‹ Traité complet de l'hystérieChapitre 7 sur 46 · SYMPTÔMES EN GÉNÉRAL · texte numérisé non relu

SYMPTÔMES EN GÉNÉRAL

Les premiers symptômes qui se manifestent prennent leur point de départ de l'épigastre ou de l'hypogastre, sous forme d'une impression souvent sourde et obscure, rarement aiguë et manifeste. Tantôt c'est un frémissement , un fourmillement particulier , une chaleur vive ou un froid glacial qui s'irradient du bas-ventre ou de l'épigastre au cou ; tantôt la sensation d'une boule qui , s'étendant des mêmes parties, et suivant le même trajet, détermine, lorsqu'elle est parvenue à la gorge, une constriction ou une suffocation telle que la malade craint de mourir étranglée ou suffoquée (-ce sont les expressions généralement employées).

En même temps surviennent des bouffées de chaleur au visage , une douleur de tête fixe et comme térébrante (clou hystérique), des tintements d'oreille , des palpitations , des crampes , des borborygmes , des coliques plus ou moins violentes , du météorisme ; quelquefois des vomissements , des éternuements , des pleurs. Ces derniers symptômes annoncent ordinairement la fin de l'accès , qui se termine souvent par l'émission d'une urine limpide, ou par une excrétion utérine ou vaginale plus abondante que de coutume.

Dans cette forme non-convulsivc peuvent survenir des cris, la perte complète ou incomplète de connaissance, l'extase , le somnambulisme , les idées délirantes , la

syncope , et enfin tous les autres accidents que nous étudierons plus loin , sauf les convulsions.

Réduite au contraire à son minimum d'intensité , la forme non-convulsive consiste uniquement dans un simple paroxysme très-long ou très-court , constitué par la seule sensation plus ou moins pénible de la boule hystérique , avec bouffées de chaleur , palpitations , pleurs, anéantissement, etc. Ce sont ces simples attaques qui , confondues souvent chez les jeunes filles avec les symptômes précurseurs d'accès plus violents , ont reçu de Louyer-Villermay le nom à'hysléricisme ; et, n'était l'inconvénient de multiplier les divisions , en donnant un nom à chaque nuance d'une même affection, nous aurions conservé une dénomination spéciale h ces attaques légères , en raison du type qu'elles affectent et de leur fréquence particulière k l'âge de la puberté et à l'âge critique.

Ces attaques hystériques sans convulsions , quoique moins communes que les autres , s'offrent a chaque instant a l'observateur, et il a fallu que les opinions préconçues de Georget aveuglassent bien son esprit pour le porter k voir dans les mouvements convulsifs le seul phénomène caractéristique de l'hijstérie.

Dans la forme convulsive, les spasmes peuvent se montrer presque immédiatement , ou graduellement après que les autres symptômes sont parvenus à un plus haut degré -, dans ce dernier cas, la crise suit la marche que nous venons de décrire, sauf l'invasion des convulsions, qui surviennent en général quand la constriction cervicale est arrivée à son maximum d'intensité.

(1) « Fauciura dolorcs, sine tumore sufîocanles , siquidem a ca-

Dans le premier cas , c'est-h-dire, si les spasmes surviennent immédiatement , la malade tombe à terre , et cette chute est précédée ou accompagnée par un cri , la face et le cou se tuméfient , les veines jugulaires se dessinent sous la peau , les traits du visage sont contractés de mille manières ; la suffocation et l'étranglement paraissent imminents ; les yeux, les membres et le tronc sont agités par les mouvements les plus désordonnés et les plus violents. « Quibusdam solum oculi, aliislingua, » aliis artus aut alia quœpiam pars convelluntur , per )) varia et inordinata intervalla , multaque alia symp- » tomata comitantur , ut deliria, mentis sensuumque » Isesiones lam internorum quam externorum(0. »

Quelquefois ces convulsions revêtent les caractères du tétanos, et participent h toutes ses variétés ; d'autres fois, on remarque une immobilité cataleptique générale , ou des phénomènes de catalepsie dans un seul membre , les autres parties du corps continuant a se convulser.

Tantôt se mordant et se frappant elle-même , tantôt frappant et repoussant les personnes qui veulent la contenir , la malade se porte constamment les mains , soit à la poitrine ou au bas-ventre, comme pour indiquer un point douloureux , soit au cou et à la poitrine , comme pour arracher l'obstacle qui l'étrangle.

Outre les morsures des bras et des mains , on en voit

pîtis dolore OTtum habent , convulsionem acrersant. » Coac. prœn. aph. 262.

Cette remarque d'Hippocrale se trouve reproduite dans le passage suivant des prorrhétiques :

- Dans la gorge non tuméfiée , les douleurs suffocatives ont quelque chose de spasmodique , surtout si elles partent de la tête , comme chez, la cousine deThrasynon. • (Liv. i, pag. 541.)

(1) PniMEROSE , libr m , cap. 7, p. 183.

survenir encore de très-profondes aux lèvres et k la langue, sous l'influence des convulsions maxillaires, qui amènent aussi une salive parfois assez épaisse pour paraître écumeuse.

C'est surtout dans ces accès convulsifs portés h un haut degré que se remarquent le rire et les pleurs , les cris les plus bizarres , les paroles les plus insensées (0, les aveux les plus compromettants , enfin la perte complète de connaissance et ces syncopes prolongées qui vont jusqu'à simuler la mort.

Du reste , les phénomènes d'expression tels que les cris, les plaintes, les rires ou les larmes, indiquent presque h coup sûr, comme dans la forme précédente , la lin prochaine de l'accès, qui se termine presque toujours aussi par les excrétions notées plus haut (2).

