SÉCRÉTIONS
Sécrétion gazeuse. — Parmi les troubles de sécré' lions qui accompagnent l'hystérie , l'un des plus remarquables , soit comme prodrômc , soit comme symptôme , soit comme phénomène consécutif , est , sans contredit ,
(1) « Quand la vapeur monte iusques au diaphragme et es partes du thorax, elle rend la respiration courte et fréquente, comme si on avoit la poitrine oppressée. Et venant à attaquer aussi le cœur, elle cause quelquefois une légère défaillance, de laquelle néantmoins le poulscsl à peine changé. » (Fernel, Path.,\i\. vi, p. 498.)
♦ Chez les femmes hystériques, les spasmes sans fièvre sont faciles, comme chez Dorcas. (Hipp., Prorrhétiques, liv. 1, § 119 )
Cette remarque d'Hippocrale est répétée exactement dans les mêmes termes, dans les Prénotions coaques. Oî év vaTepix-fitri-» «ttu-. poiJt t7T:c.a[ioi, txiy^tpit;, otov z«t Aopzàâi. secl., xxxii.
^2) Tome 1", 2* partie, p. 276.
jcetle sécrétion gazeuse , si subite et si abondante , qu'on observe dans les voies digestives , et , d'après quel^ ques pathologistes, dans la cavité péritonéale elle-même (06s. 41, 14, 70, 97).
Si cette sécrétion gazeuse produit chez quelques ma^ lades des vents ou des éructations continuels , il en est aussi chez lesquelles le météorisme disparaît sans l'émission d'aucun gaz, ni par haut , ni par bas, bien qu'il ait été porté assez loin, parfois , pour simuler une grossesse au neuvième mois (0.
Cette disparition spontanée du météorisme tendrait à infirmer l'hypothèse de M. Magendie, qui le rapporte à l'ingestion de l'air pendant les mouvements convulsifs. Il suffit, d'ailleurs , pour détruire cette opinion , de remarquer que le gonflement de l'abdomen est presque aussi fréquent avant ou après que pendant les accès , et que , d'ailleurs , il accompagne aussi bien la forme non-convulsivc que la forme convulsive.
Nous pensons , comme les auteurs du Compendhm , que la cause de ce météorisme insolite est due à une modification toute morbide que subissent les sécrétions , sous l'influence des troubles nerveux dont le tri-splanchnique est lui-même affecté , et que cette perversion est en tout semblable a celle qu'on observe dans la gastro-cntéralgie simple ou symptomatique de l'hypochondrie.
Cette tympanite est, dans certains cas, assez prononcée pour permettre au corps de surnager, ainsi que sir Bro^ die dit en avoir vu des exemples (^) ; et c'est, sans aucun
(0 SCIPION PlNEI. , p. 413.
(2) Mémoire sur quelqties qffecfions locales qui simulent l'hystérie. (Gas. méd., 1837.)
doute , celte circonstance qui a l'ait créer par Pomme ce surnagemenl hystérique qui tient tant de place dans ses écrits, et qu'il attribuait au racornissement des nerfs!!!
« L'état local est quelquefois si grave dans l'a^roentérectasie hystérique , dit M. Piorry , que des élèves ou des médecins peu instruits ne manquent pas de prendre des cas pareils pour des péritonites. Il y a des moyens bien simples de se préserver de cette grossière erreur , c'est d'observer le faciès , qui , ordinairement, reste excellent ; c'est de palper le pouls, qui ne présente pas d'altérations -, c'est de questionner sur les circonstances commémoratives d'accès d'hystérie; c'est l'excessive expression de douleur que la malade montre ; ce sont les mouvements qu'elle exécute et qu'elle se donnerait bien garde de faire si une péritonite existait , etc. Malgré l'évidence de tels symptômes, j'ai vu plusieurs malades qui , pour en avoir été atteintes , avaient eu a supporter l'application de quatre-vingts sangsues sur le ventre. On se félicitait d'avoir guéri une péritonite (0 ! »
Louyer-Villermay assure avoir observé un emphysème essentiel chez une femme hystéi'ique , sans aucune lésion extérieure et sans aucune communication avec les poumons ; mais autant il serait téméraire , surtout lorsqu'il s'agit d'affections nerveuses , de nier un fait , par cela même qu'il parait exceptionnel , autant il serait imprudent de l'accepter sur la seule foi d'une assertion, quand il est énoncé , comme dans ce cas , sans détails et sans preuve. Ne pouvait-il , en effet, s'être produit chez cette malade quelque fissure a la trachée pendant les convulsions hystériques ?
