonnement phi-, losophique étendu et capable d'en déduire toutes les conséquences qui, par leur filiation, mènent aux découvertes et font progresser la science. Mais il ne faut point les séparer. Les faits sans le raisonnement sont des matériaux bruts, qui vont se perdre avec tant d'autres dans la poussière des bibliothèques, jusqu'à ce que l'œil du génie vienne les utiliser, s'il les rencontre. Le raisonnement sans les faits ne produit le plus souvent que des hypothèses, qui, au lieu de servir la science, ne font que nuire à ses progrès, en lui ajoutant une erreur de plus à combattre. Voilà pouiquoi les théories, les systèmes et les doctrines se succèdent avec tant de rapidité ; Toi cajnta, tôt sens us.

Nous commencerons donc par l'exposition des

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faits. Parmi ceux que nous avons recueillis^ nous choisirons les plus simples et les plus propres à nous faire comprendre la maladie. Nous verrons qu'ils sont aussi variés que les individus qui en sont atteints. Quoiqu'ielles aient toutes des caractères communs^ qui permettent de les distinguer au milieu des nuances infinies et des anomalies sans nombre qu'elles présentent^ aucune observation ne ressemble entièrement â une autre. Loin d'être identiques, elles offrent toutes des nuances plus ou moins prononcées, capables d'induire en erreur les gens du monde et les hommes superficiels.

Comme nous n'avons pas tout vu, ni pu tout voir, nous serons obligé de faire de fréquents emprunts aux auteurs qui ont traité le même sujet. Nous nous appuyerons toujours du résultat de leurs observations, toujours nous l'invoquerons comme le moyen le plus sur de ne point nous égarer. Nous joindrons à chaque fait l'analyse raisonnée de tout ce qu'il présente d'utile et d'important. Nous en ferons une sorte de dissection physiologique, afin de mieux trouver quels sont les organes ou les tissus qui jouent le rôle le plus essentiel. De cette manière je pourrai dire avec un auteur célèbre : Scribo qiice vidi^ et quœ sunt, et quœ oportet fieri post hœc. Dans cette partie de notre travail, nous déduirons des faits tous les corollaires qui devront constituer l'histoire entière de l'hypochondrie. Ce sera la théorie fille de l'observation.

Nous coordonnerons ensuite en corps de doctrine toutes les réflexions éparses dans les observations;

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nous en ferons l'histoire générale de l'hypochondrie, et afin de suivre Tordre tracé par l'Académie, nous commencerons par l'histoire physiologique. Comme cette étude a été faite successivement par tous les auteurs qui ont émis leurs opinions, il devient indispensable de faire une étude historique et critique de la maladie, de passer en revue les opinions émises de nos jours, et de les apprécier â leur juste valeur, en les dépouillant du prestige de l'élocution et du nom de l'auteur. Dans cet examen critique, nous ne devons nous arrêter qu'aux opinions émises de nos jours, parce qu'elles partagent le monde médical. Cette tâche sera difficile, épineuse et hardie, peut-être même téméraire. Nous aurions reculé devant cette pensée, si l'appel de l'Académie ne faisait pas â tous les médecins un devoir de se présenter dans la lice et de s'y présenter avec confiance. La différence des opinions qui régnent, la réfutation réciproque que les auteurs en ont déjà faite, et plus encore la mise au concours de la question, doivent faire regarder cette lutte comme engagée sérieusement, et peut-être même pourrait-on y voir une sorte de condamnation des opinions existantes. Si l'Académie avait reconnu la vérité de l'une d'elles, elle se serait dispensée d'appeler de nouvelles discussions. Elle n'aurait pas voulu mettre en présence des hommes qui n'en sont pas moins estimables, quoique ne parlant pas le même langage théorique^, si elle n'avait pas pensé que de ce choc des opinions pourrait jaillir la lumière.

Cette discussion terminée, nous exposerons la

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