‹ Traité complet de l'hystérieChapitre 15 sur 46 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

lUARCHE. — DURÉE. - TERMINAISON.

« Non facile secedit , si semel invaserit : ac si et diutius trahitur, temporis spatio vires acquirit, et nonnunquam evenit ut commoriatur. . Quumque priores morbi discrimine vacarenl , eorum soboles perniciosa exoritur. »

AnÉTÉE, De morh. diulur. cuirai., cap. I . (Traduc. de P. Petit.)

Marche de lanialadie. — • La marche de l'hystérie esl aussi variable que les causes capables de la produire. Tantôt , se manifestant subitement, presque sans prodromes , par l'efTet d'une cause externe , elle atteint de suite son summum d'intensité, pour décroître et même disparaître entièrement si la cause a cessé d'agir , et si la malade est à l'abri de toutes les impressions qui pourraient la surexciter. Tantôt , se manifestant lentement, sans autre cause appréciable que la prédominance du tempérament nerveux , ou sous des influences dont la durée augmente la force , l'hystérie fait des progrès insensibles, s'empare graduellement de toute l'économie, et persiste longtemps après l'action pathogénique.

Dans le premier cas , l'hystérie est presque toujours constituée par des accès convulsifs. Dans le deuxième , elle commence souvent par des accès non-convulsifs , mais qui deviennent spasmodiques bientôt par les progrès de la maladie.

Dans le premier cas comme dans le second , soit par la persistance de la cause occasionnelle , soit par d'autres influences extérieures ou organiques, continues ou souvent répétées, l'hystérie persiste. Alors, sauf les modifications inséparables de toute affection nerveuse , les accès se reproduisent sous des conditions connues et presque prévues d'avance , c'est-à-dire, qu'ils viennent à peu près aux mêmes heures, dans les mêmes circonstances , avec les mêmes caractères , la même durée, les mêmes phénomènes consécutifs.

D'autres fois , la marche est différente ; l'hystérie ne semble plus se produire comme spontanément et d'après un état particulier de l'économie -, elle paraît uniquement lorsqu'une circonstance quelconque fait naître un paroxysme, et ces paroxysmes, variables comme la cause , cessent de revêtir ce type uniforme , cl je dirais presque régulier , qu'on remarque chez certaines malades.

Périodicité . — Le plus souvent , il faut le reconnaître, il y a périodicité manifeste , comme nous l'avons déjà noté , en parlant de la reproduction des accès. Mais il existe une différence entre cette intermittence, dont on ne peut déterminer la raison et qui participe à tous les caractères des fièvres intermittentes proprement dites , et entre la périodicité qui survient à l'occasion de circonstances périodiques.

Ainsi , l'hystérie intermittente revêt jusqu'à un certain point la forme des accès fébriles, et guérit souvent par le quinquina 5 les prodromes sont plus marqués ; dans certains cas on constate une élévation de chaleur-, et, n'était l'absence de l'élévation du pouls , on pourrait penser qu'il y a complication d'une fièvre d'accès (i).

C'est sans doute h cette coïncidence d'une fièvre d'accès avec les paroxysmes hystériques qu'il faut rapporter les exemples de fièvre pernicieuse hystérique mentionnés par Mercado (2), Sagar (3), Strack (4), Puccinotti (&), et que nous considérons comme des complications purement accidentelles.

Que des femmes nerveuses , disposées aux accidents hystériques , sous les moindres impressions physiques ou morales, soient prises d'une fièvre intermittente, et les accès d'hystérie pourront survenir comme ils surviendraient par l'effet d'une autre influence , et se mélanger aux accès fébriles. Cette combinaison plus ou moins intime des symptômes nerveux et des symptômes hysté-

(1) Obs. 95 , 96, 98, 99, 100, 101 , 102, 105, 107, 110, 124,

(2) « Secunda quidem hujus terlianae species suborilur , cura febriliscalor uterum in consensum allicit. •• (Gas. des Hôp., Juin 1846.)

(3) Loc. cit., p. 261.