(I) Traité de diagnoslic , lom. n,p.6lB.
Sécrélioii iir inaire. — Nous avons déjh fait remarquer , dans la symptomatologie générale , que beaucoup d'accès étaient terminés par l'émission presque irrésistible d'une grande quantité d'urine claire et limpide. C'est la^ effectivement, la principale modification que subit cette sécrétion dans l'iiystérie , et nous avons été étonné de voir ce symptôme omis par M. Lisfranc dans sa description de cette névrosé (0.
Hippocrate avait déjà noté ce phénomène , en lui attribuant même une heureuse influence sur la terminaison de l'accès (2); et Van-Swieten et CuUen ont été jusqu'à le donner, d'après Sydenham^ sans doute , comme signe pathognomonique de l'hystérie : « Omnium cerlis- 1) simum et maxime pathognomonicum signum est, si » ingentem copiam urinse limpidissimae emittant taies » tegri, dum illa anxietas adest,vel aderit brevi. Hoc )y urinîB pro fluvio fatetur Sydenhamus se imprimis co- )) gnovisse mirum hune morbum , dum varias larvas » induens qusevis alla mala mentiretur (3). »
Mais si l'on remarque combien l'envie d'uriner est ordinaire dans l'épilepsie W, après la syncope (s), et même après toutes les émotions morales , on reconnaî-
(1) Lisfranc , Cliniq. de la Pitié, tome n.
(2) iï<f£lést Se z«t oiipou 5isÇo5of iukoei^yi; noWri, xat pvaiç xot- >tn», xai ÛTrvot. {Prœn. coaq., 358.)
(3) Van-Swieten, tome ii , p. 181.
(4) « Chez les épilcptiqucs, des urines ténues et crues contre l'habitude, sansrcplétion, annoncent le spasme. » (Hipp., id., § 587. )
(5) « Deux ou trois mois avant qu'il mourust, il avoit
tous les jours deux ou trois petites syncopes; le cœur haj déf allait, avec une envie extrême de pisser ; et, comme il avoit pissé, il revcnoitàsoy. « (Andrk Dulaxirkns, Desmulad. mélanc/i., 314.)
ira que , malgré sa fréquence , la miction ne peut être regardée comme phénomène caractéristique de l'hystérie .
Le fait de l'émission de l'urine immédiatement après l'accès est d'ailleurs plus constant que celui de la limpidité (') , et soit complication de quelque affection fébrile , soit coïncidence de quelque trouble antérieur dans la sécrétion rénale, on rencontre parfois chez les hystériques des urines chargées, même aussitôt l'accès
On constate , du reste , pour la miction , les mêmes irrégularités que pour les autres accidents hystériques (2);
(1) «Urina plerumque instar aqualimpida, inlerdum pauca.cw?» rtibi-o sedimenlo ru'ingchatar. » (Hoffmann, 3.)
* Urinam intense linctam cum sedimento furfuracco. . . (Id.)
(2) « Nunc urina fluit, nuno relinetur, cum vehementl circainguinadolore. » (Hoffmann, loe. cit., obs.8.)
' On trouve dans le Journal de chimie médicale , Mai 1826, l'analyse de l'urine d'une hystérique, par M. Peschier; mais, outre que dans ce cas rtiystcrie n'a pas été définie, les résultats de l'examen cbimique ayant été différents à quelques jours d'intervalle, il est impossible de rien conclure de celte étude.
* Mon savant ami le docteur Becquefel, qui a analysé avec le plus grand soin l'urine rendue pendant les accès hystériques ou hystériformes, résume ainsi ses observations sur ce point.
«... Sous l'influence d'un accès d'hystérie , ou d'uu accès nerveux quelconque, trois choses peuvent arriver dans l'urine :
1° Les urines restent normales, ne sont pas influencées ;
2° La sécrétion de ce liquide diminue momentanément , il y a passagèrement production d'urines fébriles; diminution de quantité ; urines plus foncées, plus denses, plus chargées, et même sédimenteuses ;
3° La sécrétion augmente momentanément , il y a production d'un flux urinaire , les urines sont alors augmentées de quantité, pâles, claires, limpides, peu denses.
