CHAPITRE III
SYMPTOMÂTOLOGIE.
« Toutes les fois que cessymptômessont grands, ils sont fort aysez à connoistre, et malaysez quand ils sont petits, d'autant qu'ils ne diffèrent pas beaucoup des mélancholiques ou des cardiaques. •
(Fernel, Path., liv. vi , p. 500.)
PRODRÔMES.
Les symptômes précurseurs sont tellement fréquents dans l'hystérie , que nous ne pouvons concevoir ni comment ils ont été mis en doute par quelques pathologistes, ni surtout comment M. Dubois d'Amiens leur accorde si peu d'importance, se fondant uniquement sur le vague qu'il a trouvé dans les auteurs a cet égard.
Ce vague et cette incertitude tiennent uniquement à ce qu'on n'a établi jusqu'ici aucime distinction entre les prodromes de l'invasion première de la maladie , et les prodromes des accès ; entre les prodromes de l'hystérie qui naît d'une manière lente , sous des inlluences
morales ou viscérales , et l'hyslcrie qui atteint immédiatement sou summum d'intensité, sous rinfluencc d'une frayeur ou d'autres émotions violentes.
Ainsi , les prodromes de l'hystérie qui naît d'une manière graduelle , sous des influences morales ou viscérales peu énergiques, consistent ordinairement dans la plupart des phénomènes qui produisent cet état appelé hystéricismc par Louyer-Villermay. Les prodromes des accès , au contraire, sont formés par certains éléments pathologiques dont la plupart forment à leur tour les paroxysmes, et qui, comme on le verra plus loin, ne paraissent pas sans rapport avec le type particulier qu'affectent les crises.
Ces prodromes de l'invasion première de l'hystérie sont d'autant plus éloignés que la cause est moins active ^ d'autant plus prononcés que la cause morale ou viscérale est plus intense 5 d'autant plus prochains qu'elle est plus inopinée (0.
Ces derniers cas se rapprochent , on le conçoit , par des nuances qu'il est impossible de tracer , de ceux où survient brusquement une violente émotion , et ceux-ci, à leur tour , se rapprochent des accès.
Il ne faudrait pas croire cependant que l'invasion première de l'hystérie née d'une violente émotion fût toujours dépourvue de symptômes précurseurs. Le plus ordinairement , ce n'est pas au moment même où cette cause, si énergique qu'elle soit, vient d'agir, que se manifeste la première attaque. Il se passe souvent plu-
(1) Sur dix-neuf cas d'hystérie, .M. Beau n'en a vu aucun sans prodromes; ciny avec prodromes prochains; «Pi// avec prodromes éloignés; deux, tantôt avec, tantôt sans prodromes prochains ou éloignes; trois cas restaient incertains. (Arcliiv. de mrd.. tome 11 , 2" série, p. 228.)
sieurs heures, quelquefois même plusieurs jours, entre, l'apparition de la cause et l'invasion de la névrose , et si alors on observe attentivement , on découvre pendant cet intervalle des prodromes incontestables d'hystérie.
Quant aux prodromes des crises, ils sont d'autant plus constants et plus éloignés qu'elles sont moins fréquentes 5 d'autant plus rares et plus prochains qu'elles sont plus fréquentes et plus rapprochées.
Ces considérations admises , il nous sera facile de tracer en peu de mots les prodromes de l'invasion première de la maladie, et les prodromes des crises.
Prodromes de l'invasion première. — Comme prodromes de l'invasion première de l'hystérie, on remarque des modifications notables dans le caractère habituel, une grande irritabilité, une mobilité d'esprit et d'humeur continuelle, des impatiences, des crampes, des inquiétudes, des fourmillements, surtout aux extrémités inférieures ; un besoin incessant de s'étendre , de s'étirer, de marcher, de changer de position ; des idées tristes, des pleurs ou des rires sans sujet -, des rêvasseries , des rêves bizarres ou effrayants , des insomnies -, tantôt des frissons vagues (0, tantôt une chaleur brûlante ; fréquemment un froid glacial aux mains ; des variations extrêmes dans l'appétit et les digestions ; plus tard , des battements de cœur et des spasmes sous les moindres influences -, enfin, une gêne d'abord faible, puis très-pénible a la gorge, une constriction dou-
(1) « Les refroidissements du col ei du dos, sembl.intaussi s elendrc à tout le corps, annoncent le spasme. rpv.~^ri\w xal jj.zrxfpévoM Itv^ts;, 5oy.soui7c.£ y.c.i o).ov Sé roïi awp.c.To?, (mv.ny.M^scç. n(Hti>P(i- CBATE, Prénot. coaq. r sect., parag. xiv.)
loureuse k l'épigastrc et ii la poitrine , et la sensation d'une boule qui monte plutôt de la poitrine que de rhypogastre. Tous ces phénomènes antécesseurs vont bientôt faire partie de l'accès proprement dit ; mais faibles et isolés , ils ne peuvent le constituer encore.
