DIVISION
Bien que la plupart des maladies, en général, et des maladies nerveuses, en particulier, se prêtent peu, même dans leur développement régulier , aux démarcations établies par les auteurs , l'hystérie a été, comme les autres névroses , soumise aux divisions scholastiques, surtout pour l'étude de la symptomatologie. Les divisions établies par Sauvages (2) d'après Raulin , par
(1) Eri annonçant la définition de l'hystérie , sans la donner, M. le professeur Bouillaud a très-habilement résolu la difficulté. En elTet , dans le premier paragraphe, qui a pour titre : Siège et définition DE l'hystérie (tome m , page 620) , et dans lequel se trouve discutée l'opinion de M. Fovifie sur le point de départ de cette affection , il n'est pas un seul mot, soit de M. Foville, soit de M. Bouillaud, qui ait trait à une définition quelconque. Cette définition ne se trouve pas davantage dans les cinq paragraphes suivants. Elle était cependant d'autant plus indispensable, que l'auteur, faisant ici une histoire critique au lieu d'une histoire didactique de la maladie , aurait dù tracer en quelques lignes les caractères essentiels qu'il lui attribue- Le nom éminent de M. Bouillaud nous fera , du reste, un devoir de revenir, plusieurs fois dans le cours de cet ouvrage, sur le chapitre de sa nosographie consacré à l'hystérie.
(2) 1° Hysteria verminosa ; 2» » clilorotica ;
3° » a menorrhagia ; 4° » a Icucliorrhea ;
5" » emphractica ; ;ib obstructionibus viscerum abdo-
minis, ut hepatis, lienis, pancrealis ; 0° » libidinosa ; 7" » stomachica.
Pomme (0, d'après Sauvages , ne méritent pas d'être discutées.
Tout récemment, M. Nardo (2) , voulant indiquer en même temps le siège , la nature et le degré de participation des principaux viscères, a divisé l'hystérie en ataxie génitale simple ; génito-encéphalique ; génilogaslrique ; génito-encéphalo-gaslrique ; génito-gastroencéphalique , faisant jouer ainsi a l'estomac un rôle qui ne supporte pas le plus léger examen.
Les auteurs du Conipendium, MM. Fleury et Monneret admettent trois formes principales : l'hystérie idiopathique, l'hystérie symptomatique ou viscérale, et l'hystérie épileptiforme ou l'hystéro-épilepsie.
J'avoue ne rien comprendre h cette division adoptée par des écrivains aussi distingués.
On conçoit , dans le langage des écoles, un abcès symplonialique , un êpanchemenl symplomaiique ; mais cette qualification , très-logique si elle est attribuée à des phénomènes morbides dont le nom ne révèle pas l'ori-
(1) On ne trouve ménîe pas les symptômes élémentaires de l'hystérie dans ces hystéries cardialgiques (p. 22G à 232), ces odontalgies hystériques (p- 213 à 220).
(2) Memoriale délia mcdic. comtemporanea.
* « Saxonia itadistiiiguit ; una est, inquit, in qua apparent tantmu symptomata facullatis naluralis, ut inflationcs venlris, rugitus, raurmuraliones, dolorcs vcntriculi, vomitiones, anxietates et ructationes ; in alia laeditur vitalis et adsunt palpitationes, lipothymiae , 7»ulsus languidi , parvi, fréquentes, inœqualcs : vel dcmum lœditur animalis , nam tollunlur interdum sensus, servata respirationc et facullale principe, ac pulsu. Interdura facultates principes laeduntur, simulqucfiunt vari.TConvulsioncs. Dcmum, interdum omnesfacultate siuit abolitœ , ut a mortuis non différant. ••— (Primuiiose , De morh. nnilienm, lib. m , p. 201.)
gine , devient ininlelligible appliciuëe 'a la plupart des maladies, et surtout a l'hystérie.
En effet , ou MM. MonneretetFleury regardentl'utérus comme siège , cause ou point de départ de l'hystérie , et alors leur hystérie idiopalhique rentre évidemment dans leur hystérie symplomatique d'une lésion viscérale; ou telle n'est pas leur interprétation , et alors les dénominations d'hystérie idiopalhique ou symptomalique sont dénuées de toute valeur.
Loin de moi l'idée d'une discussion grammaticale. Je n'ai insisté sur cette distinction que parce qu'elle est consignée dans un ouvrage très-justement estimé , et qu'elle conduit a de faux principes. Si le langage médical doit être net et positif, c'est surtout dans les affections mal déterminées , et particulièrement dans les névroses , où il faut bien se garder d'ajouter au vague des choses par le vague des mots.
Quant a l'hysléric cpilepii forme, pourquoi en faire une division à part , et ne pas la ranger parmi les complications avec la catalepsie, la mélancolie, etc. ?
Lliysléricisme deLouyer-YilIermay n'a non plus aucun caractère assez tranché pour recevoir un nom particulier ; il rentre évidemment dans la forme non-convulsive.
Nous en dirons autant des trois états conservés par Louyer-Villermay d'après Astruc et Pinel ; la distinction est précise entre les deux premiers 5 mais elle consiste uniquement, pour le troisième , dans des nuances d'intensité qui ne pourront jamais servir de base à des divisions rigourcu.ses.
A l'exemple de M. Dubois d'Amiens , nous admettons seulement deux formes principales : la première sans convulsions , la deuxième avec convulsions -, et si nous préférons le mot forme au mot degré préféré et discuté
par M. Dubois, c'est que , d'une part , le premier degré semble devoir être nécessairement suivi du deuxième , si la maladie persiste , et que , d'une autre part , le deuxième degré implique nécessairement l'idée d'intensité plus grande.
Or, ces deux formes sont indépendantes. La seconde n'est pas la conséquence forcée de la première -, il est des hystériques qui n'ont jamais de convulsions (Observations 1 à il) , et quant a cette intensité plus grande , quoique liée habituellement a la forme convulsive , elle ne lui est cependant pas inhérente, certains cas d'hystérie non-convulsive étant beaucoup plus graves que d'autres où existent de violentes convulsions.
Du reste , je me hâte de le dire , ces deux formes , quelque distinctes qu'elles soient, eu égard à l'existence ou à l'absence des mouvements involontaires , sont plus souvent confondues que séparées, et la deuxième forme, c'est-a-dire , la forme convulsive , est très-souvent le deuxième degré de la première ; aussi aurons-nous rarement occasion de tenir compte de cette distinction analytique.