(4) • Febrium autem intermittentium nulla cognilu dlfficilior est , quam quae passionis hyslericse larvam induit: siquidem cuna ista guidera mulierum affectio , propterea quod ipsa miras saepe atque aliénas diversarum œgrotatlonura figuras admittit ; per se satis fallax est , potest utique talis febris , ubi similes notas recepit , medico vehementer illudere. «

(5) Histoire des fièvres intermittentes pernicieuses de Rome. * Gaz. des Hôpit., 0 Juin 1846.

riques constitue-t-elle une affection spéciale ? Doit-elle recevoir un nom particulier? Nous ne le pensons pas; car il faudrait faire alors , îi l'exemple de Pomme , autant d'espèces d'hystérie qu'il y a de maladies aiguës ou chroniques dans le cours desquelles les crises hystériques peuvent se développer pour la première fois ou continuer a se manifester.

Le danger de cette complication ne réside pas dans l'hystérie, mais dans la fièvre d'accès , et quand on voit la fièvre pernicieuse tuer en quelques jours , si ce n'est même en quelques heures , les individus jouissant auparavant delà meilleure santé , doit-on s'étonner d'y voir succomber une hystérique , comme y succomberaient les épileptiques , les choréiques , les hypochondriaques, les malades atteints d'affections du cœur, du poumon^ du foie, etc., tous ceux enfin qui, déjà malades ou même bien portants , ne seraient pas soustraits assez promptement à l'influence pernicieuse , ou soumis à un traitement as.sez actif W. Pour nous donc il n'existe ni fièvre hystérique , ni fièvre pernicieuse hystérique, mais de simples coïncidences entre les accès d'hystérie et les fièvres intermittentes bénignes ou pernicieuses.

(1) L'observation suivante , recueillie dans le service de M. le professeur Piorry, et rapportée dans la revue clinique hebdomadaire [Gaz. des Hôp., tome viii, p. 26IJ, me parait un simple fait de complication accidentelle de l'hystérie par une lièvre intermittente pernicieuse :

« Une jeune femme élail affectée deyiévralgie intercostale, avec augmentation de volume de la rate, et de fièvre intermittente dont les accès revenaient tous les soirs. La rate diminua d'un tiers au moins sous l'influence du sulfate de quinine administré plusieurs fois à la dose d'un gramme; mais il fut impossible de la ramener à son volume normal, et elle ne cessa de présenter au moins douze centimètres de haut en bas. Ces accès ne furent pm arrêtés. La

Quanti» celte périodicité qui survient à l'occasion de circonstances périodiques , on la remarque surtout le matin au réveil , aux périodes lunaires , mais jamais aussi manifestement qu'aux périodes mensuelles

malade éprouvait aussi quelques accidents vers les organes internes de la génération, telsqtœ douleurs hypogastriqiies et ingxùnaUs. Depuis deux jours, la rate restant volumineuse malgré le sulfate de quinine, on avait suspendu l'admin istration de ce sel , se réservant d'y revenir à dose plus élevée. Un matin, dans U7i état de santé meilleur que les jours précédents, la malade étant descendue au jardin eut «n paroxysme violent, avec sentiment de suffocation ascendante, perte incomplète de connaissance , pandiculalions, etc. L'accès dura cinq minutes seulement. Le soir, il ne restait plus que de la courbature. La nuit fut tranquille. Le lendemain, à pareille heure, l'accès se reproduisit phis violent encore que le premier : il survint des contractions épilcptif ormes, et la malheureuse succomba d'une manière inopinée.

» La mort avait été si imprévue, que M. Piorry ne se décida à faire pratiquer la nécropsie que lorsque la putrtf action eut commencé sur quelques points du cadavre.

» Les lésions furent recherchées avec le j^us grand soin. On n'en trouva aucune absolument dans les lobes cérébraux, dans le cervelet, dans les tubercules quadri jumeaux, dans la protubérance, dans le bulbe et dans la moelle épinière. La rate avait le volume observé pendant la vie ; son liss^l était iioirâtre et ramolli. Les ovaires étaient doublés aie moins de volume; leur aspect était noirâtre. Ils offraient (surtout le gauche) des foyers hémorrhagique^ sous leur tunique propre. On distinguait du reste les éléments organiqxies des ovaires. La matrice était exemple d'altérations.