(1) " lia mutabilia suntetfugacia symptomata, ut intra pauca minuta, fletus, ejulatus, mox risus ad cachinnum, deliria, convulsiones, furor, sopor, visus obscuratio , marmarygae sibi succédant , et fumo charlae fœtidaî, vel uberi urinae limpidcC proventu evanescant. » (Sad- VAGEs , Pfos. mélh., clas. iv, p. loi. )

(2) Ambroise Paré nous a laissé de l'hystérie un tableau trop pittoresque pour ne pas être rapporté :

« La femme , auparavant que ces accidens adviennent , sent monter de sa matrice une très-grande douleur jusques à la bouche , de l'estomach et au cœur, et lui semble qu'elle cstoufFc, et dit sentir monter quelque morceau ou autre chose qui lui ciost le gosier , avec grand battement de cœur : la matrice et les vaisseaux s'enflent à quelquesunes, qui les gardent de se dresser debout, mais se couchent courbées sur le ventre, pour avoir moindre douleur, mettant la main dessus , pressant et s'efforcant , pour empescher que la matrice ne monte , comme elles cuident qu'elle monte, ce qu'elle ne fait : mais, comme nous avons dit , se sont les vapeurs putrédincuses. La patiente est fort décolorée , et devient pasleet jaunaslro, ne se pouvant tenir debout , pour ce que les jambes et vertus luy défaillent : partant tombe en terre comme si elleestoit morte : et plusieurs perdent tout sentiment et mouvement , et le pouls est tant petit, qu'on ne le

Durée des accès. — Je suis loin de partager l'opinion de MM. Foville et Louyer-Villermay , qui portent a plusieurs heures la plupart de ces paroxysmes , convulsifs ounon', regardant comme rare qu'ils durent moins d'une heure.

Il serait difficile certainement de faire une statistique exacte , le temps de l'accès n'étant pas indiqué dans la plupart des cas ; mais la durée la plus ordinaire paraît être d'un quarl-d'heure h une demi-heure. Il en est qui durent une seule minute (Obs. 12, 127)-, d'autres six a huit heures (Obs. 44, 47, 318) 5 d'autres dix a vingt (Obs. 98, 123, 192) -, d'autres un a trois jours (Obs. 42, 190, 355) 5 d'autres six a sept (Obs. 32).

Georget cite même une malade chez laquelle la première attaque dura huit jours, et la deuxième quarantecinq jours; mais comme elles étaient divisées par des rémissions de quarante à cinquante minutes , on ne peut les regarder que comme des paroxysmes multipliés.

Il en est de même de l'observation 104, dans laquelle chaque crise durait sept a huit heures, mais en se composant de six a sept paroxysmes particuliers, qui laissaient entre eux très-peu d'intervalle.

sent aucunement , de façon qu'on estimeroit qu'elles fussent mortes; roulcfois elles ne le sont pas , combien que la respiration ne nous apparoisse, qui est action inséparable de vie; bref, les symptômes apparoissent divers, selon que la vapeur eslenée de l'utérus heurte maintenant ces parties , et maintenant celles-là. Car si telle vapeur donne vers le diaphragme et parties thorachiqucs , elle cause une respiration briefve et fréquente et comme abolie : si elle donne vers Je cœur induit syncope : si vers le cerveau , elle ameine avec soy quelques fois une fureur avec babil, quelques fois stupidité , endor^ raissemcnt , avec tacilurnité non accoutumée , le tout scion la nature de l'humfur bilieux ou grossier et mélancolique dont la vapeur est élevée. »

Reproduction des accès. — Cette reproduction des accès est variable à l'infini, comme tout ce qui a rapport <i l'hystérie ; ainsi, tandis que certains paroxysmes se répètent tous les jours , soixante à cent fois en douze heures (Obs. 12), certains autres reviennent seulement toutes les vingt-quatre heures (Obs. 95, 96, 98); d'autres, tous les deux jours (Obs. 99, 100) ; d'autres, tous les trois jours (Obs. 101)-, d'autres tous les quinze jours, tous les mois , tous les six mois (i).

Très-rarement on voit des crises hystériques pendant la nuit. Dans quelques cas cependant, on en a constaté qui revenaient seulement le soir, sans jamais paraître le jour (Obs. 96) , et nous avons noté une observation de Willis, dans laquelle l'accès se manifestait aussitôt que survenait le sommeil (Obs. 194). Chez quelques malades, le premier accès de la journée commence aiissitôt le réveil (Obs. 12, 57, 94).

Les plus nombreux viennent à l'improviste; quelquesuns se montrent régulièrement k la même heure, avec la précision d'une horloge (Obs. 95, 97, 102, 107).

Un phénomène des plus remarquables, c'est la promptitude avec laquelle, l'attaque terminée, renaissent le naturel de la physionomie, la sûreté des sens, l'activité de l'intelligence, en un mot l'intégrité de toute l'économie. On voit des malades (Obs. 12) reprendre, après un accès de dix minutes, la conversation où elles l'avaient laissée auparavant (2). D'autres conservent plu-

(1) Obs. 15, 95, 96, 98, 103, 105, 150, 104. 294, 333, etc.

(2) « Il arrivait assez souvent que si elle commençait un mot, quand l'accident la prenait , elle ne manquait pas de le finir, lorsque celui-ci cessait; comme par exemple, elle voulait parler d'un mouchoir, elle disait 7nou, et en sortant de l'accident , elle finissait choir. ' {LkVG^ER , Journal de Vandermonde, 15, p. 21.)

sieurs heures, plusieurs jours , quelquefois même juâjusqu'h chaque accès suivant, une surexcitation qu'augmentent les moindres trouhles physiques ou moraux; d'autres de la mélancolie, de l'hébétude ; d'autres une grande faiblesse physique et intellectuelle ; d'autres des douleurs ou des paralysies que nous étudierons plus loin d'une manière spéciale.

