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privés de l'exercice de leurs fonctions. Ainsi , chez la malade qui fait le sujet de l'observation 262 , outre le cathétérisme nécessité par la rétention d'urine , on était encore forcé de recourir 'a la sonde œsophagienne , pour empêcher la malade de mourir d'inanition.
Dans quelques cas, c'est toujours la même partie qui se paralyse, c'est-à-dire, qu'après l'accès, la paralysie survient et disparaît au bout d'un certain temps , pour reparaître dans le même lieu avec l'accès suivant.
Ainsi , dans l'observation 272 , voit-on une paralysie du bras survenir et durer huit, quinze, trente, quarante jours , après chaque paroxysme , chez une hystérique de vingt-six ans.
Mais , si la plupart de ces paralysies sont de peu de durée , il en est qui persistent très-longtemps , malgré le traitement le plus actif , et nous voyons , par exemple, dans l'observation 270 , une paralysie du bras chez une femme de trente ans persister pendayil quatorze mois , malgré l'usage des eaux de Bourbonne.
J'ai moi-même été consulté pour une dame de Paris affectée depuis cmç ans d'une paralysie du bras gauche. « Cette paralysie, m'écrit la malade (0 , é/at7 accompagnée de douleurs atroces, et parfois de convulsions telles, que je puis les comparer aux secousses produites par deux hommes qui eussent eu pour mission de secouer mon bras douze à quinze heures de suite. « Bientôt des contractures se manifestèrent également du côté gauche du cou, et, quelques mois après, le bras paralysé , raide comme une barre de fer , était tendu diagonalement sans pouvoir se rapprocher du corps.
(1) Obs. '28!) bis.
Le Irailement le plus actif et le plus varié, dirigé par MM. Andral et J. Gucrin , n'amena aucun soulagement durable. Depuis peu , même , le bras droit est également à demi paralysé ; la main se crispe en écrivant , de manière à écraser la plume , et agit en sens inverse du mouvement que la malade veut lui imprimer.
De nombreuses consultations eurent lieu , chez cette malade , entre toutes les célébrités de la capitale , sans qu'on parvînt à se mettre d'accord sur la nature et la cause de ces accidents. Pour moi, les détails du mémoire a consulter ne laissant aucun doute sur l'existence d'une affection hystérique des mieux caractérisées (et déterminée probablement par les approches de la ménopause) , je n'hésite pas à considérer ces paralysies incomplètes des bras avec contractures tétaniques ou cataleptiques , douleurs violentes , etc. , comme étant de nature hystérique , et comme devant céder spontanément, malgré leur gravité apparente, dès que l'hystérie elle-même aura disparu.
Une circonstance des plus remarquables , c'est que la partie qui aura été paralysée du sentiment pendant un accès , pourra être , pendant l'accès suivant , le siège d'une sensibilité exagérée. C'est , du reste , ce qui se passe dans les accès d'éclampsie, où l'on remarque dans les mêmes points , tantôt une sensibilité extrême , tantôt une insensibilité complète ou une paralysie consécutive.
On voit même des hystériques qui ne pouvaient mouvoir la jambe pendant la journée, marcher très-facilement la nuit , se retrouver perdues le lendemain matin, pour recouvrer le soir la faculté de marcher , et la perdre de nouveau le matin. C'est la une bizarrerie inexpli-
cable , comme , du reste , toutes les bizarreries de cette névrose , mais dont j'ai pu parfaitement vérifier la réalité dans le cas suivant :
Madame X. , âgée de cinquante ans, d'un tempérament sanguin, d'une forte constitution , d'une imagination exaltée, réglée à quinze ans, mariée à dix-huit, mère de quatre enfants bien portants , avait toujours joui d'une santé parfaite, lorsque, vers l'âge de trente-cinq ans, elle éprouva de vifs chagrins et surtout de grandes frayeurs causées par les conspirations politiques de la restauration, auxquelles son mari et son fils prenaientune part trèsactive.