• // y avait du sang dans les vaisseaux; il n'y avait pas d'écume dans les bronclies, de sorte que l'on ne pouvait expliquer la mort ni par une syncope, ni par l'asphyxie. »

Évidemment, ilniis ce cas (regardé comme exemple de fièvre pernicieuse liysléri(|uc), la Ilcvrc d'accès a présenté les caractères qu'elle pi ésentc ordinairement et qu'elle eût présentés en dehors de toute coïncidence d'hystérie.

(1) 01)S.9, 12, 14, 55 , 50, 107 , 137, 138, 180, Ull, 22Î,

Grossesse, accouchement, allaitement. — II n'est pas vrai de dire qu'en général la grossesse suspende les attaques d'hystérie. Cette remarque, répétée, d'après Hoirmann , par plusieurs auteurs, est formulée d'une manière trop large et sans commentaires suffisants.

Nul doute que l'hystérie ne disparaissse quelquefois pendant la grossesse (0 , mais il arrive très-souvent aussi que la grossesse l'amène ou l'entretienne (2) ; et dans les observations 152 bis, 31 7 et 338, nous la voyons se manifester au début de cinq a six grossesses.

Il est beaucoup plus vrai de dire que l'hystérie naît ou augmente fréquemment au début de la grossesse , et que presque toujours elle disparaît dans les derniers mois.

L'accouchement et l'allaitement ne mettent pas non plus d'obstacles a la marche de l'hystérie (3). « In ipso » puerperio pathemata hysterica, cum faiicixim strangu- » latione experiebatur », dit Hoffmann ; mais il est indispensable , dans l'appréciation de ces circonstances , de tenir compte des induences morales, physiques ou pathologiques qui peuvent s'exercer durant l'accouche-

(1) Obs. 134, 135, 136, 137, 138, 310.

(2) Obs.92, 120, 121. 122, 123 , 130, 317 , 337 , 338.

(3) Les deux faits suivants observés par Forcstus montrent que les anciens avaient observé cette persistance des i)aroxysmcs hystériques pendant la grossesse et raccoucbement :

• Paulo anted-.ctum est, grauidas nunquam pati vteri prœfocntionem, vcl admodum raro. At tamen cura h<cc recolligerem anno 1.^89, mcnse Octobri, vxor nostri pharmacopœi, secundo a conceptu monse vteri prœCocationcm incurrebat, cura raotu quasi cpileptico modo sub noclem, modo in nocte, non sine febre, tanquara ccrta pcriodo, idque per quatuor aut quinque vices, scd paroxysmi non diu durabant, malcolentia naribus admota parum iuuabanl. Infernis non ausi fuimus odorata subiicere, ue aborlus sequeretur. Syrupus ex ahsin- Ihio adhibitus, propteramariludinem, vl existimo valde iuuabat.

ment ou rallaitement , en dehors de ces influences physiologiques W.

Influence sur la conception , influence sur l'enfant. — Quant aux prétendus clfets de l'hystérie sur la stérilité ou la fécondité, nous n'avons aucune donnée pour les distinguer.

Louyer-Villermay (2) et Forestus (^) établissent que les hystériques doivent être, en raison delà prédominance d'action du système utérin , plus aptes que les autres à la fécondation -, les exemples ne manqueraient pas à l'appui de l'opinion contraire, et ne prouveraient pas davantage. C'est la une de ces questions insolubles, et, heureusement aussi , sans aucune utilité. Il est beaucoup plus philosophique , ce me semble, de ne point émettre d'opinion que d'en faire ainsi de toute pièce , sans preuve et sans fondement.

» Sccunda vero vxor Potri Opmeri, quœ annuin 42 agcbat cum illam duceret (nara virgo annosa ea erat antequam mati-inionintn inirel) anno sequcnli, mense Augusto primipara, cum noctu pareret, alquc obstclrix infantcm susccpissct, et vakle intenta esset in pucro mundaudo ipsa inlcrca in vtcri suffocationcm incidens mox exanimis reporta est, et pro morlua habita. Ad quam etipse accitusin nocle, assam fœtidam proodoratu naribusapplicabam, et cmplastrum contra matriccm supra alutam scu corium rotuiidum, paulo amplius dairro, extcnsun', et in circuitu gaii;ano obductum, vinbilico apponi iussi : quibus duob. tantuni praesidiis ad se rodiit, et illico a paroxysmo cxcitala est atque ab illa molestia etiara inox liberata, cum magna astantium admiralionc. Cum inm a paroxysmo excitata foret, imperauimus, vt cmplastrum amouoret : etcumbencpurgareturin partu, poslea belle se habuit. » [De mul. morb., obs. 30.)