Du reste, depuis l'accès qui consiste dans des spasmes k peine visibles, jusqu'à ces paroxysmes effrayants auxquels se joignent la syncope, le tétanos ou la paralysie, cette syraptomatologie varie a l'inûni, soit quant a la forme, soit quant au nombre, soit quant 'a l'ordre, soit quant a l'intensité, soit quant à la durée et a la reproduction des accidents : « Hyslericœ passioni unum qui- » detn nomen est, varia lamen et innumera accidentia » sub se comprchendit (0, dit Galien ; et ce qui était vrai alors , l'est bien plus encore aujourd'hui, que l'accroissement de la surexcitabilité nerveuse a dû nécessairement accroître les symptômes qui en dérivent. Aussi , sans chercher une énumération plus complète, nous allons examiner particulièrement chacun des phénomènes principaux, en comprenant dans cette étude ceux qui, malgré leur peu de fréquence, demandent néanmoins une attention spéciale.

SYMPTÔMES EN PARTICULÎEft .

Boule hystérique. — La sensation que les médecins ont, d'après les malades, désignée sous le nom de boule ou de globe hystérique, et qui était déjà signalée nU

(1) De, locis nffectis , cap. 5.

temps de Pythagore, de Platon, d'Empédocle et d'Hippocrale, peut être regardée comme un symptôme presque constant d'hystérie.

Remontant tantôt de l'hypogastre, tantôt de l'épigastrc jusqu'au cou , cette boule ne paraît pas descendre , comme on le croit généralement et comme les livres le répètent , pour remonter ensuite ; chez toutes les malades que j'ai interrogées avec soin , c'est une boule constamment ascendante pour le thorax et tournoyante pour l'abdomen. L'idée vulgaire devait nécessairement la faire redescendre pour qu'elle pût remonter ensuite -, mais l'observation apprend que cette sensation d'une boule qui descend est infiniment plus rare que la sensation d'une boule qui monte, et beaucoup plus rare surtout, que ne semblerait l'indiquer l'expression consacrée de boule ascendante et descendante.

Cette double sensation est très-clairement exprimée néanmoins, dans un cas rapporté par Royer-Collard (Obs. 5). La boule arrêtée au milieu de l'œsophage semble y éclater , dit l'auteur, et descendre vers le lieu d'où elle est montée.

Je ne mets donc pas en doute la double hallucination, mais je la trouve, je le répète, infiniment plus rare que la sensation simplement ascendante, et plus rare surtout qu'on ne l'a dit et écrit généralement.

Telle est, du reste, la précision de cette perception intra-organique,que presque tontes les hystériques comparent à la grosseur du poing l'obstacle qui leur roule dans le ventre ou qui leur monte de l'épigastre a la gorge. Quelques-unes l'évaluent au volume d'une bouteille (Obs. 169); i! leur semble que cette bouteille monte jusqu'au gosier , et les accidents qu'éprou-

vent les malades dans ce cas semblent d'accord avec ce qui devrait arriver , si ce n'était une illusion viscérale , puisque la gêne augmente à mesure que l'obstacle parcourt des voies plus étroites 5 c'est ainsi que la souffrance est moins vive a l'abdomen qu'à la poitrine , et à la poitrine qu'au cou. Celte sensation parait partir plus souvent de l'épigastre que de l'hypogastre. Quelquefois elle est seulement fixée à la gorge ; les malades se plaignent d'une sensation analogue à celle qu'elles éprouveraient si un noyau ou une croûte de pain y était fixée.

D'autres fois, c'est une barre de fer qui semble traverser la poitrine jusqu'au cou ; d'autres fois enfin, la sensation est moins précise, quoiqu'occupant les mêmes parties, et les malades accusent seulement de la gêne, de la pesanteur ou une vive souffrance.

Quelles que soient du reste toutes les modifications que peut offrir cette illusion aux régions hypogastrique , sternale et cervicale, elle s'accompagne presque toujours de douleur au lliorax, de douleur et de gonflement manifeste du ventre ou du cou, et les hystériques ne manquent jamais de porter la main, souvent même avec violence, aux parties douloureuses. (Obs. 11, 16, 20, 45,

On s'étonnera moins, d'après toutes ces observations de boule hystérique (qui seraient plus nombreuses encore si josais citer plus de chiffres), on s'étonnera moins que les médecins de l'antiquité aient tant fait voyager la matrice : « Non puto, a te expectari, ut in bac tanta >» anatomes luce in errorem jam diu explosum, ejectum-

» que relabar, et cum mulierculis illos credam ad sep- » tiiin transvcrsiim, et ad fauces ipsas, si superis pla-

)' cet, asceiidere ; nos cerle Ilippocratis reten-

» tis vocibiis uteroriim introccdenlium , non uterum » sursum tendentem , sed irritamentum duntaxat ab )) utero, pef nervos, membranasve ad superiora ascen-^ )) dens nunc intelligimus (0. «

Si Morgagni dédaignait ainsi de combattre ces grossières doctrines , a fortiori serait-on inexcusable de les réfuter aujourd'hui. Mais, sans faire, comme Hippocrate, cheminer la matrice jusqu'à la gorge, certains observateurs assurent qu'ils l'ont sentie comprimant l'estomac, d'autres qu'ils y ont perçu des contractions manifestes.