Dés les premières frayeurs , madame X. ressentit de la suffocation, de l'oppression , un sentiment de strangulation ; bientôt survinrent de véritables accès , précédés en général, pendant quelques minutes, quelquefois même pendant un quart d'heure ou une heure, par un refroidissement notable des pieds et par une violente céphalalgie occipitale, suivis de syncopes légères qui se terminaient toujours par des envies d'uriner, auxquelles se joignaient quelquefois des vomissements. Ces accès revenaient assez régulièrement tous les quinze jours ou trois semaines , mais, en dehors de cette sorte de périodicité , ils étaient provoqués par la moindre émotion.
Madame X. ayant perdu son mari et l'un de ses enfants en moins de quinze jours , les accès nerveux augmentèrent de fréquence et d'intensité. Des douleurs survinrent dans presque toutes les articulations , mais surtout aux extrémités inférieures, et un matin, à son réveil, madame X. se trouva entièrement perdue. Les moindres mouvements des membres étaient complètement impossibles, et l'on était obligé de la faire manger.
Cet état durait tout le jour. Chaque nuit, vers onze heures, survenait du délire; la malade se levait, mar-
chait et parcourait sans liimièrc les difTércntes parties de la maison. Le matin arrivé , celte espèce de somnambulisme cessait, et les mouvements redevenaient impossibles, la sensibilité obtuse, comme avant , pour toute la journée.
A l'exception du toucher, tous les sens avaient conservé leur intégrité, l'intelligence était parfaite , la parole libre et très-facile.
Bien que la menstruation persistât sans aucun trouble , sans aucune diminution, on remarquait cependant plus d'intensité dans ces paroxysmes nocturnes à l'époque des règles.
Les premiers médecins qui virent la malade , et parmi eux, M. Trélat, regardèrent cette affection comme dépendant d'une lésion organique de la moelle. MM. Fuster et Récamier , appelés en consultation , la considérèrent comme une névrose. On eut recours aux antispasmodiques sous toutes les formes à l'intérieur et à l'extérieur, mais sans que les moyens employés aient jamais paru avoir la moindre influence sur la marche de la paralysie.
Au bout de six mois, madame X. commença à marcher , mais difficilement; les accès de somnambulisme avaient cessé. H restait une grande irritabilité , à la moindre peine , un senUment de constriction à la gorge et de suffocation , mais plus de crises hystériques. Au bout d'un an , le mouvement et la sensibilité avaient graduellement reparu , mais cette guérison s'était trouvée coupée plusieurs fois par des paralysies partielles de la jambe ou du bras qui duraient huit ou quinze jours, précédées constamment par des prodromes hystériques.
Madame X. a gardé de cette longue maladie des douleurs articulaires, qui avaient commencé en même temps que la paralysie , et qui persistent toujours , surtout au coude du pied.
Depuis quinze mois que madame X. est soumise à mon observation , les accès hystériques reviennent environ deux
fois par mois ; le plus intense a toujours lieu à l'époque des règles. Ils commencent invariablement par la constriction à la gorge , avec céphalalgie violente , bouffées de chaleur, puis gêne et pesanteur à l'hypogaslre, avec sensation d'une boule qui remonte du bas-ventre au cou. Les douleurs articulaires s'exaspèrent ordinairement pendant les accès , les jambes s'affaiblissent, et les mains deviennent si peu sûres, que les travaux d'aiguille sont toutà-fait impossibles pendant les trois ou quatre jours qui suivent la crise.
Trois fois, depuis quinze mois, il y a eu paralysie complète du mouvement et du sentiment pendant une huitaine de jours; les deux premières fois, dans tout le membre inférieur gauche ; la deuxième fois, dans le bras droit.
Chaque fois, dès le soir arrivé et pendant la nuit, en l'absence de tout somnambulisme , la paralysie cessait , soit en partie, soit complètement, pour reparaître le lendemain matin au degré où elle était la veille.
Madame X. a, du reste, le genre de vie le plus propre à entraver la guérison de sa maladie. Elle a été belle , riche et très-recherchée ; elle est maintenant dans une position médiocre, presque isolée, sans distraction, trèssédentaire et le plus souvent occupée à lire.