(1) Obs. 123, 125, 120, 127, 128, 129, 130, 131, 152 bis , 30 1 .

(2) Traité des vapeurs , p. 91 .

(3) « Suffocala;ab uterinoraalo, sicoeant , prompte concipiuut. » {De morb. mul., obs. 3.)

Est-il besoin d'ajouter que, sans posséder de nonabreuses observations au sujet de l'inlluence des accès iiystcriques de la mère sur l'enfant intra-utérin , l'expérience et l'induction doivent faire craindre l'avortement ou l'accoucbement prématuré , d'une part, el, de l'autre, des résultats funestes pour la constitution de l'enfant (Obs. 124, 311).

En effet, d'après la statistique de M. Bouclier, sur cent soixante-dix épileptiques , vingt-trois sont nés de mères hystériques.

Durée de la maladie, terminaisons. — Nous sommes entrés plus haut dans de grands détails sur la durée des paroxysmes. Quant a la durée de la maladie, variable à l'iniini , selon la nature , l'énergie et la d^rée des causes , la constitution physique , les conditions morales et hygiéniques des malades , il serait impossible de la déterminer même d'une manière générale.

L'hystérie qui paraît a l'époque de la puberté ne dure ordinairement que jusqu'à l'éruption normale des règles (') ; jusqu'au rétablissement régulier de la menstruation , dans le cas de dysménorrhée (2) , ou jusqu'au mariage (3).

L'hystérie qui naît de causes morales ne diminue et ne disparaît qu'avec elles ; et , comme la plupart de ces causes morales perdent beaucoup de leur énergie a l'âge critique , il s'ensuit que , soit dans ce cas , soit dans le cas de surexcitation nerveuse ou acquise , l'âge critique est l'époque la plus fréquente de la guérison spontanée

(1) Obs. 153 , 154, 155, in3 , otc.

(2) Obs. 5 , 10 , 157 , 158 , 159, 100, ICI , otr.

(3) Obs. Il , 11)8, 174, 175, 327, etc.

et graduelle de celte névrose. Dans quelques circon-' stances exceptionnelles , l'âge critique devient cependant la cause prédisposante ou occasionnelle de la maladie ('),

L'hystérie dure très-peu de temps et peut se borner a un seul ou à un très -petit nombre de paroxysmes, si la cause a été subite , et si elle a disparu promptement et complètement.

Il en est de môme si elle dérive de lésions organiques immédiatement reconnues et détruites (2).

Dans d'autres cas plus rares , elle disparaît par l'aggravation même de la lésion qui l'a produite (3). Nous aurons occasion de développer plus loin et plus à propos notre pensée complète a cet égard.

Du reste, loin d'envisager uniquement la cause productrice dans l'appréciation de la durée de l'hystérie , on tiendra le plus grand compte de l'empire des névroses sur la constitution, se rappelant qu'abstraction faite des circonstances palhogéniques , ces affections doivent durer d'autant plus longtemps qu'elles ont déjà duré davantage.

Nous avons étudié au chapitre de la symptomatologie générale l'état de l'économie dans l'intervalle des paroxysmes ; nous pourrions presque , pour la guérison , reproduire les mêmes remarques avec les mêmes différences ; c'cst-a-dirc, que les effets sur le tempérament

(I) Obs. 108, 169, 170.

^2) Obs. 30f., 307 , 308, 312, 313, 314, 315, 318, 320, 328, 3.(2.

(3) Obs. 321 , 322.

seront d'autant plus marqués que l'affection sera plus ancienne , et que les paroxysmes auront été plus violents et plus répétés.

Presque toujours l'organe le plus fgible ressent pour longtemps l'influence de la névrose ; de là une mobilité nerveuse excessive, des digestions pénibles, tout le cortège des gastralgies et des entéralgies (Obs. 10 , 20, 144 , etc.).