« L'autorité de Galien m'a autrefois porté à croire, dit Fernel , que la matrice ne sortait point ou fort peu de sa place. Mais estant sollicité tantost par les plaintes, tantost par les prières des femmes incommodées de cette sorte, d'y porter la main , j'ay souvent senty en y touchant qu'elle s'élevoit vers l'estomach en forme d'une boule et quelle l'oppressoit bien fort : et qu'estant plusieurs fois repoussée avec la main , elle retournoit manifestement en sa place. Et véritablement cela ne doit pas sembler plus estrange que quand on la void des-' cendre si bas qu'elle tombe presque toute (2). »

« Uteri procideutia , répond Rivière , fit paula- « tim et longissimo tempore per emollitionem liga-

» mentorum Diffîcilius est respondere autop-

)i sia3, a Fernelio , Rudio , aliisque propositse , qui se « manu propria uterum percepisse aiunt, globi instar.

(1) MoncAGNi, epis/olœ,ib,\).i9i, (ij Fernel ,lib. \i , p. 500.

» ad umbilicum, et ulterius ascendentem, et compres- » sione ad suum locura propuisum ('). »

Quant a M. Récamier, car c'est lui qui assure avoir constaté des contractions utérines pendant un accès d'hystérie (Obs. 325) , on pourrait sans doute lui répondre, comme Rivière àFernel, qu'il est difficile de s'élever contre une affirmation , mais que si l'on considère la structure de l'utérus hors l'état de gestation , on concevra difficilement comment il peut se contracter. En supposant d'ailleurs qu'il le puisse, on concevra plus difficilement encore comment des contractions partielles produiraient les bosselures annoncées par M. Récamier.

J'ai pratiqué plusieurs fois avec le plus grand soin le toucher utérin et la palpation abdominale , durant les crises , sans jamais percevoir le moindre mouvement total ou partiel de la matrice (Obs. 130, 193, 261 , 306), et je ne fais aucun doute qu'on n'ait pris pour des mouvements de la matrice les contractions intestinales si fréquentes pendant les accès d'hystérie.

C'est sous l'influence de ces contractions que se produisent ces alternatives si brusques de distension ou d'affaissement (2), de contraction partielle ou générale de l'abdomen (Obs. li , 15, 91, 194, 258).

Etendues à l'estomac et au diaphragme, ces contractions expliquent les vomissements , les éructations , les borborygmes et le météorisme si fréquents dans les accès

(1) Rivière, Praxeos med., lib. xv , cap. 0, j). 379.

(2) Cette tension de l'hyiiogastrc ctaitduc, dans un cns rapporté par Morgagni, à un abaisscmenl del'estomac qui occupait la régioiv hypogastriquo et qui avait été prédit par Valsai va (01)8. 3(1.5).

hystériques (0 : accidents tellement prononcés quelquefois, qu'ils peuvent faire confondre cette névrose avec la colique bilieuse : « Quod vel ex hoc liquit affectu , qui w cum partes colo adjacentes infœderit colicam biliosam » ad amiissmi imilalur. . . .

» Fœminarum nonnuUas vexât affectus hysterici spe- )) cies qufedam , colicam biliosam ita ad unguem refc- » rens , tam doloris acerbitate quam situ , tum etiamhu- )) moribus coloris flavi viridisque vomitu rejectis (2). . .»

Parvenues jusqu'à l'œsophage et au pharynx, les contractions musculaires déterminent, soit sous forme de boule ou de barre hystérique , soit sous forme d'un ver ou d'un morceau de chair arrêtés dans la gorge , soit sous forme d'un picotement pénible ou d'un simple serrement du cou , une sensation d'étranglement qui rend effrayants certains paroxysmes et leur a mérité le nom expressif d'étranglement utérin , slrangulalus uteri (3).

Celle strangulation, ordinairement accompagnée d'un hoquet pénible , dû sans doute aux convulsions du diaphragme, rend souvent la déglutition si difficile, qu'on a pu croire, parfois, a l'hydrophobie. Mais il suffit, pour éviter toute erreur , de remarquer qu'il y a obstacle organique, sans répugnance instinctive. Les malades

(1) Obs. 10, 21 , 102, 104, 124, 207, 208, 258, 291 , 319.

(2) Sydehnam , tom. i, p. 132.

(3) « Hystericoruni porro symptomatum gravissimum est ab utero

strangulutus quum vapor in diaphragma, llioracisqiie partes

efferlur, respiralioneni breveru crcbramque tanquam compresso pectore facit

» Malum altius in fauces invadens, eas quasi vinculo constringere, aut manu prœcludere videtur , prorsusque spiritum intcrcipcre, magne suffocalionis mctu. » Fernel , Paih. , lib. vi , cap. xv, p. 5ii3.

qui repoussent avec force le breuvage qu'on leur présente ne le font point irrésistiblement comme les véritables bydrophobes , mais uniquement parce que les premières tentatives de déglutition ont augmenté le spasme des muscles du palais et du pharynx.

Quelquefois, cependant, il paraît y avoir véritablement horreur pour les liquides (Obs. 336). Ne serait-ce pas alors l'idée instinctive qu'ils vont accroître le spasme de l'arrière- gorge ? Ainsi, « un verre d'eau de poulet » causait a la malade de l'observation 217 des convul- » sions terribles -, et si par hasard il s'y trouvait une )) miette de pain de la grosseur d'un grain de clicnevis, « elle en était aussitôt suffoquée et la respiration lui » manquait. »

Certaines hystériques, après avoir bu quelques gouttes, rejettent le verre ou le brisent d'une manière convulsive comme les bydrophobes (Obs. 1, 2, 21 , 109, 133 , 190, 193, 207,269).