On remarquera dans nos observations la fréquence plus grande de l'hémiplégie a gauche qu'à droite : en effet , sur treize faits d'hémiplégie , sept fois la paralysie se montre à gauche ; dans les cinq autres cas , le côté n'est pas indiqué.
Nous ne prétendons tirer de cette différence aucune espèce de conséquence , et nous la signalons seulement comme document pour les études ultérieures.
D'après M. MacarioC) , on se rend très-bien compte de l'anestLésic par la séparation des nerfs du mouvement et des nerfs du sentiment. L'anesthésie aurait lieu toutes les fois que les cordons postérieurs seraient affectés; et l'amyosthénie (paralysie du mouvement), quand la lésion aurait pour siège les cordons antérieurs. Le même auteur fait remarquer que l'amyosthénie affecte plus souvent le membre inférieur que le supérieur ; ce serait donc l'opposé de l'amyosthénie saturnine , (jui affecte de préférence le membre supérieur.
Un fait important à noter , c'est que la paralysie une fois déclarée après un accès , il en survient fréquemment de nouvelles atteintes 5 ainsi une hémiplégie guérie , des paralysies partielles des bras ou des jambes se manifestent après de nouvelles crises hystériques , pour disparaître bientôt et se reproduire aux mêmes endroits ou a des endroits différents, après les accès subséquents (Obs. 272 , 275 , 27G).
Quelque peu prolongées ou quelque légères qu'elles soient, les attaques de paralysie jettent, lorsqu'elles sont répétées, les hystériques dans une telle défiance d'elles-mêmes , qu'elles finissent par perdre tout ressort moral , toute énergie physique , et que la seule pensée que les bras ou les jambes vont cesser d'agir suffit effectivement pour en vicier ou en suspendre l'action.
Ainsi, j'ai été appelé , l'an dernier, en consultation h Versailles, par le docteur Ruellan, pour une dame
(I) Loc. cit., p. 70.
qui , prise plusieurs fois de paralysie partielle et , le plus souvent incomplète , des membres inférieurs , n'osait plus sortir depuis le dernier accès d'hystérie , dans la crainte d'en voir d'autres déterminer de nouvelles paralysies, pendant qu'elle serait hors de chez elle.
Et la preuve de l'influence de l'imagination dans ce cas, c'est que les femmes qui prétendent que les jambes leur refusent tout secours , font facilement une longue promenade, si l'on parvient à dominer leurs craintes et à faire renaître en elles la confiance qu'elles avaient perdue.
La plupart des névroses convulsives, et surtout l'éclampsie , la chorée intense et les convulsions vermineuses sont, du reste, accompagnées ou suivies de paralysie ; mais ce phénomène est surtout très-fréquent après l'épilepsie. Seulement , la différence qui existe entre la paralysie hystérique et la paralysie épileptique, c'est qu'ordinairement dans l'épilepsie il y a abolition de la motilité 5 sans abolition de la sensibilité, tandis que le plus souvent cette paralysie est complète dans l'hystérie.
Aphonie, dysphagic. — L'aphonie et la dysphagic sont les plus fréquentes de toutes les variétés de paralysie hystérique , et , si nous n'en notons qu'une dixaine de cas a la fin de ce volume , c'est que nous n'avons pris que les plus tranchés , car cet accident se trouve indiqué dans un très-grand nombre de faits particuliers.
L'aphonie, ou mieux la dysphonic (car la parole n est jamais dans ces cas complètement impossible à voix très-basse) , se montre plus souvent que la dysphagie ; elle est surtout beaucoup plus mobile, en ce
sens qu'elle paraît ou disparaît sous les moindres influences.
(( La femme de Polémarque, ditllippocrale (0, ayant » une alTection arthritique , éprouva une douleur subite » de la hanche, les règles n'étant pas venues. Ayant )) bu de l'eau de bettes , elle fui sans voix toute la nuit M jusqu'au milieu du jour 5 elle entendait , comprenait, » elle indiquait avec la main que la douleur était à » la hanche. «
Evidemment, la coïncidence d'une aménorrhée, d'une douleur Ji la hanche et d'une aphonie de cette nature , ne permet pas de douter que l'observation d'Hipp.ocrate n'ait trait à l'aphonie hystérique (2).