Je n'ai pu déterminer la cause de ces trois influences toutes différentes exercées sur les urines.— Pour cette sécrétion, elles sont du
ainsi, chez certaines malades , l'urine est rendue sansqu'elles en aient le sentiment ou sans qu'elles puissent la retenir; chez d'autres, il y a, tantôt abondance exagérée , tantôt rareté , tantôt suppression complète (Obs. 100, 305). Nous étudierons spécialement ce dernier phénomène au chapitre delà paralysie hystérique.
Sécrétion utérine, vaginale. — Quant à ces hypersécrétions utérines , vaginales , annoncées à la fin des paroxysmes par Galien , Forestus , Zacutus-Lusitanus , Willis , Rivière, Astruc, Louyer-Villermay , etc. (i) , on s'en est beaucoup exagéré la fréquence et l'importance.
Voulant résoudre cette question , comme toutes celles
feste semblables à celles qu'on observe pour les autres, et spécialement pour le foie. — Sous l'influence d'une émotion morale vive, ne voit-on pas la sécrétion biliaire tantôt se supprimer et un ictère se produire, et tantôt, au contraire, la quantité de bile augmenter et un flux biliaire en être la conséquence ?
Constatons ici les faits sans les expliquer :
Dans l'intervalle des accès, les urines sont eu général normales, si les accidents ont complètement disparu.
Mais si les phénomènes nerveux ont persisté , on peut observer la conservation des modifications imprimées à l'urine par la production des accès.
J'ai observé chez 8 femmes, à l'Hôtel-Dieu, un flux urinaire remarquable sous l'influence d'un accès d'hystérie. Une de ces femmes était chlorotique, et j'en ai déjà parlé.
6 de ces 8 femmes présentèrent dans leurs urines une forte proportion de mucus, variant cependant d'un jour à l'autre ; elles étaient toutes affectées d'un écoulement Icucorrhcique. Dans aucun cas il n'y eut d'albumine. « [Séméioiique des urines, p. 369. )
Ces observations du docteur Becquerel ont besoin, on le voit, d'être répétées sur une plus grande échelle pour conduire à des résultats qui puissent être regardés comme l'expression générale des faits partrculiers.
— so -
qui présentaient quelque cloute , par l'observation pratique , j'ai pu étudier les résultats annoncés par les auteurs , dans un grand nombre d'occasions , soit à l'aide du toucher , soit plus souvent , il est vrai , par les renseignements des malades , et l'expérience m'a conduit là oîi l'induction avait déjà conduit M. Dubois d'Amiens , a savoir qu'il n'est rien de moins constant que ces sécrétions dans l'hystérie (i).
Dans les paroxysmes de courte durée , les malades , qu'elles soient ou non sujettes aux flueurs blanches , ne remarquent aucune modification particulière dans les accès prolongés , et j'en ai observé qui duraient plus de quatre heures. Les unes n'éprouvaient rien de spécial, les autres se plaignaient d'une notable augmentation leucorrhéïque ; mais cet effet se produisait également chez elles dans d'autres circonstances, et principalement sous l'influence de la fatigue , des émotions morales , ou a l'approche des menstrues.
J'ai interrogé un grand nombre d'hystériques pour tranchercette question, indécise jusqu'alors au point de vue de l'observation pratique , et je n'en ai trouvé aucune chez laquelle cette hypersécrétion eut lieu après les accès sans avoir lieu également sous d'autres influences.
Il reste donc constant pour nous que l'hypersécrétion des parties sexuelles est nulle dans les accès courts , peu fréquente dans les accès prolongés , et qu'elle se manifeste uniquement chez les femmes qui la remarquent dans d'autres circonstances.
On sait, en effet, combien la leucorrhée est commune chez les femmes nerveuses ; on sait combien l'hypersécrétion utérine ou vaginale augmente à la suite des émo-^
(1) Obs. 194, 263, 282, 290, 311, 867.
tions de tout genre , et comment , par conséquent , elle pourrait se produire dans certains états hystériques qui dérivent d'une cause morale , sans qu'on dût la rapporter à l'action unique des paroxysmes (i).
