‹ Traité complet de l'hystérieChapitre 13 sur 46 · PARA1.Y8IK · texte numérisé non relu

PARA1.Y8IK

i>ous pourrions rôpclcr , an sujet de la paralysie qui accompagne ou qui suit l'byslérie , ce que nous venons de dire des douleurs. Négligé par tous les écrivains modernes , et mentionné uniquement comme succédant parfois aux crises hystériques, épileptiques, choréiques, etc. , cet accident si remarquable n'avait jamais été l'objet d^iucune recherche spéciale en France , lorsque le professeur Piorry , dans ses leçons à la Pitié , et , d'après lui , le docteur MacarioC) , appelèrent l'attention sur ce point.

Avant eux , néanmoins, sir Brodîe de Londres (2), Wiltson , médecin de l'hôpital de Middlesex (3) , et Laycock , médecin de l'hôpital du comté d'York avaient signalé divers accidents de la paralysie hystérique , mais dans des mémoires trop abrégés et trop peu précis pour éclairer suffisamment les pathologistesC^).

Les anciens , il faut le dire , avaient cependant parlé

(1) De la paralysie hystérique. {Annales médico-psycholog., Janvier 1844, p. C2.)

(2) Loc. cil., p. 181.

(3) Transaclions de la Société médico-chirwrg. de Londres , tome

(4) The Edimburgh médical and surgical journal , tome cxxxv , p. 446.

(ô) La plupart des observations publiées par le docteur Wiltson manquent des détails les plus essentiels; ainsi, sur dix faits, les 1*' r, 5«, 7e, 8', 9' et 10' ne renferment rien de conforme au titre, et on n'y trouve aucun symptôme de paralysie.

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de la paralysie comme ils ont parlé des douleurs hystériques, c'est-à-dire, en termes beaucoup plus explicites que les auteurs les plus modernes. « Cujus commula- )) lionem, avait dit Lepois, cum paralysi, sive succes- )) sionem paralysis, cessanlibiis hyslericis symptoma- •» (is, annotarunt viri magni. . . Qucmadmodum ex » soliilione hyslcrkorum , seu polius clegeneralione » m paralysim nosira hœc de fomite causa hysterico- » rum affectuum senlentia confirmai ionem capere po- » lest ('). »

« QuscàsLm non vident ^ dit Primerose, e&'am ajjer/ts )) oculis, alipc non audiunt , alise loqui nonpossiinl. . . » Sic varia sunt accidentia , quibusdam plura, quibus- » dam pauciora (2). »

« Adest crurum se(jnilie&, infirmilas et contractio (3). »

Enfin , et bien avant ces auteurs , Ilippocrate, qui semble avoir observé tout ce qui pouvait l'être sans le secours des sciences modernes , rapportait l'exemple suivant de paralysie hystérique , survenue pendant les difficultés de la première menstruation :

« Celle qui , a la suite d'une toux courte et sans im- » portance, éprouva une paralysie du membre\supcrieur » droit et du membre inférieur gauche , n'olfrtt aucune )) autre altération , rien à la face , rien dans l'intel- » ligence ; et encore la paralysie ne fut-elle pas intense 5 » cette femme commença à mieux aller le vingtième » jour. Le mieux coïncida à peu près avec l'éruption des

(1) Lepois, 5ec/. II, pars II, ca;;. 7,;). IfiS, l.'iC.

(2) Lib. ni , cap. 7 , p. 183.

(3) RoDERic A Castro, pars ii, liL\ ii,p. Ij4.

» règles, qui apparaissaient alors pour la première fois , » peut-être , car c'était une jeune fille (0. «

De telles indications , quelque brèves qu'elles soient, l'emportent encore , on le voit, sur ce qu'on trouve à ce sujet dans les livres récents.

Cette lacune de la science, au sujet de la paralysie liystérique (2) , étonne d'autant plus , qu'il existe un grand nombre d'observations particulières dans lesquelles cet accident est décrit avec tous les détails suffisants.

C'est d'après la méditation de ces faits épars, c'est-àdire d'après un livre qui n'a ni âge , ni pays, ni auteur, et qui ne renferme aucune idée préconçue , que nous tracerons I histoire de ce phénomène important.