Cet accident qui , dans la grande majorité des cas y dure de quelques minutes h quelques heures , et qui dépasse rarement quinze jours, a persisté cependant quelquefois pendant plus d'une année , témoin le fait suivant rapporté par le docteur Watson i^) :
0 Une jeune femme était depuis longtemps sujette à de violentes convulsions, fréquemment suivies de paralysie temporaire des muscles qui avaient été le plus forte- Ci) £pid.,\iv.\,%9l.
Celte obscrvalion est reproduite en termes identiques au vu» livre, S 100.
(2) C'est encore à ce phénomène qu'Hippocrale semble faire do nouveau allusion , dans les Prénotions coagiies, 2« section, § 18 :
« Dans les spasmes, la perte de la parole, durant longtemps, est fâcheuse; durant peu, elle annonce une paralysie de la langue, du bras, ou des parties situées à droite ; elle se résout jmr des urines abondantes venant subitement et tout à la/ois. »
(a) Philoioph. trans., vol. xiv; Transac. niéd., lom. viii, p. aJ.
ment affectés ; après un accès elle purdil enlièrcment la vue pendant cinq jours. Une autre fois, après un de ces accès, elle perdit la parole, qui se rétablit au bout d'mt temps très-court; mais les convulsions se reproduisant bientôt , elle perdit de nouveau la parole , et en resta toutà-fail pi-ivée pendant quatorze mois. Durant ce temps , elle n'eut pas de nouvelles convulsions , et fut d'ailleurs en bonne santé. Un soir qu'elle s'était fortement échauffée en dansant pendant quatre heures, elle rei;ouvra la parole , et de ce moment elle continua à bien se porter. )?
On conçoit toutes les dilïïcultés du diagnostic , lorsque cette sorte d'aphonie survient chez une malade disposée aux affections de l'appareil respiratoire.
Cette difficulté sera encore plus grande, si la dysphonie hystérique vient à coïncider avec une bronchite intense ou avec des symptômes de phthisie.
Ainsi , l'an dernier , à Paris , j'ai vu, en consultation avec MM. P. Dubois , Leuret et Louis, une jeune dame hystérique (Obs. 12) qui depuis plus d'un an était atteinte d'une extinction de voix complète.
Cet accident étant survenu chez cette dame peu de temps après son retour des bains de mer, a l'approche de l'hiver , et ayant surtout coïncidé avec une toux violente, plusieurs médecins distingués n'avaient pas hésité a le rapporter a la bronchite. Mais le rhume ayant disparu complètement , sans aucune modification dans l'extinction de voix , la santé générale restant excellente, malgré l'existence d'accès hystériques quotidiens de quatre à cinq heures de durée, et enfin l'auscultation la plus attentive ne dénotant aucun trouble de l'appareil respiratoire , le doute n'était pas longtemps possible sur la nature de cette aphonie , qui diminue , du reste, depuis, que l'hystérie perd son intensité première.
Quant h la djsphagic, elle peut être considérée comme un degré de plus que cette conslriction pliaryngo-œsophagienne sur laquelle nous nous sommes longuement étendu plus haut ; aussi nous bornerons-nous h dire que bien que la dysphagie soit très-rare, si l'on veut par ce mot exprimer une difficulté insurmontable d'avaler, néanmoins elle a déjà été portée assez loin pour exiger l'emploi de la sonde œsophagienne , et que dans un cas , elle a duré treize ou quatorze ans (0.
Amaurose. — L'amaurose hystérique semble se montrer surtout dans les cas où la céphalalgie et les troubles encéphaliques prédominent (2). Selon M. le docteur Hocken, qui vient de publier un mémoire sur ce sujet (3), l'amaurose hystérique aurait habituellement pour prodromes des dérangements gastriques, de la céphalalgie, quelquefois du subdelirium. Ils apparaissent tout-à-coup avec une intensité des plus inquiétantes , et disparaissent de même , pour se reproduire par les causes les plus légères.