Plijalisme. — Le ptyalisme indépendant de toute lésion primitive , appréciable de l'appareil salivaire , a été plusieurs fois noté dans l'hystérie (2). Sydenham l'avait même signalé dans cette affection , comme produit par une modification du sang : « Forte etiam a spiritus san- » guinem ita molestantibus pendet ptijalismus ille hys- 5) tericis familiaris, cum ad multas septimanas salivam 1) expuant tenuem, perinde ac si unguenlo exmercurio » fuerint delibutoe (3). »
Mais si l'on remarque que ce ptyalisme , noté particulièrement dans les faits recueillis par Pison , Hoffmann et M. Tanquerel-des-Pl anches , s'observe également dans l'épilepsie, l'hypochondrie , la mélancolie, la grossesse , etc. , on sera conduit a rattacher ce symptôme a un trouble de l'innervation en général , plutôt qu'à certaines névroses en particulier.
Le seul cas de sialorrhée , du reste, que M. Tanquereî attribue à l'influence hyvStérique (*),me paraît devoir être, avec bien plus de raison , attribué a la grossesse, car , d'après les détails del'observation même, la malade était
(1) Je ne parlerai ni dés prétendues sensations qu'on dit accompagner les évacuations uléro-vaginales pendant les paroxysmes , ni dé l'excrétion séminale : il est des erreurs dont on perpétue bien à tort ]e souvenir, en croyant indispensable de les réfuter.
(2) Obs. 127, 222,223, 224, 367.
(8) SVDENHAM, loC. Cil. , p. 264.
(4) Recherches cliniques sur la sialorrhée.
enceinte , h l'insçu des médecins , au moment où la salivation a commencé (0.
Injection du système capillaire cutané. — M. Chauffard , d'Avignon , a inséré dans le deuxième volume des transactions médicales une observation d'hystérie, dans laquelle les accès étaient accompagnés d'une telle injection des capillaires cutanés, « que le sang s'échappait par gouttes ténues et tachait le linge (Obs. 190). »
Bien que nous rapportions également (Obs. 1^) un fait analogue , recueilli par Hoffmann (2) , il n'est h faire aucune mention particulière de ces circonstances. Ce sont là des épiphénomènes exceptionnels, que dans l'état actuel de la science il n'est permis de rapporter spécialement a aucune affection.
Sueurs. — J'en dirai autant des sueurs abondantes, qui me paraissent très-peu fréquentes dans l'hystérie , malgré l'opinion contraire de Sydenham ... « Noctur- ;> nis sudoribus islis quibus hystericœ non nunqtiam pro- » fimduntur. . . ob niemoratam sanguinis aza^ia-j Wik
(1) Mitscherlich, qui a fait une analyse de la salive provenant d'une femme nerveuse, atteinte de ptyalisme idiopathique, conclut de ses recherches que cetie salive se dislingue de la salive normale, essentiellement par sa pesanteur spécifique diminuée, par son acidité et par la petite quantité de matière salivaire, qui ne forme guère que la moitié des parties solides. Dans les autres éléments organiques et dans les sels, on ne trouve que des différences insignifiantes. {Rust. Magazin, loc. cit., Recher.sur la sialorrhée, p. 195.)
(2) • Fundebalqite siidorem rubro lintea imhuentem colore. •> {Demalohyst., obs. 12.)
(3) Loc. cit., p. 264.
UÉLIRE, EXALTATION , HALLUCINATiONS , ÉtC:
Le délire n'est pas rare , comme nous l'avons dit plus haut , pendant les accès d'hystérie (0. Quand la maladie résulte d'une cause morale , les idées délirantes roulent ordinairement sur tout ce qui se rapporte ii cette cause, et peuvent même mettre le médecin sur la voie dé circonstances qu'il lui importe de conntiître . et qu'on croyait avoir intérêt a lui cacher.
D'autres fois , c'est un délire furieux , avec envie dé battre , de mordre , de se sauver , de se suicider.
« Alia gravier est , in qua adsunt deliria, maniaî, fu-. » rores , desperationes , quales erant virgines Milesise , » quse sese suspenderunt , et Lugdunenses mulieres, quse )> sese in fluvium precipitarunt. Eritigilur delirium sine » febre cum anxietate , timoré , fletu et risu continri gens (2). ))
Dans certains cas , on constate une céphalalgie atroce^ la dilatation des pupilles , la fixité du regard , des soubresauts, du coma, des symptômes apoplectiques , de la carphologie même, ou d'autres phénomènes qui pourraient en imposer, et qui en ont déjà imposé pour une méningite aiguë ou pour de graves complications (3).
