‹ Traité complet de l'hystérieChapitre 22 sur 46 · OA OU · texte numérisé non relu

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Continence. — Malgré l'opinion contraire de M. F. Dubois , je regarde la continence comme pouvant prédisposer k l'hj'Stérie ; et non-seulement la continence forcée des femmes dont l'imagination et les sens auraient été excités , mais la continence de celles mêmes qui seraient dans la plus complète ignorance des désirs et des satisfactions sexuelles.

Pour les premières cette proposition n'a pas besoin de commentaires, car, de cette part faite k l'imagina-

(1) Il faut remarquer que pour avoir l'âge d'une manière exacte, il ne faut pas se contenter du chiffre indiqué dans les premières ligues de l'observation , mais voir dans les détails si l'affection ne dure jjas depuis plusieurs années. On trouve ainsi quelquefois que l'hystérie remonte à dix ou quinze ans de plus que ne l'indique la première énonciation du fait.

(2) " Enim vero cxperienliœ fide multœ piiellulœ vivunl hystericis lentatœ symptomatis anie ciuodechnum , decinmm quinhim, tiedvm decinnm oclaviivi crtatis aumim. - (Piso, loc. cit., p. J35.)

lion, dérive une prédisposition trop maiiileste pour être discutée.

Quant aux cas dans lesquels cette prédisposition précéderait tout penchant génital, toute connaissance même des impressions sexuelles, bien qu'ils soient plus rares, ils n'en sont pas moins constants, et ils rentrent dans ce que nous avons dit tout-k-1 'heure sur l'influence de la puberté.

Il ne faut pas voir seulement , en eflet , parmi les causes de l'hystérie, la surexcitation d'un appareil nerveux , mais la déviation, la viciation de l'influx nerveux; et il est manifeste que l'état normal de l'économie résultant de l'exercice régulier de toutes les fonctions, il y a viciation quand un organe est privé de la fonction pour laquelle il a été créé.

Qu'on ne tire les conséquences de ces prémisses qu'avec une extrême réserve , c'est un devoir rigoureux pour le philosophe et pour le médecin ; mais que la crainte des conséquences aveugle au point de conduire à nier les principes , c'est nier non-seulement les lois de la pathogénie , mais c'est priver la thérapeutique des précieuses indications préventives que lui fournirait dans ce cas la physiologie (0.

Il suffit de parcourir notre recueil d'observations pour voir combien de fois l'hystérie est née par suite de la continence, et combien de fois l'union sexuelle l'a guérie. Cette rétention de la semence, que les anciens donnaient comme cause presque exclusive de l'hystérie,

(I) « Non soluni viduis, et virginibus grandioribus affectas particularis est , verum cliam monialibus et aliis,(iuœ ad vcncrcui proclives ciim sint , lamen viri consueludiiic non utunlur. » (Roniinic.i a Castro, De mulieb. morb. med., pars 2, lib. ii , p. 151.)

exprimait donc dans un langage faux et grossier une idée vraie, quoique exagérée, celle de l'influence génitale.

On objecte en vain que l'état de mariage n'est pas un obstacle à l'hystérie; car, outre que cet argument tombe de soi-même dès que la surexcitation génitale est admise comme prédisposition a l'hystérie , outre que d'autres causes peuvent également la déterminer, il faut bien reconnaître qu'on ne trouve pas toujours dans le mariage la satisfaction morale et la satisfaction physique , besoins également impérieux de notre nature ; et sans partager les exagérations de Louyer-Villermay , je partage complètement , sur ce point , sa manière de voir :

« Il ne suffit pas toujours , en effet , que le but de la » nature soit rempli ; il faut en outre quelquefois que )) le vœu du cœur soit exaucé, et c'est ainsi que l'on )) voit des femmes mariées jouissant des droits de l'hy- » men, qui éprouvent des accès d'hystérie parce qu'elles » sont sous l'empire d'une inclination qui n'est pas sa- » tisfaite. »

Il serait donc superflu de réfuter l'objection tirée de ce que les fdles publiques ne sont pas exemptes d'hystérie, car, outre toutes les circonstances morales et physiques qui peuvent les y exposer , on aurait encore h considérer l'exagération de l'instinct et de la stimulation sexuels.

L'hystérie est d'ailleurs extrêmement rare chez les prostituées, et c'est pour l'avoir confondue avec d'autres affections spasmodiques (0 , qu'on l'a crue plus fréquente.

