‹ Traité complet de l'hystérieChapitre 33 sur 46 · THÉRAPEUTIQUE · texte numérisé non relu

THÉRAPEUTIQUE

« Vitent omnia quaî uterum commovero soient... laboribus continuo excrceanlur. . . et , si virgiues siût, bouesto sponso jungantur. »

(Sennerti Op., tom. iv, lib. iv, pars 2.)

Moyem hygiéniques. — Après l'étude approfondie des causes , de la nature et du siège de l'hystérie , on conçoit facilement que l'hygiène doive occuper la première place dans la thérapeutique, soit comme moyen préservatif, soit comme moyen curatif de cette affection.

Diriger les jeunes fdles de manière à aider au développement régulier de tous les organes et à l'harmonie de toutes les fonctions; modérer par les influences morales les influences viscérales ; par l'instruction , les influences intellectuelles, tels sont les fondements de toute éducation hygiénique en général.

Mais pour la femme , et surtout pour la femme chez laquelle domine cet élément nerveux que nous avons

admis comme cause principale d'hyslcrie , la spécialité des conditions hygiéniques doit être nécessairement en rapport avec la spécialité du tempérament, et des prédispositions natives ou acquises.

Nous aurons donc à examiner le traitement liygiénique comme préventif et comme curatif, avant, pendant et après la puberté. Non que nous devions envisager cette question avec tous les détails qu'elle comporterait dans un traité d'hygiène , mais pour résumer le plus brièvement possible les précautions à l'aide desquelles on doit prévenir ou guérir la surexcitation nerveuse.

Sans vouloir faire remonter jusqu'k l'allaitement les influences qui peuvent s'exercer sur la jeune fille, nous dirons cependant qu'on ne saurait commencer de trop bonne heure h diriger son éducation physique et morale selon les dispositions organiques et intellectuelles qu'on remarque en elle. Ainsi l'alimentation , la gymnastique et l'instruction d'une enfant d'un caractère vif et impressionnable devront tendre, dès les plus jeunes années, à diminuer cette prédominance nerveuse. A plus forte raison si dans la famille de cette enfant se trouvent quelques membres atteints d'hystérie, d'épilepsie, d'hypochondrie , d'aliénation mentale, ou simplement même d'un esprit exalté , d'habitudes passionnées , en un mot, de cet ensemble qui constitue la surexcitation nerveuse.

Tous les efforts , dans ce cas , devront tendre à favoriser l'énergie de la constitution physique, mais de manière cependant h ne pas hâter le moment de la puberté, à retarder plutôt qu'à accroître le développement de l'appareil sexuel , 'a faire résister la jeune fille aux intempéries atmosphériques , aux fatigues , et à

loiiles ces impressions physiques qu'une éducation trop molle a rendues intolérables de nos jours.

On recommandera , pour arriver à ce but , les promenades eu plein air, la natation, les bains froids, les bains de mer , et h leur défaut les bains de mer artificiels, les exercices gymnasliques modérés, une alimentation tonique composée surtout de viandes d'une facile digestion, de vins de Bordeaux rouges, et de laquelle on excluera les viandes noires , les poissons de mer , les écrevisses, les moules, le café et toutes ses combinaisons, le thé , le vin de Champagne , la vanille, tous les mets enfin que l'expérience a reconnus excitants.

L'énergie de la constitution physique est déjà un premier obstacle à la surexcitation nerveuse ; mais cet obstacle serait insulEsant, si l'on ne gardait avec le plus grand soin la jeune fille contre toutes ces excitations que développe en elle, dès le plus bas âge, le milieu social dans lequel elle vit , et surtout l'amour propre exagéré , la coquetterie , les émotions nées au sein delà famille même, les pratiques religieuses mal entendues , la musique (i), la peur , et toutes ces peines de l'enfance qu'on peut négliger, sans doute, dans les cas ordinaires , mais dont il faut tenir grand compte dans le cas supposé ici , c'est-à-dire dans le cas où pré- «lominc le tempérament nerveux .

(1) « Aussi partageons-nous cnlièremcnt l'opinion de J. J. Rousseau , quand il veut qu'on ne permette aux jeunes filles que de la musique harmonique , bornée au seul physique des sons , et n'allant point jusqu'au cœur. Il a voulu, au contraire, éloigner des enfants cette musique qui, par des inflexions vives et accentuées, et pour ainsi [dire parlantes, exprime toutes les passions, peint tous les tableaux , et soumet la nature entière à ses savantes imitations. » (RxciBORSKi, De la puberté et de l'âge crilUpie chez la femme, \\ 205.)