(1) Backer cite une hystérique « que la frayeur jeta dans des convulsions qui se terminèrent par une difficulté d'avaler, qu'elle porta treize ou quatorze ans, sans qu'aucun remède y apportât de changement; au bout de ce temps , elle eut une attaque d'hémiplégie ; mais, après quelques heures, le côté hémiplégique fut attaqué de convulsions qui dissipèrent la paralysie, et depuis lors elle avait rarement manqué (deux ans après) d'avoir tous les mois une attaque de paralysie, toujours emportée par un accès de convulsion. » (Tissot, Traité des nerfs et de leurs maladies, tome ii , § 2, p. 177.)
(2) Obs. 288, 288 bis, 296.
(3) Schmidt's Jahrbikher. Journal de médecine % Août 184.4,1 p. 246.
(( Les symptômes sont les suivants : abolition simultanée (le la vue des deux côtés ; contraction spasmodique des muscles orbiculaires , surtout sous l'influence d'une lumière vive, et lorsqu'on veut écarter les paupières ; pliolophobie et épiphora ; pupilles plus ou moins contractées , selon l'éclat de la lumière et de l'irritation de la rétine. A l'exception des troubles fonctionnels et de la contraction spasmodique des paupières , les yeux ne présentent rien de particulier. Au début , la vue n'est que troublée et les objets sont vus moins distinctement -, mais bientôt elle est presque entièrement abolie par l'effet de la photophobie , de la contraction des paupières et de l'épiphora. »
M. Hocken insiste sur la distinction à établir entre l'amaurose hystérique et l'amaurose sympathique qui se lie a certaines affections de l'utérus ou des intestins. (( Pans cette dernière , suivant l'auteur , les symptômes utérins ou intestinaux précèdent toujours les troubles de la vision 5 la photophobie , la contraction des paupières, sont moins fortes -, il y a ordinairement une congestion plus ou moins marquée des parties constituantes du globe oculaire -, la tête aussi est congestionnée , les carotides battent avec force , la face est rouge 5 souvent il y a strabisme ; enfin , l'amaurose symphatique n'affecte presque jamais qu'un seul œil. Il est une autre espèce d'amaurose, qui peut encore plus facilement être confondue avec celle qui reconnaît l'hystérie pour origine : c'est l'amaurose saturnine , sur le diagnostic de laquelle les travaux modernes ont jeté une vive lumière. La rétinite chronique peut aussi en imposer pour une amaurose hystérique -, mais dans la première , la contraction des pupilles est plus prononcée ; les pupilles sont d'ailleurs irrégulières , déformées et non contractiles 5
la maladie n'occupe le plus souvent qu'un œil ; ce dernier est d'ailleurs plus ou moins altéré dans ses parties constituantes ^ il y a enfin de la fièvre et d'autres symptômes d'inllammation. »
Je n'ai eu que deux fois occasion d'observer l'amaurosc hystérique, et j'avoue que mes observations se trouvent complètement en désaccord avec les conclusions principales du mémoire de M. Hocken.
Le premier cas a trait 'a une demoiselle de Soissons , âgée de dix-neuf ans , en proie depuis six mois a de fréquents accès convulsifs accompagnés de céphalalgie intense avec suffocation , boule épigastrique , syncopes incomplètes , etc., sans perte de connaissance.
Trois mois après le début de la névrose, survinrent, d'abord, une paralysie (du mouvement) du bras droit ; quelques jours après , une paralysie du membre inférieur gauche , et enfin l'amaurose de l'œil droit.
La paralysie des membres avait complètement disparu depuis six semaines , malgré la continuation des paroxysmes nerveux , lorsque l'amaurose se déclara , et celle-ci durait depuis quinze jours , lorsque je fus consulté.
La malade distinguait le jour de la nuit, mais, du reste , il était impossible d'établir la moindre différence entre les symptômes de cette araaurose et ceux de l'amaurose ordinaire.