D'autres, au contraire, malgré la difficulté d'avaler, ne peuvent calmer le spasme qu'a force de boire (0, et l'on sait qu'une fois vaincues ces premières difiicultés de déglutition, qui paraissaient d'abord insurmontables, l'ingestion d'une grande quantité d'eau froide introduite de gré ou de force est un des plus sûrs moyens de soulagement (Obs. 23, 14.1 , 200 bis , 201 , 309, 309 bis).

Jl) Sauvages dit avoir connu une fenimc hystérique qui, entre autres maladies dont elle était alTectée, ne pouvait manger sans craindre à tout moment d'être suffoquée : elle était obligée , à chaque morceau qu'elle avalait, de boire un verre d'eau, et comme cette conduite lui paraissait contraire à la bienséance, elle se réduisit à manger seule pendant un an et plus. Elle fut enfin guérie de cette incommodité par l'exercice et l'usage des bains et du lait. . BoviiR , Mal, chir. , tom. vu, p. 128.

Cette constrictioii pharyngo-œsophagienne persiste quelquefois longtemps après le paroxysme , et il est des malades qui, plusieurs jours après l'accès, ne peuvent encore ni boire ni manger, si tourmentées qu'elles soient par la soif et lafaim, surtout s'il se joint aux contractions pharyngiennes et œsophagiennes un resserrement tétanique des mâchoires. C'est ainsi que le docteur Albert, de Montpellier , cite (') « une femme en proie à une affection hystérique des plus violentes , et qui pendant à sept huit mois fut atteinte d'une telle constriction spasmodique du pharynx et de l'œsophage , qu'elle ne pouvaitavaler qu'un peu de bouillon. Elle était réduite à une extrême maigreur. ))

J'ai donné des soins, dit le docteurBo\ER, à une femme hystérique d'environ trente ans , qui, depuis trois mois, et après avoir ressenti quelques picotements et de la douleur en mangeant un morceau de poulet , n'avait osé avaler aucun aliment solide, par la crainte d'être étranglée; en sorte que pendant tout ce temps elle n'avait pris d'autre nourriture que du bouillon et du lait. Les bains et les antispasmodiques furent employés inutilement : on chercha aussi , mais sans succès, à la convaincre de la frivolité de ses craintes. Je pensai que je réussirais mieux en ayant l'air de partager son erreur. En conséquence , je lui dis qu'en eflet il pourrait arriver qu'une portion d'aliment s'arrétant dans le gosier la mît en danger de suffoquer ; mais que dans ce cas , si elle était secourue convenablement, il serait très-facile de la délivrer de ce danger, soit en retirant la portion d'aliment, soit en l'enfonçant dans l'estomac; je m'offris pour assistera ses repas et la secourir en cas de besoin. Ma proposition fut acceptée, la nia-

{1] MoNDiÈRE, Recherches .sur l'a!Sophaçisme,\oc,. cil., p. 4tjr,,

lade mangea d'abord, non sans hésitation, des potages, puis des aliments mous, puis du pain , puis de la viande. Pendant un mois j'assistai régulièrement deux fois par jour à ses repas. Au bout de ce temps, ses craintes étant dissipées , elle put manger seule et retourner dans le département où elle faisait sa résidence habituelle.

J'ai vu plusieurs femmes chez lesquelles ce spasme pharyngo-œsophagien était tellement prononcé , que je crus indispensable de pratiquer le cathétérisme au moyen d'une sonde œsophagienne de gros calibre , soit pour confirmer complètement le diagnostic, soit pour ôter aux malades elles-mêmes toute idée qu'il existât chez elles le moindre obstacle mécanique ou organique au passage des aliments (i).

Le ver solitaire est surtout accusé très^souvent par les hystériques de produire cette constriction si pénible , et j'ai pu constater moi-même, dans le cas suivant , combien cette croyance populaire est difficile a détruire :

Une veuve de cinquante-six ans, d'un tempérament nerveux, très-irascible, offrant tous les symptômes de l'hystérie sans convulsions, se plaignait d'éprouver constamment, depuis la cessation critique de ses règles, c'est-à-dire depuis trois ans, une gêne horrible à la gorge, causée, disait-elle, par le ver solitaire, qui, à chaque instant , excepté la nuit , remontait de l'estomac pour la ronger et Yélouffer.

Employée chez sa fdle comme couturière, elle quittait subitement, plusieurs fois par jour, son ouvrage, accusant

{\] Obs. 1,2, îoo bis , 309 bis.

— sa-

illie slifTocalion imminente , une oppression considérable à reslomac , une constriction violente au cou , et se portait sans cesse les mains à la gorge comme pour enlever l'obstacle qui la tourmentait , se recommandant à Dieu , comme si elle était sur le point de mourir étouffée.

■ Le prétendu ver solitaire lui causait des souffrances bien plus cruelles aux moindres variations atmosphériques. Après avoir mis vainement eu usage tous les vermifuges connus, cette femme s'était décidée, sur la recommandation d'un pharmacien , à ne se nourrir que de choux bien compacts, pour forcer l'animal à redescendre dans l'estomac et pour l'y étouffer sous la masse alimentaire.

Ce régime ayant été infructueux , elle vint me consulter au mois d'Avril 1843. Je pratiquai le cathétérisme œsophagien avec une sonde stomacale, tant pour apprécier le degré de constriction de l'œsophage pendant cette sensation hystérique , que pour convaincre cette femme de l'absence de tout obstacle , niais inutilement.

Jamais elle n'a rendu un seul fragment de ver, ni par les selles, ni par la bouche; la gorge est exempte de toute rougeur ; le cathétérisme œsophagien avec une sonde du plus gros calibre est très-facile et ne cause aucune douleur.