Malheureusement l'éducation en commun dans les institutions , ne peut guère permettre ces soins spécialement dirigés selon les aptitudes physiques ou morales individuelles: et tel exercice , telle lecture qui convient parfaitement k telle jeune lille calme et lymphatique, peuvent être funestes a telle autre d'une impressionnabilité exagérée (0.

Puberté. — Si toutes ces précautions hygiéniques étaient nécessaires dès le premier âge, elles deviennent indispensables h l'époque de la puberté, alors que l'activité organique cessant de s'exercer sur tous les appareils de l'économie , semble se concentrer tout entière sur l'appareil génital.

Redoubler d'efforts pour que la constitution physique acquière une nouvelle énergie, au lieu de s'affaiblir dans cette espèce de transition entre deux époques bien distinctes ;

Insister sur les distractions physiques et morales de manière a modérer ce trouble momentané qui résulte d'une modification aussi grave dans le flux du sang vers la région hypogastrique 5

(1) « Qu'un médecin attaché à un hôpital , après avoir reçu uu certain nombre de malades dans ses salles , veuille les soumettre tous au même traitement , on ne tarderait pas à s'y opposer de toutes ses forces , en motivant sur le simple bon sens, la crainte pour le sort do ces malheureux. Mais qu'un certain nombre de jeunes filles arrivées dans un pensionnat avec les dispositions les plus opposées, les caractères les plus contraires et les conditions organiques les plus dissemhlables , soient assises toutes à la mémo table , se livrent toutes aux mêmes exercices , dorment toutes le même nombre d'heures, et soient toutes soumises aux mêmes études, on ne verra aucun mal à cela, » (Raciborski , loc. cit., p. 157.)

Ne jamais chercher, à moins d'indications lout-afait spéciales, a provoquer l'éruption menstruelle, lors même qu'elle semblerait en retard , si ce retard n'a pas dérangé la santé-,

Diriger toute l'activité morale et intellectuelle de la jeune fdle vers des occupations qui éloignent d'elle l'oisiveté, l'ennui , la mélancolie, les illusions, la mollesse , et toutes les émotions factices si promptes a dominer à cet âge;

Proscrire surtout sévèrement l'abus de la toilette, les bals , les réunions brillantes , tout ce qui peut exciter la coquetterie et amener des sentiments ou des sensations prématurées , tels doivent être , en résumé , les préceptes capitaux du médecin. « Vilent omnia quœ venerem excitent, ut fabulas , lectiones, aspectus, choreas. lis lamen ^ quœ mœstœ sunt, lœta nuntia sunt affcrenda : et cantilenis exhilarandœ, et prala ac hortos lustrabunt (0. «

« Si votre fille lit des romans à dix ans (dit Tissot) , » elle aura des vapeurs h vingt (2). »

Cette réflexion n'a pas besoin de commentaires.

Non-seulement les romans troublent ce calme du cœur si indispensable a la moralisation , cette tranquillité d'esprit si indispensable aux progrès de l'instruction , mais ils préparent pour l'avenir ces désillusions , ces désenchantements, causes premières de tant d'accès hystériques.

Et par romans nous n'entendons pas seulement ces épopées amoureuses qui formaient, au siècle de Tissot, presque toute la littérature; mais encore certains jour-

U) N. Piso , lib. 111 , cap. 41 , p 5C3. (2) Compend- de méd , tom. v , p. 85.

naux , certaines poésies , certains livres de piété même , où l'amour de Dieu ressemble de trop près à l'amour de l'homme, toutes ces déviations littéraires enfin qui nous inondent , et qui impriment presque nécessairement une direction vicieuse a l'esprit, à la sensibilité et aux affections des jeunes filles.

Autant nous nous relâchons aujourd'hui des saines prescriptions de l'hygiène du jeune âge , autant les médecins de l'ancienne Grèce les exagéraient. C'est ainsi que les femmes de Lacédémone étaient admises k combattre aux exercices publics -, que les jeunes filles de la Scythie supportaient le fardeau des armes et les travaux de la guerre jusqu'à leur mariage, et que, même , elles ne pouvaient se marier , au rapport d'Hippocrate , avant d'avoir tué trois ennemis !

Aussi l'hystérie était-elle rare a l'origine de la civilisation ! Aussi est-rcUe encore aujourd'hui inconnue aux tribus que nous appelons sauvages !