La vue ne s'était aucunement améliorée pendant les trois mois qui suivirent ma consultation , lorsque survint tout-à-coup une nouvelle paralysie du bras droit. En moins de huit jours, l'amaurose disparut alors, malgré la persistance de la dysménorrhée et de la céphalalgie.
Une autre malade , pour laquelle nous avons été consultés à Vée , M. Moser et moi , était âgée de vingt-trois ans , lorsqu'elle éprouva les premiers accès d'hystérie, après une chute du haut d'une échelle , pendant la période menstruelle. Ces accès , quoique accompagnés de mouvements convulsifs très-légers, étaient suivis d'une faiblesse telle , que pendant plusieurs jours la malade ne pouvait se livrer à aucune occupation.
Le 7 Novembre 1844 , une crise plus intense que de coutume se manifesta après un violent chagrin, accompagnée , comme les précédentes , de céphalalgie , d'anxiété précordiale, pleurs, spasmes modérés , etc. Après ce paroxysme, qui dura une demi-heure, mademoiselle X. se plaignit d'une fatigue et d'une douleur inusitées dans les paupières avec trouble de la vue. C'est alors que, se frottant les yeux comme pour calmer cette douleur , mademoiselle X. s'aperçut qu'elle ne voyait plus de l'œil gauche.
Trois jours s'étaient passés depuis l'accès , lorsque j'observai la malade. Les yeux étaient sains , d'une transparence parfaite -, la conjonctive palpébrale et oculaire était légèrement injectée de chaque côté , et autant d'un côté que de l'autre. Les paupières étant closes d'abord et ouvertes brusquement en face du jour, la pupille droite se resserrait normalement , tandis que la gauche éprouvait une contraction h peine sensible . Une bougie promenée devant la cornée donnait , comme dans l'état normal, trois images, dont une renversée.
Plusieurs fois depuis celte époque, l'amaurose diminua, mais pour reparaître bientôt au même degré ; plusieurs fois survinrent des paralysies incomplètes des bras, des jambes, de la vessie; enfin, il y a quelques mois (Avril 1846), l'œil droit devint également amauro-
tique , et la malade avait beaucoup de peinek se conduire.
Ces faits infirment , comme on le voit, les assertions de M. Hocken , car les principaux caractères qu'il attribue a l'amaurose bystérique , c'est-a-dire , l'abolition simidtanée de la vue des deux côtés, la contraction spasmodique des muscles orbiculaires , la photophobie , l'épiphora n'ont existé chez aucune de ces deux malades , qui nous offrent cependant des types incontestables de paralysie hystérique.
Les cas d'amaurose hystérique sont trop peu nombreux dans la science pour qu'on puisse tirer de leur analyse des données pathologiques complètes 5 aussi nous garderons-nous des erreurs où est tombé M. Hocken , en faisant entre des accidents encore mal connus un parallèle aujourd'hui impossible.
Nous nous bornons donc à dire que l'amaurose hystérique ne nous paraît pas différer notablement de l'amaurose ordinaire , quant aux phénomènes ophtalmiques, et que , dans l'état actuel de la science , c'est sur l'ensemble des circonstances générales concomitantes , plutôt que sur les symptômes locaux , qu'on pourra baser un diagnostic précis.
Paralysie de vessie ('^. — Différente de la paralysie vésicale ordinaire par l'irrégularité même de son mode
0) Le docteur Laycock , traitant de cette paralysie, sous le titre d'ischurie hystérique (Gaz. méd., t. vi, 3' série, p. 73), divise en trois classes les cas qu'il a trouvés dans les archives de la science : 1° ceux où l'urine était rendue par une voie anormale ; 2» ceux où il existait des pertes de sang ; S» ceux où raffcclion se compliquait d'un trouble remarquable du système nerveux. L'auteur ne rapporte que les faits rangés dans la première classe , et il suffit d'y jeter un coup d'œil pour se convaincre qu'il a confondu les accidents les plus divers par leur nature et par leur cause.
d'invasion, de sa durée, de sa disparition et de son retour , la dysurie hystérique, mobile et fugace comme la dysphonie et la dyspliagie, peut disparaître comme elles sous l'influence de toutes les impressions vives, morales ou physiques (0.