(i) "A la tin du siècle dernier, les filles publiques atlaquces de

(t On est surpris , dit Parent-Duchâtelet , de cette rareté des affections hystériques après une longue détention, et par conséquent après une longue continence; mais cela s'explique par les vices auxquels il paraît que quelques-unes se livrent dans l'hôpital et dans les prisons...

» Cette explication me paraît d'autant plus exacte que celles qui sont rendues à une existence régulière, et que l'on admet dans le couvent du Bon-Pasteur, éprouvent des accidents nervenx , des étouffements , des congestions cérébrales, qui semblent, m'a-t-on dit, désyphilis étaient soignées à Bicétre dans une salle qui leur était spécialement consacrée. D'après les règlements de la maison , elles ne pouvaient y rester que six semaines , et l'on était si sévère sur cet article du règlement , que le terme fatal arrivé, elles étaient mises à la porte de l'hôpital, guéries ou non guéries.

• L 'att>;nte de ce jour faisait une telle impression sur l'esprit de ces malheureuses , qu'elles étaient toutes prises, à la fin de la cinquième semaine , de convulsions et d'attaques de nerfs épileptiformes de la plus grande intensité; elles attrihuaient ces accidents au mercure, elles croyaient ne pouvoir s'y soustraire , et leur avaient donné un nom particulier; elles appelaient cet état revenir de son mercure.

• Depuis un temps immémorial, ces accidents se perpétuaient sans qu'on y fit attention. Lorsque CuUerier obtint par la voie du concours la place de chirurgien de Bicétre , juste appréciateur des causes de ces accidents , il résolut de les faire cesser. Pour cela, il donna les ordres les plus sévères à toutes les malades ; il lit placer deux grandes tonnes d'eau froide dans la salle, pour y plonger, la téte la première, toutes celles qui, malgré la défense, reviendraient de leur mercure, cl, pour porter plus loin l'impression , il disposa autour d'un fourneau à réverbère une série de fers, de formes et de grandeurs diverses , à l'aide desquels il devait cautériser , en différentes parties du corps, les filles qui , malgré sa défense, seraient prises de convulsions. Ce moyen réussit, comme il avait autrefois réussi entre les mains de Boerhaave, cl pendant deux ou trois ans, on n'entendit plus parler, parmi ces malades, d'accidents nerveux. » (Pabknt-Duchatei.et, De la prostitution , tom. i, p. 259.)

ranger les ronctioiis inlellecluelles, el qui nécessileiil un régime particulier. »

Parent-Duchâtelet, sur cent-cinq prostituées frappées d'aliénation mentale, n'en a compté que huit chez lesquelles se fussent remarqués des symptômes hystériques.

L'argumentation de Georget est donc contraire , sur ce point , à l'observation et a l'induction logique.

Cette grave question de la continence sera, du reste, plus amplement discutée au chapitre 11 , art. Mariage.

Union sexuelle. — Mais de ce que nous venons de donner la continence comme cause prédisposante de l'hystérie , sera-ce une contradiction d'avoir attribué , et d'attribuer plus tard, dans certains cas, une analogue influence à l'union sexuelle, même sans aucun abus? Nullement. La contradiction serait uniquement dans l'esprit de ceux qui refuseraient d'interpréter l'action différente d'une même cause , et l'action identique de causes différentes, selon les circonstances dans lesquelles elles s'exercent. Et de même que certains troubles de l'estomac sont identiquement provoqués par une alimentation insuffisante ou trop abondante , mauvaise ou trop succulente , de même des troubles identiques de l'innervalion génitale peuvent dériver de l'absence , de l'abus ou du simple exercice de la fonction sexuelle.

jNous ne nous croirons donc ni imprudent ni immoral, mais au contraire très-moral et très-prudent, en conseillant, au chapitre du traitement, le mariage dans certains cas déterminés.

Qu'on réprouve les conseils de Forestiis et de San-

vages, on ne saurait le faire avec trop de rigueur !!! Mais qu"a l'exemple de MM. Brachet et Georget , on traite d'indécente l'opinion des médecins qui regardent comme l'une des causes de l'hystérie la non -satisfaction de la fonction génératrice , c'est comme si l'on reprochait au médecin de conseiller une grossesse à une jeune femme mariée , pour remédier à certains désordres cérébraux ou à certains déplacements de l'utérus. La moralité de la médecine ne consiste pas dans la négation de ces influences organiques difficiles a dissiper ou h diriger , mais précisément dans leur direction et dans leur modération.

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