Nubilité , mariage. — Arrivée â la maturité procréatrice , c'est-a-dire à la nubilité , la jeune fille disposée h l'hystérie voit augmenter en général cette surexcitation nerveuse contenue jusqu'alors par les lois hy^ giéniques que nous venons de poser , et les anciens , qui , dans une grossière interprétation des faits, attribuaient les phénomènes nerveux â la rétention de la semence, étaient naturellement conduits a prescrire dans ce cas l'union sexuelle comme principal moyen de traitement.

Cette question, tant de fois controversée depuis les livres d'Hippocratc et de Galien jusqu'à ceux des pathologistes modernes, est sans contredit la plus grave de toutes celles que puisse embrasser l'hygiène ; aussi

dcYoïis-nous y revenir (0, en la rcdiiisanl cepcndaïUà ses plus simples termes , et en éloignant toutes ces discussions banales, tous ces lieux communs qui ont défrayé tant de dissertations sous ce titre : Nonne hystericis matrimonium ?

i° La procréation est-elle une fonction naturelle?

2" La santé est-elle altérée lorsque cette fonction n'est pas remplie , chez les individus pourvus de l'appareil sexuel normal ?

3" L'hystérie est-elle une des formes les plus fréquentes de cette altération?

4° L'hystérie est-elle plus fréquente chez les filles et chez les veuves que chez les femmes mariées?

5° L'hystérie disparaît-elle plus souvent après le mariage que pendant le célibat, en prenant ce mot mariage dans son acception complète, c'est-a-dire comme signifiant l'union physique et morale des cires, selon le vœu et le but de la nature ?

Les quatre premières questions ne souffrent plus de discussion ; elles ont été résolues affirmativement aux chapitres des causes et du siège de la maladie. Quant à la cinquième, elle est également résolue d'une manière affirmative et par l'expérience générale de tous les siècles, et par l'analyse des nombreuses observations mentionnées k la fin de cet ouvrage (2).

Sans contredit, il est des femmes en proie à l'affection hystérique, quoique mariées; il en est même chez lesquelles le mariage paraît avoir provoqué ou ramené l'hystérie (3) 5 mais ont-elles trouvé dans cette union la satis-

(1) Voir p. 184 et suiv.

(2) Obs. 11, 34, 3.), 3i), G'», 81, 91, ITI, 212, 224 , 203 , 327 , ClOv

(3) Obs. 16, 137.

faction de l'àme et de l'inslinct que doit procurer le mariage? Ou bien, l'appareil sexuel n'était-il pas trop excitable? Le moral n'était-il pas trop excité ? L'organisme n'était-il pas modifié d'une manière exagérée ou prématurée? Là est toute la question.

C'est pour avoir omis complètement ces circonstances spéciales , ou pour en avoir tenu trop de compte que certains pathologistes ont défendu le mariage aux hystériques.

C'est pour avoir négligé, d'une part, de préciser les conditions indispensables de l'union sexuelle ; d'une autre part, de spécifier les causes tantôt morales, tantôt viscérales, tantôt traumatiques de l'hystérie, que des hommes également éminents sont arrivés a des conclusions totalement opposées sur ce point capital d'hygiène.

Si, en effet, sous le nom de mariage, il s'agit d'une union mal assortie 5 si, comme cela a lieu si souvent, le mot n'implique pas la chose, non-seulement l'hymen n'aura pu empêcher le développement de l'hystérie, mais il pourra la provoquer de plusieurs manières indiquées plus haut, au chapitre de l'étiologie.

« Les accidents hystériques, dit Ambroise Paré (0, » adviennent peu souvent aux femmes mariées ayant la » compaignie de leur mari. » Il faut bien se garder de voir dans ce mot ayant la compaignie de leur mari, une naïveté ou un pléonasme, mais le résultat d'une observation que font chaque jour les médecins, et que devraient faire peut-être les philosophes et les législateurs. Combien de femmes, en effet, n'ont pas la compagnie de leurs maris, parce qu'ils sont trop âgés? Combien parce qu'ils sont trop jeunes ? Combien par absence de sympa-

(!) Liv. \xiv , cbap. 2.

thie? Combien par maladie, retraite anticipée, relations illégitimes? etc., etc., etc. Les observateurs constatent qu'il y a mariage, contrat légitime, sans voir s'il y a union intime , si l'une des fonctions les plus importantes s'exerce normalement , en un mot si les besoins du cœur et du corps sont satisfaits (0.