C'est donc le plus ordinairement un symptôme sans gravité , et nous n'en aurions fait aucune mention spéciale sans les désordres consécutifs auxquels il a quelquefois donné lieu.
La dysurie hystérique peut , en effet , si elle persiste pendant un certain temps, et surtout si elle est méconnue ou négligée, amener secondairement, parla distension des membranes , une paralysie profonde suivie alors de tous les accidents graves qui résultent du séjour forcé d'un excès d'urine dans la vessie. \
Chez une hystérique dont parle sir Brodie dans ses leçons sur les maladies des voix urinaires , on retira à la fois delà vessie quarante onces d'urine.
« A l'autopsie , je trouvai , dit l'auteur , la vessie d'une dimension prodigieuse , d'une couleur foncée et presque noire , ne conservant presque aucune trace de son organisation normale , et la membrane interne présentant l'aspect d'un réseau mince , qu'il était trèsfacile de détacher des parties sous-jacentes. Cependant il n'y avait aucun autre signe de gangrène. »
Nature de la paralysie. — ■ Quelle est maintenant la raison de cette paralysie hystérique ? En d'autres termes, dépend-elle d'une influence encéphalique ou d'une influence toute locale , car, en définitive , la question se réduit à ces simples termes ?
(I) « La vessie iiilcrccplée , surtout avec céphalalgie, a quelque chose de spasmodiquc. - (IIiiTOcnATE, Prorrficliq., liv, i, p. 551.)
Il siifTit de jeter un coup d'œil sur les observations pour voir que ces paralysies si mobiles, si variables quant li leur type , a leur siège , a leur durée , h leur intensité, à leur disparition et a leur retour, ne pourraient être rapportées h l'action du cerveau ou de la moelle épinière , sans détruire toutes les idées positives admises en physiologie (0.
Encore moins admettra-t-on l'opinion de Brodie, qui pense qu'en général, dans la paralysie hystérique, ce ne sont pas les muscles qui refusent d'obéir à la volonté , mais la volonté elle-même qui a cessé de s'exercer. Sans aucun doute il arrive que les facultés intellectuelles, instinctives même , sont abolies dans certains paroxysmes hystériques 5 mais les cas dans lesquels l'intelligence et la volonté conservent toute leur intégrité , en présence de paralysies profondes, sont infiniment plus nombreux.
On n'oubliera pas, du reste, que non-seulement les muscles refusent d'obéir à la volonté , mais que dans certaines paralysies incomplètes, ils agissent même dans une direction diamétralement opposée à celle que la malade veut leur imprimer , témoin l'observation 289 bis.
Localisée , au contraire , dans l'appareil nerveux et musculaire des parties affectées , cette paralysie rend facilement compte de l'influence exercée par l'hystérie , influence variable a l'infini comme la cause qui y a donné lieu.
(1) A l'autopsie de la malade mentionnée dans l'observation 350 bis, on trouva toutes les parties de l'encéphale parfaitement saines, et la nécropsie, pratiquée à l'Hôtel-Dieu de Paris, sous la direction do M. Louis, fut faite avec d'autant plus de soin, que cette hystérique avait été affectée de paralysie de la face, du bras, de la jambe, de Î.t vessie, etc.