Il est bien difiicile néanmoins , dans le cas où la crise est exempte de convulsions , de perte de connaissance ou de syncopes , d'établir des limites précises entre les phénomènes précurseurs et le paroxysme , les prodrômes principaux se continuant sous forme de symp-tômes.
Dans d'autres cas , il existe entre les prodrômes et les symptômes proprement dits un intervalle marqué , ou des différences telles , qu'il est impossible de méconnaître le moment où le paroxysme commence. D'autres fois , enfin , les prodrômes cessent sans être suivis de la crise , soit par l'heureux résultat des moyens employés , soit par l'effet d'une émotion salutaire ou d'une puissante diversion.
Prodrômes des accès. — Les prodrômes des accès sont plus nets, mieux déterminés. Au lieu de consister principalement en des modifications de caractère, d'humeurs, d'appétit, comme les prodrômes d'invasion première de la maladie , ils consistent en des troubles plus tranchés. Les premiers étaient plutôt des accidents généraux , les seconds sont plutôt des accidents particuliers.
Les prodrômes de l'invasion première étaient lents et insensibles ; les prodrômes des paroxysmes sont , en général , courts et subits.
Les premiers se confondent souvent avec le paroxysme, dont il est difficile de les distinguer -, les seconds en sont
plus distincts , soit qu'ils annoncent l'accès d'une manière éloignée , soit même qu'ils l'annoncent d'une manière prochaine.
Les symptômesprécurseurs, dans ces deux principales divisions, varient donc moins encore par leur nature que par leur mode de manifestation ; aussi allons-nous retrouver dans les prodromes des accès un grand nombre de phénomènes que nous avons consignés dans les prodromes d'invasion première de l'hystérie.
Les plus fréquents parmi ces prodromes sont la céphalalgie, et surtout la céphalalgie occipitale ('), les éblouissements , les mouvements involontaires des globes oculaires ou des paupières , les troubles de la vue (2) 5 la tristesse , la pâleur du visage, des pandiculations , des bâillements , des tintements d'oreille (3) ; des propos incohérents , des cris, des rires et des pleurs sans motifs W ; des éructations , la perversion de l'appétit , des battements de cœur , des sueurs subites, et plus souvent des frissons et un refroidissement général ou partiel (^j) ; enfin, des douleurs variées ou des fom-millements dans les membres, et quelquefois des mouvements spasmodiques ou convulsifs («).
L'émission d'une urine claire et limpide , qui marque
(1) Observations 162 bis, 207, 261 , 270, 288 , 291.
« Dans les céphalalgies algues et dans les céphalalgies avec torpeur et pesanteur, il y a disposition à des accidents spasmodiques. Kt(j>càx).yiïi y.upiiSnç jjisxcr. fjâptoç iroiéii zi o-TrKo-p&jSeç. » (HlPl'.j loc. cit., 2*, sect., par. iv.)
(21 Obs. 15, 20 , 46 , 03 , 124 , 144 , 278, 291.
(3) Obs. 2, 13, 15 , 22, 46 , 144 , 102 bis.
(4) Obs. 97, 146, 278, 284, 288.
(a) Obs. 22, 93, 107, 108, 261, 265, 279. (6) Obs. 92, 97, 162 bis, 207, 265 , 278.
si souvent la terminaison de l'accès , a été notée aussi comme prodrome constant dans deux cas où les termes mêmes de la description ne peuvent laisser aucun doute lObs.28, 92] (1).
L'intervalle qui sépare ces phénomènes de l'attaque est très-variable -, le plus généralement il est de quelques minutes , assez souvent de quelques secondes ; quelquefois d'un ou deux jours.
Ainsi, l'accès était précédé d'un jour par les mouvements de l'œil et des paupières dans l'observation 124 ; de deux jours par des douleurs abdominales et un appétit vorace dans l'observation 265 ; de trois jours par une douleur céphalique ou épigastrique dans les observations 162 bis ,193.
Des exemples analogues se trouvent dans les observations 60, 70, 246, 247, etc.
Ces phénomènes précurseurs étantvariables à l'infini, comme tous les phénomènes nerveux , on chercherait en vain une relation exacte entre tel genre de prodromes et telle forme d'accès ; cependant il ressort de l'observation que les frissons , les bâillements , les palpitations annoncent particulièrement la forme non-convulsive, et surtout la syncope , tandis que le trouble de la vue, la céphalalgie et les spasmes légers précèdent ordinairement les accès convulsifs.
Ce trouble de la vue avait déjh été , du reste , noté par
(I) «Mulicr suffocatioiii uterinœ obnoxiaiuaximaiu urina; quanlitatem profundebal crudani . . . scmel iu die : qua excréta sympiomalum ilias emergcbal. . . Cum enim praîdicta symptoinata , non nisi excréta urina se proderenl, in ea tum scnlcnlia vesicam urina distentain, ulcro superpositam , inole sua ulerum cohibem. . .. • (PiBr.iiK P.\SQUF,r. OI)s. iaviu. Uivii^;nK, p. hbO.)
Hippocrate comme signe précurseur des convulsions ; « Visus obscuralio cum animi deliquio inslanlem convulsionem sUjnificanl. »