Après des saignées, de grands bains, des laxatifs prolongés, il y eut un soulagement assez notable; mais comme je me bornai ensuite à des conseils purement hygiéniques, et que , surtout, je ne voulais rien employer conire le ténia, mon crédit fut bientôt épuisé. J'ai revu cette malade il y a quelques mois : le ver solitaire continue à monter de l'estomac à la gorge, et elle persiste à prendre tous les anthelniinlhiques d'un nouveau pharmacien.

Lorsque la suffocation , la toux convulsive paraissent l'emporter sur la dysphagie ou sur ce sentiment de

strangulation qu'expriment très-clairement les malades, on doit supposer que le diaphragme et le larynx participent davantage aux mouvements convulsils. 11 faut avoir vu ces accès de dyspnée , ces suffocations complètes , pour comprendre la justesse des mots suffocatio nterina , sous lesquels l'hystérie se trouve si souvent désignée dans les anciens ; aussi , devrait-on , si l'on ne craignait avec raison de multiplier les noms pour une même affection , conserver a cet état particulier le nom énergique d'hystérie suffocante , amoia. wxtpœr] de Galien.

Il semble , en effet , dans ces cas , que la malade va mourir étouffée 5 quelquefois même , les mouvements précipités du larynx sont visibles à l'œil (Obs. liS).

C'est à ces convulsions laryngiennes qu'il faut rapporter ces mille variétés de cris observés chez les hystériques, et qui simulent l'aboiement, les hurlements, les rugissements, le glapissement, le gloussement d'une poule , et jusqu'au grognement du cochon ou au coassement des grenouilles, etc., etc. (0 « ISunc vehUra- » narum coaxaius, mine serpentium sibilos , crocitus « corvorum, gallorum cucurrUus, lalratuscanum, etcX"^). » Latratus, ejulalvs , rugilus (Willis). »

Le fait suivant, si intéressant sous tous les rapports, montre jusqu'où peut aller ce trouble fonctionnel chez les plus jeunes lilles :

Mademoiselle de C. . . , âgée de quinzeans, irrégulièrement menstruéc, devint sujette à des tressaillements qui se ma-

(1) Obs. 20, 21, 27, 28 , 93, 102 , 109, 207, 218, 269.

(2) Corn. Gemma , lib. i , cap. 7.

infestaient seulement quand elle entendait sonner la cloche de sa pension. Elle levait légèrement les épaules et poussait un petit cri aigu. En quelques semaines, ce symptôme acquit une telle intensité , que ce cri instantané dégénéra en clameurs bruyantes et prolongées, en hurlements re-tentissants, qu'on eût pris de loin pour les aboiements d'un chien, et que provoquaient non pas seulement la cloche du pensionnat, mais le moindre bruit inattendu et la plus légère sensation un peu brusque de plaisir ou de peine. Ces cris, toujours accompagnés du soulèvement des épaules, duraient quelquefois plusieurs heures sans discontinuer, s'aCfaiblissant seulement par intervalles pour éclater avec plus de violence quelques minutes après , et finissant par amener une tuméfaction livide de la face, une abondante transpiration, et un état de prostration profonde, suivie d'assoupissement. Pédiluves irritants, bains mucilagineux , saignées générales, applications de sangsues aux cuisses, usage des antispasmodiques, recommandations pressantes et même menaces pour provoquer de la part de la malade l'exercice d'une volonté fortement répressive, tout fut mis en usage sans succès. Je la fis transporter dans une chambre isolée , située à l'extrémité du jardin , et dont rien ne pouvait interrompre la solitude et le silence. Pour la soustraire encore plus complètement à l'action des bruits, je lui fis boucher les oreilles avec des morceaux d'éponge imbibée d'huile. Cet expédient produisit quelques jours de calme ; mais il n'était pas complet, et j'espérais peu le voir durer. En effet, les convulsions des organes vocaux revinrent comme auparavant, et de plus, sans cause provocatrice apparente. Ces cris devinrent plus variés , représentant successivement ceux qui expriment la surprise, la terreur, le désespoir; puis s' éloignant de ceux que produit la voix humaine pour se rapprocher des cris des animaux, et tous enlrcmêlés de mots articulés , dont les uns ne présent

taîisnt aucun sens, et dont les autres étaient des exprès-» sions de douleur et d'angoisse. Cet état ne s'accompagnait , même pendant les crises , d'aucun mouvement fébrile. Mais l'appétit était perdu ; cetie jeune personne maigrissait et se plaignait d'une faiblesse exlréme. Les accès revenaient tous les jours ^ quelquefois môme au nombre de deux; et souventlanuit n'en était pas exempte.

Quoique jusque là cet état me parût sans danger , je demandai une consultation, et M. le docteur Portai fut appelé. Il fut ajouté et changé peu de chose au traitement suivi jusque là; seulement il fut convenu qu'on varierait davantage les calmants et les antispasmodiques auxquels on reviendrait , et qu'on insisterait particulièrement sur l'usage du gallium luteum, dont mon illustre confrère avait eu maintes fois l'occasion de constater les bons effets dans des cas analogues. Cette modification du traitement n'en amena aucune dans l'intensité de la maladie. Elle s'accrut même encore, et les cris devinrent si bruyants, si violents que , malgré l'éloignement de la chambre occupée par la malade et le soin qu'on avait de tenir les croisées et les portes fermées, les éclats de sa voix retentissaient dans les classes et les dortoirs du pensionnat, et troublaient les études et le sommeil des autres pensionnaires. Deux ou trois d'entre elles , et c'étaient des plus jeunes , quand elles venaient tout-à-coup à entendre ces clameurs, tressaillaient vivement; bientôt elles firent entendre un petit cri aigu accompagné d'un soulèvement d'épaules, ainsi qu'avait débuté, chez leur compagne, cette maladie convulsive. Tout annonçait en effet qu'elle allait se développer et se propager par l'influence de l'imitation , quand on se décida à prendre une mesure décisive. Toutes celles qui commençaient à crier furpnt renvoyées dans leurs familles et cessèrent bientôt d'être tourmentées par ces bruyantes agitations. Dans l'impossibilité de prendre le même parti pour Mademoiselle de C..., qui