Les hallucinations , les illusions et la perversion des sens, se remarquent aussi dans un assez grand nombre
(1) « Le délire est, dans les dix-neuf vingtièmes des cas, indépendant de toute affection idiopathiqîie de l'encéphale. » (Esquirol.)
(2) Primerose, lib. m, p. 187.
(3; Obs.93, 123, 120, 133, 156, ICO, 161, 186, 210, 257, 302, 303, 319, 349.
— si —
(l'accès (0. Les unes aperçoivent sans cesse , pendant laî crise , l'objet qui a causé leur première frayeur (2) ^ les autres accusent les sensations les plus extraordinaires , se plaignent de cordes qui leur compriment les membres, de bêtes qui leur rongent les os, etc., etc. (3).
Dans quelques crises , c'est une sorte d'extase ou de somnambulisme (*) ; dans d'autres , une exaltation qui accroît d'une manière subite , et élève à un degré vraiment extraordinaire les facultés intellectuelles (5).
« Selon Cabanis , rien n'est moins rare que de voir les femmes acquérir , dans leurs accès de vapeurs, une pénétration d'idées qu'elles n'avaient pas naturellement, et ces avantages, qui ne sont que maladifs , disparaître quand la santé revient (s). »
« Dans l'hystérie, dit M. Dubois d'Amiens, on a quelquefois remarqué des attaques surprenantes par l'élocution comme inspirée, et par le grandiose des pensées de certaines malades; ce qui faisait dire à Diderot, que dans le délire hystérique , la femme revient sur le passé , qu'elle lit dans l'avenir et que tous les temps lui sont présents. JRten qui se touche de plus près, ajoutait
(1) Obs. 216, 254, 256, 33S.
(2) Obs. 278, 279.
(3) Obs. 217.
(4) « Autres tombent en extase, gui est un euanouissement ou rauissement des esprits, comme si l'âme estait séparée du corps. Autres disent que c'est vn sommeil par lequel les forces, facultez. et puissances de l'âme sont ensevelies, en sorte qu'il semble que l'on soit mort. » (Ambroise Pauk.)
(5) Obs. 190, 211, 212, 215, 322,et(r.
(6) Mdsset, Malad. nerv., p. 28K
ce philosophe enthousiaste , que V extase , les visions , les prophéties , les révélations , la poésie fougueuse et rhystéricisme (0, »
Hoffmann avait déjà consigné cette remarque dans ses observations : « Ipsa accessioncm prsesentiebat , ac sub « 'ûhperfectaloqiicndi facultalepollebati'^). »
Ces raodiGcations apportées a Tintelligence et aux instincts par les accès d'hystérie ne sont malheureusement pas toujours aussi favorables que le feraient supposer les remarques de Cabanis et d'Hoffmann , témoin le fait suivant , observé par Itard (3) :
0 Parmi les mouvements continuels et désordonnés qu'amènent chez madame de D*** (âgée de 26 ansj ces contractions morbides, ceux imprimés aux organes de la voix et de la parole sont les seuls dignes de toute
notre attention Ainsi, au milieu d'une conversation
qui l'intéresse le plus vivement, tont-à-coup, sans pouvoir s'en empêcher, elle interrompt ce qu'elle dit ou ce qu'elle écoute par des cris bizarres et par des mots encore plus extraordinaires, et qui font un conti'aste déplorable avec son esprit cl ses manières distinguées. Ces mots sont , pour la plupart, des jurements grossiers, des épitbètes obscènes, et, ce qui n'est pas moins embarrassant pour elle que pour les auditeurs, l'expression toute crue d'un jugement ou d'une opinion peu favorable à quelques-unes des personnes présentes de la société. »
L'explication que donnait la malade de ce langage , si peu en harmonie avec son éducation et ses habitudes ,
(1) Loc. cit., p. 352.
(2) Obs. 215.
(3) Lésions des mouvements involontaires , obï. 10.
est celle que donnent toutes les autres , et que nous donnait, h l'Hôtcl-Dieu de Paris, l'hystérique qui fait le sujet de l'observation 214; à savoir que plus ces expressions leur paraissent révoltantes par leur grossièreté , plus elles sont tourmentées de la crainte de les proférer , et que cette préoccupation si vive est précisément ce qui les leur met au bout de la langue, quand elles ne peuvent plus la maîtriser.