Le mariage peut, a fortiori, provoquer l'hystérie, s'il existe une lésion matérielle , ou une surexcitation de l'appareil utérin, ou une passion contrariée, ou des excès vénériens, etc., etc.

On peut dire du mariage, dans le cas d'hystérie, ce que Schurigius dit avec moins de raison au sujet de la chlorose : « Ideo dislinclione opus est. Etenim si ex mensibus vel semine relento valetudo illa adversa orium

habeat, tutissimum est virginem marito conjungere

Si vero in viscère aliquo^ prœcipiie epale, vel liene, aut eliam loto corpore vitiosa aliqua disposilio adsit, illa veneris usu non lollitur, sed potius augetur (2) . »

L'hystérie, enfin, peut dominer l'organisme d'une manière si puissante ou depuis si longtemps, que le mariage eflectué dans les conditions les plus favorables, soit impuissant a la combattre, comme on voit les remèdes les plus efficaces échouer contre la gravité ou l'ancienneté du mal.

En dehors de ces circonstances qui se présentent souvent, il est vrai, mais qu'on peut néanmoins regarder comme exceptionnelles, parce qu'elles ne dérivent pas du mariage en lui-même, considéré d'une manière abstraite, mais du mariage tel que le fait l'état social actuel, nous regardons l'union sexuelle comme favorable a la

(1) Obs. 38 , 70 , 128, l.'iO , etc.

(2) SciiURiGiDS , cap. 5 , p. 280.

prophylaxie ou à la gucrisoii de l'hysléric ; et nous trouvons a l'appui de cette opinion l'analyse méditée de toutes les observations, et l'immense majorité des pa- Ihologistes.

Que si les médecins de l'antiquité et du moyen-âge conseillent presque unanimement le mariage pour prévenir ou guérir l'hystérie, tandis qu'un assez grand nombre de médecins de nos jours le défendent, cette circonstance trouve peut-être son explication dans les révolutions sociales , le mariage, grâce aux abus de la civilisation moderne, s'effectuant moins souvent que dans les temps anciens, selon le vœu de la nature et de la raison.

Loin de nous donc l'idée de prescrire le mariage comme règle exclusive dans l'hystérie. Ce serait prescrire d'une manière générale une médication unique pour chaque affection, sans tenir compte des mille circonstances qui doivent faire varier la thérapeutique.

L'analyse approfondie des causes prédisposantes ou occasionnelles, morales ou organiques de la maladie, et jusqu'à la connaissance des conditions particulières, morales et physiques (ces mots sont inséparables) dans lesquelles le mariage aurait lieu, peuvent seules permettre au médecin un conseil d'une pareille gravité.

Ces explications données, nous concluons que, sauf les exceptions que suppose toute règle générale, le mariage est utile et souvent indispensable aux filles hystériques ou disposées h le devenir (0.

(1) Nous sommes ici d'une opinion diamctralemcnl opposée à M. Dubois d'Amiens , qui regarde le mariage comme plus propre à nccroilre ([u'à calmer la violence des accès hyslcriques. (P. 52S.) Toulc l'argumenlalion de M. Dubois prouve qu'il n'a considéré que l'abus, au lieu de considérer l'usage.

Il ne peut entrer dans notre cadre de discuter l'à^^e le plus convenable au mariage. Ces questions sont plutôt du domaine de l'hygiène générale , que de notre sujet 5 nous dirons cependant qu'on ne saurait entraver de trop bonne heure la marche des névroses , et que s'il peut être fait exception h cette loi générale, qui fixe entre vingt et vingt-quatre ans la véritable maturité procréatrice, c'est surtout dans le cas où l'on aurait à craindre qu'une trop longue attente n'augmentât les prédispositions ou les accès, de manière a les rendre ensuite plus rebelles au traitement.

Célibat. — Si nous supposons maintenant le cas où l'hystérie se manifeste chez des fdles condamnées au célibat par position, par vœu, par goût, etc., etc., ou chez des femmes mariées auxquelles manque la satisfaction des besoins physiques ou des besoins moraux ou intellectuels, évidemment la solution du problème ne saurait être la même, car un médecin, quelque convaincu qu'il soit au point de vue de la science, ne songera jamais à substituer une loi d'hygiène aux lois éternelles de la morale et de la religion.

« An medicus bona conscientia œgrotantibus pro recupcranda sanilale conjugium suadere possil ? « demande Schurigius.

La réponse ne saurait être douteuse, et le médecin consciencieux cherchera dans d'autres conseils des ressources h une affection dont le remède serait alors pire que le mal.