était orpheline, elle fut envoyée dans une maison de santé, sous la surveillance d'une garde particulière. On remarqua, qu'ayant été prise, pendant le trajet, d'une de ses attaques , la crainte d'être un sujet de spectacle pour les passants avait considérablement diminué la violence de ses cris. Je mis à profit cette observation , en exigeant qu'elle fîlt toujours conduite en promenade dans les rues les plus fréquentées de Paris. Ce moyen diminua notablement les accès. Je l'appuyai d'un autre, pris également dans la médecine morale. Cette jeune personne m'ayant avoué qu'elle éprouvait une sorte d'humiliation d'habiter une maison qui renfermait toutes sortes de malades, même des folles, et qu'elle ne pouvait penser sans' chagrin aux suppositions auxquelles cette séquestration donnerait lieu , je me gardai bien de dissiper ses craintes à ce sujet. Je crus même devoir les exagérer en convenant, comme malgré moi, que la plus innocente et la plus naturelle de ces suppositions serait de la faire passer pour folle; que les intérêts de sa santé , de son éducation et surtout de sa réputation lui feraient une nécessité d'une guérison prompte, etqu'elle pouvait l'obtenir d'elle-même en luttant contre ses accès de toutes les forces de sa volonté et de sa raison. J'obtins de ces deux moyens de répression un succès plus prompt etplus complet que jen' eusse osé l'espérer.

Les accès diminuèrent si rapidement de fréquence et d'intensité , qu'au bout de cinq semaines Mademoiselle de C... se trouva complètement guérie. Seulement, il lui resta de cette maladie , qui avait duré à peu près trois mois , une mobilité nerveuse excessive, que les avantages d'une menstruation plus régulière, du mariage, de la maternité et un laps de quinze années n'ont aucunement amortie (0.

(1) Mémoire sur quelques fonctions involontaires des appareils de la locomotion, de la préhension et de la voix. 1825.

Dans certains cas, ce sont, au lieu de cris variés, des vociférations uniformes , ou la répétition continuelle d'un seul mot ; dans d'autres cas, une loquacité inépuisable (0. Plus souvent la voix est affaiblie ou même complètement abolie pendant plusieurs jours, plusieurs mois ou plusieurs années (2). Nous reviendrons sur ce dernier point, au sujet de l'aphonie hystérique.

II faut bien se garder de confondre ces symptômes de constriction particulière a l'hystérie , avec ce resserrement particulier qui gêne la respiration ou la déglutition chez les personnes nerveuses , après une émotion morale, et qui peut, par conséquent, affecter les deux sexes. « L'idée de cette distinction émise par Arétée est remarquable , dit M. Dubois d'Amiens 5 mais cet observateur paraît avoir confondu la constriction hystérique avec le stertor , comme M. Louyer-Villermay l'a confondue avec le resserrement pharyngien , sensation pénible que beaucoup de personnes éprouvent lorsqu'elles sont vivement affectées par quelque passion triste. «

C'est plutôt , en effet , dans ce dernier cas, un serrement régulier, uniforme, sans exacerbation , qu'une contraction spasmodique et surtout paroxystique comme dans l'hystérie. C'est ce genre particulier de constriction qu'on observe dans les affections vermineuses, dans la nymphomanie, le satyriasis, l'hypochondrie, etc.

Je ne pense pas, du reste, que la distinction soit toujours facile entre la constriction hystérique et le stertor, ou la simple constriction pharyngienne ou laryngienne

(1) Obs. 14 , (6, 185, 214.

(2) Obs. 29 , 254, 278 , 361.

symptotnatiqiie d'autres étals pathologiques 5 mais si , dans certains cas, ces phénomènes diffèrent peu quant h leur manière d'être et à leurs effets, la cause et les phénomènes concomitants suffiront toujours pour permettre d'en préciser la valeur.

Ce sont ces symptômes purement nerveux de constric-^ tion pharyngo- œsophagienne que l'on trouve décrits sous lesnomsde spasme de l'œsophage, dysphagie spasthodique , œsophagisme, etc., dans BaillieCO, Percival (2)^ Boyer (3), et particulièrement dans le dernier mémoire publié par Mondière de Loudun sur les différents états morbides de l'œsophage W.

Le spasme de l'œsophage survient ordinairement tout-a-coup, ainsi que le fait observer Mondière , souvent même au milieu d'un repas, dans un état de santé parfaite; et cette circonstance de l'invasion de la maladie pendant le repas en a souvent imposé aux malades, en leur faisant croire qu'un corps étranger s'était arrêté dans l'œsophage.

Les symptômes de la dysphagie spasmodique varient selon le point du conduit qui est affecté. Ainsi le spasme occupe-t-il le pharynx, la déglutition est complètement impossible. Occupe-t-il la partie supérieure de l'œsophage, les aliments à peine introduits sont rejetés avec force.

Occupe-t-il la partie inférieure, les aliments pourront séjourner quelque temps au-dessus de la constriction ou être ramenés presqu'aussitôt dans la bouche par un

(1) Anai. paili., p. 97.