Ici encore les conséquences varient selon la cause , et nous voyons l'hystérie qui dérive d'une lésion organique ou d'une impression brusque , laisser des traces moins profondes dans l'économie que celle qui résulte de circonstances morales durables, aidées d'une surexcitation habituelle.

Affections intercurrentes , crises. — L'hystérie , comme on l'a vu, cesse tantôt promptement, par la cessation prompte et spontanée de la cause , ou par une révolution physique ou morale violente : tantôt graduellement, par l'effet du traitement 5 tantôt très-lentement et parles seuls progrès de l'âge.

Hippocrate avait déjà signalé un autre mode de terminaison , par l'invasion d'une fièvre aiguë qui n'existait pas auparavant., ou qui redouble si elle existait déjà : Inixaiiox) Iv-iy.à'J ■KvpcTèç émyevifxsvoç o^vç, //•/; TipÔTSpov yeyoyo^ç' ei e'cn'î^pôx&pov j/îycvù , 7ra/oo|uv0ctç (').

Cette névrose subit, en effet, comme toutes les autres maladies , l'influence des affections concomi-

(1) « Le spasme peut être dissipé par une fièvre aiguë, survenant si

elle n'existait pnsauparavant , rcdoublantsi elle existait déjà

Les spasmes qui survicmicnt soudainement peuvent élre dissipés par une fièvre, par un flux de ventre. " (Piinol. coaq., 1' fcclion, ^ 18, n» 35^.

tantes ; soit que, compliquée de phthisie , par exemple, elle s'use en même temps que la constitution et disparaisse faute de vitalité (') -, soit que le foyer d'excitation se trouvant déplacé brusquement par une maladie aiguë (2) , il y ait métastase critique, selon l'interprétation des anciens (^).

(1) Obs. 341 , 3C5.

(2) Obs. 180, 181 , 185, 180, 194.

(3) ^ûo tÔvw; «fia yivoftévwv fivj -/«Tà tÔv «tjtov tottov, o uyo-

SfoTE/joî âu«uj5ot TÔv ETîjsô'v. (Hipp., Apli., S^sccf., s 46.)

* L'observation suivante, que j"ai recueillie, durant mon internat , à l'Hotel-Dieu de Paris , témoigne de l'influence d'une affection aiguë sur l'hystérie :

E. D., âgée de vingt-trois ans, d'une constitution maladive, d'un tempérament nerveux, réglée à douze ans , mariée à seize , a eu trois enfants Le premier, né avant terme, n'a pas vécu ; le deuxième est mort à six mois dans des convulsions ; le troisième , âgé de trois ans, est d'une bonne sanlé.

Atteinte d'une grave méningite au mois de Janvier 183C,E. D. était en convalescence depuis une quinzaine de jours , lorsqu'après une vive contrariété elle fut prise, pour la première fois, d'un accès convulsif qui dura environ une heure. Le lendemain elle eut plusieurs accès semblables dans la journée, puis elle resta un moissansen éprouver de nouveaux.

Depuis celte époque, tous les mois les paroxysmes se reproduisaient à peu près dans le même temps, ils duraient huit jours et se répétaient quatre à cinq fois i)ar jour.

La plupart du temps la malade ne perdait pas connaissance ; si l'on parlait près d'elle à voix basse, il lui semblait entendre un grandbruit. Elle élail, du reste, toujours avertie de l'invasion prochaine des accès par i:n • boulequi lui semblait monterdu bas-ventre à la gorge.

Quelques mois après la première attaque, E. D. , qui jusque \!\ n'j.vaitjamais eu les pales couleurs, mangea pour la |)remière fois du chr.rbon , de la craie , du papier , etc.

En 1837 , après de violents chagrins , elle se jeta dans le canal ; mais retirée immédiatement, elle fut portée à l'hôpital Saint-Louis, où S':8 attaques se montrèrent jilus fréquentes qu'elles n'avaient jamais

Il ne faudrait pas croire néanmoins que loules les affections aiguës, même les plus graves Jugeassent l'hystérie. Cest, au contraire, une véritable exception. On voit les accès persister non-seulement après la maladie intercurrente, mais continuer même pendant la période aiguë. Ainsi , chez la malade qui fait le sujet de l'observation 187 , de violents paroxysmes se manifes-

ctc , et d'où elle sortit pour aller dans sa famille à Mortefoiitaine.