Au premier rang, parmi ces ressources, soit comme moyen hygiénique, soit même comme moyen curatif, nous devons placer un but d'activité qui puisse absorber toutes les pensées et tous les loisirs de la fille con-

damnée au célibat ou de la femme victime d'une union mal assortie.

« Plus le but d'activité est élevé , moral , dit M. Cerise (0, plus l'action qu'il exerce sur l'organisme est étendue. Que le but d'activité d'un homme soit d'offrir son concours a la réalisation de la fraternité chrétienne : la charité, les émotions sympathiques qu'elle fait naître seront le mobile puissant de toutes ses pensées terrestres et de toutes ses espérances célestes Que le but d'activité soit de produire une famille dans le monde , de l'orner de toutes les qualités qui la feront prospérer dans les voies de la vertu et du travail : les soins de l'éducation et l'exercice d'une profession partageront la sollicitude des époux. Qu'au lieu de cela , le but d'activité d'un homme ou d'une femme soit un succès de salon , un concours d'hommages flatteurs , une réputation d'esprit ou de beauté , il en résultera une existence dont les causes les plus futiles et toujours inévitables feront le malheur ou le désespoir. Combien les femmes ont à souffrir , à cet égard , de l'éducation qu'elles reçoivent dans les classes aisées de la société ! Qui ne connaît tous les désordres nerveux auxquels les exposent les caprices ou les désirs frivoles qui tiennent lieu, dans leur esprit, des sentiments nécessaires a l'harmonie des fonctions autant qu'k la moralité? Qui ne connaît les chagrins qui les accablent lorsque ces désirs leur apparaissent impuissants , lorsqu'elles sont convaincues de la stérilité des eflorts qu'elles font pour paraître encore jeunes et belles ; lorsque , arrêtées au milieu de leurs illusions d'un jour , elles voient les hommages qu'elles recherchent s'éloigner pour jamais.^ Combien qui, dans leurs supplices

(I) Des fondions el des maladies nerveuses, p. 111.

inexprimables , n'ont trouvé quelque soulagement qu'en embrassant leurs enfants avec une tendresse fiévreuse et convulsive , en se livrant avec une ardeur inaccoutumée aux devoirs si apaisants de l'éducation maternelle! Combien qui , ne pouvant se donner ce nouveau but d'activité , en recherchent un autre en se jetant tout-a-coup dans les pratiques bienfaisantes du culte , dans les émotions de la charité ou dans les embrassements paisibles du mysticisme! Heureuses celles qui, s'attachant ainsi à une planche de salut, ne font pas naufrage dans de nouvelles aberrations ! »

Nous n'ajouterons rien a ces paroles; elles indiquent assez vers quel but doivent tendre tous les efforts du médecin , et nous ne pourrions que les affaiblir en les commentant.

Du reste, la plupart des règles hygiéniques établies plus haut pour les jeunes filles , s'appliquent également aux femmes hystériques ou prédisposées a l'hystérie. Les voyages , les eaux minérales , l'habitation à la campagne, les travaux manuels (') , une révolution complète dans les habitudes physiques et morales , une diversion incessante aux idées, aux sentiments , aux affections qu'il s'agit de combattre et de remplacer (2) , un traitement

(1) « On se rappelle la grands réputation que s'acquit Tronchin en ordonnant aux dames de qualité de frotter elles-mêmes leurs appartements. » (Di'BOis , d'Amiens, loc. , cit. , p. 537.)

* Des exercices musculaires , des occupations mécaniques , l'étude des sciences positives, des occupations continuelles de l'esprit. En recommandant les exercices musculaires , l'on n'oubliera pas que , portés jusqu'à la fatigue , ils pourraient augmenter les accidents au lieu de les diminuer. (Giionciir, lom. i\,p. 291, 2r>8.)

(2) aOzô?«v 5i Tii i7&jf/.« »37u;^«o72, ri -pvyjn y.Lvo)y.svn. n Lorsque lo corps est en repos, l'àmc est en mouvement. (HippocnATE , sect. IV, Des Songes.)

moral aux causes morales, tels sont les moyens que l'observation des faits (0 et l'induction nous montrent comme les plus puissants , et que nous devions signaler seulement d'une manière sommaire , sous peine de tomber dans les lieux communs si exploités de l'hygiène.