Rires , pleurs. — ■ On a vu dans la symptomatologie le. rire ou les pleurs , et , quelquefois , le rire et les pleurs en même temps faire partie d'un grand nombre de crises (0. Ces phénomènes sont plus fréquents dans les cas dont nous venons de parler , où se remarque un certain trouble des fonctions intellectuelles 5 mais ils sont communs aussi a des cas d'hystérie simple , avec intégrité de toutes les fonctions.
Le rire et les pleurs forment même quelquefois les seuls ou les principaux symptômes de certains paroxysmes hystériques , témoin cette jeune fille de Bàle, dont Zvviiiger a publié l'observation , et qui fut prise , la première nuit de ses noces , et sans cause connue, d'un, rire inextinguible (2).
(1) Quibusdam risus , aliis lacrymae , aliisque utrumque. (Rode-: Ric, A caslro, pars 11, lib. 11, p. 154.)
* Refert Liebautius se vidisso puellam annos quindecim natam, qufc absquc causa manifesta assidue plorabat et geuiebat ob menstruarum rctentionera, sicut ostendit curatio. Aliasque duas se vidisso recenset, quas postquain diutissime absque causa flevissent, per horaiu postea risum conlinere non poteraut. (Primerose, De 7Hor6'. virg. et vidmr., )87. )
(2) « Ad haec mater et agnati cius convocati primum risum risui miscebant et stultorum instar orancs rideban(, postea paulatiin
u Jl n'y a rien déplus admirable, dit A. Paré , qu'à quelques-unes cette affeclion commence par un ris , à autres par pleurs , à autres par tous deux ensemble. A ce propos , M. Houlier raconte W que les deux filles du président de Bouen, qui estoit de son temps, lorsqu'elles commençoient à entrer en paroxysmes de ce mal, estoient surprises d'un ris qui leur duroitune et deux heures , lesquelles on ne pouvoit arrester , ni par leur faire peur et terreur , ni par honte et admonitions , de sorte que tancées par leurs parents, respondoient n'estre en leur puissance de se garder de rire. »
Les pleurs sont, d'ailleurs, plus fréquents encore que le rire , et tandis que le rire se manifeste souvent au début de l'accès , les pleurs , au contraire , ont presque toujours lieu a la fin (2).
Fonctions digestives. — La perversion des fonctions de l'estomac , presque habituelle dans les névroses en général , est quelquefois poussée très-loin dans l'hystérie. Ainsi voit-on des malades passer plusieurs jours de suite sans manger , ou ne mangeant qu'un seul aliment incapable de les nourrir , du sucre , par exemple ; tandis que d'autres seront tourmentées par une faim insatiable, ou prises, dans la même journée , d'anorexie et de voracité (3) .
œgrotam exhortantes, modo increpaiites , nihil aliutl tameu efficicbantquam utvehemenli risu commoveretur, maritus vero aliquotics icque vehementerplorarct. Cujus rei aspeclus neminem sine risu deniisit. » {Acta hclvet.phijs-, malh., med.,p. iS.)
(1) HoiXERii, Demorh. int., lib. 11, cap. 59.
(2) Obs. 10, 112, 169, 174, 190, 22/1, 220, 279, 322, 323,307.
(3) Obs. Kl, 42, 103, 192, 218, 224.
On a été jusqu'à citer des exemples d'abstinence complète d'aliments pendant vingt ou trente jours.
Je ne pense pas qu'on puisse admettre ces faits , dépourvus de preuves suffisantes , et dont la nature réclamait précisément des conditions toutes spéciales d'au- Ihenticité et d'exactitude.
Il en est de même de ces histoires d'hystériques qui ont passé plusieurs mois et même plusieurs années sans uriner ou sans aller à la garde- robe. Sans pouvoir en nier la possibilité , car il n'y a d'impossible que le contradictoire , on peut les révoquer en doute , et j'ai peine à concevoir comment , dans un rapport a l'Académie royale de médecine (0, Louyer-Villcrmay a pu admettre, sans discussion et sans critique, qu'une hystérique ait passé quarante jours sans émission d'urine , et trentecinq jours sans évacuaiion alvine.
On sait de quelle manière des faits semblables ont été démentis , il y a quelques années , h l'Hôtel-Dieu et a l'hôpital de la Charité de Paris , après avoir été considérés comme vrais par les médecins les plus dis-? tin gués.