Sur quarante-six cas, que nous avons recueillis touchant la paralysie hystérique , et qui viennent de vingt-sis auteurs différents , nous en trouvons trois de paralysie générale du mouvement et du sentiment : deux de paralysie générale du sentiment, sans perte du mouvement-, huit d'hémiplégie complète du côté gauche 5 six d'hémiplégie complète sans désignation du côté aflecté ; neuf de paraplégie ; dix-neuf do paralysie par-

(1) 2e liv. (les Épid., 2» sect., § 8.

* La remarque suivante, qu'on trouve au 1" livre des Proniiéiiques, me parait aussi s'appliquer aux douleurs et à la paralysie hystériques : « Les douleurs allant des lombes au cou et à la téte, produisant une sorte de paralysie, annoncent te spasme, le délire; le spasme dissipe-t-il ces accidents? » (§ Il8.)

(2) J'ai été grandement surpris devoir l'hystérie passée sous silence, dans les leçons que vient do publier M. le docteur Baillarger sur les causes de la paralysie générale inconiplcle. {(la:-, des Hôpil., tom. VIII, n"' 80 et 8.1.)

tielle , amaiirose , surdiuî , aphonie . dyspliagie . dysurie , etc.

La paralysie hystérique vient tantôt subitement et dès le premier accès, tantôt lentement et après plusieurs crises, tantôt après plusieurs années ; et ce qu'il y a de remarquable , c'est que sa durée ou son intensité ne dépend , ni de l'ancienneté de l'hystérie , ni de la durée, ni de l'intensité des accès.

Mais si, d'un côté, des paralysies complètes, générales et de longue durée, peuvent succéder a des attaques d'hystérie très-légères et très-courtes , on voit , d'un autre côté, des paralysies partielles incomplètes et de très-courte durée succéder aux crises les plus violentes et les plus longues.

Dans certains cas , néanmoins , il existe un rapport évident entre les accès et la paralysie , qui va en diminuant, à mesure de la diminution des paroxysmes (Obs. 12,294).

Malgré le fait curieux que nous avons rapporté , il est rare que l'invasion de ces paralysies soit brusque , à moins qu'elles n'envahissent le larynx, le pharynx, l'œil ou l'oreille. Presque toujours, quand elles affectent les membres , on remarque , comme prodromes , des tremblements , un refroidissement considérable , de l'engourdissement (0 , une faiblesse insolite, la persistance d'une douleur vive , ou une diminution de la sensibilité : phénomènes qui semblent même en consti-

(1) - On a souvent remarqué qu'il tomboil un certain froid de la teste, le long du col , sur les espaulcs et sur les bras, où il causoit un certain engourdissement et difficulté de mouvement, ol faisoit comme une espèce de paralysie, mais qui csloil peu après dissipée. » (Fi;nNP.L , Pnt/).,]n-.\], p. 'i9d.)

tuer le premier degré (Obs. 63 , 135 , 233, 203 , 289 , 367).

Bien qu i! paraisse naturel , au premier abord , d'attribuer la paralysie byslérique plutôt aux convulsions qu'aux autres phénomènes de l'hystérie , on l'observe néanmoins aussi souvent dans les cas de pertes de connaissance et de syncopes prolongées ou fréquentes , que dans les cas de spasmes violents.

El, comme si le propre de l'aflection hystérique était de donner lieu à chaque instant a des phénomènes contradictoires , on voit , dans un assez grand nombre de cas la paralysie disparaître seulement sous l'influence des convulsions.

D'autrefois, elle dure depuis la fin d'un accès jusqu'à ce qu'un autre accès survienne , convulsif ou non , et qu'il amène dans une autre partie une nouvelle paralysie qui remplace la première (Obs. 288 bis, 291).