(2) Méd. ti-ans., lom. ii , p. 90.

(3) Trailé des malad. cliir. Maladies propres au coti.

Archiv. gén. de méd., V xxiv, xxv , xxvi , xxx. 2. série , ton>. i.

mouvement de régurgitation , suivi d'une douleur vive, qui, commençant au pharynx, se propage jusqu'h l'estomac. D'après Mondière, cette régurgitation n'est pas toujours douloureuse, et chez un malade qu'il cite, le bol alimentaire était ramené sans souffrance dans la bouche , d'où une seconde déglutition le faisait ordinairement parvenir dans l'estomac.

Courant rapporte ( De nonnullis morbis convulsivis œsophagi, p. 12) qu'il a vu le bol alimentaire rester pendant un certain temps comme enfermé dans l'œsopbage, être ramené successivement de la partie supérieure à la partie inférieure de ce conduit, et être enfin tout-à-coup rejeté avec violence au dehors ou précipité dans l'estomac (0.

Un fait qui n'est mentionné dans aucun traité de l'hystérie, c'est la fréquence, sinon la constance de la constriction cervicale dans certains états pathologiques de l'utérus. Conduit par l'étude spéciale de l'hystérie à porter toute mon attention sur les principaux phénomènes qui l'accompagnent , j'ai été surpris de trouver cette constriction chez plusieurs malades atteintes seulement d'affections utérines sans aucun autre symptôme de névrose ; et étendant alors mon observation a tous les cas qui s'offraient h mon examen, je suis arrivé à considérer la constriction cervicale comme presque générale dans les déplacements de l'utérus , et comme très-fréquente dans les cas de polypes, d'engorgements, de congestion hémorrhagique, de métrite chronique, de squirrhes, etc.

(1) MoNDiÈRB, loc.cit. , tom. I , p. 47G.

* Voir l'analyse que mon savant ami, le docteur Grisolle, adonnée du travail de Mondière, dans le 2* vol., p. 67, de son Traité de pathologie, médicale.

— nacelle remarque, que je croyais d'abord m'être tout-à-^ fait personnelle, avait déjà été entrevue, d'ailleurs, par plusieurs pathologistes.

« Il est, dit Maria Gelcen , des resserrements spasmodiques du larynx, des difficultés de respirer, des suffocations, qu'on attribuerait faussement a des affections idiopathiques , si l'on ne savait que leur cause réside dans un état nerveux sympatbique d'une lésion des organes de la génération. Combien de nouvelles mariées^ de jeunes pubères, qui, aux approches de leurs périodes menstruelles, éprouvent des dyspnées, des suffocations pénibles! Je connais, dans Perpignan, une femme, âgée d'environ trente ans, mère d'un certain nombre d'enfants, qui est sujette depuis quelque temps à des constrictions spasmodiques du gosier et a des suffocations tellement fortes, qu'elles feraient craindre souvent pour ses jours, si on ignorait qu'elles sont sympathiques d'une affection des mêmes organes (0. «

« M. Burdin, instruit par la pratique, rapporte à une altération de l'utérus ces constriclions presque continuelles et gênantes, sans symptômes hystériques, qu'éprouvaient plusieurs femmes dont les observations furent communiquées h l'Athénée, dans la séance du 23 Février 1820 (2). »

Mondière ajoute avoir observé lui-même ces accidents chez une fermière des environs de Loudun , affectée de métrite chronique avec hypertrophie. Sous l'influence des moyens rationnels , disparurent successivement les

(1) Maria Gelcen. Des sympathies des organes considérées sous le rapport de l'utilité de leur connaissance dans la médecine pratique. Journal complém. , tom. n , p. 8.

(2) Bibliothèque médicale , tom. i.xviii , p. 199.

douleurs de reins et de la matrice, l'hémorrhagie , et enfin le spasme de l'œsophage , dont le retour coïncidait exactement avec l'exaspération des douleurs el l'expulsion dos caillots.

Enfin Riediin rapporte qu'une femme fut, pendant les derniers mois de sa grossesse, tourmentée par un spasme de l'œsophage qui l'empêchait d'avaler tout aliment solide , et qui disparut aussitôt l'accouchement (0.

Comme on le voit , les auteurs que nous venons de citer ont borné a l'œsophagisme l'irradiation des symptômes partis des organes génitaux , et sans y signaler d'ailleurs autre chose qu'une action sympathique s'exerçant, tantôt sur l'appareil respiratoire, tantôt sur l'appareil digestif, tantôt sur l'appareil générateur.

Nous trouvons, nous, dans cette étude, quelque chose de plus sous le point de vue théorique et pratique ; et, sans vouloir tirer actuellement de ces faits des déductions qui ne seraient point a leur place , nous dirons que d'après nos observations propres , la constriction pharyngienne, œsophagienne ou laryngienne spéciale aux affections du système sexuel , a lieu dans l'ordre selon lequel nous avons énuméré plus haut les maladies qu'elle accompagne, et qu'elle semble d'autant plus prononcée que l'altération des organes génitaux détermine moins de troubles fonctionnels.

Quant aux conséquences à tirer de ces faits de constriction cervicale dans l'hystérie et dans les maladies de matrice , dans la nymphomanie , le satyriasis , la

(1) LÈoîi.Knv. De l'allaitement considéré comme moyen cxirali/ et prnphijlacliqxie. Thèso, Paris , 183 2 , n» 190 , p. lo.-

dysménorrhée , pendant la grossesse , à l'époque de la puberté , etc., nous y reviendrons plus à propos à l'occasion du siège de l'hystérie .

Page 1