Diélciique. — Quant h la question diététique si longuement, et nous dirions presque, si peu logiquement traitée par Tissot , elle est la même, d'une manière générale , et doit recevoir la même solution a toutes les époques de la vie chez les hystériques , ou chez les femmes disposées k le devenir.

Il est peu de substances qui , au rapport de Tissot , n'aient produit des accès vaporeux , et il cite complaisamment une multitude de faits on les substances les plus salubres et les plus innocentes en apparence ont occasionné l'hystérie.

Que conclure de ces exemples , sinon que d'abord Tissot a confondu la production de la maladie avec la reproduction des accès, et qu'ensuite, dans l'état actuel de la science , il serait téméraire de donner sur la diététique autre chose que des règles générales ? L'alimentation doit être étudiée , au moins autant h l'égard des malades qu'a l'égard des maladies , et cependant ne voyons-nous pas chaque jour les médecins ordonner une alimentation spéciale d'après les idées les plus préconçues , les théories les plus fausses ou au moins les plus incertaines , sans avoir rempli la condition première de savoir si elle sera supportée par les malades?

Etudier pour chaque hystérique le régime le plus

(1) Obs. 8,9, 10, 131, Kl?, 170, 224, elC.

propre à calmer la surexcitation nerveuse , et ii épargner tout travail pénible aux organes digestifs , telle doit être la seule règle hygiénique , et c'est selon nous une véritable tyrannie que d'ordonner ou de défendre a priori ce que désirent les malades , sans avoir cherché d'abord h connaître les effets de ce régime sur leur maladie et sur leur estomac. <c Nullum alimenlum universali tilulo salubre dici polest , et qui quœrit quodnam est saluberrimum alimentum, idem facit ac si quœreret quœnam est rnelior via, non cognito itinere. »

Loin de nous cependant de nier l'influence bien connue de certaines substances liquides ou solides sur le système nerveux ; nous les avons énumérées sommairement en parlant de l'hygiène des jeunes filles , nous n'y reviendrons pas; nous dirons seulement qu'on a fait un trop grand abus de l'abstinence dans le traitement de l'hystérie. Partant toujours , en effet , de ce principe que l'affection était causée par la rétention de la semence, les anciens prescrivaient la diète pour diminuer la maladie W.

On sait maintenant , au contraire , combien la privation d'aliments augmente l'impressionnabilité nerveuse. Effectivement, la diète absolue n'est pas seulement nuisible en ce qu'elle trouble la nutrition générale , mais encore parce que maintenant dans l'inaction l'estomac , les intestins, le foie , etc. , elle concentre sur les autres

(I) . Virginibus si exrelentione seminis laborent , suadendas

sunt ut nubant : sin vilam castam polius duccre velint, parco ulanlur victu, etabstiiieant a vino ac rcliquis quae semen augent. » (RonF.Ric A Castro, pars 7, lib. ii ,p. 160.)

appareils le fluide nerveux détourné de son cours naturel (1).

L'observation montrant, du reste, que le travail de la digestion augmente l'intensité des spasmes , on devra faire en sorte d'éloigner l'heure du repas de l'heure présumée des paroxysmes.

Impressions brusques. — • Nous ne terminerons pas ce qui a rapport a l'hygiène sans blâmer vivement un moyen que ne peut justifier le succès qu'il paraît avoir eu dans quelques cas (2), nous voulons parler de la frayeur excitée a dessein dans le but de réagir sur l'organisme par une violente émotion.

Outre la crainte d'aggraver l'intensité des accès, le danger de provoquer l'épilepsie est trop imminent pour qu'un médecin prudent consente jamais à donner un semblable conseil contre l'hystérie simple.

Peut-être y aurait-il avantage à recourir à ce moyen dans certains cas d'hystéro-épilepsie , surtout s'ils reconnaissaient pour cause une émotion morale , mais il devrait être condamné sévèrement toutes les fois qu'il y aurait quelque chance d'aggravation du mal.

Sans mettre en doute , d'ailleurs , ces succès trop rares pour servir de règle , il est permis de croire que les impressions agréables agiraient d'une manière plus utile encore , et surtout infiniment moins dangereuse que les impressions pénibles.

(1) « L'abslinence peut beaucoup dans l 'économie humaine pour rendre faible , pour rendre malade, pour tuer. Toutes sortes de mau\ sont engendres par la vacuité , différents , il est vrai, de ceux qu'engendre laréplétion, mais non moins funestes. » (Hipp., De l'ancienne médecine , trad. de Littré , p. 589. )

^2) Obs. C7, 144, 15 t.

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