L'observation suivante , recueillie a la Salpêtrière par le docteur Alègre , est un exemple frappant de ces sortes de paralysies qui envahissent presque tous les organes , et disparaissent ou changent de place à chaque nouveau paroxysme :

« Joséphine B...., âgée de vingt-six ans, est née à La Ferté,de parents bien portants; sa sœur, un peu moins âgée qu'elle, est très-fréquemment affectée d'hystérie; bien réglée de très-bonne heure, sa santé a toujours été bonne jusqu'à l'âge de dix-huit ans , époque à laquelle elle fit une chute dans l'eau et eut une très-vive frayeur ; dès ce moment, douleurs vagues, malaise général, tristesse, amaigrissement. C'est dans ces circonstances , et très-peu de temps après sa chute, que B.... vint à Paris et visit»

presque aiissilôl la iMoi'yue, dans l'unique \ml de satisfaire sa curiosité. Sur-le-clianip elle est prise d'attaques violentes d'hystérie, qui se répètent un grand nombre de fois et à des intervalles très-rapprocliés. Douleurs de tête, illusions de la vue et de l'ouïe; pleurs involontaires, rires désordonnés; tels sont les symptômes qui l'ont constamment annoncée plus ou «noins longtemps avant l'invasion, et pendant près de deux ans.

» En 1858, elle entre à l'hospice de la Salpêlrière ; depuis celte époque jusqu'en Mars 1831 , elle a éprouvé un grand nombre d'attaques, qui, loin d'être constammeiU les mêmes, ont subi quelques modifications dans les causes, les prodromes, la marche, la durée et la terminaison.

» Deux fois, c'est une paralysie de la vessie q.ui a

terminé l'accès, et a nécessité l'emploi du cathétérisme; dans une circonstance , une amaurose en a été la suite, et quoi qu'on fît, la pupille était immobile, et les yeux toulà-fait insensibles à la lumière. Ces divers accidents ne se dissipaient qu'à la durée d'uue nouvelle attaque. Au mois de Mars 1831, B.... en eut une dont la suite fut une paralysie des membres inférieurs. Insensibilité , diminution de la chaleur, perte complète des mouvements, amaigrissement progressif; tel a été, pendant quinze mois, l'état des membres abdominaux. Des cautères, des moxas, au nombre de douze ou quinze , ont été appliqués sans succès à la région lombaire , où la malade rapportait une légère douleur ; des bains , des douches de Barrége , ont été donnés sur les extrémités inférieures, et cette dernière médication a eu quelquefois pour effet de réchaufler les jambes et d'y produire des soubresauts qui ne tardaient pas à se dissiper.

» Enfin, le 5 Juillet 1852, la malade, qui, je dois le dire, avait été très-mal réglée depuis le commencement de sa maladie , après une vivo impression morale , éprouve une

allaque d'iiysléric qui dure une heure et demie , el laisse après elle une aniaurose complète, et un trismus tel, qu'elle peut à peine avaler des liquides. Elle était dans cet état depuis quatre jours . appelant de tous ses vœux une nouvelle attaque , lorsqu'à sa grande joie elle survint, mais si rapidement, que n'ayant point eu le temps de se faire attacher comme ù l'ordinaire, elle a pu se jeter à bas de son lit, et, quoique aveugle au moment même , et paralytique un quart d'heure avant , courir le long de la salle avec une rapidité incroyable et qui tient du merveilleux. Depuis cette époque, il n'est survenu que deux attaques, dont la première seulement s'est terminée par un trismus qui u disparu à l'accès suivant. Au 1" Mars 1855, B.... allait irès-bien, et quoique le côté gauche fût plus faible que le côté droit, elle pouvait encore courir avec une certaine rapidité (i). »

Le rapport n'est pas plus constant , comme on a pu déjà le voir plus haut , entre l'intensité de la paralysie et sa durée, qu'entre le degré ou les formes de paralysie et le degré ou les formes d'hystérie , et il n'y a , chez certains sujets , aucune espèce de relation entre l'intensité de l'aneslhésie et sa mobilité , c'est-à-dire , la promptitude avec laquelle elle attaque , abandonne et reprend les sujets qui en sont atteints.

Le plus souvent, plusieurs membres ou plusieurs sens, ou môme plusieurs membres et plusieurs sens h la fois sont paralysés (2).

Souvent aussi les viscères de la vie organique, soumis en partie à l'empire de la volonté , sont complètement

(1) Alègre. m. Di.is. sur l'épilejisle ci Vhyslàie. Thèse, Paris, 1833, n" 64.

(2) Obs.90, 278, 2S8, 291,29'i, 2!)fl, 3r,0 bis, 307,3C;).

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