PRONOSTIC
« Quoad prognosin atlinet , raro hic aifectus interficit œgrotantes; sed valde chronicus esse consuevit. » (Rivière, Ub. xv, cap. 6.)
A n'envisager que le résultat final , le pronostic de l'hystérie serait peu grave, car elle n'est qu'exceptionnellement mortelle ; mais si l'on considère sa longue durée en général , les souffrances si vives qu'elle occasionne, les obstacles qu'elle apporte à l'exercice des fonctions vitales, et même des devoirs de famille et de société, les modifications fâcheuses qu'elle produit dans la constitution , et l'extrême susceptibilité nerveuse qu'elle laisse au physique et au moral, longtemps encore après la guérison des accès , on la regardera avec raison comme l'une des affections les plus redoutables W.
(1) « Malum quidcm plerumque feminis lethale non est, ipsis tanien et domesticis valde molestum , et terroris plénum est. » (Sennert , iom IV, pai:i 2, sect. 3.1
Le pronostic varie , du reste , pour l'Iiystérie, comme pour les autres névroses , suivant la constitution du sujet, le caractère, l'intensité, les complications, l'ancienneté, mais surtout, suivant les causes de la maladie.
Tl est clair que le pronostic sera très-favorable si les accès sont dus a une cause morale facile à détourner , kune lésion organique susceptible de prompte guérison, tandis qu'il sera très-fâcheux s'ils dépendent de causes physiques ou morales nécessairement persistantes, de l'habitude nerveuse générale , et s'ils ont augmenté graduellement.
Le pronostic sera plus ou moins grave aussi, selon que la menstruation s'exercera normalement , malgré les paroxysmes , ou selon que les irrégularités du flux périodique auront coïncidé avec le début de l'hystérie, car, dans ce dernier cas , on peut espérer que le retour des règles apportera d'heureuses modifications au développement des crises.
Les craintes devront également être plus sérieuses s'il survient du délire pendant les accès, ou s'ils sont suivis de paralysie du mouvement ou du sentiment. « Minus malum est, dit Rodrigues de Castres, si illœso spiritu reliqua symptomala adsint , si sensus et motus integri maneant, si rarius accessio invadal et breviori tempore dur et : si ex menstruis fiât (0. »
Malgré l'opinion de Willis (2) , le degré de violence des convulsions ne peut servir de base au pronostic. On n'attachera pas plus d'importance à l'existence de l'é-
(1) Pars 2, lib. 11, p. 1.5.5.
(2) Convulî^iones febricitantibus interdum accidere , iiullus e vulgo fere est quin passira advertat , et exinde mortis aut periculi insigne pronosticum deaumat. [De spasm. univers., cap. 8, p. 495.)
cume h la bouche, quoi qu'en aient ditForestus, qui proclame ce symptôme mortel , et Rodrigues de Castres , qui le proclame favorable (0.
Quant a l'aphorisme si connu d'Hippocrate, au sujet de l'éternuement , comme signe favorable dans les accès (2), Rodrigues de Castres en donne la seule interprétation rationnelle : Cujus est rei causa quia oslendit naturam propriam meminisse motiomim et quœ prius torpebat excitari, deinde etiani quia concussu sternutatio naturam excitât (3).
Nous ne partageons pas, au sujet de la terminaison fatale de l'hystérie, la sécurité de MM. Dubois d'Amiens, Bouillaud , Foville , qui doutent que cette névrose ait jamais causé la mort.
Sans contredit , il est possible que la mort , survenue pendant un accès d'hystérie et attribuée à la névrose, ait été produite par des causes étrangères à cette affection ; mais si l'on consulte les observations mentionnées au chapitre de l'anatomie pathologique, on voit que dans un assez grand nombre de cas, l'absence de lésions ne permet pas d'attribuer la mort à l'altération des principaux viscères. Ainsi, chez une jeune fille de vingtdeux ans (obs. 352), la mort fut si rapide qu'on crut la malade empoisonnée et qu'on exigea l'ouverture du corps : Suffocatione ita interiit ut porrecti veneni parenlibus incideret suspicio W. Vésale, qui fit l'autopsie, trouva seulement une lésion des ovaires.
(1) Insuper in hisleria spuma signum est salulis, in aliis lethalo. (Zoc. cit., pars 2, lib. ii, p. 151 )
(2) ruvatxt vno vo-Têjotxéiv évo/\o\J[xévn> « 5u(iTOxoû(7V3, 7rT«/)pô; ETTtytvôfievof , âyaQôv. (Sect. 5, apA. 35.)
(3) Loc. cit., pars 2, 11b. ii, p. 156.
(4) Vesai.ics, lib. v, cap. 15.
Déclarer avec M. Bouillaud que quand les troubles Ihoraciques ou abdominaux (•) tiennent a de véritables Usions chroniques organiques , ce n'est point l'hystérie qui a pu par elle-même donner naissance à ces lésions, ce serait nier d;'S influences que les progrès de la médecine tendent chaque jour à accréditer davantage.
Nie-l-on que de profonds et incessants chagrins puissent développer des affections organiques de l'encéphale ?
Nie-t-on que les troubles moraux ou intellectuels puissent développer des troubles fonctionnels et par suite des troubles organiques dans les organes digestifs ?
Nie-ton que la seule idée fixe des hypochondriaques puisse réagir sur les viscères abdominaux et même sur les viscères thoraciques au point d'y développer des altérations matérielles? etc., etc.
Nie-t-on que des lésions matérielles , que de graves modifications dans le parenchyme d'un organe puissent disparaître complètement et sans laisser aucune trace , soit par les seuls efforts de la nature, soit avec le secours de l'art?
Et l'on nierait qu'une longue excitation du système nerveux général, ou d'un appareil nerveux en particu-
( 1) « Les accès les phts violents se terminent par un retour complet
à l'état de santé habituelle des malades La plupart des troubles
que l'on observe dans les fonctions du cœur et des autres viscères sont picrement nerveux ou d'origine chlorotique. Quand ces troubles tiennent à de véritables lésions chroniques organiqtics, ce n'est point l'hystérie quiapupar elle-même donner naissance à ces dernières. » {Lac. cit., p. 6.^2.)
On ne saurait trop s'élever contre ces assertions de M. Bouillaud , si catégoriques, et cependant si dénuées de preuves et même do vraisemblance !
culier, pût réagir sur les organes de la circulation, delà respiration, de la digestion?
Et l'on nierait que des accès répétés plusieurs heures par jour, pendant plusieurs années, pussent donner naissance a de véritables lésions organiques?
Pour moi, tout en admettant que la mort doit être rare dans l'hystérie, je n'hésite pas k dire que cette affection olfre souvent, par la seule durée et pai' la seule intensité des paroxysmes , une gravité manifeste , en dehors de toute complication actuelle, de toute influence consécutive, et qu'elle donne souvent lieu, par ses réactions sur le reste de l'économie , à des douleurs intolérables , a des paralysies tenaces , et enfin a des lésions organiques chroniques , et particulièrement a des lésions des organes digestifs.