Dégagement d'électricité. — Parmi ces faits extraordinaires admis sans critique par Louyer-Villermay, je citerai avec moins de doute celui relatif à une dame affectée d'hystérie , et qui laissait au moindre contact dégager des étincelles électriques. J'ai cherché en vain cette observation, j'ai applique moi-même les électromètres les plus sensibles, pour apprécier ce dégagement d électricité , chez une dame qui est restée sour
(I) Séance du 2fi Août 182S.
mise plus d'un mois à mon examen : l'expérience a été faite durant des crises qui persistaient avec intensité pendant cinq heures , et je n'ai jamais aperçu d'aurtrès déviations que celle qui avait lieu pendant l'état normal.
Ce que les travaux récents nous ont appris sur les courants électriques chez les animaux, ne laisse cependant aucun doute sur la possibilité d'un dégagement particulier d'électricité, dans certains étals nerveux de l'économie , et il est très-probable que des instruments plus délicats permettront bientôt d'apprécier d'une manière expérimentale les modilicationsque subit le fluide électrique selon les différentes modifications de l'état physiologique ou pathologique.
Soubresauts, craquements. — Un autre phénomène signalé plus haut, dans la symptomalologie générale, consiste dans les soubresauts et les craquements articulaires. Ces craquements sont tellement prononcés dans certains accès , qu'ils s'entendent d'une extrémité à l'autre de l'appartement. Ils n'ont guère leur siège que dans les articulations des phalanges, des orteils , du carpe et du métacarpe , du tarse et du métatarse , et dans les articulations radio-carpiennes et tibio - tarsiennes.
Ils se manifestent particulièrement a la fin des crises, dont ils annoncent même la terminaison prochaine 5 et, ce qu'il y a de plus remarquable peut-être , c'est que la crise ne semble diminuer que lorsque ces craque-, raents ont eu lieu dans toutes les articulations où ils se font entendre habituellement.
Ce symptôme s'est montré au plus haut degré dans l'observation 224 bis, qui m'a été communiquée par
le docteur Meugy , de Relhel , et qui a été recueillie avec une remarquable précision (0.
Nous ne terminerions pas si nous voulions passer en revue tous les accidents extraordinaires qui se rencontrent dans l'hystérie.
Telle est la variété des expressions symptomatiques de cette névrose , qu'il est peu d'observations dans lesquelles on ne remarque quelque phénomène qu'on n'a pas encore rencontré dans les autres.
Ces phénomènes ont servi de base a des variétés innombrables d'hystérie. Nous avons dit combien nous trouvions peu fondées ces différentes dénominations, et si nous avons donné quelque attention a plusieurs de ces symptômes , ce n'est pas que nous leur accordions une grande valeur pathologique , mais uniquement aûn que les médecins ou les élèves qui en sont témoins pour la première fois , ou qui en observent d'analogues , sachent a quel type principal on peut les rap-
(I) « Immédiatcuient "après l'accès, on entend sortir de
l'articulation des poignets et de toutes celles des phalanges des craquements qui se succèdent très-rapidement; on dirait de petites décharges électriques , parcourant toutes ces jointures , par suite de mouvements de flexion et de circuraduclion que la malade est obligée d'exécuter, d';ibord au poignet et aux doigts d'une main, puis de l'autre côté, et successivement ensuite aux articulations des pieds et des orteils. Ce n'est que lorsque ces espèces de petites commotions ont été produites, que le calme se rétablit pour peu de temps. S'il arrivait quelquefois que, dans un poignet ou dans un pied, la petite détonation n'ait pu se produire, malgré les mouvements de flexion cl de circumduction exécutés à plusieurs reprises par la malade , la crise alors recommençait de suite ; puis le craquement se faisait entendre, accompagné d'un soupir, qui semblait annoncer un soulagement profond, et aussitôt le calme. » {Observation présentée à l'Académie fie lîeims, page 1 1.)
porter. « Nec spectabilior est hujus morbi frequeiilia , » dit Sijtlenhani^ quam varietas illa muliiformis qua se » ostendit , et nullos fere non jemulatur ex iis affecti- )) bus qiiibus alteruntur miseri mortales. Quaniciimque )) enim corporis partem insederit symplomala, qiialia ei )) competnnt parti, statim prodiicit. Et nisi medicus » tam sagaci qiiadam solertia et àcivormi-i quam in » arte peritia valeat , fraus ei fiet , atque ista sympto- )) mata a morbo aliquo essentiali hujus vel illius partis , » non vero ab afleclatione hysterica , peudere arbilrçir: » t)itur. »