Au bout de deux mois elle revient à Paris et entre le 7 Avril àlllotel- Dicu , salle Sainte-Monique , n» 43 , où nous reçûmes d'elle et de sa famille les diHailscommémoratifs qu'on vient de lire.

Les accès ont lieu deux à dix fois par jour , jamais la nuit ; la malade est constamment avertie de leur approche , plus d'une minute auparavant, par une sensation soudaine à l'hypogaslrc ; une boule semble s'élever jusqu'à la gorge ; la suffocation se manifeste alors , et les convulsions surviennent sans aucun mélange d'épilepsie , et ne durent jamais plus d'une demi-bcure.

Souvent l'accès est terminé par des pleurs, souvent aussi par un besoin irrésistible d'uriner.

Plusieurs fois, la main ajjpliquée sur l'abdomen, nous avons cherché à apprécier les phénomènes qui s'y passaient , et nous n'avons perçu que des mouvements de gaz intestinaux.

Depuis quatre mois les règles sont supprimées sans aucun signe de grossesse ;la malade présente en même temps tous les symptômes de la chlorose , et surtout un bruit do soufflet considérable au premier temps et un bruit de diable dans les carotides. Les accès ne se calmant pas sous l'influence des antispasmodiques , des lavements opiacés, etc., E. D. sortait de l'hôpital le l"Mai , lorsqu'élaut tombée sous le portique pendant un accès , on la ramena dans la salle Sainte- Monique.

Trois jours après elle fut atteinte d'ime variole moyenne qui n'offrit rien de particulier à considérer, et pendant le cours de laquelle il no survint aucun accès.

La convalescence confirmée , l'hystérie ne reparut pas , et quand je revis la malade deux mois après sa sortie de l'hopilal, elle n'avait encore éprouve aucune attaque. La menstruation ue s'était pas rétablie, et il était survenu plusieurs circonstances proprtss à exciter chez elle des émotions vi\ os.

tèrent chaque jour pendant une pneumonie des plus graves.

Dans d'autres cas , les accès disparaissent pendant la période aiguë de l'affection intercurrente, pour reparaître a la fin. C'est ainsi que dans l'observation 271 , les accès, qui avaient complètement disparu durant le cours de la scarlatine , reparaissent aussitôt la desquamation.

La transformation de l'hystérie en épilepsie est assez rare-, et malgré l'opinion d'Hoffmann et de Louyer- Villermay , je regarde comme plus rare encore , peutêtre, sa transformation en hypochondrie. Sans doute ou a pris pour l'hypochondrie la mélancolie qui accompagne et qui surtout suit souvent l'hystérie; nous verrons tout-à-l'heure , au chapitre des complications, combien les résultats fournis par l'observation s'accordent peu a cet égard avec l'opinion classique.

Des gastralgies, des manies opiniâtres marquent souvent la fin de l'hystérie prolongée. Quant a la démence, elle ne s'est jamais observée qu'après l'hystéro-épilepsie.

Mort. — Enfin, dans des cas plus rares, la mort peut survenir : non que je regarde comme devant être attribués k l'hystérie tous les cas de mort rapportés par les auteurs -, mais , en admettant que la plupart aient attribué k cette névrose le résultat d'autres lésions indépendantes , en admettant môme comme douteux le fait relaté par Ruliicr (Obs. 355), il serait difficile de croire que des observateurs comme Graaf , Bauhin , Willis, Morgagni, etc., se soient tous laissés induire en erreur.

La mort s'explique dans ces cas comme dans les syncopes prolongées, soit par l'épuisement du système nerveux, soit par la congestion cérébrale, soit par l'arrêt trop prolongé de la respiration ou de la circulation. Et , quand on voit de jeunes femmes succomber avant la fin de l'accouchement , sans hémorrhagie interne ou externe, sans accidents apoplectiques, sans asphyxie, par le seul fait de la prolongation exagérée du travail, est-il donc illogique d'admettre que la mort puisse arriver après de longs et violents paroxysmes , par un épuisement analogue à celui qu'amènent les difficultés de la parturition, et quelquefois même, les grandes opérations chirurgicales?

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