On ne peut attribuer exclusivement la paralysie à la fatigue produite par les convulsions, car, ainsi que nous l'avons vu , cette paralysie est plus fréquente dans la forme syncopale que dans la forme convulsive,
Y a-t-il la déperdition ou altération du fluide nerveux ? La science reste et restera sans doute longtemps encore muette sur ce point théorique ; mais quant à une lésion organique du système nerveux, nous ne concevons pas qu'on la mette en doute , et les objections suivantes, que M. le docteur Macario adresse a l'opinion de M. Piorry, paraissent sans aucun fondement :
« L'anervie hystérique , dit M. Macario, est, selon M. Piorry , le résultat d'une lésion organique matérielle, qui se manifeste surtout à la suite d'accès hystériques souvent répétés ; mais, il faut l'avouer, cette lésion n'est pas appréciable à nos moyens d'investigation : qu'importe ? M. Piorry l'admet par analogie 5 car , dit-il , dans l'empoisonnement saturnin , il y a bien paralysie sans lésion apparente, et pourtant il y a évidemment lésion chimique mécanique -, que sais-je ? Il y a pénétration du plomb dans les tissus organiques. Et dans la paralysie qui suit la syncope, n'y a-t-il pas, d'après le même auteur, congestion cérébrale ? Mais qu'il me soit permis de l'observer ici , la comparaison est mal choisie ; ici l'analogie fait défaut. La paralysie saturnine, en effet, persiste tant que la cause n'est pas enlevée , tant que le plomb n'est pas naturalisé -, la paralysie après la syncope persiste également tant que la congestion cérébrale , si congestion cérébrale il ya , n'a pas disparu. Nous saisissons ici clairement le rapport de cause h effet. L'anervie hystérique, au contraire , va et vient sans cause connue; tantôt, Ix la suite d'une forte attaque, elle ne
lait que paraître , puis elle disparaît comme une ombre et ne reparaît plus ; d'autres fois, elle se déclare à la suite d'une attaque légère et persiste des jours, des semaines et des mois entiers. Où est ici le rapport de cause à effet ? Si la paralysie hystérique était réellement le résultat d'une lésion organique , elle persisterait , car la lésion organique est de sa nature persistante. L'anervie n'est donc pas , ainsi que le veut le médecin de la Pitié, le résultat d'une lésion organique (0. »
Eh quoi ! parce qu'une affection est mobile , parce qu'elle va et vient sans cause appréciable , elle ne peut être le résultat d'une cause organique ? Mais la pleurésie , mais la bronchite , mais certaines éruptions et certains exanthèmes qui disparaissent pour revenir, disparaître de nouveau et revenir encore, ne sont donc pas des altérations organiques ?
Pour nous , toute altération de nos organes , soit dans les solides , soit dans les liquides , soit dans les fluides gazeux ou impondérables, est une altération organique ; et nous pensons , comme le professeur Piorry , qu'il y a dans la paralysie hystérique , lésion organique de l'appareil nerveux des parties paralysées , lésion inappréciable a nos moyens actuels d'investigation.
Mais (c ce mouvement vibratile , oscillatoire , pathologique, » qu'admet M. Macario pour expliquer la déperdition du fluide nerveux, n'est-ce donc pas une lésion organique , et la déperdition du fluide nerveux lui-même ne constitue-t-ellepas, comme la déperdition du fluide sanguin, une altération organique ?
(1) Macabio , Ann, méd. psy., p. 63.
Nous pensons donc, comme l'auteur , que la déperdition ou l'altération du fluide nerveux rend sulfisamment compte de la paralysie hystérique ; et, efl'ectivement, lorsque l'altération ou la déperdition portent sur le cerveau , il y a paralysie des facultés intellectuelles , etc., etc. ; lorsqu'elle porte sur les nerfs , il y a paralysie des parties seules auxquelles se distribuent les nerfs.
Mais pour moi , je le répète , c'est lii une lésion organique , et je ne puis voir , au fond de cette discussion, qu'une pure question de mots. Qu'est-ce, en effet, qu'une lésion vitale, sinon celle que les vitalistes supposent devoir exister , mais qu'ils ne peuvent qualifier par des mots propres à en exprimer la nature.
Or, ou une lésion existe dans l'organisation , et alors c'est évidemment une lésion organique ; ou elle n'existe pas, et elle n'est alors ni vitale ni organique.
Que les vitalistes modernes remplacent les Usions vitales par le zi Qeiov des anciens , et toute discussion cesse , car les anatomo-pathologistes admettent comme les vitalistes des lésions inconnues.